ORDRE DES MALACOPTÉRYGIENS ABDOMINAUX
Les poissons qui appartiennent à cet ordre ont les nageoires ventrales suspendues sous l’abdomen, placées en arrière, et non attachées aux os de l’épaule.
C’est le plus considérable et le plus important des trois groupes formés dans la grande division des Malacoptérygiens. Il renferme la plupart de nos poissons d’eau douce et un grand nombre d’espèces marines.
Cuvier a divisé cet ordre en cinq familles : les Scilmonés, les Clupes, les Ésoces, les Cyprins et les Silures.
Salmonés. — Les poissons qui constituent cette famille, ont un corps écailleux et une première nageoire dorsale à rayons mous, suivie d’une seconde nageoire petite et adipeuse , c’est-àdire formée simplement d’une peau remplie de graisse et non soutenue par des rayons osseux. Us habitent la mer, et remontent, a certaines époques, les rivières; ou bien se trouvent exclusivement dans les grands fleuves et dans les autres cours deau. On les trouve jusque dans les ruisseaux des montagnes les plus élevées.
INous mentionnerons dans cette famille , les Ombres, les Éper- Ictns, les Lavarets, les Truites et les Saumons.
Les Ombres ont la bouche peu fendue, armée de dents fines, la première nageoire dorsale longue et haute, le corps de forme élégante et couvert de grandes écailles. On en connaît six ou huit espèces, appartenant surtout au nord de l’Europe, et dont le type est V Ombre commune qui se trouve dans les eaux du Rhin, de la Moselle, de l’Ain, des affluents du Rhône, des rivières de 1 Auvergne, etc., comme dans les eaux douces de la Suisse et de l’Allemagne. C’est un des beaux poissons de nos eaux douces.
«Rien n’est gracieux, dit M. E. Blanchard, comme sa forme allongée s atténuant dune manière graduelle jusqu’à l’origine de la queue; rien n est plus élégant que sa nageoire dorsale, magnifique voile fort longue
iLlT v T rTarqUable’ 11 Suffit décevoir un tel animal pour ] g ombien il est heureusement conformé pour une natation facile et
rapide. Les pêcheurs sont souvent habiles à suivre les mouvements des poissons traversant des eaux limpides, mais l’Ombre échappe a leurs yeux exercés; elle a passé, elle a fui comme une ombre, et l’Ombre est devenue le nom vulgaire du poisson doué d’une si merveilleuse agilité . »
Les écailles de Y Ombre commune figurent une sorte de mosaïque sur les parties supérieures du corps. Sa couleur est d’un
Fig. 47. Ombre commune.
bleu d’acier éclatant, rehaussé de points noirs ; elle est argentee sur les parties inférieures. Ces couleurs s’effacent quand le poisson vieillit. La taille de l’Ombre ne dépasse guère trente a quarante centimètres. Elle vit dans les rivières et les ruisseaux limpides roulant sur un fond sablonneux, et se nourrit de petits mollusques, de larves d’insectes, ou de frai de poisson. Sa chair blanche et délicate, exhale une faible odeur de thym.
Si Y Ombre sent le thym, YÉperlan est remarquable par l’odeur douce qu’il répand lorsqu’il est frais , et que 1 on a comparée au parfum de la violette. Ce charmant petit poisson n’a environ que seize à dix-huit centimètres de longueur. Son dos et ses nageoires sont d’un joli gris ; ses côtes et sa partie inferieur sont argentées. Les deux nuances sont relevees par des îet
|. Les Poissons des eaux douées de la France
POISSONS OSSEUX
verts, bleus et rouges. Les écailles et ses autres téguments sont si diaphanes, qu’on peut vaguement distinguer à travers la peau les vertèbres et les côtes. Suivant Rondelet, le nom de ce petit animal vient de ses belles couleurs, de son éclat inusité, qui rappelle celui des perles. Sa forme générale est celle d’un fuseau ; sa tête est petite, ses yeux grands et ronds.
Les Ëperlans habitent plus particulièrement les eaux saumâtres, car on les trouve sur les côtes de l’Océan, et ils ne remontent pas dans les fleuves au delà des points où la marée
Fig. 48. Éperlan.
se fait sentir. Us vivent en troupes et se suivent à la file. Leur chair est fine et délicate. C’est dans la basse Seine, et principalement près de Caudebec, que sont pêchés les Ëperlans que l’on mange à Paris.
Le corps des Lavarets est comprimé latéralement, couvert d’écailles faciles à détacher, grandes et arrondies. Leur bouche est petite, mal armée, souvent privée de dents. Leur nageoire dorsale , haute en avant , très-oblique en arrière , s’élève moins en ce point que les nageoires ventrales. Certaines espèces de Lavarets sont marines et remontent périodiquement les fleuves ; les autres vivent dans les eaux du nord de l’Europe; la plupart dans les lacs des régions alpines.
Le Lavaret habite les lacs du Bourget (Savoie), de Neuchâtel, de Constance, de Zug (Suisse). On le trouve aussi dans les lacs de la Bavière et de l’Autriche.
« L étranger venu pour la première fois à Aix en Savoie, ou dans quelque autre localité voisine du lac du Bourget, ne manque pas d’entendre bientôt parler du lavaret. Vous ne connaissez pas le lavaret? vous n’avez jamais mangé du lavaret? lui répètent à l’envi les indigènes. Gomme bien souvent l’étranger tend une oreille frappée d’un mot nouveau, l’ha-
bitant de la Savoie jouit de sa surprise, et heureux d’en remontrer, peut-être à un Parisien, en fait de bons mets, il daigne lui apprendre que le lavaret est le poisson le plus parfait qui existe, un poisson sans égal pour la délicatesse de sa chair, pour son parfum; un poisson auprès duquel la Féra des Genevois ne mérite même pas grande considération . »
Ainsi parle un aimable savant, M. Blanchard, mais il ne nous donne pas d’autres renseignements sur cette prétendue supré- •
Fig. 49. Lavaret Féra.
matie du Lavaret. C’est, du reste, un poisson qui peut atteindre le poids de un à deux kilogrammes. Sur les côtés et en dessous, 1 est d’un magnifique blanc d’argent, pendant que son dos est d’un «■ris bleuâtre ou verdâtre, souvent sablé de noir. Il se tient dans les eaux profondes et s’approche des rivages vers la seconde
moitié de novembre , pour Irayei .
Le Lavaret Féra est pour les riverains du lac de Geneve ce que le Lavaret proprement dit est pour les habitants^ d’Aix en Savoie. Comme il abonde dans le lac de Genève, les hôteliers e la Suisse n’en font pas grâce aux touristes. Sa chair, extrêmement délicate, a une saveur un peu différente de ce e Lavaret. C’est donc à bon droit que les riverains du lac Léman
sont fiers de leur Fera.