‹ Les Poissons VénéneuxChapitre 16 sur 42 · RON · texte numérisé non relu

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. OSTRACIONIDÉS

Genre Ostracion

Enfermés dans une sorte de carapace formée de pièces polygonales soudées :es unes aux autres, ne laissant libre que le tronçon de la queue, munis d’une dorsale unique, sans ventrales, les Coffres sont aisément reconnaissables.

Leur forme extraordinaire, leur relative rareté et surtout le peu de développement de leur chair musculaire, sembleraient devoir en faire plutôt un objet de curiosité que d'alimentation ; cependant certains peuples asiatiques ne les dédaignent pas et c'est ainsi qu'on à pu observer parfois quelques intoxications qu'on doit rapporter à :

Ostracion trigonus L. La carapace est triangulaire, la crète du dos mince ; les crètes abdominales très développées portent toutes deux une épine dirigée en arrière.

Cette espèce habite les parties chaudesde l'Atlantique, principalement les rivages américains. Risso l’a signalée exceptionnellement à Nice. Chevallier et Duchesne l’accusent de donner une sorte d'ivresse.

O. triqueter L., qui vitdans les mêmes parages que l'espèce précédente a aussi une carapace triangulaire, mais elle s’en distingue par l'absence d’épines sur les crètes abdominales.

O. gibbosus L. ({urritus Forskal) à carapace triangulaire, mais qui habite l'Océan Indien, la Malaisie et le Japon où il n’est pas mangé suivant Geerts.

O, cornutus L. à carapace quadrangulaire que ses longues épines orbitaires, acérées et dirigées en avant permettent aisément de reconnaître. Il n’est pas rare dans l'Océan Indien en

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Malaisie et en Micronésie. Ses méfaits ne sont pas bien graves. Comme pour 0. trigonus L. Chevallier et Duchesne le préten- -dent capable de provoquer des assoupissements.

O. diaphanus Bloch Schneider, qu’on rencontre dans tout l'Océan Indien et dans uhe partie du Pacifique. Sa carapace est quadrangulaire, ses épines orbitaires courtes, coniques et divergentes.

C'est à cette espèce qu'il faut rapporter O. brevicornis Schlegel. Les Japonais lenomment((Kensitsubo »; c’est au dire de Schlegel un mets très recherché, mais si comme nous l’apprend cet auteur, on a l'habitude de le manger cru, il n’est pas étonnant qu'il détermine quelquefois des accidents. D'après Geerts au contraire on n’en ferait pas usage.

GYMNODONTES

ORTHAGORISCIDÉS

Genre Orthagoriscus

Orthagorisceus mola L.— La Môle a un aspect si caractéristique qu’il suffit d’en avoir vu, une fois même, une simple représentation pour ne plus l’oublier. Le corps est haut, arrondi, tronqué en arrière, légèrement comprimé sur les côtés, la bouche petite, les màchoires sans division médiane. La dorsale et l’anale étroites et élevées sont reculées vers la caudale à laquelle elles sont plus ou moins unies. [1 n’y à ni ventrales, ni vessie natatoire. La peau est rude, grenue, épaisse, non extensible.

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C’est un Poisson de haute mer qu’on rencontre dans toutes les eaux tropicales et tempérées de la surface du globe. On le prend accidentellement sur nos côtes de l'Atlantique et de la Méditerranée ainsi que ©. oblongus BI. Schn. ({runcatus Gm. L.) une espèce voisine à peau marquetée. La Môle porte le nom de « Poisson Lune » sur nos rivages de l'Ouest, de « Bot » en Roussillon, de ( Mola, Muola » dans la Méditerranée.

Nous ne croyons pas ses propriétés nuisibles très accusées.

Cependant Moreau de Jonnès citait déjà comme vénéneux le

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Poisson Lune. Sa chair, au dire du docteur E.Moreau, est d’une odeur désagréable et ne peut tenter les estomacs les plus affamés. À Nice, cependant on mange son foie, à Cette, ses intestins. Gadeau de Kerville s'exprime ainsi à son égard:

« Ce Poisson n’est pas normalement comestible. Certaines « personnes en mangent avec plaisir le foie et la chair, mais la « grande quantité de parasites qu’il nourrit à l'extérieur comme « à l’intérieur, détermine une répugnance bien légitime, »

TÉTRODONTIDÉS

Genre Diodon

Répandus dans toutes les mers tropicales, les Diodons. par leur aspect bizarre attirent l’attention des voyageurs. Leurs mächoires non divisées, leur corps globulaire couvert de fortes épines mobiles, susceptibles de se hérisser, leurs tentacules nasaux simples avec une paire d'ouvertures latérales, permettent aisément de les distinguer.

Ils partagent les propriélés toxiques de l’ensemble des Gymodontes. Chez eux comme chez les Tetrodons, c'est à la période du frai qu'ils deviennent le plus dangereux et leur foie paraît être également assez souvent fort redoutable.

Ce genre ne comprend plus qu’un assez petit nombre d'espèces parmi lesquelles nous signalerons d’abord comme la plus toxique : :

Diodon hystriæ Linné(D. atinga Bloch, D. punctatus Cuvier). — Les épines sont acérées, dilatées à la base, à doubles racines. Les plus longues se trouvent sur les côtés, sous les pectorales ; celles de la partie postérieure du dos sont courtes ét élargies. Le dos et les flancs ainsi que les nageoires sont recouverts de nombreux petits points ronds, bleus ou bruns, sur un fond brun clair.

La répartition géographique du Diodon hérissé est on ne peut plus vaste. On le rencontre dans tout l'Océan Indien, en Malaisie, dans le Pacifique. Il habite aussi les parties tropicales de l'Atlantique et même le cap de Bonne-Espérance.

Moreau de Jonnès, Chevallier et Duchesne citent comme vénéneux D. atinga BI. et D. hystriæ L. Nous avons vu que c’est Ja même espèce. Ils peuvent déterminer des accidents mortels en peu d'heures. De Rochas a expérimenté sur des Chats, en Nouvelle-Calédonie, la toxicité du foie de ces animaux.

Nous citerons ensuite une espèce dont la vénénosité est peutêtre un peu moindre et qui se rencontre dans les mêmes régions, c'est-à-dire dans toutes les mers chaudes du globe :

Diodon maculatus Lacépède. — Les épines d’une longueur variable possèdent deux racines latérales. La queue est nue à la partie supérieure, avec quelques épines sur les côtés. Il y a 16 à 18 rangées d'épines du museau à l’origine de la dorsaleet souvent des tentacules au-dessus des soureils et sous le menton. Le dos est parsemé de taches foncées de quantités et de dimensions fort diverses ce qui fait distinguer plusieurs variétés que Cuvier considérait comme des espèces (D. quadrimaculatus, sexmaculatus, novemmaculatus, multimaculatus Cuv.) Nous trouvons comme nombres sur un exemplaire du Muséum que nous examinons :

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Genre Chilomycterus

Séparé par Bibron du genre Diodon dont il se distingue par ses épines droites, immobiles, rigides, à trois racines, le genre Chilomycterus habite les mêmes contrées et partage souvent ses propriétés toxiques. Parmi une dizaine d'espèces, nous signalerons comme ayant le plus fréquemment occasionné des accidents de « ciguatera )».

Chilomycterus orbicularis Bloch (D. cæruleus Quoy et Gai-

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mard).— Ses épines sont grosses, courtes et fort acérées. Il y en a trois au-dessus de l'orbite et une entre les yeux. Il existe neuf rangées transversales d’épines du museau à la dorsale. La queue est nue ; les racines d’une paire d’épines se prolongent derrière la dorsale. Les mâchoires sont faibles, horizontales. La couleur est brune, irrégulièrement veinée de noir. Il y a souvent quelques taches noires arrondies sur les côtés.

Ce Poisson se rencontre dans l'Océan Indien, en Malaisie et dans l’ouest du Pacifique.

Quoy et Gaimard trouvèrent aux [les Mariannes dans l’estomac d’un Diodon qu'on peut rapporter à cette espèce, plus d’une livre de débris pierreux de Madrépores. Nous pensons qu'ils n’entrent que pour une faible part dans l'étiologie des accidents signalés, toutefois le fait prouve que dans certaines circonstances, il faudra se méfier du contenu intestinal de ces animaux.

Chilomycterus tigrinus Cuvier (C. reticulatus Bibron non Linné). — Les épines sont courtes, légèrement aplaties, avec une racine de moyenne longueur. Il y a aussi trois épines audessus de l'orbite, mais le front est concave sans épine. Les narines sont situées au-devant de l'œil. 11 y à deux raies osseuses derrière la dorsale. Les ossifications abdominales sont aussi développées que celles du dos. Toutes les parties supérieures du corps sont recouvertes de petites taches noires, ainsi que les côtés de l’abdomen.

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Il habite l'Océan Indien et le Pacifique. De Rochas, à la Nouvelle-Calédonie, a constaté les propriétés vénéneuses de son foie. |

Dans les parties chaudes de l'Atlantique se rencontre une autre espèce souvent confondue avec la précédente et qui s’en distingue par ses nageoires recouvertes d’une multitude de petits points ronds, d’un noir brunätre, C. retieulatus L. (C. tigrinus Kaup non Cuvier.) Il faut lui rapporter bon nombre des accidents imputés à C. tigrinus Cuv.

Genre Tetrodon

Le genre Tetrodon est sans contredit le plus redoutable de la classe des Poissons. Aussi ne saurions-nous trop mettre em garde les voyageurs contre ces dangereux animaux. |

Bien qu'un certain nombre d'espèces soient très appréciées par les gourmets en Chine, au Japon et en Malaisie, ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas les suspecter au premier chef.

I ya d’ailleurs une grande variabilité dans la toxicité des divers Tetrodons. Celle-ci existe non seulement pour les espèces mais encore pour les. individus. Suivant la saison, la taille, l’ingestion d'animaux d’une même espèce est absolument inoffensive, dans d’autres cas au contraire elle est suivie d'accidents terribles. Ces résultats en apparence si contradictoires s’expliquent maintenant facilement. Des expériences entreprises par un grand nombre de naturalistes et de voyageurs ont prouvé, en effet, que les substances nocives résidaient avant tout dans les organes génitaux.

Déjà au siècle dernier, le D' Kracheninnikoff avait émis cette idée. Puis dans la suite, Autenrieth développa cette théorie que le poison résidait dans les parties sexuelles. Les, expériences de Savtschenko prouvèrent que la toxicité diminuait chez les Tétrodons à mesure qu'on s'éloigne des glandes génitales. Le foie, les intestins, les muscles abdominaux quand les Poissons avaient une grande quantité d'œufs, provoquaient de graves accidents chez les animaux qui les ingéraient; les muscles de la nuque au contraire, distants de ces rêgions, étaient sans aucun effet nuisible.

Ch. Rémy dans les remarquables expériences qu'il entreprit au Japon sur les Tétrodons toxiques ou (/fougous » montra aussi que seuls les ovaires, et les testicules, produisaientdes empoisonnements chez les Chiens. Il administra par la voie stomacale et par injection dans le système sanguin des extraits de ces organes et put dans ces derniers cas obtenir la morten moins de deux heures. Aussi arrive-til aux conclusions suivantes : « Dans les fougous toxiques, le poison réside exclusivement dans

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«les organes génitaux principalement dans les ovaires et la { puissance toxique du poison est proportionnelle au dévelop- « pement de ces organes génitaux. »

Ces beaux travaux ne devaient pas en rester là. Repris par Miura et Takesaki, et surtout par Takahashi et Inoko, ils confirmèrent les résultats précédents.

Les voyageurs devront donc enlever avec soin les œufs et la laitance des Tétrodons dont ils voudraient faire la consommation et en général le foie et les organes digestifs, et ne pas croire que la cuisson est suffisante pour faire perdre au poisson ses propriétés nuisibles, car le (fougou» peut, même cuit, occasionner les accidents les plus graves. [ls feront bien de se montrer particulièrement méfiants à l’époque du frai, c’est-à-dire au printemps et en été, tandis qu’en hiver au contraire ils pourront. être moins craintifs. |

Les {Tetrodons sont des Poissons de forme globulaire. Ils se gonflent d'air et peuvent ainsi flotter à la surface des mers. Leur mâchoire supérieure et leur mâchoire inférieure sont divisées. Les nageoires dorsales et anales sont courtes et à rayons peu nombreux.

Is habitent les eaux tropicales et subtropicales. Quelquesuns sont fluviatiles. Le genre comprend une soixantaine d’espèces. Nous décrirons celles qui sont les plus redoutables,

Sur nos rivages, on ne rencontre qu'exceptionnellement Tetrodon lagocephalus L., (Promecocephalus lagocephalus Bibron). Ce Poisson, dont le corps est entièrement nu au-dessus et sur les côtés et dont la peau du ventre, plissée, porte des aiguillons à base étoilée formée de quatre rayons relativement développés, est excessivement rare dans les mers d'Europe. On le trouve sur les côtes occidentales d'Afrique.

On a même cité (Gmelin) des cas d’empoisonnement causés

par lui au Sénégal. Chez nous, il est tellement aecidentel que c’est uniquement un objet de curiosité.

Nous allons entreprendre l'étude des espèces exotiques qui présentent le plus d'intérêt pour le voyageur, en suivant non l’ordre de leur toxicité, mais celui de leurs affinités zoologiques.

Nous nous occuperons d’abord d'animaux à dos large, non comprimé, à organes olfactifs nettement visibles.

Tetrodon lævigatus Linné. — Les narines sont doubles de chaque côté et situées sur une même papille ovale. La peau forme un léger repli séparant les flancs de l'abdomen etse prolongeant le long du pédoncule caudal. Le corps est entièrement nu à la partie supérieure et sur les côtés, l'abdomen couvert de petites épines à trois racines, la caudale fourchue ou subtronquée. La teinte du dos est vert brunâtre, les flancs sont d’une belle couleur argentée et l’abdomen blanc. Sur un exemplaire du Muséum provenant des côtes du Brésil nous relevons les nombres suivants :

D de SPIP AO ET AUS ee CO!

Cette espèce habite les eaux tropicales de l’Atlantique améri- Cain.

Au Japon, Schlegel a décrit une variété : T. inermis Schleg. qui ne se distingue que par les plus faibles dimensions de ses épines abdominales. Elie porte le nom de « Kanabuku » et ne se mange pas, sa chair pouvant occasionner des accidents parfois même mortels ainsi que l’a observé Savtschenko, à Nagasaki, en 1887, sur deux matelots américains. La rapidité des accidents fut telle que la mort survint par paralysie du cœur chez l’un en 20 et chez l’autre en 25 minutes.

Tetrodon lunaris Bloch Schneider. — Dans cette espèce, comme dans la précédente, l’abdomen est séparé des flancs par un repli cutané. Le dos est recouvert de petites épines tantôt complètement ( 7”. lunaris BI. Schneid.), tantôt à la partie antérieure seulement (7. spadiceus Richardson). Le ventre est: épineux, le museau, les flancs et la queue nus. La dorsale et l’anale sont pointues. Le dos est d’un brun verdâtre, sans taches, les flancs argentés, le ventre blanc. [1 n’y a pas de tache trian-

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