SCÈNE YII
PIERRE, ANDRÉ
ANDRÉ
Ah ! . . . les v'ia rentrées. . . ce n'est pas sans peine toujours. . . ( «1 Pierre.) Frère, c'est ta femme qu'à tort.
PIERRE
Tort. * . tort. . . c'est une question , ça. . . d'abord, ma femme est plus douce que la tienne.
ANDRÉ
C'est-à-dire, elle aies mains plus douces .. . mais dans tous les cas, son caractère n'est pas comme ses mains.
PIERRE
Hum . . . Madeleine est un peu vive. . .
Ma femme est vif, c'est vrai. . . mais Thérèse. . . alF e»i un peu hypocrite.
Les Pôle lais* - d
( 42 ) l'IKKJ.i:.
Aiulré, Andié. . . nr sois pas injuste , nn ;iis pas de mal île ma femme devant moi 5 jc^'eç prie
AWDRÉ.
Eli! benjOui, pour toi je me laiiai , mais çà n'empéclie pas que c'est une mijaurée, une madame comme i' faut.. . Tranchons lemot , une bégueule, et n'en parlons pbjs.
PIERRE. . ,.'
Tu feras aussi bien , parce que je sais ce que c'est. .. c'est ta femme qui te fourre toutes ces idées-là dans la tète.
ANDRÉ
Du tout, ce n'est que l'amour-propre humilié qui me fait dire çà.'. . et si Thérèse n'avait pas eu l'air de faire i\ de notre honnête médiocriié. . .
Ge n'est pas vrai>.,^^\ i* «\*4v
,^ • . . ,.. ANDRÉ
^,^e te dis que si . . . •
PIERRE
Eh I ben , quand elle aurait dit que je suis le plus riche. .. ne v'ià-t-il pas un grand mal. . . tant mieux pour elle et pour vous aussi.
Pour nous aussi, i . c?est à dire que tu me reproches ce que t'as fait pour moi. . . tiens, tu ne vaux pas mieux qu'elle ^ et ma femme . . . •
PIERRE
Morbleu. . . ta femme.
ANDRÉ
Ma femme es,t mon épouse. . . et je dois la défendre.
PIERRE
Tu n'es qu'un entêté.
ANDRÉ
Tu n'es qu'un vaniteux.
PIERRE
Un ingrat.
ANDRÉ
Un ingrat! un ingrat 1 l'ai-je bien entendu? C'est la première, mais ce sera la dernière fois qu'une telle expression
frappera les oreilles de ton frère. . . doiénavaiil , lu j^arderas lout ton ar^-enl pour toi, et pour ta madame connue il faut.
PIERRE
Eh î bien , je ferai ce qui me plaira.
ANDRÉ
Au fait, je n'ai pas besoin de toi. Dieu merci, je ne suis pas encore tombé dans la misère. • . Je suis piopriétaire , la moitié de c'te maison est à moi. . • je suis ici chez moi. . . jusques-là {il fait une raie par terre aues de la craie.) -^ c'est le milieu , c'est mon côté. • . reste chez toi.
PIERRE
J'y suis chez moi . . . {il prend une chaise et va s'asseoir à droite.)
ANDRÉ, s^assej^ant à gauche.
Je ferai faire une cloison... non, un gros mur; j'aime mieux cela. . . je ferai percer une porle. •' . là.
PIERRE, étoujfani quelques soupirs.
Se conduire ainsi. . . parler connue cà à un frère... c est pas qu'au fond çà me soit ben égal. . . je m'en moque. , . je n'irai pas te cltercher ,.\a, je me passeiai de loi, de loti amitié. . .
ANDRÉ
Qu'est-ce que tu d is ?
PIERRE
Je ne te parle pas. . . ïieiijeasemént qu'il y a ici un auhe cœur sur lequel je puis compter. . . dans celui-là , il n'y auia ni caprice , ni egoïsme, et je suis i^iea bon de m'aiilîiger ainsi.
ANDRÉ
Et moi donc. . . est-ce que j'en ai sujet. . . ma foi , non. .
PIERRE
Ge n'est pas çà qui m'empêchera d'ctre heureux.
ANDRÉ
Et moi de chanter. ., Tiens, j'ain>e les chansons. . . moi je suis fou des cliansons. . . trala la la , je siîis gai ... je suis très-gai. • . {chantant») tra la la. . . ( // s'' essuie les yeux et se remet à travailler à ses filets. Pierre s^ assied ^ s\tppuie le coude sur la table , avec un air dliiuneur. A la fin de celle scène , le temps s^est obscurci , et Von commence à entendre le bruit du veut et de la pluié^)