‹ Les Poletais, comédie-vaudeville en deux partiesChapitre 7 sur 27 · LES MÊMES, MADELEINE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MADELEINE

MADELEINE , entrant et portant un plat de salicoques y et un filet sur r épaule.

Salicoques!. .. Salicoques!

ANDRÉ

Bonjour, Madelinette . . . comment vont les amours? MADELEINE , posajil le plat sur la table» Salicoques ! Salicoques !

PIERRE

On vous demande comment vont les amours.^

MADELEINE

Bien, et vous, monsieur André? {à part.) A-t-il unebonne figure. . . c'grosjuufflu-là.

Allons, mets là tes salicoques; on te les paiera. Elle est gentille tout d'niéme... j'ai vu çà pas plus haut que ma tx)tte . . .

MADELEINE, riant.

Hi, hi , hi. . .

ANDRÉ

Eh! bien , pourquoi que tu ris donc?

MADELEINE

C'est que vous dites que vous m'avez vue pas plus haute que votre botte , et vous n'en portez pas. . . hi , hi, hi, vous n'avez jamais que des souliers.

ANDRÉ

T'es bien une vraie rieuse, vas, mais t'as raison, Madelinetle; j'aime la gmté, la folie , j'adore la folie , je suis fou de la folie !

MADELEINE. j^

Tiens, naus autres pauvres pêcheux, dans notre faubourg du Polet, si j' n'avions pas notre gaîté, je n'sais pas trop ce que nous aurions.

ANDRÉ

L' fait est, qu'îles Pol'tais c'est tous des gens pauvres, mais c'est tous des gens heureux.

MADELEINE

Oh ! çà c'est vrai. . . ils sont ben heureux... quand la pêche est bonne,

PIEHRE,

AIR '.Des Coucous. { l'Anonyme. )

Lorsque le sort vous a mis sur c'rivage , Il vous a dit î la mer, v'ià vos moissons ; Travaillez donc , malgré l'yent et l'orage , Vous n'récolt'rez qu'des huîtr's et des poissons.

MADELEINE

Aussi moi, je pèche, je pêche , je pêche; les jours de marché, quand je vends mes salicoques et mes z'hoinars... quiens, qu'ils disent tous, v'ià la p'tite Madelinette au jupon court et aux bas bleus. . . . parce que faut que vous sachiez que je n'ai que des bas bleus. . . mais c'est égal, çà n' m'empêche pas de danser et de chanter. ^

Continuation de l'air.

ENSEMBLE

Viv'nt du Polet les pêcheux, les pêcheuses ; Pour tout* fortune , s'ils n'ont que leurs filets , Les homm's sont francs , les femmes y sont joyeuses , Et du lend'main l'on n's'inquiète jamais.

On sïait du sentiment , En s'pincant, en s'tapant; En deux mots v'ià c'que c'est Qu'Ies pêcbeux du Polet*

ANDRÉ

Ah, c'est un beau pays que Dieppe. . . le Polct, surtout... / j'aime mes côtes ! je suis fou de mes côtes î / ,

( Bis en chœur et en dansant. ) Viv'nt du Poiet, etc., etc.

MADELEINE

Mais à piopos du Polct , vous n' savez pas ? d'puis queuque temps on fait des propos, des histoires.

PIERRE

Comment ça , et sur qui ?

MADELEINE

Sur qui? Ecoutez , j' m'en vas vous 1' dire. . . ( Elle les amène tous les deux sur le devant de la scène avec mj stère. } mais non je ne vous le dirai pas. parce que je ne suis pas bavarde y et puis je suis pressée.

( Fausse sortie . ) ANDRÉ, la retenant.

Ah ! Madelinette ! . . .

MADELEINE

Non , vrai , je suis pressée . • .

PIERRE

Au fait, si ça ne nous regarde pas.. . .

MADELEINE 5 ^ /^lerre. '•■' ''"^' : ■/' ;

Si çà ne vous regarde pas? faites donc le soiiVnôlSjVôiis. . . croyez-vous que dans la ville on ne sait pas tout ce qui se passe?. . . et les commères donc, les faiseuses de cancans. . .

ANDRÉ

Ah ! il y a des cancans! ah ! n)a petite Madelinette, ah ! je t'en prie, j'aime les cancans. • . je suis fou des canfcans.

MADELEINE

Eh ben. • . on dit comm' cà. . . rien. . . mais au fait. . . . Mamzelle Thérèse . . . elle est gentille • . . elle a z'un cœur ! . . C'est bien naturel. • . moi aussi j'en ai un. . .

Tiens. . . c'te farce , tout 1' mond' en a plus ou moins

MADELEINE

Et moi 5 qui suis sans père ni mère, je ne serais pas fâ-

( iG ) chée noa plus de trouver un ujari ; çà fait une société. Enfin; ïiiûmzclle Tliérèse. • . elle aime. . .

PIEhf.E.

Comment elle aime , dis-tu. . . et qui donc?

MADELEINE

Qui donc î . . . quelqu'un. . . mais elle er) est folle; elle en perd la tête. . . Elle en parle à tout le monde. . . et rauti<e jour elle m'a pincée jusqu'au sang, parce que j'avais sout'nu que c' quelqu'un là «n'était psaç. aussi .^iji^able c[ue M. André.

: Ab ! flatteuse !

PIERRE i d^Lin çiir pensif et à pan.

Elle aime quelqu'un, maintenant j'y pense, c'ia pourrait ben être, d'puis queuqu' temps elle semble triste... pensive. . . {haut.) et l'on né nomme pas celui cju'all' aime.

MADELEINE

Si, on le nomme. • . mais moi^ je n« veux pas le dire. . . parce que les propos, les cancans j' les ai en horreur.

AN DUE 5 à part, regardant Pierre.

Eh ben î qu'est-ce qu'il a donc, on dirait que ce mot-là Fa tout bouleversé, {bas à Madeleine.) Dis donc» Madeleine, tu n' le diras cju'à moi.

MADELEINE

Oui,}' vous r dirai à vous. . . parce que jç n' suis pas bavarde; vous savez bien que je n'ai pas dit l'autre jour q' vous m'aviez embrassée sur l'œil gauche.

ANDRÉ

Oui , oui.. . fàtit pas diie. . . C'est drôle «tout d^ tneme comme il a pris çà au sérieux. . . est-ce que par hasard. . , Oh ! non, c est impossible.

MADELEINE

Je ivetpurne à mes poissons.

■.- ;:,."■.., .. ' . . ANDRÉ

C'est çà . . . et moi à mes moutons , autrement dit à ma vigie. . . {à partr> regardant Pierre. ) Décidément, il a cjuelc£ue chose. . . J' vas avec toi , Madeleine. . . j!avons à jaser ensemble. [Us soricut.)

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