SCÈNE %'II
PIERRE, THÉRÈSE
TVLkKiLS^ ^parlant à la cantonnade.
Non , laissez-moi, je ne veux rien entendre,
PIERRE
Eh bien j, après qui donc en as-tu?
THÉRÈSE, Vappercei)ant.
Ah ! c'est vous , Pierre.
PiERnj:.
Voyons, explique-toi.
Les Polelais. r.
THÉRÈSE
C'est que. . • je parlais à iDadanie Raiinoiid , celle grosse marchande du port, qu'était venue pour. . .
PIERRE
Pour. . . quoi?
THÉRÈSE
Pour roe parler d'un mariage avec un parent qu'elle veut établir,
PIERRE
Ali î . . . Eh bien ^ qu'as- tu décidé?
Rien encore.
PIERRE
•Et pour quelle raison?
THÉRÈSE
C'est qu'en m' mariant , j' veux pouvoir donner mon cœur a celui que j'épouserai.
PIERR'
On ne m'avait donc pas trompe et. . . ton cœur. . . il n'est donc plus à toi.
THÉRÈSE
Non.
PIERRE
El y a-t-il long-temps que lu aimes ?
THÉRÈSE
Oui; mais ce n'est que depuis quelques mois seulement que je m'en suis aperçue.
PIERRE
Quand cela? ♦
TIIÉKÈSE.
Pendant mon absence. . . lors de ce voyage que je fis dans le pays de Caux , chez cette parente qui me reste encore.
PIERRE
El tu ne m'avais pas confié ton secret à moi.
Je ne le devais pas.
PIERRE
Est-ce que par hasard t'auiais fait un mauvais choix.
THÉRÈSE
Oh non ... car celui que j'aime a delà franchise , de l'honneur, et même plus de fortune que je n'en voudrais.
3ît lu refuses de me le noiiiiner?
THÉRÈSE
Oui.
PIERRÏ.
Ecoute, Thérèse, Ifts soins que j'ai pris de Ion eiifance, ratlacliement que je t'ai toujours témoigné, devraient me mériter plus de confiance de ta part, mais puisc|ue tu ne m'en juges pas digne, un motif que je veux te cacher, doit te forcer à prendre un parli ; je dois connaître celui que tu aimes , parce qu'alors je pourrai le voir, m'cRtendre avec lui... il faut que tu me le nommes. . .aujourd'hui. . . entends-tu, Thérèse.. . ne suis-je plus ton ami. . . ton frère, et si tu as des chagrins , n'ai-ie pas acquis le droit de les partager ?
THÉRÈSE
Vous le nommer. . . à vous, . . . Jamais.
PIERRE
'Bu me refuses encore! Eh bien, ce que je te demandais comme une complaisance, il esl de mon devoir maintenant de l'exiger de toi. . . d'après ce qui se passe , d'après les propos de queuq's méchans , je t'ordonne de me faire connaître celui que ton cœur préfère.
Vous m'ordonnez ! Pierre , je ne le puis. . . je serais si confuse, s'il ne répondait pas à mon amitié, s'il ne voulait pas de moi pour sa femme. . . vou-s seriez alors le premier à me blâmer de vous avoir obéi,
PIERRE
C'est jMSle. . . mais alors, quel moyen employer?
THÉRÈSE
Je n'en vois plus qu'un . . . puisque vous l'ordonnez. .. Eh bien ! je lui écrirai , el si jusqu'à présent il n'a pas voulu m'entendre , il sera bien forcé de me lire.
PIEIUIE.
Ah ... tu crois donc qu'il n'y a pas d'autre moyeu qu'une lellre. . . Eh bien soit, mais en tout cas, il sera plus convenable que ce soit moi qui écrive.
THÉRÈSE
Eh bien, j'y consens, mais vous éciircz en mon nom, et c'est moi qui vais dicter.
riERRTi, s'asscyonl.
Dicte. . . je suis [)rèt. • . (( Monsieur,
Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad Brussçl
THÉRÈSE
Sfon, mettez mon ami.
Ah. . • {écrivant.) « Mon ami.
THÉRÈSE
« Je vous suis déjà attachée par la reconnaissance.
PIERRE, étonné.
La reconnaissance. . . niais ce mot là ne convient pas.
THÉRÈSE
Si. . . Je lui en dois beaucoup. . . Pierre, écrivez, je vous en prie.
PIERRE, écrivant.
Allons . . . par la reconnaissance.
THÉRÈSE 5 dictant.
« On vient de me proposer un mariage, mais je n'ai pas )) encore voulu donner une réponse. . • vous devriez en deviw ner la raison.
PIERRE , écrivant. %
Ke vas donc pas si vite.
THÉRÈSE, dictant»
u Si ce mariage ne vous cause aucune peine , je me soumet-rt trai à mon sort
I*ïkRRE.
C'est écrit.
THÉRÈSE, achevant de dicter.
« A nion sort. ., m'entendez-vous.
PIERRE
Hein?
THÉRÈSE
Ecrivez ... ce sont les derniers mots de ma lettre.
TiiË.RT{U y pliant la lettre.
Allons, il ne manque plus que l'adresse^, mais puisque tuveux me taire le nom... charge - toi de faire parvenir ce' billet.
THÉRÈSE, à part.
Il me le rend !
PIERRE
Thérèse, il t'aime, j'en suis sûr, il t'épousera, tu seras heureuse, à moins que comme moi il n'ait un frère auquel it ait fait le serment de ne jamais se marier.
THÉRÈSE
Quoi , vous avez juré. . .
( 21 ) PIEFxRE.
Oui 5 lout-à-riieurc.
( Elle déchire sa lettre.)
PIERRE
Eh bien I que fai«-tu donc ?
THÉRÊSiË.
Je réfléchis. .. en effet. . . cette lettre ne doit pas parvenir à son adresse. . . je ne savais ce que je faisais. . . il faut que jC" parte. . . que je vous quitte pour jamais.
( Elle fait un mouvement pour s'éloigner, )
PIERRE
Quelle idée!»., plus de doute., son ami, de la reconnaissance , et je n'avais pas deviné . • . ( courant à elle , et la ramenant par la main, ) Thérèse, ne t'éloigne pas. . . Ah ! si tu savais ce qutî je ressens , ce qui se passe en Hioi. .. est-ce que je pouvais croire... car enfin, je suis queuqu' fois brusque, emporté, et puis je croyais que tu m'aimais d'amitié j de bonne amitié; il me semblait que je t'aimais de même. . . mais tout-à-rheure, quand j'ai réfléchi qu' tu pouvais appartenir à un autre. . . et surtout en écrivant c'te lettre. . . j'ai senti là comme un poids. . . j'ai éprouvé un sentiment tout nouveau pour moi. . . et en te pressant la main je sens à présent que mon amitié c'était de l'amour.
THÈnrsB^ s^ éloignant de lui.
Pierre , maintenant dois-je rester ou partir?
PIERRE
Eh bien non, nous ne nous quitterons pas.'., e! tu ne te repentiras pas de m'avoir accordé ta confiance. . . si je te perdais. . . si tu t'éloignais , est-ce que je pourrais être entièrement heureux; oh! non, nous resterons toujours ensemble.. <r et dés aujourd'hui je m'en vas dire à mon ... oh non , non. ,. je réfléchis. . . non Thérèse, nous n' pourrons jamais être l'un* à l'autre.
THÉRÈSE
Oh ciel ! . . . de quel ton me parlez-vous là , et qu'est-ce^ que vous allez m'apprendre?