‹ Les Polonais en Egypte, 1798-1801Chapitre 104 sur 115 · A FRIANT KT A KLEBER · texte numérisé non relu

A FRIANT KT A KLEBER

le disent blessé, les autres assurent le contraire. Ce bey est à Nesoura^ depuis le 6. Le 7, Osman-Bey a été le voir, il y a passé la nuit du 7 au 8. Hassan-Bey est toujours à Behnesé. Les Cophtes prétendent que le résultat de la conférence de Mourad avec Osman-Bey est de demander aux villages cent hommes armés de chacun, et de venir en suite attaquer le fort de Beni-Souefl Si ce plan est réel, j'espère qu'il sera dérangé à l'approche du général Belliard qui ne doit pas tarder de venir. Si j'avais seulement un détachement de deux cents hommes disponibles, j'irais les inquiéter en les chassant de partout, mais avec 120 hommes que je puis tirer du fort ce serait une imprudence qui pourrait compromettre le détachement et le fort. Ainsi j'ai pris le parti d'attendre le général Belliard, à moins que les circonstances ne m'y forcent. Du reste tout est tranquille dans la province. Salut et dévouement.

Zayonchek.

Le général de brigade Zaj^czek au général en chef

Kleber\

Au quartier gén. d'Abou-Girgé, le 23 pluviôse an VIII (12 février 1800).

Général, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Mériter votre approbation est la récompense la

1 Probablement: El-Meçourah.

2 Voir lettres de Dugua à Zajaczek, à Béni - Souef (i^episfre J2. p. 432 et 437). Caire, le 2 février: Réception de sa lettre du 29 janvier. Des avis postérieurs lui ont appris que Mourad-Bey s'est éloigné de Beni-Souef. Il n'a plus d'intérêt à attaquer les Français et ils n'en ont plus à le chercher. Intérêts des beys relativement aux Turcs. Invitation de se tenir en garde contre eux. Envoi de la convention conclue pour l'évacuation de l'Egypte et de la proclamation du général en chef à ce sujet. — 4 février: Réception d'une dépêche. La mission de la Commission des grains dans la

' haute Egypte est finie. Les paysans n'ont plus d'intérêt à attaquer les Français; les Mameluks en ont à les éviter. Il espère que le général Bel- I liard n'aura plus rien à démêler avec eux. Ordre de faire connaître prompte- I ment le traité aux postes éloignés afin qu'ils évacuent l'Egypte supérieure I et qu'ils y cessent toute levée de contribution. Ordre de communiquer cette lettre à la Commission des grains.

' Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.

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plus flatteuse que j'aie pu ambitionner, et mes voeux sont combJés puisque vous êtes satisfait de mes services.

Depuis le 15 je suis remis à la colonne du général Belliard, Les Mamelouks nous attaquèrent le 16 avec beaucoup de cha» leur, le combat fut très opiniâtre, ils furent repoussés et battus. Nous les poursuivîmes tout le 17. Le 18, Mourad nous a fait savoir que la paix était conclue. Le général Belliard crut alors devoir lui accorder un armistice de huit jours i. En attendant vos ordres à cet égard nous prîmes la position d'Abou- Girgé, propre à observer Mourad et (à) favoriser sur le Nil nos transports de la haute Egypte l Salut et respect.

Zayonchek.

tazowskî, chef de brigade du génie, directeur des fortifications en Egypte, au général de brigade Sanson, commandant le génie en Egypte ^

Le Caire, 12 ventôse an VIII (3 mars 1800).

Je crois, Citoyen Général, que dans l'arme du génie le directeur des fortifications seul pouvait viser la comptabilité de sa direction; il paraît que vous en décidez autrement, en or-

» Voir Bousseau 221: Kleber à Belliard, le 11 février 1800 (l'approbation d'armistice).

' Registre I. p. 204 Kleber à Zajaczek, à Beni-Souef. Au camp de Salheyeh, le 3 mars 1800. Félicitations sur l'avantage qu'il a remporté sur Mourad-Bey à Sédiman. Avis du traité conclu avec le grand visir. Ordre de ne plus engager d'action avec les Mameluks; mais de se tenir sur une défensive telle que la moindre aggression de leur part ne puisse demeurer impunie. Ordre de se concentrer avec le général Belliard pour que les troupes venant de la haute Egypte ne soient pas insultées dans leur marche.

Registre ^. p. 63. Damas à Zajaczek, à Beni-Souef. Caire, le 9 mars 1800 : Mêmes ordres qu'au général Belliard pour la remise des places de la haute Egypte à Dervich-Pacha. Mêmes précautions lors de l'évacuation de Beni-Souef.

^ A. h. de la G., aut.

donnant au chef de bataillon Geoffroi ^, employé sous mes ordres dans la direction de Damiette, d'arrêter et de viser la comptabilité de cette direction pendant le temps que j'y commandais.

D'un autre côté vous me faites passer la comptabilité de l'an VI et VII de la même direction pour la terminer, ce que dans aucun cas je ne dois faire puisque je ne puis que la viser et la certifier véritable, si j'en ai trouvé les pièces en règles.

Comme je n'entends rien à toutes ces irrégularités qui me sont particulièrement désagréables, je vous renvoie les papiers que m'avait adressés le chef d'état -major Michaux, vous ferez régler le tout comme vous le jugerez à propos. — Salut et fraternité. Lazowski.

tazowskî, chef de brigade du génie, au général de brigade Sanson, commandant le génie en Egypte,

au Caire ^.

Damiette, le 10 germinal an VIII (31 mars 1800).

Je profite du courrier du général Belliard, Citoyen Général, jpour vous rendre compte sommairement de ce qui s'est passé idans la colonne commandée par ce général, depuis votre déipart de Salahié^.

Nous nous sommes mis en route le lendemain matin, 4 germinal, de Salahié, et nous sommes arrivés le jour même à El- Malakié^ où nous avons passé un ancien bras du Nil sans pont ni bateau, les pièces ont été traînées à bras d'hommes. Depuis ce village jusqu'au Nil nous avons eu très mauvais chemin, et indépendamment d'une infinité de canaux nous avons passé |un second bras du Nil, les hommes sur une digue et les pièces toujours traînées dans l'eau à bras d'hommes. Après six jours de marche, sans obstacles de la part des habitants, nous

1 Geoffroy S* Hilaire.

* Arch, h. de la Guerre, A. d'Orient, aut. ' Salheyeh.

* Probablement El-Malikin près du canal de Moûis.

368 LAZowsKi

sommes arrivés à Damiette, où nous avons été obligés de tuer environ 300 hommes avant d'entrer dans la ville.

Dans cette petite boucherie faite à Souhara au delà d'un petit pont que les Turcs n'avaient pas gardé, nous avons pris quatre pièces de canon, et aussitôt après le pavillon français porté par un parlementaire a ramené la paix dans cette partie de la basse Egypte, — nous n'avons eu qu'un canonnier de blessés et un cheval tué dans cette affaire, où le commandant turc de Damiette et les principaux habitants prétendent n'avoir eu aucune part. Ils assurent que ce n'est que la populace, cependant plusieurs Osmanlis sont restés sur le carreau, et on ne confie pas librement 4 pièces de canon à une populace.

Arrivé sur la place de Damiette, le commandant turc nous a assuré qu'il n'y avait personne à Lesbé ni à la tour du Boghaz, et aussitôt le général a expédié deux compagnies avec le sect)nd commandant turc pour s'assurer de ces deux postes.

Le général ayant voulu que je reste à côté de lui, j'ai fait partir Geoffroi qui est entré dans la place. Nous partons dans ce moment avec le général pour visiter Lesbé, les magasins, la tour etc. et aussitôt après je vous ferai connaître plus en détail l'état où nous avons trouvé ces deux postes.

Le général Rampon n'était point encore arrivé, et heureusement tout s'est passé. au gré de nos désirs.

Nous apprenons ici qu'un officier anglais partant de l'arméei du vizir a été forcé de relâcher à Burlos et envoyé prisonnier; au Caire par le commandant turc. On nous débite ici beaucoup d'autres nouvelles. — Salut et fraternité.

Notre interprète qui a été très maltraité et emprisonné] jusqu'au moment de notre arrivée, déclare que tous les habi-i tants sont armés. Il serait bon que le général en chef ordonne quelques mesures de rigueur à cet égard.

Lazowski.

Le général de brigade Zaj^czek au général en chef Kleber^, au Caire.

Au qu. gén. de Giza, le 14 germinal an VIII (4 avril 1800).

Général, j'ai eu l'honneur de recevoir votre ordre concernant la sortie des nmamelouks^, il sera exécuté. — Salut et respect. Zayonchek.

Lazowski, chef de brigade dit génie, au général de brigade Sanson , commandant le génie en Egypte ^

ail Caire.

Semenoud^ le 19 germinal an VIII (9 avril 1800).

Je vous ai écris, citoyen général, par le courrier du général Belliard le 10 du courant; je vous ai rendu compte de notre marche de Salahié à Damiette, de l'affaire que nous avons eu avant d'entrer dans cette ville, et de l'occupation de Lesbé, de la tour du Boghaz, que les Turcs avaient abandonnée.

Nous avons trouvé à Lesbé la place, l'artillerie et les munitions de guerre dans le même état que nous les avions livrées, et nous avons trouvé de plus 9 à 10 petites pièces à Damiette qui sont très propres à armer des barques.

Le général Rampon est arrivé 6 jours après nous, et il a fait délivrer douze mille parats pour remettre les quartiers de Damiette en état, que les Turcs avaient un peu démantelés.

* Arcld. h. de la Cru., A. d'Orient, aut.

' Registre N. 81. Damas, chef d'état-major, aux généraux Reynier, Priant, Zajaczek, Verdier et Leclerc, au Caire. Caire, le 4 avril 1800: Ordres aux postes et sentinelles placés autour du Caire d'accueillir les mamelouks qui se présenteraient pour en sortir, de ne leur faire aucun mal, de les laisser aller où ils voudront, et de faire conduire au quartier général ceux qui demanderaient à s'y rendre. Révocation d'un ordre d'arrêter Mustapha-Kachef.

» Arch. h. de la Cruerre, A. d'Orient, aut.

* Samannoûde sur la carte de Jacotin.

Les Polonais en Egypte. 24f

370 tAZOWSKI

D'après l'autorisation du général Belliard et l'ordre du général Rampon, nous avons aussi fait travailler sur-le-champ aux glacis de Lesbé du côté du lac, parce que dans cette partie les décombres de la place étaient si près du rempart qu'il aurait suffi d'appuyer quelques pièces de bois sur la crête de ces dé-^ combres et sur le parapet pour entrer dans Lesbé. On continuera ce travail jusqu'à nouvel ordre, le général donnera provisoirement des fonds et il se propose de prendre les ordres du général en chef, pour exécuter dans les deux provinces qu'il commande, les travaux qui seront jugés les plus urgents; il m'en a demandé l'état, que je vous remettrai à mon arrivée. J'ai laissé conformément à votre ordre le chef de bataillon Geoffroi à Lesbé et Ferco ^ à la division Rampon, oii il est employé dans ce moment à la réparation des casernes de Damiette, des fours et d'un pont volant pour la communication des deux rives.

Nous sommes partis de Damiette le 16 '''avec la 21'"^ demibrigade et il paraît que nous allons continuer notre marche sur le Caire par terre à travers le Delta; le général espère arriver plus promptement par cette route.

Dans l'espace de 6 à 7 jours que nous sommes restés à Damiette, il est arrivé en rade 4 bâtiments turcs qui apportaient des troupes et des munitions pour Lesbé, que le vizir croyait sans doute à lui. Ces bâtiments à bord desquels le pilote s'est rendu, sont repartis sur le -champ pour la Syrie. Il y est venu aussi un petit bâtiment anglais qui n'est resté en rade que très peu de temps.

Il y a 80 Osmanlis environ, faits prisonniers à Damiette, que l'on a envoyés à Lesbé, 5 chefs et le musselim^ qui commandait à Damiette sont avec nous; le général Belliard les conduit au Caire. — Salut et fraternité,

Lazowski.

* Probablement on doit lire: Ferrus.

2 germinal = 6 avril 1800.

3 Probablement on doit lire: muézin.

Lazowski, chef de brigade du génie, au général de brigade Sanson ^ commandant le génie en Egypte,

au Caire.

Giza-, le 23 germinal an VIII (13 avril 1800).

J'ai l'honneur de vous prévenir, Citoyen Général, que je viens d'arriver à Giza avec le général Belliard et la 21*"" demibrigade légère.

Cette demi-brigade étant venue par terre depuis Semenoud et le général Belliard ayant demandé les sapeurs nécessaires pour faciliter le transport de son artillerie, j'ai donné l'ordre à 14 sapeurs et un lieutenant d'accompagner la colonne jusqu'ici. — Salut et fraternité.

Lazowski.

Bataille d' Héliopolis et siège du Caire.

Bataille d'Héliopoîis.

Conformément à la convention signée à El-Arich le 4 plu-

1 Arch. h. de la Gm., A. d'Orient, aut.

2 Gizeh.

' Archives hist. de la Gu., A. d'Orient, dossier du 21 mars 1800; mé- I moire n'est pas signé. Voir aux Archives administr. de la Gn. lettre de Sanson, général de brigade du génie, commandant en chef son arme, au chef de brigade du génie Lazowski:

Au quartier général du Caire, le 11 messidor an VIII de la Rép. (30 , juin 1800).

{ Devant rester en Egypte, vraisemblablement jusqu'à la paix générale, jj'ai cru qu'il était important de régler notre service d'une manière stable... Etant le plus ancien officier de grade après moi et devant me remplacer ien cas d'absence ou de maladie, j'ai cru devoir vous destiner à rempHr la 'place d'officier supérieur attaché à l'état-major général de l'armée; d'ailleurs vos fonctions devant vous donner le commandement de tous les officiers du génie employés dans les divisions de l'armée, il fallait que ce fut l'officier le plus ancien qui fut chargé de ce service... J'ai prévenu le général en chef de cette mesure, ainsi que le chef de l'état-major. Je compte

viôse 1 et ratifiée par le général en chef Kleber le 8, l'armée française évacua successivement les postes de Katieh, Salheyeh^ Mit-Gamar, Mansourâh, Damiette, Belbeis et Suez. Cette évacuation se fit sans contestations et aux termes et conditions du traité. L'armée française s'était retirée au Caire. La tranquillité régna dans cette ville jusqu'au 30 ventôse 2.

Dès que l'armée turque eut pris possession de Belbeis, les Osmanlis commencèrent à accourir au Caire.

Mustapha -Pacha 3 qui devait y commander pour le Grand Seigneur prit quelques mesures pour satisfaire le général Kleber qui se plaignit des excès que commettaient ses soldats dans la ville. Deux grenadiers de la 75'"'' furent assassinés par eux. Le pacha fit étrangler et exposer sur la place Esbekieh cinq Turcs; cinq autres eurent la tête tranchée dans la cour du château.

La police était mal faite et les gardes peu exactes aux postes depuis le retour de l'armée. Le mal alla toujours croissant. Les Osmanlis établissaient des contributions particulières! sur les marchands, sur la porte desquels ils écrivaient: je suis! ton associé. Ces désordres continuèrent jusqu'à la rupture! de la convention. I

Si l'intérêt personnel du commodore sir Sidney Smith Ta-» vait déterminé à donner les mains à la convention d'El-Arich,' son gouvernement mû par d'autres motifs ne voulut pas lara-tifier. Il voulait sûrement se venger sur l'armée d'Orient de* l'affront du duc d'York en Batavie*, empêcher notre armée de

partir demain pour Damiette, et m'absenter du Caire pour quinze jours. Je désirerais que vous commenciez par vous occuper de la rédaction du siège du Caire, et de tout ce qui est relatif à la campagne du grand visir. Le chef de l'état -major du génie a l'ordre de vous remettre, sur votre demande, tous les matériaux que nous avons de différents officiers pour cet objet. Les notes que vous devez avoir, et celles que vous pourrez vous procurer à l'état- major général, pourront suppléer à ce qui manquera.

» 24 janvier 1800. Voir: Cour, de l'Eg. N" 57, du 18 pluviôse VIII; Pajol: Kleber 444—8; Corr. XXX, 111—6; Victoires.... XII, 46— Ô3.

3 Pacha d'Anatolie, commandant en chef à Aboukir.

* Capitulation d'Alkmaar du 18 octobre 1799.

BATAILLE d'hÉLIOPOLIS 373

prendre part aux opérations de la campagne qui allait s'ouvrir en Europe. Les lettres particulières et celles adressées au gouvernement français, prises par les Anglais sur un de nos avisos \ présentaient l'Egypte comme un pays sans ressources pour l'armée, peignaient l'armée sans solde, diminuée de moitié, exposée aux horreurs de la peste qui recommençait ses ravages. Le gouvernement anglais crut le moment favorable pour exécuter ses projets. Il crut pouvoir exiger que cette armée se rendit prisonnière de guerre, il fit plus, il osa faire demander par le lord Keith, commandant les forces anglaises dans la Méditerranée, que les Français missent bas les armes, fussent prisonniers de guerre, et attendissent en Egypte leur échange.

Le 22 ventôse 2, le général en chef reçut la lettre du lord Keith ^ Peut-être l'Anglais avait-il calculé qu'elle n'arriverait pas avant le 25 ventôse, jour désigné par les conventions pour l'évacuation du Caire. Le général la reçut assez à temps pour prendre des mesures capables de déjouer les projets de nos ennemis. Il voyait qu'il n'y avait plus de moyens de conciliation, et que la force des armes devait décider de tout. Il ne voulut pas cependant négliger les dernières ressources de la politique, fit proposer au grand vizir ^ un accommodement, moyennant qu'il se retirât avec son armée à Belbeis. (L'avantgarde de l'armée turque était déjà à El-Kanqah). Là il eût attendu le résultat des ouvertures qui auraient eu lieu avec lord Keith, pour obtenir du gouvernement anglais son accession à la convention d'El-Arich. Le grand, vizir rejeta les propositions du général Kleber.

L'armée française était bien disposée. Une harangue vrai-

^ Voir: Lettres de l'armée en Egypte au gouvernement français interceptées par la corvette de Sa Majesté Britannique El-Vincejo, dans la Méditerranée. Publiées par Autorité. Troisième partie. A Londres, le 23 janvier 1800. Voir aussi: Lettre de M. Foussielgue, ancien administrateur— général des finances de VEgypte, accompagnée de pièces justificatives, d M. Thiers, auteur de l'histoire du Consulat et de l'Empire. Paris 1845.

3 Datée: le 8 janvier 1800. Voir Rousseau 246, Corr. XXX, 120-1, Victoires... XII, 97—8.

^ Youssef-Pacha.

374 LAZOWSKl

ment militaire, à la suite de la copie de lord Keith\ mit dan» toutes les âmes ce feu guerrier sûr garant de la victoire. Toute l'armée était sûre de l'obtenir. Elle n'était pas entièrement réunie, on attendait les troupes de la haute Egypte ^ Il fallait gagner le temps nécessaire pour les faire venir.

Une conférence eut lieu chez le général en chef, entre toua les généraux. Le général Kleber leur donna connaissance des propositions qu'il avait faites au grand vizir, des demandes qu'il voulait faire de nouveau, et de la garantie qu'il voulait exiger de la sincérité des Turcs dans le traité. Garder la citadelle du Caire et les forts qui environnent la place était un des points de. cette garantie.

Le général Damas et le citoyen Gloutier, administrateur général des finances, se rendirent à Sybil-Ailem pour y conférer avec les fondés du pouvoir du grand vizir ^.

Les conférences durèrent jusqu'au 27 ventôse^. Ce jour arrivèrent au Caire les troupes de la haute Egypte. Le général en chef n'attendait plus rien pour rompre avec les Turcs; il signifia la rupture au grand vizir le 28 ventôse.

Une partie de la division du général Priant, qui s'était rassemblée le 21 ventôse dans la plaine d'Ibrahim-Bey, était campée à la Coubée ^ La division Reynier était campée entre les forts Camin et la pointe inférieure de Boulak. Les troupes de la haute Egypte joignirent la division du général Priant.

La reconnaissance de la position à prendre par l'armée en cas d'affaire avait été faite le 20 ventôse^ par le général en chef. Les jours suivants les communications à établir pour l'artillerie entre les divisions avaient été réparées.

Le 22 ventôse, des ordres furent donnés aux troupes de se tenir toutes au camp avec armes et bagages, prêtes à marcher.

1 Courier de l'Egypte. N» 62, du 27 ventôse VIII. Rousseau 246—7.

2 Courier de V Egypte. N^ 63: tLa proclamation du général en chef dtt 27 ventôse circulait dans l'armée, lorsque le soir du même jour environ trois mille hommes descendirent de la haute Egypte et prirent position aa i dehors du Kaire, près la Koubéh». Richardot: Nouveaux mémoires 238.

^ Rousseau 241.

' 18 mars 1800.

5 El Qobbet-le-Azeb.

« 11 mars 1800.

RATAILLE d'hÉLIOPOLIS 375

f , Le 25 ventôse ^, on fit pousser jusqu'à Birket-el-Haggi ^ qui était encore occupé par nos troupes, une reconnaissance qui avait pour objet de reconnaître la position de l'avant-garde ennemie à Matarieh, et de son corps d'armée près du village d'El- Kanqah.

Dans la nuit du 28 au 29 ventôse' les divisions se mirent en mouvement et se formèrent en corps d'attaque.

La division du général Reynier tenait la gauche; elle avait sa droite appuyée aux caravansérail de la Coubée. Elle était composée des 22^ légère, 9^, 13^, 25^ et 85^ demi -brigades de ligne, elle fut formée en trois carrés dont un composé de deux bataillons et placé en arrière des deux autres, leur servait de réserve. Chaque demi -brigade avait ses deux pièces d'artillerie placées aux angles opposés des carrés. Les angles avaient pour réserve et pour contreforts les compagnies de grenadiers et de carabiniers, disposées intérieurement de manière à pouvoir se porter partout où il en serait besoin. Les compagnies d'éclaireurs étaient à quelques pas en avant des carrés. Quatre pièces, de 8 et deux obusiers étaient placés entre les deux carrés. La division du général Priant était composée des 21^ légère, 61^, 75^ et 88^ de ligne, formées en carrés disposés dans le même ordre que celle du général Reynier, et tenant la droite. La cavalerie était placée entre les deux divisions et bien soutenue de son artillerie légère. Le 29 ventôse* à la pointe du jour, l'armée ainsi formée se mit en mouvement. — L'avant-garde de l'ennemi à Matarieh était de

1 25 ventôse=16 mars.

« Fort près du lac de ce nom (Lac des Pèlerins); voir Carte topogr. (La Jon qui ère II, 350).

^ Du 19 au 20 mars. Voir Courier de VEgypte N° 63. «Le 28, à mmuit environ, le général en chef partit du quartier général avec une faible escorte et dans le plus grand silence se rendit à la Koubéh. Les deux camps i à la droite et à la gauche du fort Shoulkouski (Suîkowski) se mirent aussitôt î en mouvement. Entre quatre et cinq heures du matin du 29, on entendit f^u Kaire les premiers coups de canon... »

Voir aussi: L. Reybaud, Histoire.... VII, 373 — 82, Rousseau 253. Villiers du Terrage 246—50, Ri char dot 238-56, Desvernois 225—30,

Corr. XXX, 122 — 3, Victoires XII, 103 — 12, Malus 167—76, Journal du

capitaine JBrançois 390—407.

* 20 mars.

six mille hommes dont la majeure partie d'infanterie d'élite. Quelques éclaireurs se trouvaient dans la plaine près des premières maisons de la Coubée. Les éclaireurs français leur firent signe de se retirer, quelques coups de canon assurèrent nos dispositions hostiles.

L'armée se porta à la hauteur de Matarieh; la gauche qui en devait former l'attaque, commença un feu assez vif de son artillerie pour en débusquer l'ennemi. Une foule d'hommes à pied en sortit alors et se jeta dans les terres sur notre gauche, en faisant crochet pour gagner nos derrières. Un drapeau blanc, porté à la tète de cette troupe sans ordre, la fit prendre pour des paysans qui venaient demander grâce pour leur village. La compagnie des guides à cheval fut envoyée pour reconnaître et amener le drapeau.

A mesure que les guides avançaient, une file de cavaliers turcs sortis de Matarieh, se portait au secours des fantassins. Il s'engagea entre les guides et les cavaliers une escarmouche dans laquelle les guides, peu nombreux, devaient avoir le dessous. Le 22® régiment de chasseurs à cheval fut envoyé à leur secours, chargea et dispersa les Turcs. Le carré de réserve de la division Reynier s'y porta de même et nous rendit entièrement maîtres du champ de bataille sur ce point.

Les principales forces de l'ennemi étaient dans le village et les jardins de Matarieh \ L'attaque était ordonnée.

Des ordonnances de Nassif Pacha qui commandait l'avantgarde turque et des Mamelouks d'Elfi-Bey, vinrent prévenir le général Kleber que leurs chefs désiraient parlementer. Le général en chef qui n'avait rompu la convention d'évacuation que malgré lui, désirait tenter encore un moyen d'accommodement et eût écouté l'ennemi, s'il eût consenti à se retirer à Belbeis, pour y attendre la conclusion de nouveaux arrangements. On tient ceci de lui-même. Il envoya le chef de brigade Baudot, l'un de ses aides de camp, avec son interprète, à Nassif-Pacha, pour lui faire connaître ses intentions.

Cependant la division Reynier avait commencé l'attaque du

1 Voir rapport de Malus (La Jonquière II, 349): <Le village d'El-Matarieh, placé sur la limite des terres cultivables, est riche et bien peuplé. Il renferme de grands jardins propres à l'établissement d'une division entière... >

BATAILLE d'hÉLIOPOLIS 377

village. Le général de brigade Lagrange avait lancé les grenadiers et (les) carabiniers; et, un bataillon de la division Priant se portait à la sortie du village pour couper la retraite à l'ennemi. Le général donne ordre de suspendre l'attaque. Le général Lagrange était aux prises avec l'ennemi et trop avancé pour pouvoir reculer. Déjà le camp était en notre pouvoir et les grenadiers s'enfonçaient dans le village.

L'ennemi avait tiré quelques coups de canon sur nos carrés qui n'en furent pas atteints. Il se précipita ensuite sur nos colonnes, le sabre à la main. On croisa les baïonnettes et on fit un feu de file qui les mit en déroute.

Le village fut évacué à l'exception d'une centaine de Turcs qui restèrent dans les jardins.

Le bataillon de la division Priant qui avait en ordre de couper la retraite à l'ennemi et s'était arrêté par ordre, vit sortir l'infanterie turque du village sans pouvoir lui nuire.

La division Reynier prit dans le camp ennemi une quantité considérable de tentes dressées sans ordre autour du village et dix sept pièces d'artillerie de campagne qui étaient en batteries sur les différentes avenues. La division eut 8 à 10 hommes tués et une vingtaine de blessés. Le 22® de chasseurs et les guides à cheval perdirent quelques hommes dans la charge en arrière des carrés.

Pendant l'attaque une partie de la cavalerie de l'ennemi se porta sur notre droite dans le désert et une partie de l'infanterie qui s'échappa du village, se jeta sur notre gauche pour gagner le Kaire. Dans un moment on vit les ruines d'Héliopolis, couvertes des troupes du visir en déroute.

Le carré de droite de la division Reynier laissa sur sa gauche le village de Matarieh que traversa le carré de gauche. Le carré de réserve resta pour briser les affûts et enclouer les pièces prises et enlever les blessés. La division se reforma sur les ruines d'Héliopolis, sur la ligne de bataille de la cavalerie et de la division Priant.

L'armée fît alors un mouvement sur sa gauche pour laisser à droite la lisière de villages et de bois de palmiers qui s'étend depuis El-Merg jusqu'au caravansérail de Birket-el-Haggi.

A la hauteur d'El-Merg l'ennemi fit mine de vouloir nous atteindre. La cavalerie du camp d'El-Kanqah avait eu le temps

de rejoindre les fuyards, un corps considérable se présenta en bataille, la gauche au bois d'El-Merg, la droite au village le plus voisin \ et le centre sur une petite éminence qui tient le miiieu entre ces deux points.

L'armée marche à ce corps. L'artillerie de la division Priant arrivée à portée fît sur le centre un feu vif qui eut bientôt dispersé toute cette nuée de cavaliers. Nous pûmes alors juger du peu d'ensemble que mettent les Turcs dans leurs attaques. Chaque soldat ne suivait que l'impulsion de sa volonté, allait et venait, l'un brandissait une longue lance et un petit drapeau, l'autre agitait son sabre, un autre venait hors de portée tirer en caracolant un coup de carabine ou de pistolet. La majeure partie de cette cavalerie se jeta dans les bois d'El-Merg, et quelques cavaliers furent assez hardis pour venir planter leurs drapeaux à 50 toises de la division Friant. Nos éclaireurs les eurent bientôt chassés.

L'ennemi se rallia pour la deuxième fois à peu près à la hauteur de Birket-el-Haggi; même manœuvre de sa part, et même attaque de la nôtre. Une volée d'oiseaux tirée par un chasseur n'est pas plus facilement dispersée que la cavalerie turque ne le fut par le canon.

On aperçut à la suite de cette troisième attaque qu'un corps de cavalerie se portait sur notre droite derrière les bois et prenant le chemin du Kaire.

L'armée française continua sa marche sur El-Kanqah dans le plus grand ordre. On croyait que l'ennemi nous attendrait dans le village. Une reconnaissance poussée en avant jugea aux tourbillons de poussière qui remplissaient l'air, que le grand vizir avait quitté son camp d'El-Kanqah et se retirait à Belbeis»

L'armée bivouaqua en avant d'El-Kanqah. Le 29 ventôse* vers minuit, le général Lagrange partit avec un bataillon de la 25®™® et les dromadaires à pied pour le Kaire.

Le général en chef devait avoir de grandes inquiétudes sur la tranquillité de cette ville qu'on savait remplie d'Osmanlis qui ne manqueraient pas d'être joints par les corps qu'on avait vus se séparer de l'armée du grand vizir.

^ El-Menâïl (probablement).

2 20 mars.

BATAILLE d'hÉLIOPOLIS 379

A la même heure, les divisions se mirent en marche pour Belbeis. La division Reynier formait Tavant-garde. A midi, l'armée était à portée de canon de la ville. Un corps de cavalerie turque qui parut un instant sous les murs prit bientôt la fuite. Aux nombreux drapeaux qui bordaient les parapets de la lunette, il était facile de juger cet ouvrage occupé. Entre la ville et le canal d'Abou-Meneggeh étaient placées deux ou trois pièces qui tirèrent sur notre gauche.

La division Reynier tourna la ville par la droite et la division Friant s'en empara. Dès que nous fûmes maîtres des maisons qui sont à la gorge de la lunette, l'ennemi ne put se servir de ses pièces du saillant.

Les officiers du génie désignèrent dans les rues qui contournent la ville, la position des pièces à mettre en batterie pour détruire la porte et la gorge de l'ouvrage. La gorge à 24 toises extérieurement, elle est bastionnée et ses flancs et faces sont crénelés pour la fusillade. La hauteur est de 4 toises et le revêtement en briques de terre crue est de 2 pieds au sommet.

Une pièce de onze mise en batterie à 150 toises de la porte tira plusieurs coups jusqu'à la nuit et ne produisit aucun effet. Elle fut mal dirigée. On tira aussi de la division Reynier quelques coups de canon et d'obusiers qui ne firent que de légers écorchements au revêtement. Le feu cessa; on somma les Turcs de se rendre. On décida avec bien de la peine un de leurs chefs à aller voir le général en chef ■ dont les promesses ne purent décider la garnison à sortir du fort.

Le lendemain matin, le V^ germinal \ on se disposa à recommencer le feu, quelques coups de canon donnèrent dans la porte, la brisèrent. L'ennemi la barricada avec des animaux morts et des pièces de bois. Il n'avait cessé de faire de ses crénaux un feu de mousquetterie bien nourri, qui cependant ne nous avait blessé qu'un ou deux hommes.

Le général Belliard fut chargé de négocier la reddition de la lunette. Les Turcs demandèrent leurs armes et la faculté de rejoindre l'armée du grand vizir. Après plusieurs tergiversations et mensonges sur la force de la garnison, ils se décidè-

1 22 mars.

380 tAZOVVSKI

rent enfin à sortir aux conditions qu'ils ne seraient pas fouillés et qu'on leur laisserait 200 armes. C'étaient tout ce qu'ils avaient. Ils sortirent vers midi, au nombre d'environ huit cents, emmenant leurs blessés. La soif dont ils étaient dévorés les fit courir aux puits voisins. Là des soldats avides de pillage leur enlevèrent des armes à leur convenance.

Le citoyen Latour, aide de camp du général en chef, faillit être la victime de cette infraction des promesses du général en chef. Un Osmanlis lui tira un coup de pistolet qui lui effleura seulement l'épaule. D'un mouvement simultané tous les Osmanlis jetèrent à terre les armes qui leur restaient. Ils voulaient punir de mort eux-mêmes celui qui avait tiré sur l'aide de camp, ils prévinrent ainsi l'ordre de les désarmer qu'envoya le général en chef. Ils prirent sans escorte la route de Salheyeh.

La division Reynier et la cavalerie partirent vers midi, et deux heures après le quartier général et la division Friant commandée par le général Belliard.

La division Reynier bivouaqua en avant des villages sur la lisière du désert à deux lieues de Koraïm. Le quartier général resta en avant des villages de Saida, une lieue en arrière de la division Reynier.

Le 2 germinal^ sur les deux heures du matin, la division Reynier se mit en marche avec la cavalerie et ses deux carrés. A la pointe du jour elle était arrivée en avant de Koraïm lorsqu'on entendit au loin quelques coups de canon.

Le général Reynier prévit l'approche de l'ennemi et gagna la crête d'une petite hauteur. Il y établit son carré de droite avec son artillerie de position et laissa un peu en arrière son carré de gauche et la cavalerie à portée d'observer les mouvements que ferait l'ennemi du côté de Koraïm. A peine cet ordre fut-il établi que les divisions furent enveloppées par une nombreuse cavalerie soutenue d'un corps d'infanterie. L'artillerie eut bientôt éloigné l'ennemi qui se contenta de rester en présence.

La division Friant et le quartier général quittèrent leur bivouac au point du jour. Le quartier général, ayant pour escorte la compagnie des guides et le 7^ régiment d'hussards, prit les

23 mars.

BATAILLE D HELIOPOLIS

devants à une lieue de Koraïm. Le bruit du canon de la division Reynier fit accélérer la marche. Le général en chef fit venir une pièce des guides et s'avança jusques sur les hauteurs voisines de Koraïm, et d'où l'on découvrit les divisions et l'armée ennemie.

Le quartier général avait peu de développement. L'étatmajor, les hussards et les guides se formèrent de manière à présenter un grand front, ce qui n'en imposa pas à l'ennemi. Le petit nombre d'hommes qu'il voyait, l'enhardit, sa cavalerie commença à s'ébranler pour se porter contre nous. Attendre l'ennemi dans cette position était un parti dangereux; on voulut tirer un coup de canon, le général en chef le défendit. Rétrograder sur la division Priant n'était pas possible, elle était trop éloignée.

Le général en chef ordonne de se porter en avant pour rejoindre la division Reynier. Cet ordre s'exécuta d'abord avec .assez d'ensemble; mais la cavalerie ennemie qui n'avait pour tomber sur nous, que la moitié du chemin que nous avions à parcourir pour arriver à la division Reynier, eut le temps de se jeter dans l'intervalle qui nous séparait de cette division. Pour l'éviter autant que possible, on appuya à gauche sur les murs du village de Koraïm. Le quartier général fut fort mal reçu par les Arabes qui bordaient les murs et fusillaient ce qui se trouvait à leur portée. Il y eut un moment de désordre. Les guides passèrent à droite, rangs serrés, et ne furent pas entamés. Les hussards qui protégaient la pièce de canon furent assaillis par une multitude de cavaliers, ils se mêlèrent avec eux. Les Osmanlis tombèrent sur la pièce et le caisson, tuèrent tous les charretiers et emmenèrent les chevaux.

Le général de division Leclerc, qui commandait la cavalerie, voyant l'embarras et le danger où se trouvait le général en chef, envoya deux régiments de cavalerie en masse qui chassèrent promptement l'ennemi. Le g-al en chef fut frappé par les Arabes près des murs des jardins du village. Il gagna sans autre accident la division Reynier.

On perdit dans cette affaire une vingtaine d'hommes tués, nous eûmes une quinzaine de blessés. Presque tous les dromadaires des généraux et officiers de l'état-major furent pris

avec leurs effets. Les Turcs laissèrent quelques cavaliers sur les champs de bataille.

La division Priant parut bientôt, et se dirigea sur la droite de la division Reynier. Lorsqu'elles furent à la même hauteur, l'armée se remit en marche, l'ennemi effectua alors sa retraite.

Les divisions bivouaquèrent à moitié chemin de Koraïm à Salheyeh, sur le bord d'un marais du côté des terres cultivées.

Le 3 germinal^ au point du jour, les divisions se remirent en marche par Salheyeh. A quelque distance des bois, les paysans accoururent au devant de l'armée et annoncèrent avec de grandes démonstrations de joie, le départ de l'armée du vizir. Nous fûmes bientôt dans le camp des Turcs et à la grande quantité de tentes et d'autres objets de toute espèce, il est facile de juger avec quelle précipitation ils l'avaient abandonné. On y trouva trois pièces de canon, trois mortiers et beaucoup de caissons. Les ouvrages étaient tels qu'ils avaient été quittés par les Français et armés de la même artillerie.

La cavalerie poussa une reconnaissance sur le chemin de Katieh et rentra au camp vers les deux heures de l'après-midi.

Les nouvelles reçues du Kaire pressaient le général en chef d'y retourner. Outre la colonne sous les ordres du général de brigade Lagrange partie le 30 ventôse du camp d'El-Kanqah, le général Friant était parti de Belbeis le V^ germinal ^ avec la 61® demi-brigade pour chercher à y rétablir l'ordre.

Le général en chef partit le 3 germinal^ vers quatre heures du soir avec la cavalerie, l'artillerie, les 75® et 88® demibrigades. La division Reynier resta en observation à Saléhiéh. Elle était destinée, lorsqu'elle aurait reçu du Kaire des vivres et des munitions, à marcher sur El-Arich que le général en chef avait dessein de faire démolir.

Le 4 germinal ^ la 21® légère sous les ordres du général de brigade Belliard partit pour Damiette et coucha le même jour à Malakieh. On eut beaucoup de peine à passer un canal qui est près du village. On fut obligé de porter les pièces à bras. Après six jours de marche pénible, dans un pays très

* 24 mars.

* 22 mars.

3 24 mars.

* 25 mars.

BATAILLE d'hÉLIO FOLKS 383

coupé de canaux, la 2P arriva près du village de Souhara, où elle trouva rassemblée derrière un canal une troupe d'Osmanlis et de paysans armés ayant quatre pièces de canon. Le général Eelliard fit passer ses troupes sur un petit pont que les Turcs n'avaient pas gardé. Elles tombèrent sur le rassemblement tuèrent environ trois cents hommes, prirent les quatre pièces' et entrèrent dans Damiette, conduites par un parlementaire qui vint le drapeau tricolore à la main pour les recevoir. Nous n'avons eu dans cette affaire qu'un homme blessé. Les Osmanlis laissèrent plusieurs des leurs sur le champ de bataille, et environ quatre vingts prisonniers dont six chefs, qui furent conduits au Kaire.

On sut du commandant de Damiette que la place de Lesbé et la tour du Boghaz n'étaient pas occupées. Le générai Belliard y envoya de suite des troupes. La place de Lesbé était telle qu'on l'avait livrée, l'artillerie et les munitions étaient dans le même état.

On trouva à Damielte dix petites pièces propres à armer des barques.

Du 10 au 16 germinal^ quatre bâtiments turcs qui apportaient des troupes et des munitions pour Lesbé parurent en rade. Le pilote du Bogahz les prévint de notre rentrée à Damiette, ce qui les décida promptement à faire voile vers la Syrie. Un petit bâtiment anglais qui venait aussi à Damiette n'est resté qu'un moment en rade.

Le général Rampon qui était resté dans le Delta pour y maintenir les habitants, reçut ordre de" descendre à Lesbé pour y commander les attaques, si l'ennemi y avait des moyens et ^ue ceux du général Belliard ne pussent suffire pour reprendre la place. Il arriva six jours après le général Belliard. Le 16 germinal 2, le général Belliard partit avec la 2V légère pour le Kaire, il y arriva le 23 germinal ^

Le général en chef partit le 3 germinaH de Saléhiéh et arriva au Kaire le 7 germinal ^.

^ Du 31 mars au 6 avril.

» 6 avril.

3 13 avril.

* 24 mars.

5 27 mars.

Les opérations militaires qui eurent lieu dans cette place et sous ses murs depuis le 29 ventôse^, jour de la bataille de Matarieh, méritent que l'on en reprenne le récit à cette époque*

Siège du Kaire^.

Extrait des rapports des officiers du génie présents aux différentes affaires qui se sont passées depuis le 30 ventôse jusqu'après la reprise du Kaire

Le 29 ventôse (20 mars 1800), on commença à sentir au Kaire les premières étincelles de ce feu qui y couvait depuis, l'entrée des Osmanlis échappés ou plutôt envoyés du camp du vizir. On avait pris si peu de précautions pour les empêcher d'y entrer et de mesures pour les en faire sortir qu'il y en avait très grand nombre le jour de la bataille de Matarieh *.

Nassif-Pacha, commandant l'avant-garde du vizir, et Ibrahim-Bey, à la tête d'un corps de cinq à six mille Turcs ou Mameluks, échappés à la déroute d'Héliopolis, prirent, comme

* 20 mars.

2 Cette pièce importante n'était pas complètement inconnue. Il y a pré» de 60 ans, on en signalait l'existence et on s'est servi de ce document pour rédiger Journal du siège du Kaire par Varmée française [Le Spectateur militaire IX (1830) p. 356—87; voir aussi Bévue d'Egypte (Kaire, octobre 1895, p. 287—314) où ce travail fut réimprimé). Mais jusqu'ici ce document n'avait pas été publié intégralement et sans aucun remaniement.

' Voir Journal d' Ahdurrahman Gdbarti 142. Bévue d'Egypte, septembre 1895, p. 203—4: Notes sur l'insurrection du Caire: aL'armée étant partie dans la nuit du 28 au 29 ventôse, le peuple... parut en mouvement sur le matin du 29 et fort agité; mais il n'agit que vers les 3 heures, lorsque quelques chefs, tel que Seïd Omar Makram, le fils du cheik Mahmed el Givary, les janissaires et troupes turques qui étaient en ville, se furent mis à leur tète, alors l'insurrection fut générale; la populace commença le pillage des maisons habitées par les Français,... quelques-uns étaient alors armés d'armes à feu; mais aucun n'était sans bâtons. Dirigée ensuite par la soldatesque turque, cette populace établit les barricades à toutes le» avenues; et ouvrage était complet vers les 10 heures. N'ayant plus d'occupation, partie du peuple se porta hors de la ville, vers la Coubée, pour connaître le résultat de la bataille, dont on avait entendu le feu, et partie chercha à piller les quartiers habités par les chrétiens... Ces divers attaques durèrent jusque sur les deux heures, où les cris de joie des femme» annoncèrent l'arrivée de Nassif-Pacha, d'Ibrahim-Bey et des mamelouks; parmi le peuple se trouvaient alors beaucoup plus de personnes avec des armes à feu...»

on l'a dit plus haut, un détour dans les terres et vers Birketel-Haggi, se portèrent sur les derrières de notre armée, et entrèrent successivement dans le Caire, par différents points, principalement par la porte Babel-Nasser \ depuis les 29 et 30(20 et 21 mars).

Le 30 ventôse ^, il y eut quelques coups de fusil tirés sur la place Esbekieh. La maison du général en chef était le réduit de sûreté dans lequel tous les Français restés au Caire se retirèrent la nuit qui précéda la bataille de Matarieh. L'ennemi, maître de toute la ville, voulut encore chasser les Français de cette maison. Il chercha d'abord à se loger dans les maisons qui environnent la place depuis celle du général Reynier jusqu'à l'état -major général et depuis cette première en <îontournant la place jusqu'à la Trésorerie^. On commença sur la porte d'entrée du quartier -général un épaulement en coussins et en matelas pour placer une pièce. On ferma par une barricade la rue qui aboutit à l'état-major général. On se battit dans cette rue. L'ennemi y perdit un kiachef.

Nuit du 1®''^ au 2^ on voulut reprendre à l'ennemi toutes les maisons qu'il avait occupées autour de la place; elles furent emportées et on laissa des postes dans les principales.

Le 2 6, au matin, l'ennemi reprit celles non occupées et per- :çant de maison en maison délogea nos troupes de celles qu'elles •gardaient, à l'exception de celle du général Reynier et de la ■direction du génie.

Dans la nuit du 2 au 3^ on fit en terre l'épaulement de la porte du quartier général.

L'ennemi avait eu le temps pendant la marche de notre armée sur El-Kanqah de reprendre quelques pièces sur le champ

1 Bâbennassr, la porte de la Victoire.

3 Voir: Spectateur militaire IX: «Plan d'une partie de la ville du Caire pour l'intelligence des opérations militaires du 21 mars au 22 avril 1800». Victoires IX, 156: «Plan du Caire».

* germinal=22/3.

ïLes Polonais en Egypte. 25

de bataille de Matariéh. Le 3 \ matin, il en démasqua deux sur le quai près la maison du commandant de la place. On répondit à leur feu qui fut peu vif, par trois pièces en batterie, l'une sur le minaret du quartier général, l'autre à la porte, et une troisième sur le terre -plein de l'entrée de la cour. — Le général de division Priant arriva le matin avec deux demibrigades. L'ennemi cherchait à pénétrer sur notre droite; pour l'éloigner, on mit le feu au quartier depuis la direction du génie jusqu'à l'état-major général. Les tentatives qu'il fit par la route de Boulak furent aussi infructueuses. Il fut chassé de la barricade à l'entrée de cette rue.

La nuit 2, on perfectionna la batterie du quartier général. — Pour enipêcher les Turcs de se répandre sur la place Esbekieh et de s'avancer de trop près du quartier général, on commença une batterie sur un petit tertre en avant et à gauche de l'épaulement de la porte sous des arbres. On établit une communication entre cet ouvrage et l'épaulement. On continua, à brûler le quartier des Boucheries et on détruisit quelque» murs de jardin qui servaient de couvert aux Turcs. On établit devant la porte de Bouiâq un redan pour battre la route neuve et le quartier des Boucheries. On incendia toutes les maison» entre ce quartier et la porte de Boulak.

Le 4 germinal 3, l'artillerie de l'ennemi redoubla son feu^ Les Osmanlis attaquèrent nos postes dans le quartier cophte et les repoussèrent, nous reprîmes nos positions, nous nous maintînmes. — A la droite, l'ennemi sortit de la maison dui cheik El-Bekry, se rassembla sur la place Esbekieh, derrière une citerne, pour tomber sur nos postes: nos soldats fondirent: sur lui, tuèrent quelques hommes, entre autres un bey. — Les i tentatives qu'avait faites l'ennemi pour s'emparer du quartier cophte, dont nous étions les maîtres, et les difficultés de nous* y maintenir de vive force, nous obligèrent à pousser l'incendie i en avant de ce quartier. — L'ennemi fît encore un mouvement à la droite et fut repoussé.

1 germinal=24/3 1800.

2 du 3 au 4; germinal=2^-25/3.

l La nuiti, on perfectionna la batterie sous les arbres et on abattit les murs de la citerne devant le jardin du cheik El- Bekry. — Pour fermer entièrement à l'ennemi les avenues du quartier général, on établit à droite de la maison de l'étatmajor une batterie qui avait vue sur la maison du général Reynier, occupée par les Turcs et sur la chaussée de la place.

Le 5 germinal 2, on eut avis que l'ennemi voulait tenter un dernier effort pour nous chasser du quartier général. On marcha sur lui au quartier des Boucheries et on l'obligea à rentrer dans la maison du général Reynier. Le chef de brigade Conroux, de la 61""^, fut blessé mortellement en combattant à la tête de ses grenadiers. Le chef de brigade Maugras de la Tô""^ fut aussi blessé, mais peu dangereusement. On mit alors le feu au quartier des Boucheries, pour empêcher l'ennemi de recommencer ses tentatives sur ce point.

La nuit du 5 au 6 germinal ', on établit une petite batterie destinée à balayer tout ce qui se présentait dans les jardins derrière le quartier des Boucheries; elle fut soutenue par un T poste d'infanterie retranché. Tous les murs de clôture qui auraient masqué ses feux furent démolis. — On s'empara encore du boyau que les Turcs avaient établi entre le jardin du cheik El-Bekry et la citerne détruite dans la nuit du 4 au 5 germinal*.

Le 6 germinal 5, on se battit au quartier des Boucheries, l'ennemi reprit et perdit plusieurs maisons où nous nous établîmes plus solidement. — Le général en chef arriva vers midi lavec une partie de l'armée qui prit position entre le fort Sulkowski et le fort Gamin, et de ce point en avant du quartier des Tanneries.

On fit dans la nuit du 6 au 7 germinal^ une communication du quartier général à l'état-major et on assura les postes du quartier des Boucheries par des estacades.

» du 4; au 5 germinal (25—26/3).

Le 7\ on continua les travaux de ces barricades de manière à fermer à l'ennemi toutes les avenues vers ce même quartier.

Le 8 <^erminar^ on ouvrit une communication entre le quartier copte et les dernières maisons voisines du quartier général. On établit une batterie d'obusiers sur les monticules de décombres en avant du quartier Bâb-el-Louk, et on continua à brûler celui des Boucheries.

Pendant la nuit du 8 au 9 germinal 3, on travailla à l'établissement d'une batterie sous le minaret de la mosquée voisine de la direction du génie, dans la vue d'éteindre le feu des pièces que l'ennemi avait placées dans le jardin du cheik El- Bekry.

Le général en chef avait dès le moment de son arrivée fait des tentatives pour faire rendre la ville de Boulak. Il y avait fait jeter des obus, en avait fait occuper toutes les avenues, et l'avait resserrée autant que possible. Il fit cette nuit enlever au-dessous de la ville une mosquée, qui parut propre à servir de poste pour favoriser l'attaque qu'il méditait. Cent hommes de la 88"''', commandés par le chef de bataillon Ravier, s'emparèrent de ce poste.

Le 9 germinal*, on tira quelques coups de fusil au quartier des cophtes, on se ménagea pendant la nuit un réduit sur la porte Bâb-el-adid et on établit un poste dans les jardins près la porte du Delta. Une pièce fut mise en batterie sur 1© pont près du quartier copte.

Le 10 germinal^, on voulut déloger l'ennemi de la maison de la direction du génie. On renforça les postes de la droit© 1 et on prépara les moyens d'attaque.

Cependant le général en chef qui n'avait d'autre intention ■■ que de ménager son armée et de conserver la ville du Caire^ ^ avait cherché à désunir les chefs de l'armée ennemie et les principaux habitants. Il était parvenu à faire demander à Nas-

sif-Pacha, Osman-Kyahya et Ibrahim-Bey une capitulation dont il leur accorda plusieurs articles. Mais les principaux révoltés qui craignaient pour eux les suites de notre rentrée, rendirent inutile cette capitulation en soulevant de nouveau la populace et en sollicitant les chefs des Mameluks et des Osmanlis à se réunir pour les défendre. Au nioment fixé pour l'exécution des articles les Turcs refusèrent de remettre les postes et le général en chef fit de nouveau recommencer les hostilités.

Jusqu'alors toutes les opérations du siège avaient consisté de notre part plutôt à nous maintenir dans la maison du quartier général et dans le quartier cophte qu'à chercher à gagner du terrain sur l'ennemi que nous ne pouvions déloger d'une seule maison, sans en faire une attaque en règle. Nos moyens en artillerie étaient peu considérables. Le général en chef fit revenir d'Alexandrie des fers coulés qui manquaient; on en usa avec toute la parcimonie possible. Il était cependant nécessaire de persuader à l'ennemi que ce n'était ni la crainte ni notre faiblesse qui nous empêchaient d'agir contre lui. De la citadelle, du fort Dupuy, des forts Suîkowski, de l'Institut, du quartier général, des buttes devant le quartier des Tanneries, on fît sur la ville le feu le mieux nourri qu'il fut possible, vu notre peu de moyens.

Le 11 germinal ^ on devait ouvrir avec des bombes le mur de la direction du génie. Le canon parut plus propre pour cette attaque. On plaça une pièce de 8 dans les ruines de la maison voisine et le 12 ^ on battit en brèche. Dès qu'elle fut praticable, un détachement de carabiniers se jeta dans la maison, en débusqua l'ennemi et s'y logea. Le feu d'artillerie et de mousqueterie de l'ennemi logé dans les maisons voisines ne permit pas d'y tenir; on y mit le feu. A la gauche on s'empara de quelques maisons qu'avait occupées l'ennemi et on les incendia.

Le 13 germinaP, l'ennemi fit feu de derrières de la maison Reynier d'une petite pièce et nous blessa quelques hommes. Il avait intention de pénétrer sur notre gauche par la rue qui

aboutit à la Porte de Fer, de tourner ainsi le quartier copte et de nous en chasser. Il poussait l'incendie devant lui et attaquait tous les postes que nous avions à la tête du quartier.

On chercha au commencement de la nuit du 13 au 14 à isoler et à arrêter l'incendie que l'ennemi avait allumé. Pour prévenir les mouvements qu'il aurait pu faire vers la gauche, le général en chef ordonna une attaque par la rue qui aboutit à la Porte de Fer. On devait s'emparer dans cette rue de quatre mosquées voisines l'une de l'autre, s'établir à la plus avancée, se lier par une communication avec les premiers postes de la droite du quartier copte et en suite par la gauche avec le fort SuJkowski et mettre le feu en avant de soi pour éloigner l'ennemi. La division Reynier que le général en chef avait fait revenir de Salheyeh, était campée dans cette partie, sa droite au fort Gamin et tenant par des postes les monticules avantageux depuis le fort Sutkowski jusques près de la citadelle. L'adjudant général Aimeras avec une compagnie de carabiniers de la 4*^ légère, une compagnie de la 75*, 100 hommes de la 61** et 20 sapeurs fut chargé de cette attaque. Il avait une pièce de canon. A la première barricade de l'ennemi le capitaine de carabiniers fut tué et sa compagnie rétrograda; elle fut reconduite à l'ennemi qu'elle chassa jusqu'à la mosquée. Toutes les maisons de droite et de gauche jusqu'à cette mosquée furent enfoncées et les Turcs qui s'y trouvèrent armés, égorgés. L'ennemi qui défendait les maisons en avant de la mosquée, fit un feu très vif, mais qui n'empêcha pas de mettre le feu aux maisons devant notre porte et de barricader la rue. La communication avec le quartier copte fut de suite établie. Nous eûmes dans cette attaque trois hommes tués et douze blessés. L'ennemi a dû perdre beaucoup de monde.

Le 14 germinaP, nos troupes perdirent la position prise pendant la nuit précédente. Elles furent intimidées à la vue de quelques Turcs qui débouchèrent sur leurs flancs, et se retirèrent en désordre. On ne put regagner le poste et on fut obligé de se barricader en arrière de la première mosquée. Nous perdîmes plusieurs hommes qui n'eurent pas le temps de sortir de la première. On s'est de nouveau lié avec le quar-

* 4 avril.

SIEGE DU CAIRR 391

tier copte et on a mis le feu aux maisons en avant de la mosquée qui a été crénelée et occupée.

Le 15 g-erminal \ on plaça des postes le long- de la vieille enceinte de la ville pour lier la mosquée avec ceux de la division Reynier, et on s'établit dans toutes les maisons qui avoisinent la mosquée et pouvaient la flanquer.

Le général en chef après avoir inutilement cherché à désunir les chefs des Osmanlis et de Mameluks, renoua avec Mourad-Bey les premières négociations qu'il avait entretenues avec lui avant la bataille d'Héliopolis. Osman-Bey-el-Bardisi, chargé de pleins pouvoirs de la part de Mourad-Bey, se rendit au quartier général et conclut la traité qui suit 2.

* 5 avril.

* Au nom du Dieu tout puissant. Le très honoré et très illustre parmi i les princes Mourad-Bey -Mohammed ayant témoigné le désir de vivre en

paix et bonne intelligence avec l'armée française en Egypte, et le général Kleber voulant lui donner des preuves distinguées de l'estime qu'ont inspiré aux Français son courage et la conduite qu'il a tenue envers eux,— il a été convenu ce qui suit.

Article 1". Le général en chef de l'armée française reconnaît, au nom du gouvernement, Mourad-Bey -Mohammed en qualité de prince gouvernant de la haute Egypte. Il lui concède à ce titre la jouissance du terri- I toire sur l'une ou sur l'autre rive depuis et y compris le canton de Baras I Boura, province de Girgeh, jusqu'à Syène, à la charge de payer à la République française le miri dû au souverain d'Egypte.

Art. 2. Cette redevance annuelle sera fixe et réglée à deux cent cin- ! quante bourses (178,571 f. 43 c.) de vingt mille médins chacune, quinze mille ardeps de froment et vingt mille ardeps en orge et autres grains.

Art. 3. Le miri en argent sera payé par quart de trois mois en trois j mois, en réglant le commencement de l'année sur le calendrier français. I Le miri en nature sera versé chaque année dans les magasins du Caire I du l""® floréal au 30 fructidor, et il sera tenu compte à Mourad-Bey des I frais de transport à raison de quarante médins l'ardeb, lesquels frais seront I comptés en déduction dans le payement du miri en argent.

Art. 4. Le produit des douanes de Kosseir et de Chesné est compris ! dans les concessions précédentes. Le port de Kosseir sera occupé par les j troupes françaises et Mourad-Bey sera tenu d'entretenir dans cette place I un corps auxiHaire de Mamelouks. Il approvisionnera en vivres et à ses frais j la garnison française qui sera au moins de deux cents hommes. La double ' solde qu'elle doit recevoir sera acquittée en déduction de la redevance dé- : terminée par l'article 1^'.

Art. 5. La jouissance seule du revenu étant attribuée au gouvernement

392 i.AZOWSKI

Da lo au 21 germinal ^ tous les niouvements de l'ennemi ont eu pour but d'incendier les maisons occupées par nos

de la haute Egypte, il ne disposera de la propriété d'aucun village en faveur des personnes qui lui sont attachées, sauf à lui à pourvoir à leur entretien, comme il le jugera convenable. Les propriétés légitimement acquises par les particuliers sont garanties par le gouvernement français, et il ne pourra y être portée aucune atteinte.

Art. 6. Les déserteurs d'une armée à l'autre seront à l'avenir et sur-lechamp renvoyés à leurs postes respectifs. Les cultivateurs de chaque village ne pourront point se soustraire au payement des contributions ou (pour) autre motif de cette nature se réfugier du Sayd sur le terrain occupé par les Français. Cette condition sera réciproque.

Art. 7. Le prince gouverneur de la haute Egypte résidera à Girgeh; il fournira au général en chef une garde de vingt cinq Mameluks; un bey de la maison demeurera habituellement au Caire en qualité de commissaire chargé de ses pouvoirs.

Art. 8. Le général en chef de l'armée française garantit à Mourad-Bey la jouissance des revenus de son gouvernement et s'engage à le protéger en cas d'attaque. Si le territoire occupé par les troupes françaises est menacé d'une agression ennemie quelle qu'elle soit, Mourad-Bey sera tenu de fournir un corps de troupes auxiliaires jusqu'à la concurrence de la moitié de ses forces et de procurer aux prix usités des moyens extraordi-. naires de transport. La subsistance de ces troupes sera fournie par le gouvernement français.

Art. 9. Le général en chef Kleber promet de ne consentir à aucune proposition qui privera Mourad-Bey des avantages stipulés ci-dessus. Il" fera connaître au gouvernement français la présente convention afin que les intérêts de Mourad-Bey soient réservés dans les traités qui pourraient être conclus relativement à la possession de l'Egypte.

Art. 10. Les articles de la présente convention arrêtés par le général' de division Damas, chef de l'état -major général, et le citoyen Gloutier, commissaire du gouvernement et administrateur général des finances, chargés des pouvoirs du général en chef Kleber, et Osman-Bey-Bardisi, chargé des pouvoirs de Mourad-Bey, seront consentis et signés par le général en chef Kleber et par le très illustre et très honoré prince Mourad-Bey-Mohammed. Fait et arrêté par les commissaires sousignés. (L'original est écrit en langue française et porte en marge la traduction arabe). Au Caire, le 15 germinal de l'an VIII de la République française, qui répond au 10 de la lune Doul Quadek l'an de l'hégire 1214

Signé : Damas, général de division, chef de l'état-major général de l'armée.

Gloutier, administrateur général des finances. Osman-Bey-Bardisi.

SlEiiE J)U CAIKK

troupes pour les en déloi2:er; nous avons constamment riposté à ses coups, éteint les incendies et arrêté les progrès des Turcs.

Nuit du 21 au 22 g-erminaP. Le 21, le général donna l'ordre de déloger les Turcs de la maison du génie dont ils n'avaient pas encore été chassés. Les dromadaires, soutenus d'une compagnie de grenadiers de la 25' et d'un détachement de la 88% furent chargés de cette attaque. Ils entrèrent par la brèche faite le 12 germinal, se portèrent rapidement dans toutes les parties de la maison, mirent en fuite les Turcs, et s'occupèrent, toute la nuit, de faire aux portes et aux fenêtres toutes les barricades nécessaires pour assurer leur poste. L'ennemi les chagrina tant qu'il put des terrasses et des étages de la maison Reynier et de sa batterie du jardin de cheik el-Bekri. On lui tua plusieurs hommes par les créneaux de la maison Reynier et sur les terrasses, ce qui l'obligea à se retirer dans cette dernière maison.

Le 22 germinal 2, il ne se passa rien de nouveau. — Une heure après le coucher du soleil, le général Reynier fit attaquer par deux compagnies de grenadiers de la 9*" de ligne, deux compagnies de carabiniers de la 22^^ sous les ordres du général de brigade Robin, le santon d'Abouroch, situé sur une des hauteurs des décombres entre le fort Suikovi^ski, et l'enceinte de la ville. Les Osmanlis, maîtres de ce poste, gênaient les communications de ce poste au fort et dominaient le camp de la division Reynier. Cinquante grenadiers enlevèrent le santon et repoussèrent l'ennemi dans la ville; on s'occupa alors de créneler les murs du côté de la ville et de couronner par une tranchée le monticule sur lequel il est assis. — Pendant : cette attaque les trois autres compagnies et un détachement ide sapeurs armés de haches s'emparaient de l'île de maisons i entre le santon et le fort Sulkowski, et l'incendiaient. On con- Iserva une maison sur la gauche pour le flanquer et lier sa déjfense avec celle d'une mosquée voisine dont on s'est aussi j emparée. L'ennemi voulut vers minuit reprendre l'offensive et se porta avec rapidité jusqu'à vingt pas de notre poste et força

nos travailleurs à quitter la tranchée; il fut obligé de se retirer et continua une fusillade très vive jusqu'au 23 au matin.

A la droite de notre position sur la place Esbekieh, on se fusilla de la maison Reynier et de la direction du génie pendant tout le jour^. L'ennemi fît tout ce qu'il put pour gagner nos flancs et nous débusquer, mais il n'y réussit pas.

Le peu de progrès que nous avions fait dans notre attaque, qui coûtait chaque jour beaucoup de sang, le peu d'espoir qu'on avait de voir l'ennemi réduit à évacuer la ville, par la considération du peu de moyens en hommes et en munitions que nous avions à sacrifier; décidèrent à tenter une attaque générale, qui paraissait plus décisive sans coûter davantage que les affaires de détail qui avaient lieu chaque jour. Il voulut la faire précéder par l'explosion de quelques fourneaux à établir sous l'un des postes principaux occupés par les Osmanlis et les Mameluks. La maison de la direction du génie contigue à celle du général Reynier favorisait ce projet. Pendant la nuit du 23 au 24 germinal 2, les mineurs ouvrirent dans un magasin distant de quelques toises de la maison Reynier un puits de 12 pieds de profondeur et entrèrent en rameau de trois pieds. — Le feu de la batterie du cheik El-Bekry incommodait tou^ jours le poste de la direction du génie: une pièce de 8 tira de la batterie près de la mosquée pour éteindre ce feu. — A l'attaque du santon, l'ennemi fît, le 23 vers midi, une sortie du quartier brûlé à gauche du poste, pour le tourner; il fut repoussé; on s'occupa le jour et la nuit suivante à perfectionner les communications qui menaient au santon et les tranchées qui couronnaient le monticule.

Le 24 germinal 3, on continua à se défendre dans la maison du génie, dont on épaissit les murs par des épaulements en sacs à terre. Les mineurs commencèrent leur ouvrage de trois toises. Au poste de santon on approfondit les communications et on mit en état de défense quelques maisons qui prenaient des revers sur l'attaque des Turcs. On chemina en avant du santon.

* 23 germinal— 13/4.

Le général en chef avait tenté tous les moyens de douceur et de persuasion pour amener les habitans de Boulak à rentrer dans l'ordre. L'occupation de ce faubourg eût amélioré la position de notre armée et rendu plus facile l'arrivée et le transport des munitions de toute espèce dont nous avions besoin. ; Les habitants prenant pour faiblesse ce qui n'était de la part I du général en chef que bonté, persévérèrent dans leur révolte. Le pardon offert, les menaces les plus sévères faites, rien ne I put les détourner du parti pris de suivre le sort du Caire. — Le I général Belliard était arrivé le 23 de Damiette, avec la 21® I légère. Un convoi de munitions, venues de Rosette, permit de penser à réduire par la force ceux que la douceur n'avait pu I concilier. L'attaque fut ordonnée pour le 25. Elle fut effectuée I par les troupes de la division Priant aux ordres du général I Belliard, la 2V légère, 2 compagnies de grenadiers de la 32*. L'artillerie légère de la division et un détachement de sapeurs se portèrent à la pointe du jour aux différentes avenues défendues par l'ennemi, attaquèrent et emportèrent la plupart des barricades crénelées, desquelles les Turcs faisaient le feu le plus vif, massacrèrent tout ce qu'ils trouvèrent armé, et incenj dièrent les maisons qu'ils ne pouvaient forcer; toutes les horj reurs dans une ville que l'on prend d'assaut durent avoir lieu ! à Boulac. Le général Priant les fit cesser dès qu'il fut assuré I d'être maître de la ville. Les principaux habitants se jetèrent I à ses genoux et lui demandèrent grâces pour les restes de la malheureuse ville. Le pardon leur fut accordé ^

Le général en chef voulut que les ressources qui s'y trouvaient encore, tournassent au profit de l'armée. Dans cette vue j il fît arrêter les progrès de l'incendie et défendit le pillage; il donna ensuite l'ordre suivant^.

1 Nakoula-el-Turk 202—4, Vigo Roussillon 539, François 413.

» Le général en chef ayant accordé le pardon quant à la vie des habitants de Boulak, mais considérant l'état de révolte dans lequel ils se sont maintenus pendant vingt cinq jours, sans qu'aucune remontrance ni proposition de paix n'ait fait sur eux la moindre impression; considérant que les troupes françaises ont été contraintes d'enlever cette place de vive force, et que plusieurs de nos braves soldats y ont perdu la vie, ordonne:

396 {.AZOWSKÎ

Le feu de Boulak fut pour rennemi le si<^nal de nous attaquer au Caire. Il fit une sortie du quartier des Boucheries et fut vivement repoussé. Il essaya de mettre le feu à la direction du génie et ne réussit pas. Les mineurs avancèrent leur travail, ils cheminèrent un rameau jusqu'à six toises du puits, et se retournèrent à droit et à gauche de sept pieds, pour pratiquer le logement de 800 de poudre en deux fourneaux. Ils commencèrent à charger et ne perdirent pas de temps, ils avaient entendu l'ennemi fouiller près d'eux et craignaient d'être éventés. Ils étaient sûrs que leurs fourneaux étaient bien placés sous les maisons dont ils avaient en cheminant traversé les fondations.

A la gauche, l'ennemi attaqua chaudement le santon. Une batterie de deux pièces de canon qu'il avait tirées à boulets rames, entraversait la calotte. Les Osmanlis se précipitèrent

Article premier. La ville de Boulak est imposée à une contribution extraordinaire de deux cent mille pataquès de 90 médins en argent: cette somme devra être payée sous dix jours.

Article 2. Elle fournira en outre pour la valeur de trois cent mille pataquès les différents objets mentionnés ci-dessous nécessaires à l'armée.

Savoir:

Pour deux cent cinquante mille pataquès de sucre et café. Pour quinze mille en cordages, lin, toiles à voile, et rocles à pansement. Pour quinze mille en huiles, goudron et bray. Pour vingt mille en fer, cuivre et plomb. Ces objets devront être fournis sous dix jours.

Article 3. Elle fournira en outre deux cents paires de pistolets et quatre cents fusils.

Article 4. Tous les canons, poudre, boulets, salpêtres, plomb, cuivre et fer, autres munitions de guerre, ainsi que tous les bois de construction existant à Boulak seront confisqués au profit de la République et déposés dans les magasins.

Article 5. Tous les magasins de subsistance comme orge, fromment, riz, lentilles et fèves existant dans la dite place seront pris pour le service de l'armée et versés dans les magasins.

Article 6. Les cheiks de la ville seront tenus de déclarer et de faire livrer par les habitants tout ce qui existe en outre dans cette place appartenant soit au visir où à l'armée turque, soit aux habitants de la ville du Caire.

Signé: Kleber.

Nota: Une commission de six personnes fut chargée par un ordre particulier de l'exécution de cet arrêté.

SIEGE DU CAIRIC

alors dans nos tranchées, saisirent les bayonnettes de nos soldats et poussèrent l'intrépidité jusqu'à venir emboucher les créneaux du santon. Le sang- froid de nos grenadiers et leur feu bien soutenu firent reculer les Tu^xs. Ils emportèrent leurs blessés et laissèrent un mort. Après l'attaque, on déblaya le santon pendant la nuit, on établit deux batteries en avant de ce poste pour détruire celles de l'ennemi, qui de son côté avança ses tranchées vers notre gauche pour la déborder.

Le 26 germinal 1 à neuf heures du matin, le travail des mineurs était terminé et les fourneaux prêts à jouer. L'attaque uénéral devait avoir lieu dans la nuit du 26 au 27 et tous les préparatifs s'en tirent pendant le jour. Le même jour, le général en chef fit à l'armée la proclamation suivante 2.

Tous les moyens d'incendie furent disposés; une pluie abondante qui tomba au coucher du soleil, obligea à différer l'attaque. On craignait que l'ennemi ne parvint à éventer nos fourneaux; on avait continué à l'entendre travailler dans la maison Reynier; on présumait que c'était dans cette vue. — A la gauche les troupes de la division Reynier étaient prêtes à commencer l'attaque et une colonne avait déjà marché, lorsque le général en chef envoya un contre-ordre. Cinq à six hommes de cette colonne furent blessés.

La nuit du 26 au 27 germinal fut employée à armer d'une

pièce de 8 une batterie près du santon pour démonter celle

i dont se servait l'ennemi pour battre en brèche ce petit poste.

' La partie qui regarde la ville, avait été détruite pendant le

jour.

La pièce tira le 27 ^ matin. Les Turcs voulurent s'emparer de notre poste; — ils furent vivement repoussés avec perte de trente homm.es tués ou blessés. L'ennemi s'occupa après cette

2 Kleber, général en chef, à l'armée.

«Soldats, vous allez attaquer quelques quartiers de la ville du Caire; si vous vous livrez au pillage, c'en est fait de vous; chaque maison deviendra votre tombeau. La proie ne vous échappera pas; je vous le promets; mais avant il faut vaincre et détruire nos ennemis. En conséquence j'ordonne que tout homme trouvé au pillage soit puni de mort».

Signé: Kleber.

attaque de former un épaulement en balles de coton derrière lequel il avait l'air de vouloir mettre une batterie de canon pour attaquer les maisons que nous occupions sur la gauche du santon. Nous reparâmes pendant le jour les brèches faites à notre poste par le canon. Les murs furent soutenus par un revêtement intérieur en bois de palmier. Des chevaux de frise furent placés devant le boyau qu'il enveloppe pour en défendre l'approche. Un mortier fut mis en batterie en bas du monticule en arrière du santon. — A la droite on se maintint dans la maison de la direction du génie et on répara les brèches faites par la batterie du cheik El-Bekry aux logements de l'étage. L'ennemi fit un feu assez vif de mousqueterie sur ces logements.

Le 28 germinal '\ l'ordre fut de nouveau donné aux troupes de se tenir prêtes à une attaque générale. La division Priant devait former quatre attaques: l'une sur le quartier de l'Institut, la 2^ sur celui des Tanneries, la 3^ sur celui des Boucheries et la 4^ par la place Esbekieh sur le quartier cophte. La division Reynier devait pénétrer par le quartier devant le santon et la porte dite Bâb-el-Charie et dans le quartier voisin du fort Sulkowski. Les différentes colonnes devaient chercher à pousser l'ennemi jusqu'au delà du Kalidi qui traverse la ville et à incendier devant elles toutes les maisons. — Le 28, à la chute du jour, l'attaque commença, à la droite par l'explosion de la mine qui renversa presque toute la maison Reynier et enterra sous ses ruines quarante Mamelouks et grand nombre de Turcs qui la défendaient. Les colonnes se mirent alors en mouvement. Le chef de brigade Silly, commandant la 88*, se porta sur le quartier de l'Institut et ne put pénétrer. — Le général de brigade Donzelot se présenta au quartier des Tanneries par la rue des Fours- à- chaux, trouva la rue coupée d'un fossé de 12 pieds de large et six pieds de profondeur, et les maisons de droite et de gauche de la coupure occupées par l'ennemi qui reçut par une grêle de balles la tête de sa colonne. Il ne put forcer cet obstacle et prit position dans la rue qu'il fît barricader et sur les dunes derrière les tours-à-chaux. — Le général Priant, commandant son attaque principale, de-

vait pénétrer dans la ville par la rue près la maison Reynier. L'explosion de la mine encombra cette rue. Le général se dirigea alors par la rue des Boucheries à travers les ruines des maisons encore en feu et s'arrêta au carrefour près des fours-à-chaux pour pénétrer par sa gauche. Le premier obstacle à franchir fut une porte de quartier que l'ennemi avait replacée et soutenue d'un massif en terre. Les maisons latérales étaient occupées par les Turcs qui des terasses lançaient des pierres et tiraient quelques coups de fusil. Sans moyens suffisants d'enfoncer la porte on prit le parti de la brûler et de monter sur les maisons qui étaient peu élevées. L'ennemi fut débusqué, les maisons percées, et, les éclaireurs prêts à mar- ! cher en force (se) trouvèrent contre une nouvelle barricade en pierres établie à 50 toises de la porte incendiée. Ce nouvel obstacle franchi, la colonne arriva à l'embranchement des rues, dont l'une descend à la place Esbekieh et l'autre la contourne. L'ennemi était encore en force dans les maisons de ces deux jrues, il fit une fusillade bien soutenue et arrêta nos troupes qu'on ne put décider à avancer. Les colonnes qui devaient tenir la droite de celle-ci, n'ayant pu pénétrer le général Priant jugea convenable de les faire retirer à la hauteur des foursà-chaux et de brûler devant elles toutes les maisons du quartier. L'ennemi fit toute la nuit sur notre droite un feu de mousqueterie très vif. — L'attaque conduite au quartier copte jpar le général de brigade Belliard ne réussit pas. Les rues par 'lesquelles il se présenta, étaient tellenient barricadées et déîfendues que les soldats ne purent y pénétrer. — A la gauche la division Reynier fut formée en trois colonnes. Celle de droite, commandée par le chef de brigade Goguet, attaqua par nos ipostes de gauche du quartier cophte; elle y trouva une très igrande résistance et ne put forcer les postes des Turcs. La seïconde colonne, commandée par le général de brigade Robin, (se) .précipita du santon dans les tranchées de l'ennemi, le culbuta jet le poursuivit la baïonnette dans les reins jusqu'à la grande rue du quartier cophte; elle se joignit avec la 3^ colonne sous les ordres du chef de brigade Pépin, commandant la 9* de ligne. Ces deux corps commencèrent à se barricader dans les Irues qu'ils avaient prises. Mais lorsque le général Reynier sut Ique sa droite n'était pas soutenue, il se retira vers une heure

400 LAZOWSKl

du matin à la position près du santon et fit naettre le feu au quartier qu'il avait pris. — L'ennemi perdit dans cette affaire environ deux cents hommes tués, parmi lesquels on remarqua un grand nombre d'Osmanlis et de Mamelouks, et quatrevingts prisonniers dont plusieurs Osmanlis attachés à la personne de Nassif-Pacha qui était présent à l'attaque. Nous eûmes à la gauche une dizaine d'hommes tués, dont 2 officiers, et soixante blessés, dont 15 sapeurs. A la droite le capitaine des éclaireurs de la 75*" fut tué et les deux autres officiers de la même compagnie blessés. La colonne du général Belliard eut beaucoup à souffrir. Le général Belliard fut lui-même blessé dangereusement. En général notre attaque dut jeter l'épouvante dans la ville; mais elle nous coûta fort cher, par les pertes que nous fîmes et par le découragement qu'éprouvèrent nos soldats qui se virent repoussés sur plusieurs points.

Le 29 germinal, le général en chef donna ordre au général Priant de s'emparer de la mosquée au-dessus de la maison Reynier. Cette attaque ne pouvait avoir lieu à découvert en plein jour. On chercha à arriver à la mosquée par le quartier des Boucheries en perçant de maison en maison; mais l'ennemi qui y était en force fit un feu très vif de la mosquée et des maisons voisines, obligea nos travailleurs et nos troupes à se retirer. Les troupes postées sur les monticules des foursà-chaux étaient incommodées par le feu du quartier des Tanneries.

Dans la nuit du 29 au 30 germinal ^ le général Priant fit attaquer ce quartier par quatre vingts hommes dont 30 sapeurs. Ce petit corps parvint à se loger dans les maisons dont le feu nous avait gênés et à faire quitter à l'ennemi une partie de ses postes. L'adjoint Poissac qui avait conduit l'attaque, y fut tué. — Au poste de la gauche on détruisit les travaux que l'ennemi avait fait devant le santon et on augmenta nos moyens de défense. L'ennemi continua à se barricader dans les maisons.

(Le) 30 et (la) nuit du 30 germinal^ au l*""" floréal ^. La droite se soutint au quartier des Tanneries, mit le feu entre ses postes

SIEGE DU CAIRK 401

et ceux de l'ennemi, pénétra à travers les ruines de la maison Reynier et les jardins voisins pour gagner la mosquée. — La gauche voulut reprendre ses positions de la nuit du 28 au 29 germinal^ Elle se logea à sa droite dans une maison fort élevée, d'où elle dominait les postes ennemis, enleva et détruisit sur la gauche plusieurs barricades près la porte Bâb-el- Charrié, se logea sur la voûte de cette porte et dans les maisons latérales malgré un feu de mousqueterie très soutenu de la part des Turcs.

Le T' floréal 2, le général Priant fit attaquer les maisons en face de la maison Reynier. La rue fut franchie sur des ponts établis d'une fenêtre à l'autre et nos soldats parvinrent à repousser l'ennemi d'une partie de ces maisons dans la mosquée. L'ennemi revient à la charge et les maisons furent incendiées par lui et par nos troupes. Dans les affaires de la journée l'ennemi dut perdre une centaine d'hommes, fusillés à bout touchant. Nous perdîmes le capitaine du génie, Roger, qui fut tué en mettant en état de défense les maisons dont on s'était emparées. — La gauche se fortifia sur la porte Bâb-el-Charrié et assura ses communications.

Un mois s'était écoulé depuis l'entrée des Osmanlis et des Mamelouks dans la ville. Les habitants étaient privés de tout moyen de communication au dehors; ils n'avaient pas connu les détails de la prise de Boulak, ils devaient seulement en savoir l'incendie.

Le général en chef après l'attaque de la nuit du 28 n'oublia pas de faire répandre dans la ville les nouvelles les plus : propres à allarmer les habitants. A la crainte d'être traités ! comme ceux de Boulak se joignirent encore d'autres sentiments auxquels avaient donné lieu les mauvais traitements i qu'avait éprouvés un grand nombre d'entr'eux de la part des ' Osmanlis. Cette troupe effrénée avait commis dans la ville tous les excès. La disposition des chefs de troupes turques et des beys facilita aux chefs du Caire, qui les sollicitèrent de mettre f fin à leurs maux, les moyens de rendre la ville aux Français. Gorgés des avanies qu'ils avaient faites aux chrétiens et aux

1 18-19/4 a 21 avril.

I<eB Polonaie en Egypte. 26

amis de notre parti i, ils ne devaient songer qu'à abandonner une ville, sur laquelle ils avaient attiré des maux qui n'étaient pas encore finis pour les habitants. — Mourad-Bey qui avait traité le 15 germinal avec le général en chef, se prêta de la meilleure grâce à servir de médiateur entre nous et nos ennemis. Il envoya au Caire Osman-Bey-Bardisi et Houssein-kiachef qui engagèrent Ibrahim-Bey et Nassi^Pacha à envoyer des plé- ■ nipotentiaires pour traiter avec le général en chef. Ibrahim-Bey envoya Osman -Bey-el-Askar et Nassif- Pacha Osman -aga du grand visir. Le général en chef qui ne désirait que leur éva- ; cuation, ne leur mit pas rigueur. — Us convinrent de se retirer le 2 floréaP de tous les postes sur la droite du Kalidi^ et d'é- l vacuer le Caire le 5*. Il leur fut permis de sortir avec leurs i armes, chevaux, chameaux, mulets et bagages, et il fut convenu ( qu'ils seraient reconduits jusqu'à la frontière de Salehiéh. Des ; otages furent donnés de part et d'autre pour garants de la ca- l pitulation ^ L'adjudant-général René et le citoyen Tioche, l'ad- |

* Journal d'Abdurrahman Gabartî 144, Nakoula-el-Turk 197—8.

3 Canal qui traverse la ville du nord au sud.

5 «Capitulation accordée par le général en chef Kleber à Nassif-Pacha, Osman-Effendi et Ibrahim-Bey pour l'évacuation du Caire par les troupes ottomanes et les Mamelouks:

Article 1«^. Le général en chef Kleber accorde un délai de trois jours, à compter de demain 2 floréal jusqu'au 5 pour les préparatifs nécessaires au départ des troupes ottomanes et des Mamelouks. Demain à 7 heures du matin, tous les quartiers de la ville du Caire situés sur la rive gauche du canal, dans toute la longueur de la ville, seront abandonnés par les troupes ottomanes et occupés par les Français.

Art. 2. Les troupes ottomanes et les Mameluks pourront emporter leurs bagages et leurs armes. Mais les pièces d'artillerie seront laissées par eux dans les lieux où elles sont en ce moment établies dans la ville du Caire.

Art. 3. Le général en chef fournira aux troupes mentionnées ci-dessus cent chameaux, chargés de biscuit et cent chargés d'orge ou de fèves; il leur laissera la liberté de requérir dans la ville du Caire le supplément nécessaire de ces bêtes de somme, et un nombre suffisant d'autres, pour le transport desquelles il leur sera fourni de cent à deux cents chameaux.

Art. 4. Les Osmanlis et les Mameluks sortiront du Caire par la porte des Victoires, à la pointe du jour, le 5 floréal, correspondant au 30 du mois dylhhadjey; ils s'arrangeront de manière à ce qu'à midi précis aucun

SIEGE DU CAIRK 403

joint à l'état-rnajor, furent échangés sur la place Esbekieh contre Osman-Beyel-Askar et le kyahya de Nassif-Pacha, otages français qui furent protégés par Mohammed-Bey-el-Elfi, chargé de leur garde.

Le 2 floréal^, à midi, conformément à la convention les Turcs se replièrent derrière le Kalidi. La ligne de nos postes fut aussitôt portée sur la gauche du canal et tous les ponts ou passages et toutes les maisons qui par leur position envoient le prolongement, furent occupées. On barricada toutes les rues et la vigilance la plus grande fut recommandée à toutes les gardes. On s'occupa ensuite de détruire en arrière tous les ouvrages des ennemis. — Le général en chef fît connaître le

individu faisant partie des dites troupes, autres que les blessés, qui seront reçus et traités dans les hôpitaux français, ne se trouve dans la ville. Les troupes coucheront le même jour à quatre heures de marche de la ville du Caire, le deuxième à Belbeis, le troisième à Koraïm, et le quatrième à Salheyeh, où, conformément à leur demande, elles séjourneront quarante huit heures pour faire de l'eau, et continuer en suite leur route pour la Syrie, en passant par Katieh et El-Arich.

Art. 5. Pour garantir les troupes mentionnées ci-dessus de toute insulte, elles seront sous la sauve -garde du général de division Reynier, ayant avec lui un de ses généraux de brigade et l'escorte suffisante.

Art. 6. Tous les prisonniers français qui pourraient être au pouvoir des Osmanlis et de Mameluks, seront rendus et échangés contre un pareil nombre de prisonniers musulmans au pouvoir des Français.

Art. 7. Le général en chef accorde un pardon général et particulier aux habitants du Caire et de toute l'Egypte qui auraient pu prendre parti pour les ennemis des Français: mais aucun habitant du Caire ne pourra sortir de la ville pour suivre l'armée ottomane.

Art. 8. Pour assurer la garantie des articles ci-dessus, les Osmanlis donneront au général en chef comme otage le personnage immédiatement au-dessous de Nassif-Pacha, et les Mameluks un bey de première classe. Les Français, de leur côté, fourniront un officier-général.

Art. 9. Les échanges d'otages se feront demain à sept heures du matin sur la place Esbekhieh par les chargés de pouvoir du général en chef Kleber et ceux de Nassif-Pacha et d'Ibrahim-Bey. On conviendra de suite des dispositions particulières pour l'établissement des postes de deux partis «ur les deux rives du canal.

Au Kaire, le 1«^ floréal an VIII de la République française.

Signé; Nassif-Pacha, Osman-Effendi et Ibrahim-Bey».

même jour à l'armée la convention arrêtée avec l'ennemi par la proclamation suivante ^

Le 3 floréal 2, on eut avis qu'il y avait parmi les troupes ottomanes du mécontentement et que quelques mutins cherchaient à leur faire reprendre l'offensive. On redoubla de vigilence sur toute la ligne.

Le 43, tous les postes furent doublés; des barricades furent établies en arrière dans tous les débouchés qui conduisent à la place Esbekieh.

Le 5 floréal *, les troupes turques, les Mameluks d'Ibrahim- Bey et un certain nombre d'habitants du Caire dévoués au parti ennemi sortirent de la ville à six heures du matin; ils prirent, sous la conduite de la division Reynier, le chemin de Salheyeh.

On s'occupa alors de détruire dans la ville tous les ouvrages de l'attaque et de la défense. L'artillerie prise à l'ennemi fut amenée au quartier général. Le nombre des pièces, depuis le calibre de 2 jusqu'à celui de 4, était de trente. On a remarqué un obusier de chasse fondu par l'ennemi pendant le siège. On sut qu'ils avaient aussi voulu faire fondre un mortier pour

* «Soldats! pour épargner votre sang, j'ai fait marcher de front les négociations avec les opérations militaires; le plus grand obstacle que j'ai rencontré est celui de parvenir à rassurer les habitants contre le pillag» et la dévastation. L'exemple de Boulac où je vous ai permis d'assouvir un instant votre vengeance, était terrible à leurs yeux. Je suis parvenu à les rassurer. Je leur ai promis sûreté, protection, tant pour leurs personnes que pour leurs propriétés, et aussitôt ils ont cessé d'apporter des empêchements à la sortie des troupes ottomanes. Soldats! quand votre chef prend des engagements au nom de l'armée, c'est à vous à les remplir, je compte à cet égard également sur votre obéissance et le sentiment de votre propre intérêt. Un seul excès pourrait rendre illusoire la capitulation qui vient d'être conclue. Ne vous bornez donc point à vous abstenir de commettre le moindre désordre, mais empêchez encore qu'il n'en soit commis par cette foule d'hommes qui cachés pendant que les dangers vous entourent, ne sortent de leurs refuges, lorsque le péril est passé, que pour mettre le comble à leur déshonneur. Je défends en conséquence toute espèce de pillage, et m'en réfère à ce sujet à mon ordre de 27 germinal dernier».

Signé: Kleber.

nous renvoyer nos bombes qui n'avaient pas crevé. Presque toute cette artillerie était montée sur affûts neufs de construction du Caire ^.

Le général de brigade Zaj^czek aa général en chef

Kleber\

Au quar. gén. de Beni-Souef, le 25 floréal an VIII (15 mai 1800).

Général, je suis à Beni-Souef depuis avant-hier ^ Tout y est tranquille. Mourad-Bey a traversé la province pour se porter

1 Noms des officiers du génie présents au siège du Caire. vSanson, général de brigade.

Lazowski, chef de brigade, arrivé au siège le 23 germinal (13/4). Bertrand, » > »

Cazal, chef de bataillon.

Touzard, » » »

D'Hautpoul, chef de bataillon.

Liédot, ...» » »

Michaux, . . » » »

Malus, ...» » »

Garbé, ...» » »

Bachelu, capitaine.

Lacoste, >

Morlet, >

Roussel, capitaine, commandant la 5® des mineurs. Roger, capitaine à la 2^ des mineurs, tué le l*"" floréal (21/4). Mozon, capitaine attaché à 5* des mineurs. Burel, lieutenant. Moret, > Bouchard, lieutenant.

Bubaton, lieutenant, blessé en tombant d'une maison. Vernois, »

Renard, lieutenant, attaché à la 5^ compagnie de mineurs. Vinache jeune, lieutenant, attaché à la 2® de mineurs. Vincent, lieutenant, blessé d'une balle qui lui traversa la poitrine le 29 germinal (19/4).

€ollet, adjoint.

2 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.

» Registre 0. f« 17 v« et 24 v**. Damas à Zaj ^czek, au Caire. Caire, 7 mai 1800 : Ordre d'aller prendre dans la haute Egypte le commandement des

406 ZAJACZEK

sur Miniette. — La caserne du fort de Beni-Souef a été en partie ruinée par les paysans de l'endroit, ainsi que par ceux de cinq autres villages voisins. Les portes, les fenêtres, les plafonds ^ et le pont-levis en ont été enlevés. J'ai condamné le» dits villages aux fraix de la réparation. Cet argent, qui montera peut être à 1000 pat. sera déposé entre les mains de l'officier du génie que le chef de bataillon Touzard a laissé ici. — Nous avons retrouvé l'artillerie du fort, mais tout ce qui est ferrage en a été emporté 2. En passant par le Nord de la province j'y ai laissé un détachement de deux cents hommes pour percevoir le miri. — Le chef de brigade Silly, à la tête d'un second, part demain pour le Fayoum. Un troisième détachement va parcourir le pays qui est entre Beni-Souef et Fechnée. — Le général Donzelot est parti d'ici hier dans la matinée *. — Salut et respect.

Zayonchek.

provinces de Beni-Souet et de Fayoum. Troupes et artillerie mises à cet effet à sa disposition. Instructions semblables à celles données au général Donzelot pour le l'" arrondissement.— 21 mai: Envoi d'une dépêche pour le général Donzelot. Réception d'une lettre du 15 et d'un rapport qui y était joint.

* «plats fonds» dans texte original.

2 Kleber à Zajaczek, à Beni-Souef. Caire, le 21 mai 1800: Il l'approuve d'avoir fait réparer le fort et la caserne de Beni-Souef aux fraix de ceux qui les avaient dégradés et d'avoir envoyé le chef de brigade Silly dans la province de Fayoum. Ordre d'accélérer la levée des contributions en argent et en grains, qu'en chevaux et chameaux {Beg. J, p. 281).

' Registre 0. P 16 v^ Damas à Donzelot. 7 mai. Ordre de partir le surlendemain pour la haute Egypte prendre le commandement du l*'' arrondissement. Instructions concernant ses rapports avec Mourad-Bey, la levée des impôts, la répartition des troupes, la remonte de la cavalerie et les secours qu'il peut au besoin tirer de Beni-Souef. Comptes à rendre à l'état-major.

Registre I. p. 262. Kleber à Zajîiczek, commandant du 2« arrondissement, à Beni-Souef. 11 mai 1800: Ordre de prescrire aux cheiks de son arrondissement de faire nettoyer les canaux et réparer les digues.

A KLEBKR ET A 6ANS0N

Le général de brigade Zaj^czek au général en chef

Kleber \

Au quar. gén. de Beni-Souef, le 2 prairial an VIII (22 mai 1800).

Général, j'ai l'honneur de vous envoyer une lettre venant de Miniette*. — Tout est tranquille ^ dans le 2""*^ arrondissement*, les Arabes font leur paix, les plus opiniâtres se sont soumis; la perception va assez bien, demain les Cophtes verseront onze mille pataquès dans la caisse du payeur ^ — Salut et respect. Zayonchek.

Le général de brigade Zaj^czek au général Sanson ^

Au quar. gén. de Beni-Souef, le 4 prairial an VIII (24 mai 1800).

Général, le citoyen Collet, officier du génie ^ chargé des travaux à Beni-Souef, fait à qui de droit, le détail de nos besoins. Nous expédions une barque pour chercher au Caire quelques portes, quelques fenêtres; sans bois et sans ouvriers nous ne pouvons ici nous rien donner. Cependant, il est triste de manquer d'objets de la première nécessité. Je vous prie, Général, d'y avoir égard, et s'il se trouve de la prise de tant

* Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut. 2 Minieh,

8 «tranquil» dans texte original.

* Kleber à Zajaczek, à Beni-Souef. Gizeh, 31 mai 1800: Réception j de sa lettre du 22 mai. Invitation de profiter du calme momentané dont I on jouit pour accélérer la levée des impôts. Dépêche à faire passer au gé- ' néral Donzelot. Avis que Sélim-Bey Aboudiah passera bientôt à Beni-Souef.

Bon accueil à lui faire {Beg. K. p. 32). Voir Bousseau 314—5.

» Damas à Zajaczek, à Beni-Souef. Caire, 20 mai 1800: Escorte ; à fournir à l'intendant copte chargé de la levée des impôts dans la province de Beni-Souef {Beg. 0. P 24 v«).

* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut. ' adjoint de la l""^ classe.

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de maisons quelque porte ou fenêtre, veuillez bien nous en envoyer quelques unes. — Agréez les assurances de l'estime et de la considération que je vous porte.

Zayonchek.

Le général de brigade Zaj^czek au Comité administratifs.

Au quar. gén. de Beni-Souef, le 12 messidor an VIII (1 juillet

Citoyens, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 6 de ce mois. Les coptes ont tort de dire que je ne veux pas leur fournir des colonnes mobiles, mais s'ils avaient représenté que je n'ai pas assez de troupes pour leur donner autant de détachements qu'il en faudrait pour lever le miri avant l'inondation, ils auraient eu parfaitement raison. En effet, tant que la 88"^^ a été ici 2, et que j'ai pu multiplier les dé-

1 Arch. h. de la Gu.^ A. d'Orient, copie. Par ordre du 9 floréal an VIII (29 avril 1800) la commission des subsistances fut supprimée. Daure, l'ordonnateur en chef, Leroy, ordonnateur de la marine, Bstève, payeur général, Baude, secrétaire du général en chef, et l'agent L. Reynier ont formé un comité administratif. Il fut «spécialement chargé de l'administration des grains..,., du mobilier national, des saisies, des prises maritimes et autres, de toutes les contributions extraordinaires et droits quelconques payés en nature» [Rousseau 277—8, Estève 282).

2 Damas à Zajaczek, Caire, le 2 juin. «Veuillez.... conformément aux ordres du général en chef partir pour vous rendre au Caire, avec les deux bataillons de la 88® demi-brigade, aussitôt que le général Donzelot vous aura fait remplacer dans le commandement du 2*^ arrondissement, où je lui mande d'envoyer un des bataillons sous ses ordres. Une fois rendu au Caire vous soyez avec vos troupes sous les ordres du général Reynier, dont la division occupe cette ville. La division du général Priant se rend à Rahmânieh pour être en mesure contre les entreprises de l'ennemi dont la présence devant Alexandrie nécessite ce mouvement».

Damas, chef de l'état-major, à Zajaczek, à Beni-Souef (JKe^es^re 0. fo 34 V"). Borragaht, 6 juin 1800: Ordre de rester à Beni-Souef, d'y conserver le commandement du 2'^ arrondissement, avec le bataillon de la 21« légère, que doit lui envoyer le général Donzelot, et de faire descendre les deux bataillons de la 88*^ au Caire où ils seront à la disposition du général Me-

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