‹ Les Polonais en Egypte, 1798-1801Chapitre 22 sur 115 · XL VII 1 PREFACE · texte numérisé non relu

XL VII 1 PREFACE

rages hydrauliques». Le citoyen Lamblardie ^ qui, au nom de TEcole nationale des ponts et chaussées, rendit ce témoignage, avait dirigé en 1781 les ouvrages de Dieppe, lorsque Lazowski y vint comme élève. Il avait eu beaucoup à se louer de ses services. Il résulte «encore des renseignements pris sur son compte que cet ingénieur a bien dirigé les différents travaux dont il a été chargé». — Cette enquête fut provoquée par une demande adressée par Lazow^ski au Comité de salut public, le 26 brumaire l'an 3, pour être employé au service de la république, soit dans ses armées, soit dans l'intérieur, aux travaux des ports de mer et places fortes, soit au dehors chez les alliés de la république». Mis en liberté par arrêté du Comité de sûreté générale du 25 vendémiaire ^», et en même temps «instruit que la Porte avait demandé des ingénieurs^

^ Voir aux Arch. Adm. son rapport du 17 frimaire l'an III, (7 décembre 1794) sur un mémoire présenté par Lazowski le 17 novembre 1794

2 16 octobre 1794. Dans un document postérieur il cite la date du 25 thermidor de l'an II — 12 août 1794.

' Arch. Adm.

Verni nac, l'envoyé extraordinaire de la république française près la Porte Ottomane, aux représentants du peuple, membres du Comité de salut public.

A Constantinople, le 1 prairial de l'an 3^"*^ [20 mai 1795]. «Le citoyen Monnier, ingénieur français envoyé à Constantinople, sur la demande de la Porte, ne pouvant suffire aux travaux dont il est chargé et dont il porte tout le poids, depuis la mort de Mazurier, son collègue, m'a demandé de vous prier de vouloir bien lui envoyer prochainement un nouveau collaborateur. Ses désirs, en cela, s'accordent parfaitement avec ceux de la Porte qui très occupée de relever et de perfectionner les fortifications de l'empire, en même temps que de mettre son artillerie sur un pied respectable, nous trouve trop économes dans l'envoi des officiers de ces deux parties qu'elle vous avait instamment demandés»...

C'est bien avant cette lettre, le jour môme de la nomination du citoyen Verninac pour l'ambassade de Constantinople, le 12 brumaire III (2 novembre 1794), que cet envoi des officiers fut décidé. Voir aux Arch, des Aff. Etr. (l'arrêté non retrouvé par M. Aulard aux Arch. Nat.), Turquie, v. 190, f. 126: Le Comité de salut public arrête: Article 1®^ Le commissaire de l'organisation et du mouvement des armées nommera sous l'approbation du Comité de salut public, un officier de génie, propre à remplacer au service de la Porte le citoyen Mazurier, mort à Constantinople. Art. 2«. Il nommera de plus, pour se rendre à la même destination, deux officiers de cavalerie et un fondeur de bombes. Art. 3^ Il fera tomber de préfé-

PKEFACE XLIX

au Comité de salut public, il a pensé devoir représenter qu'il croyait pouvoir remplir cette mission, soit pour des travaux civile, soit pour des travaux militaires, bien entendu cependant que ce sera toujours comme in2:énieur de la république, aux appointements 1 et service de laquelle il restera attaché». «Les grands travaux... de Toulon nécessitant une surveillance active dans la direction des ouvrages de tout genre» que l'on y construisait, il se crut «aussi particulièrement propre à ce service», vu qu'«en qualité d'ingénieur en chef, il a eu la direction de plusieurs grands canaux de navigation et a toujours été chargé de construction importante 2», enfin qu'ccil a, de plus, fait une étude particulière des fortifications» quoique ce travail ne fût pas «d'obligation pour les ingénieurs des travaux civils».

A cette époque, âgé de 35 ans, il n'a presque rien gardé de son caractère polonais, si ce n'est quelques souvenirs de famille et l'orthographe intacte de son nom. Mais la question polonaise est à l'ordre du jour et on lui rappelle brutalement son origine. Probablement à cause de son nom tout à fait étranger il est devenu suspect et arrêté^. Du moins on le re-

rence son choix sur des citoyens qui ont séjourné en Turquie. Signé: Treilliard, Merlin (de Douai), Thuriot, L B. Guyton, Richard, Breard, Essacherioux, Charles Cochon, J. J. B. Delmas. Pour copie: le commissaire des armées L, A. Pille.

1 «Joseph F. Lazowski observe que n'ayant jamais eu d'autre revenu que les appointements attachés aux fonctions qu'il a remplies, il lui serait impossible de partir pour une mission étrangère, sans les avances proportionnées aux circonstances d'éloignement, de voyage, d'équipement et d'instruments dont il serait obligé de se pourvoir. Son dévouement est entier, mais sa fortune est absolument nulle. Lasowski, rue de Cléri N** 99». (Lettre du 26 brumaire III— 17 novembre 179i).

2 «Particulièrement à Cherbourg» (Mém. de Lazowski du 26 brumaire (17 novembre 1794) 'dnxArch. Adm.). En marge de ce mémoire: 1^'^ division. Renvoyé à la Commission des travaux publics». Lamblardie conclut dans son rapport: «On pourrait donc lui en confier sans inquiétude dans la 1''* division des travaux pubhcs. — Il paraît encore que le citoyen Lazowski a fait une étude particuhère de la fortification, il pouvait même être em ployé très utilement dans cette partie. Je désire au reste de n'être pas cru sur parole relativement à cet objet».

2 A la même époque fut suspendu François Charles Scheglinski, commandant le 7""® régiment des chasseurs à cheval, malgré qu'il fût au service de la France depuis 35 ans et demandât «> d'être requis pour servir

Les Polonais en Egypte. IV

PREFACE

o-arde comme Polonais quand il s'ag-it d'utiliser ses talents. La Commission des travaux publics ^ dans le rapport^ présenté sur son compte propose^ au Comité de salut public «de lui conférer l'emploi d'ingénieur militaire dont il devra remplir les fonctions au service de la Porte, en le nommant au grade de capitaine du génie de S*" classe*», mais elle croit devoir faire observer «au Comité que le citoyen Lazowski étant Polonais pourrait à raison des hostilités exercées par les Russes contre son pays apporter un esprit de vengeance particulière, qui dans le fond, serait très pardonnable, mais qui pourrait peut être influer sur les mesures qu'il ferait prendre au ministère ottoman, lesquelles venant à ne pas réussir seraient reprochées aux agents que la République fait passer dans le pays, et dont la prudence doit être un des premiers devoirs».

Et justement, à cette époque, les sentiments polonais de Lazowski se ranimaient. De la Pologne envahie par les Russes un nouvel exode commença. La même violence n'a-t-elle pas

la république» (voir aux Arch. Adm. son Mémoire adressé à la Commission de l'organisation et du mouvement des armées de terres, daté à Sully sur Loire, ce 17 fructidor l'an 2® de la R.).

1 3® division, section du génie.

2 du 21 frimaire l'an III (11 décembre 1794;) (Arch. Adm.).

^ Cette proposition fut approuvée dans les séances des 22 et 28 frimaire (Arch. Adm.). Voir aux Aff. Etr., Turquie, corr. v. 189 f. 351 et 381, lettre de là Commission des travaux publics à la Commission des relations extérieures, du 26 frimaire III: «La Commission vous observe que le Comité a approuvé la nomination du citoyen Lazov^ski au moment seulement de son départ. La Commission pense que cette phrase ne signifie autre chose, si non que cet officier ne doit commencer à entrer dans ses nouvelles fonctions que lorsque vous lui aurez donné l'ordre de partir». Voir Bec. des actes du Comité de salut public, XVIII, p. 786 — 7. Séance du 28 frimaire an III (18 décembre 1794;): «Le Comité de salut public approuve la nomination faite par le commissaire des travaux publics du citoyen Lazowski, pour remplir une place d'officier du génie au service de la Porte-Ottomane.— Le commissaire de la marine, en vertu de l'arrêté du 12 brumaire, avisera aux moyens de faire parvenir ledit citoyen à sa destination. Signé: Cambacérès, Carnot, Pelet, Boissy, Merlin (de Douai), Richard, L. B. Guyton».

* Voir l'état de service de Lazowski: «Breveté ingénieur en avril 1784; et prenant rang à dater de cette époque, dans le corps du génie, où il a été admis avec le grade de capitaine de l'^'' classe le 22 frimaire an III, conformément à la loi du 21 février 1793 , et à la lettre ... du 29 pluviôse même année».

PREFACE LI

expulsé jadis de son ancienne patrie son père et son roi, bienfaiteur de sa famille et de sa nouvelle patrie lorraine? Plus tard, dans sa jeunesse, n'a -t- il pas vu une deuxième génération de son pays, chassée par le même ennemi héréditaire, entrer dans les rangs de l'armée française* ou bien s'embarquer pour la guerre de l'indépendance dans le nouveau monde. Et voici que. pour la troisième fois, plus forte que jamais, la vague des émigrés polonais bat le rivage français. — On s'agite beaucoup; on ne désespère pas encore de l'avenir; on discute la situation de l'Europe fort ébranlée; on fait des «réflexions* sur les causes naturelles de l'union entre la Porte Ottomane, la France, la Pologne, la Suède et le Danemarck». «C'est par l'impulsion de la France» que cette «ligue doit renaître. C'est pour rendre à cette ligue toute sa force et son éclat que la Pologne sera ressuscitée de ses cendres, la Pologne à laquelle tient l'existence de la Porte, la sécurité de la Suède et du Danemarck, la conservation de la Prusse, la prospérité de la Hollande, l'influence de la France au Nord, la tranquillité de l'Europe et la liberté de son commerce».

En partant^ pour travailler à la défense de la Turquie, La- -zowski croit servir la Pologne, il a pour compagnon du voyage Albert Turski dit le Sarmate, il trouve à Constantinople comme à Paris, Polonais émigrés, officiers et hommes politiques, se remuant, conspirant, s'attend ant à un retour, les armes à la main. L'envoyé extraordinaire Descorches, résidant à Péra, reçut de la part du Comité de salut public des instructions fort précises concernant l'insurrection polonaise*: «Il n'est aucune puissance qui ait un intérêt aussi direct au succès des Polonais et tant de moyens pour les secourir que la Porte — Le parti que la Porte prendra à l'égard des Polonais nous servira de pierre de touche pour ce que nous pourrons attendre

1 Voir le travail de M. Sidney Churchill dans le Bulletin polonais, jnars 1910.

* Impr. de Pougin. (Aux Aff. Etr., Turquie v. 196, f. 536—43; en marge, ■on lit cette remarque: «vers l'an V»). Se vend à Paris chez P. Besson, libraire, rue Honoré 116.

3 Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., v. 190, f. 190—1, 202, 330.

* Aff. Etr. Turquie 188, f. 250: Supplément pour le citoyen Descorches, 17 messidor an II — 5 juillet 1794.

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