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162 LBS POLYNÉSIENS.

communauté de races, maïs seulement l'existence de certaines communications directes ou indirectes ; communications qui ont pu être le résultat des migrations, du commerce, peut-être d*une initiation religieuse.

Nous n'insisterons donc pas sur les analogies un peu forcées qu'il signale entre la langue copte et les dialectes de l'archipel malais, pas plus que sur les ressemblances de coutumes qu'il a cru exister entre l'Egypte et cette partie de rOcéanie. Nous avons montré ailleurs combien facilement le fonds commun des peuples permet d'établir des rapprochements de cette nature ; et nous sommes de l'avis du savant ethnologiste lorsqu'il ajoute que « ces ressemblances, celles môme linguistiques, peuvent toutes être dérivées d'un simple contact, non point de race mais de civilisation. »

Il en est de même pour les similitudes que M. d'Eichthal cherche à établir entre le langage de Yanikoro, la langue copte et celle des Mandingues ; ainsi qu'il le fait remarquer, ces similitudes peuvent être attribuées à l'existence d'anciennes relations entre ces peuples, mais elles n'indiquent aucune communauté de races. Nous nous bornerons à examiner rapidement celles d'entre elles qui semblent présenter le plus de vraisemblance.

€ En Mandingue, dit M. d'Eichthal (1), chef se dit tighi^ et flèche se dit 6ten, btnnt, benne. Certes, il serait difficile de deviner dans ces mots, si l'on n'y était conduit, les racines polynésiennes répandues si au loin : ari/it, ah'/it, (arikU arii) chef, et pana, flèche. Cependant, à Tonga, alt/it est devenu eghiy et à Vanikoro, nous voyons ce mot présenter les transformations alighi^ talighi : or, eghi et taligui conduisent tout droit au iighi mandingue. D'un autre côté, nous voyons le radical pana présenter à Vanikoro les transformations abtone, pouene^ pounene ; or, ceci ressemble complètement aux formes mandingues : bien, benne^ 6tnm, et, si l'on tient compte de toutes les concordances précédentes, ne permet guère de douter que ces formes mandingues ne soient une dérivation du radical polynésien pana. >

(l)Loc.cil. Quatrième étude.

Depuis Mariner, il est vrai, eghi est le mot qui passe pour i ernifier chef aux Tûnga ; mais c^est à tort : ce mot est tout au plus e-tfct, abrégée à'ariki.Si, à Yanikoro, on dit alighij UUighi^ c*est par défaut de prononciation : talighi n*cst là que pour te alighi, Tariki, le chef. O'est un mot étranger emprunté aux Tukopiens, mais mal orthographié par les Européens et mal prononcé par les insulaires de Yanikoro. Nous trouvons» dans nos notes sur Tukopia, que, dans cette Ue, le chef s'appelle art fct, comme le dit Gaimard, qui Ta visitée avec nous en 1827 (1). Suivant nous, le mot tighi mandingue ressemblerait davantage au tiki ou iii polynésien.

Noua ne pouvons entrer ici dans les développements qu'exigerait une pareille question; nous avons déjà cherché ailleurs à établir que les Polynésiens doivent avoir reçu indirectement Tusage et le nom de l'arc, dont le nom est essentiellement malais (2), et nous nous bornerons à faire remarquer que c*est parce qu'on compare deux races àlangue et à origine différentes qu'on trouve si peu de similitude dans les mots comparés. Il est certain qu'on retrouve à Yanikoro un assez bon nombre de mots polynésiens ; mais ces mots sont dus aux rapports avec les peuplades polynésiennes et presque spécialement avec celles qui peuplent Tukopia et les îles Duff, qui, bien qu'à toucher les îles à population mélanésienne, ont réussi Jusqu'à ce jour à se préserver de tout mélange avec cette race. Tous les autres mots appartiennent à une langue bien distincte et qui n'est qu'un de ces dialectes si variés des langues mélanésiennes.

En raison de la différence des langues, nous ne nous arrêterons donc pas aux concordances que M. d'Eichthal a cru Toir entre le copte et le dialecte de Yanikoro ; concordances qui, à notre avis, sont tout à fait hypothétiques et qui^ d'ailleurs, répète^t-il lui-même, n'autorisent point à supposer nn degré quelconque d'affinité entre la race des anciens Egyptiens et celle des Polynésiens proprement dits. Mais

(l)Voir pour Tokopia ou Tikopia le vocabulaire de Dumont d'Urrille. (B) YoL I, pige 461.

nouB croyons devoir insister sur celles qu'il a constatées entre le polynésien et le mandinefue et qui lui paraissent, au contraire, témoigner d'une affinité assez grande entre les deux langues. D'après lui, le nombre des mots d'origine évidemment polynésienne qui se rencontrent dans la langue mandingue est tellement grand qu*il n'est pas permis de , supposer un seul instant que cette coïncidence entre les deux langues ne soit qu*un effet du hasard.

€ L'existence de ces mots, dit-il (l), ne peut être que le résultat d'un contact plus ou moins prolongé entre les deux races. Mais où ce contact a-t-il eu lieu? Est-ce en Afrique? ou bien serait-ce dans l'Océanie même ? Les Mandingues seraient-ils une tribu de noirs océaniens qui, après s'être trouvés en rapport avec les Polynésiens dans leur ancienne patrie, après en avoir été peut-être expulsés par eux, seraient venus, comme les Foulahs, chercher un refuge en Afrique ? Cette supposition, indiquée par des analogies linguistiques semble pouvoir se baser aussi sur des affinités physiques. Golbery, dans son voyage au Séuégal, a fait la remarque que la physionomie des Mandingues se rapproche beaucoup plus de celle des noirs de l'Inde que de celle des noirs de l'Afrique. Ne peut-on pas se faire à l'égard des anciens Egyptiens eux-mêmes , quoiqu'avec un degré bien moindre de probabilité, une question semblable 1

Evidemment, si les analogies qu'indique M. d'Eichthal sont réelles, ce n'est qu'en Afrique que le contact a pu avoir lieu puisqu'on ne retrouve aucun mot mandingue en Polynésie; mais nous l'avouerons en lisant attentivement les voyages de Caillé et des autres explorateurs de l'Afrique, nous n'avons pas constaté que les ressemblances fussent au.^'si grandes et aussi nombreuses que le dit M. d'Eichthal. £n outre, les mots ordinaires différent complètement : Ce qui attesta, du moins, que le contact n'a pas été bien prolongé. Comme il est démontré que deux races ont existé en Egypte, la blanche et la noire, M* d'Eichthal s'est demandé si la race noire, qui a fait partie de cette population, n'appar-

(1, Ibid.,4«étude, p. 210.

tenait pas à la race noire océanienne et si elle u*a pas été portée en Eg^yptepar le mâme mouvement db migration qui conduisit les Polynésiens à Madag'ascar^les Foulahs et, peutêtre aussi, les Mandingues ^n Afrique. < Les Egyptiens, ditil» ont dû certainement sortir de Tune ou Taucre région ; or, comme jusqu'à présent il a été impossible de les rattacher à une souche africaine, il est parfaitement rationnel et légitime de chercher les traces d'une filiation de leur race avec celle de TOcéanie. • Et il termine en disant : € Même en dehors des langues foulah, copte et mandingue, on trouve, dans d'autres idiomes africains, des traces incontestables de riuflueuce océanienne. »

Nous n'osons dire avec lui que ces traces sont incontestables ; mais pourtant un fait qui lui était inconnu vient appuyer son opinion : on trouve dans l'intérieur de l'Afrique, surtout près des sources du Nil, beaucoup de mot» identiques, par le son et souvent par l'orthographe, aux mots polynésiens.

Qu*on lise, par exemple, le Voyage de Speke autour du iVt7, et l'on y remarquera des mots tels que les suivants : Hongo^ Onganga^ Kiranga^runga, Kirongo, Makoutaniro^ Maroro^ Horihori^ Makaka^ Ponga^ Ouriki, Uthenga^ Kiwera^ ChongU etc. Or ces mots se retrouvent tous, bien qu'avec des significations différentes, dans le langage de la Nouvelle-Zélande (1).

(1) Ainsi en Maori :

Oogo-nga, — filet.

Ongaonga, — ortie, être piquant.

Ki, — prép. à, suivant ;adv. très ; s. parole, pensé.;.

Kanga, — arracher, déraciner ; banc de poissons, etc.

BoDga, — dessus, au-dessus.

Ki, — V. ci-dessus.

Rongo, — paix ; écouter, obéir.

Maka, — pr. pour moi ; humide, humidité, mouillé.

Taairo, — bordure de manteau, vêtement.

Maroro, — poisson volant ; ôtre fort.

Horihori. — mensonge, fausseté, mentir.

Makaka, — plié, courbé, plante de marais.

Ponga, — fougère.

Uri, — vestige, postérité.

166 LES POLTNÉSIBirS.

Certes, après ce que nous avons rapporté des noms polynésiens trouvés sur les monuments de l'Egypte, ces nouvelles coïncidences sont dig^nes de la plus sérieuse attention. Il faut pourtant en convenir, ce sont des témoignages insuffisants pour conduire à une concltisîon raisonnée et probante. Tout ce qu'on peut en inférer, c*est que ces mots ont pu être apportés de la Polynésie ; mais quand et comment ? on Tignore.

Plus récemment, M. Rabourdin (1), dans son excursion avec la première mission transsaharienne de l'infortuné Flatters, a trouvé sur Tatelier de Hassi-Ratmaia une caurl [cyprœa moneta) et un fragment de hache polie en jade néphrite verte que M. Damour assimile au jade néphrite de la Nouvelle-Zélande. Cette découverte, rapprochée de plusieurs autres faits, tels qu'identité d'espèces botaniques entre PAsie méridionale et l'Afrique intertropicale, parenté de langue entre le Foulah et les dialectes malaisiens, etc., a conduit M. Rabourdin à admettre c comme très probable l'existence d'une communication des peuplades sahariennes de l'âge de pierre avec l'Asie méridionale et la Malaisie. >

D'autres coquilles de l'océan Indien, ont également été découvertes dans les mêmes parages des chotts sahariens, entre autres par MM. Parisot et Thomas. On sait que la cauri abonde dans la mer des Indes, mais qu'elle est rare dans rOcéanie. Quant à la hache polie de l'atelier de Hassi- Ratmaia, elle ne saurait provenir de la Nouvelle-Zélande où les haches en jade étaient inconnues et où existaient seulement une herminetteet le mère qui sont bien différents. Seul le jade néphrite pourrait en provenir, mais il pourrait tout aussi bien provenir de TEgypte où on en a rencontré des gisements, comme nous l'avons dit plus haut (2).

Ki, — V. ci-dessus.

Utunga, — action de payer.

Utuhanga, — action de vider Teau.

Ki, — V. ci-dessus.

Wera, — brûlure, brûler : chaud, être brûlant.

HoDgi, — salut avez le nez.

(1) Bull0Hn d€ la Société d'Anthropologie, 1881, p. 180 à 164. (2)Liv. in.,p. 418.

En somme, ces trouvailles, curieuses et intéressantes, n*ont rien de bien concluant pour la question qui nous oc« cupe.

Un seul fait certain résulte de cette étude, o'est que les Polynésiens, en nombre assez considérable, ont dtl s'établir sur rUe de Madagascar et y résider pendant assez long* temps, puisqu'ils y ont laissé des traces nombreuses et profondes de leur langue On sait aujourd'hui, et le travail comparatif de d'Urville n*a fait que le confirmer (1), que Tanalogie des langues polynésienne et madécasse n^est point due à l'intermédiaire de la langue malayou, puisqu'il existe entre les deux premières une foule de mots communs qui ne se retrouvent pas dans la dernière. C'est ce qui a porté le mâme écrivain à dire, après Forster, que cela semble confirmer l'hypothèse que tous les langages polynésiens dérivent d'une langue très ancienne c aujourd'hui perdue »; mais que nous avons retrouvée, comme on l'a vu, à la Nou* velle-Zélande, quoiqu'il ait constaté moins d'identité entre le madekass et le mawi, comme il appelle la langue maori, qu^entre le madekass, le tongan, le tahitien et l'hawaien. 11 suffit, en effet, de comparer le dictionnaire de Madagasc&r, qu'on lui a donné à TIle-de-France et qui remplit le premier volume de sa Philologie^ et un dictionnaire malais avec ceux de Tahiti ou de la Nouvelle-Zélande, pour s'assurer que les derniers possèdent plus de mots analogues à ceux du premier qu'à ceux du dictionnaire malayou, malgré co qu'il a cru voir. Du reste, la citation suivante montrera la prudence qu'il faut apporter dans l'adoption des assertions de d'Urville (2): € De ce que la comparaison du madekass au hawali donne un chiffi*e de 0,21 pour l'identité, il ne faut pas conclure que le madekass soit plus voisin du hawaïi que du tonga, car ce résultat serait contraire à la vérité. L'élévation du chiffre d'identité est due à la grande diminution

(O Voir Considérations sur la langue polynésienne dans la philologie du voy. de V Astrolabe, p. 275.

(2) Considérations sur la langue polynésienne, Philologie, p. 271 , note.

de celui qui exprime le nom des mots comparés, etc. » De sorte qu^on peut se demander à quoi bon, dès lors, de pareilles comparaioons.

On comprend très bien que, de Madagascar, il aurait été facile aux Polynésiens de pousser jusqu'en Afrique ; si les preuves sont insuffisantes, elles aident du moins à le faire supposer.

Comme témoignage de l'arrivée des Polynésiens à Madagascar, nous ajouterons ici quelques mots de la langue des Ântalotes qui sont regardés, dans les îles Comores, comme la seule race purement indigène. Nous les empruntons à VEssai sur les Comores,publié en 1870, à Pondichéry, par M. A. Gevrey, ancien procureur impérial. Le studieux écrivain pense que les Antalotes proviennent du croisement des Sémites avec les premiers Africains venus dans les Comores (1). D*après lui,' on comprend aussi sous ce nom les descendants des Malgaches, qui se sont croisés avec les Arabes ou avec les Africains, et les descendants des Antalotes croisés avec les Africains. Toutes les nuances originaires, ajoute-t-il, se sont fondues avec le temps, en un type particulier qui se caractérise par :

Une grande taille ; un teint jaunâtre ; des cheveux crépus ; la barbe rare ; les muscles bien dessinés ; le tront haut, mais fuyant ; la tète s'effilant un peu au sinciput ; les veines saillantes ; Toeil vif ; les lèvres un peu épaisses, mais sacs exagération ; le nez légèrement arqué avec les narines dilatées.

Suivant lui, à la grande Comore, et à Aujouan, le sang sé« mitique domine chez les Antalotes ; à Mayotte et surtout à Mohéli, ils se rapprochent davantage du type éthiopique par un teint foncé, un nez épaté et de grosses lèvres.

Fait curieux, les Antalotes portent le nom de Mahoris, Maouris (Maures) comme les Arabes croisés de la côte d*Afrique. Une pareille appellation est frappante, et c'est même elle qui nous donna Tidée de rechercher si la langue des Antalotes présentait quelque analogie avec Tun des dialec-

(1) Probablement de la peuplade de la côte de Mozambique, appelée Zambsra.

tes «le la Polynésie. Or, cette analogrie existe non seulement dans la numération, mais encore dans une foule de mots du langtigre ; si la plupart des mots sont déformés, ils ont encore pour ainsi dire le même son. En voyant que le t, y remplace le r, le f le /i, etc, on peut môme supposer que ce ne sont pas les mots de la Nouvelle-Zélande, mis en regard, qui les ont fournis, mais bien ceux qui auraient pu provenir des Iles Tungra ou Samoa. Il y a donc là un nouveau témoiernaere que les Polynésiens se sont rendus, à une époque fort reculée, aussi bien à Madagascar et sur les îles voisines que dans les îles de la Malaisie, et successivement dans les continents.

Lalanguedes Antalotes, la véritable langue nationale des Comores, est un composé de mots souahélis et malgaches ; elle renferme, en outre, plusieurs mots cafres.

Cette langue est relativement parlée dans les campagnes et les villages ; les villes parlent souahéli ; mais le souahéli des Comores n^est qu'un patois de celui de Zanzibar (Gevrey).

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