LES MAORI EN AFRIQUE, EN AMÉRIQUE ET EN ASIE
Recherches de M. d'Eîchthal. — Traces de la civilisation polynésienne à Madagascar. ^ Egypte. -7 Rapprochements entre les langues de Vaoikoro, copte et mandingue. « Autres preuves de la venue des Polynésiens en Afrique et à Madagascar. — Comparaison du maori et du langage des Antalotes des Gomores. — Les Polynésiens en Amérique.
— Analogies et coïncidences. — - Ressemblances de mœurs, coutumes, industries, langage. — Autres analogies. — Les Polynésiens en Asie.
— Considérations linguistiques. — Direction des vents régnants. « Cambodge et Laos. — Comparaison avec les Stiengt. — Affinités entre le Malayoa et le Polynésien. — Japon. — Caractères physiques des Ja« ponais. — Comparaison avec les Maori. — Conclusi ons générales.
Jusqu'à présent, nous n'avons parlé que de la dissémination ou répartition des Maori dans les îles polynésiennes, et dans quelques-unes des îles mélanésiennes qui les avoisinent le plus ; mais, grâce aux recherches si érudites de M. d*Eichthal sur Tbistoire primitive des races océaniennes et américaines (1), nous allons pouvoir les suivre maintenant, non seulement jusqu^en Afrique dans TOuest, jusqu'en Asie dans TO.-N.-O., mais jusqu'en Amérique dans rEsttjusqu'àFormosedansleN.-N.-O., et bien plus loin encore, dans les Iles Aléoutiennes et Kouriles au Nord.
Chemin faisant, nous ferons quelques remarques critiques indispensables, pour relever plusieurs erreurs, dues seulement aux documents sur lesquels Fauteur a dû s'appuyer, et
(1) Mémoires de la Société d'ethnologie, t. II, p. 151 et suiv.
noud terminerons en montrant qu'il n'est guère probable que rinde particulièrement, et à plus forte raison, la Germanie, aient eu des rapports de quelque importance avec TOcéanie. Des études si savantes de M. d'Eichthal, il résulte d'abord que la civilisation primitive de TOcéanie a commencé dans la Polynésie, et que c'est de là qu'elle s'est portée vers Madagascar. Mais, ne se bornant pas à admettre une ancienne communication entre la Polynésie et cette île, M. d'Eichthal semble même croire que les Malgaches avaient une origine polynésienne. C'est du moins ce qui résulte de la note dfe la première page de ses études, dans laquelle il dit : « 11 y a longtemps que l'affinité du Madécasse avec la famille des langues malai:>iennes et polynésiennes a été aperçue. La coïncidence d'un certain nombre de mots madécasses avec des mots malaisiens, a déjà été indiquée par Reland et Hervas ; mais ce fait ne prouve autre chose que l'introduction accidentelle de ces mots, et ne démontre nullement la communauté d'origine des deux peuples. C'est ainsi que s'exprimait Vater dans le Mithridate (t. III, p. 256.) Quelques années plus tard, Tinspection de documents plus complets rendit au contraire le fait de l'origine polynésienne des Madécasses évident. »
Quelle que fut sa véritable opinion à cet égard, il ressortait^ disait-il, une même conséquence de tous les faits observés ou relevés par lui : « C'est que la Polynésie ou un continent aujourd'hui détruit, mais qui était situé dans la même région. du globe, paraissait avoir été le foyer principal de l'ancienne civilisation polynésienne qui, delà, avait rayonné dans toutes les directions vers l'Amérique, l'Asie et l'Afrique. » Il ajoutait môme: « Peut-être est-ce un germe émané de ce foyer qui, tombant dans la vallée du Nil, y a fait surgir, ou bien a fécondé l'antique civilisation égyptienne (1). » Son opinion était, en somme, celle de Forster et
(1) Nous ferons remarquer que, d*apros M. Moreaa de Jonnès, l'Égyptien pur a dû être primitivement identique à Tlndo-Polynésien. Il est à croire, ajoutait-il, que tous les deux ne faisaient u'un type unique, originaire de l'extrême Orient.
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de Moërenhotit, amplifiée et motivée. S'il ne confondait pas les véritables Polynésiens avec Les Mélanésiens, c'était bien aux premiers qu'il attribuait les rameaux répandus dans les îles mélanésiennes, l'archipel indien, et jusqu'à Madagascar.
Nous allons exposer le plus brièvement possible quelquesuns des résultats auxquels il est parvenu.
Afrique. — D'après M. d'Eiclithal (1), les Polynésiens auraient eu des rapports, non seulement avec Madag^ascar, mais même avec l'ancienne Egypte.
La première coïncidence qu'il cite, et qui est sans contredit des plus remarquables, est l'identité du nom du soleil dans les deux langues: c'est là seulement qu'on le trouve sous la forme polynésienne pure. En effet, ce mot se rend par ra^ re, ree, en Egypte , ra^ à la Nouvelle-Zélande ; laay aux îles Tunga; raa^ à Tahiti ; ra^ à Tukopia (2) ; ta, à Hawaï, etc.
Le même savant trouve également une coïncidence entre les mots houto et po : le premier est le nom de la déesse de la nuit, du chaos, des ténèbres primitives en Egypte ; elle y était surnommée la mère des dieux. Le second, en Tolynésie, représente aussi la nuit primitive qui, fécondée par l'Etre suprême, a donné naissance aux dieux et à tous les êtres. Il trouve aussi une coïncidence entre la grande divmité égyptienne Neitli ou Nées et la déesse polynésienne Hina, ainsi qu'entre le mot polynésien tabou, et les mots coptes touho (3), te6o, qui veulent dire « sacré >.
Sans nous arrêter à une pareille interprétation, nous nous
(1} Troisième étude^ p. 188.
(S) D*£ichthala dit, d'après Gaimard, que le mot soleil se rendait par lera ou tera à Tukopia ; mais c'était une erreur du nataralista Ue Y Astrolabe qui, entendant prononcer te ra « le soleil >, en a? ait fait un seul mot.
(3) Remarquer qu'aux Tunga, touho est le nom du premier chef par origine légitime.
bornerons à faire remarquer ici qu*en polynésien, ce n est pas tabouy mais bien iapou ou mieux iapu.
€ Si on joint à cette ressemblance, dit M. d*ËichthaU Tusage des constructions pyramidales, celui des momies, la division de la nation en famille souveraine, en classes sacerdotale, militaire et populaire, et si Ton compare ce que Moërenhoût rapporte du culte des divinités dans TEigypte et en Asie, on reconnaîtra qu'il y a plus d'une ressemblance, sans parler de certains dogmes relatifs à la vie future et à la distinction des peines et des récompenses après la mort > .
Nous sommes de son avis ; mais nous ferons remarquer que la ressemblance sur laquelle il insiste le moins, et qu'il se contente de mettre en note (1) est, suivant nous, la plus importante.
En effet, si Oro et Maui étaient, comme le pensait Moërenhoût» les deux grandes divinités solaires de la Polynésie, leurs noms se retrouvent dans ceux des dieux égyptiens, Hor ou Har, (Orus des Grecs) etMoui, tous deux aussi solaires, et tous deux alliés. Il résulte d'une note de M. Ghampollion« envoyée à M. d'Eichthal,que Hor-Ohré (Orus, soleil), Hor-Meu ou Hor-Moui (Orus identifié avec le dieu Moui) est fils du dieu suprême Amon- Ra et de la grande déesse Nées. « Or, dit M. d'Eichthal, nous avons établi l'analogie de la déesse Nées avec la grande déesse polynésienne Hina ; et comme Oro était considéré comme le fils de cette déejsse et du dieu suprême polynésien, ce trait complète la similitude entre les dieux Oro-Maoui d'une part et Hor- Moui de l'autre. € Il ajoute en note : € ChampoUion dit textuellement : €Le nom de Hor-Mui (Hor*Moui) signifie Horus le véridique, ou plutôt Horus identifié avec le dieu Meu et frère de T'meï\ la justice ou la vérité. Meu, en copte, signifie vrai ; la coïncidence de ce mot avec le nom du dieu Meu ou Moui est très probablement accidentelle : c'est ce qu'indique l'observation de ChampoUion. >
M. d'Eichthal ne savait probablement pas qu'en Polynésie
(1) Loc, citât, ^ p. 192.
et k Tahiti particulièrement, mau sigrnifie aussi « vrai, vérité. > Cette coïncidence est très curieuse.
Après avoir fait remarquer que, en dehors du cercle des choses religfieuses, les coïncidences de mots deviennent proportionnellement moins nombreuses, et après en avoir cité un certain nombre, à notre avis fort incertains, et que, pour cela, nous ne rapporterons pas, M. d'Eichthal rejette encore en note (1) une remarque bien plus importante que toutes ses citations. Il résulte, de cette note, que parmi les noms d*homme et de peuples appartenant à des pays voisins de TËgypte, noms qu^on a déchiffrés sur les anciens monuments de cette contrée, on en a rencontré quelquesuns qui sont polynésiens ou qui ont complètement la physionomie polynésienne. Tels sont, dit-il, parmi les peuples vaincus par Sésostris, les noms de Rohou, de Toroao, de Taônou ; parmi les chefs nubiens, les noms de Mehi, de Pohi, de Maï, etc. (2).
On ne peut, certes, en voyant de pareils mots, avoir une autre opinion que celle de M. d'Eichthal ; car ils sont complètement polynésiens. Ainsi, en maori, ao^ lumière, jour ; po nuit. Mais il faut pourtant convenir qu'il n'y a d'autre analogrie que celle de la physionomie, ainsi que Ton peut s'en convaincre par la traduction littérale ci-dessous.
M. d'Eichthal, du reste, ne cherche nullement à établir entre l'Eerypte et diverses régions de l'Océanie, le fait d'une
(1) Troisième étude, p. 195.
(2) En maori :
Ro, foarmi, dans : An, marais, boue, silencieux. Toro, nom d*arbre,brûler ; s*étendre,se déployer; visiter,regarder. Ao, lumière, jour, faire jour, monde ; ramasser. Tao, lance ; cuire dans un four indigène ; maï, ici ; vers ; nom d*arbre, de moule.
Nou pronom : de toi.
Afr, afec, et ; hi, soit.
//i, pèche, péctieur ; diarrhée, avoir la diarrhée. Poi, nuit, saison.
//îi, Y. ci- dessus.
PoAt, chanson.