CONCLUSIONS GENERALES
1. — Les Polynésiens ne sont point les restes d'une population préexistant sur un immense continent, qui aurait été en partie englouti par un cataclysme quelconque;
il ne sont pas les descendants des peuples asiatiques ; ils ne sont pas davantage ceux des Malaisiens, des Javanais ou des Malais, dont ils seraient plutôt les ancêtres directs ou indirects ;
Ils ne sont pas non plus des émigrants de l'Amérique ;
Enfin ils n'ont pas été créés dans les îles de la Polynésie proprement dite ; mais ils sont, bien probablement, le produit spontané de Tune des Iles où on les a trouvés, et qui, Traisemblablement, est le reste d'une terre plus étendue.
2. — C'est par voie de migrations volontaires ou non, ou par voie de disséminations involontaires, qu'ils sont arrivés dans les tles polynésiennes où on les a rencontrés, et de là ensuite en Malaisie.
3. — Le lieu d'origine première était appelé Hawahiki par les émigrants ; il se trouvait sur l'Ile-du-Milieu de la Nouvelle-Zélande, dont le nom maori est Tawai ou Kawai; peutêtre même occupait-il cette île tout entière.
4. — On retrouve dans cette île la race souche, tout à fait semblable aux Polynésiens par les caractères physique?, moraux et intellectuels, et par le langage que ceux-ci parlaient dans l'origine. La population y était même beaucoup plus nombreuse que ne le croyaient Cook et d'Urville, ainsi que Tattestent toutes les traditions.
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5. — La première étape, en quittant THawahiki, a été, pour la majorité des émigrants, Tîle que les traditions désignent sous les noms de Nuku-roa, Aotearoaou eucorelka-aa-Maui, c*est-à-dire TUe-Nord de la Nouvelle-Zélande; mais, dès lors, une partie des émigrants paraît avoir continué à s'éloigner.
G*e8t avec les vents d*Ouest et de Sud-Ouest que les émi« grants se sont éloignés de THawahiki, quand ils n*ont pas fait le trajet à Taide des pagaies seulement, et leur route, d'après les traditions, a toujours été vers TEst ou le Nord- Est.
Plusieurs départs successifs paraissent avoir eu lieu, mais il 7 en eut un surtout considérable par le nombre.
Des populations assez denses existaient déjà sur TIle-Nord à Tarrivée des émigrants de THawahiki ; quelques-unes les empêchèrent même d'aborder et les contraignirent d'aller 8*établir ailleurs.
6. — Forcée à son tour d'abandonner Aotearoa, à la suite de nouvelles dissensions, une partie des émigrants d'Hawahiki, sans parler de ceux qui n'avaient pas pu sUmposer aux populations primitives, ni de ces populations elles-mâmes, dut se diriger vers la Polynésie ; ils n'avaient, en effet, pour ainsi dire pas le choix de la route, car ils ne pouvaient songer à retourner vers l'Hawahiki, d'où leurs ancêtres avaient été expulsés et il fallait, pour s'éloigner, qu'ils profitassent detf vents régnants.
7. — Les mêmes vents, qui avaient facilité le voyage des émigrants d'Hawahiki jusqu'à Aotearoa, sont ceux qui ont servi aux émigrants vers la Polynésie, c'est-à-dire les vents d'Ouest et de Sud-Ouest qui poussaient toujours dans une même direction, vers l'Est et le Nord-Est. C'est ce qui explique si bien pourquoi les Polynésiens n'occupent pour ainsi dire que le côté oriental et méridional de l'océan Pacifique, et pourquoi on n'a jamais rencontré ni Maori, niPolynéliens sur la Nouvelle-Hollande.
8. — Ce sont les émigrants d'Hawahiki fuyant aussi l'Ile- Nord de la Nouvelle-Zélande, et peut-être avant eux, les populations primitives de cette île, populations identiques
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à celles de THawahiki, qui ont peuplé successivement les lies polynésiennes, et qui ont assez modifié leur apparence extérieure au contact des Influences Intertropicales, pour qu'on ait cru y voir d'abord, mais à tort, une "race différente appelée depuis race polynésienne, de son habitat dans les îles de la Polynésie.
9. — Les premières îles rencontrées en Poljmésie par les émigrants ont étélesTuDgra,et presque en même temps pr(H bablement les îles Hapaï, qui les touchent ; ce sont ces îles qui, successivement, ont envoyé leurs colonies vers le Nord- Est et TEst, peupler d'abord les îles Alu-Fatu, Niua et les Samoa ; puis, les entraînements Involontaires aidant, elles peuplèrent toutes les autres tles polynésiennes, soit directement soit indirectement, c'est-à-dire que les colonies s^ rendirent d'emblée ou qu'elles commencèrent par toucher aux îles Manaïa, qui, peut-être elles-mêmes, ont reçu des émigrants directs de la Nouvelle-Zélande.
10. —[Excepté les populations primitives trouvées à Âotearoa par les émigrants, populations qui étaient de même race qu'eux, parlaient le même langage et n'avalent proba* blement fait que les devancer en venant de l'Hawahlki, si elles n'étaient pas elles-mêmes autochthones, les îles de la Polynésie paraissent, pour la plupart, avoir été trouvées entièrement désertes. Car si Quiros d'abord, puis Cook, d'Urville, et tant d'autres après eux, ont admis une race noire préexistante à l'arrivée des Polynésiens, non seule» ment les traditions se taisent à ce sujet; mais, de plus, la langue, les coutumes, les croyances religieuses, tout, en un mot. Indique que le fait n'a pu exister. Sans doute 11 y a eu des entraînements vers plusieurs des îles à population mélanésienne et l'on a trouvé des colonies de Polynésiens dans les îles Hébrides (Tanna et Futuna), dans les Iles LoyalQr (Uvea) et dans quelques autres, telles que Tupua, Yanikoro. Mais ces colonies n'ont Jamais été que tolérées ; elles ont vécu presque isolées, et ne sont arrivées d'ailleurs qu'à des époques pour ainsi dire modernes dans la plupart des îlesob elles existent.
Quant aux entraînements tant invoqués par les ethnolcH
gueê pont expliquer le peuplement des îles polynésiennes» il faut bien reconnaître aussi qu'ils n'expliquent pas grand' chose. Oar, excepté le cas cité par Beechey, d'un entraînermont sur une petite tle déserte, celui cité par Ellis, sur l'île Tubuai, et quelques autres aussi insignifiants, et pour ainsi dire tout modernes, tous les autres ne se sont opérés que sur des Hes qui étaient déjà habitées soit par la race noire» soit par la race polynésienne.
11. — Les migrations, dont le souvenir a^été conservé, ne paraissent pas remonter à une époque bien éloignée, c^est certain ; mais si on cherche à déduire, des généalogies do chaque ile ou archipel, la date approximativre de la première occupation, pas une ne s'accorde. Ainsi dans la même cou* trée, sur l'Ile-Nord de la Nouvelle-Zélande, le nombre des générations varie de 15 à 26, d'après les indigènes eux-mêmes, soit de 460 à 780 ans ; en Polynésie, ce sont les archipels qu'on dit avoir été peuplés par les îles de la Société, qui comptent justement plus de générations que les dernières : tels sont les archipels des Sandwich et des Marquises ; AuxTunga etaux Samoa, qu'on regarde généralement comme ayant peuplé toutes les autres îles, après l'avoir été elles* mêmes, dit-on, par la Malaisie, on ignore au contraire abso* Inment quel a pu être le nombre de générations; aux Mangareva, on n'est pas plus fixé sur ce nombre qu'à l'Ile-Nord de la Nouvelle-Zélande, puisque une tradition semble indiquer 567 ans, et une autre six à sept cents ans; enfin, aux Manaia, on compterait plus de générations qu'à la Nouvelle-Zélande, e^est-à-dire 29 au lieu de 15 ou 26. Mais, quand on voit tant de divergences, il est vraiment impossible de rien conclure d'exact à Paide de pareilles données. 11 est surtout impossible d'accorder la moindre attention sérieuse aux divers cal* cols ftdts par les écrivains pour soutenir leurs idées préconçues, quand on sait que des sauvages ne peuvent guère conserver dans leur mémoire qu'un nombre de générations assez restreint et pour ainsi dire borné à 15 ou 20 ; quand on sait surtout que chaque usurpateur du pouvoir suprême avait l'habitude, non seulement de s'emparer de la renommée de quelque grand chef, son prédécesseur, et de l'intro-
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duire dans sa famille, mais encore d'appeler l'oubli sur les noms de ceux qu'il n*aimait pas ; ainsi que nous Tavons vu faire dans les Iles de la Société et aux Tunga.
Il est certain, comme on l'a dit» que les migrrations étaient déjà faites depuis longtemps en Polynésie, quand Quiros y aborda pour la première fois, avec Mendana, en 1506, et, plus tard, en 1606. Mais c'est tout ce qu'on en sait, et cela n'aide guère, on en conviendra, à fixer l'époque de l'arrivée des Polynésiens.
N'y avait-il que trois cents ans comme quelques-uns le supposent; faut*il croire avec d'autres qu^il y ain^it davantage, et, pour les îles de la Société, par exemple, qu'il y avait plusieurs milliers d'années? Tout cela est bien conjectural, et mieux vaut ne pas s'y arrêter.
12. — De l'évidence, parfaitement démontrée pour nous, que Kawaï ou autrement THawahiki a été le berceau des Polynésiens, découlent les propositions suivantes :
A. — La race mélanésienne, première occupante des tles Fû'if du Saint-Esprit, Salomon, Nouvelle-Calédonie, etc., vient, sinon d'Asie et des grandes îles asiatiques, du moins de la Nouvelle-Guinée, et peut-être de la Nouvelle-Hollande.
B. — Il y a eu mélange mélano-polynésien dans un certain nombre des tles mélanésiennes intermédiaires à la Malaisie et à la Polynésie ; mais il est beaucoup moins grand qu'on ne Ta cru, et il est seulement plus apparent dans les îles qui avoisinent le plus la Polynésie. Ainsi il existe surtout dans les îles les plus orientales des Fiji, à la Nouvelle* Oaiédonie, dans les Loyalty, à Tanna, Brronan, Vanikoro, etc.; mais de très petites îles, comme enclavées dans les Iles mélanésiennes, telles que Tukopia, Anuta, Taumako, Marne, les tles Duff, etc., sont restées jusqu'à ce jour peuplées par la race polynésienne : en un mot, le mélange semble d'autant moins apparent qu'on se rapproche davantage du Nord- Ouest, mais il se laisse reconnaître encore, aussi bien à Santa-Crux et aux Pelew dans les Carolines, qu'à la Nouvelle-Zélande.