LÉGENDE DE LA BALEINE APPIRVOISÉE DE TINIRAU
L'origine du meurtre fut la baleine apprivoisée de Tinirau appelée Tutunui. Tinirau étant malade fit appeler pour l'enchanter un prêtre habile, nommé Kae, qui habitait au loin. Kae, après avoir guéri Tinirau, lui demanda, pour pouvoir retourner promptement chez lui, la permission d'y aller sur le doB de sa baleine apprivoisée. Tinirau ne pensant pas que Kae emploierait quelque enchantement, appela la baleine ; la baleine vint immédiatement. Tinirau lui dit : « y a porter Kae en sûreté dans son pays. >
Alors le monstre approcha à toucher le rivage et Kae sauta sur son dos. Au moment où il allait partir, Tinirau lui fit cette recommandation : « Quand tu t'apercevras que la baleine se secoue, tu pourras être assuré que tues près de terre ; mlors saute de son dos et retire -toi promptement. » Puis Ti-^ Hirau congédia la baleine, et elle partit.
La baleine ne fut pas longtemps à arriver au terme de son
(1) Trad. de Shortland, Traditions and superstitions^ p. 05.
QA
voyage. Aussitôt après elle fut près de la côte. Elle commença à se secouer. Elle continua pendant quelque temps à secouer son corps, s'attendant à voir Kae sauter à terre. Mais Kae resta sur son dos jusqu'à la fin du reflux* et le poisson demeura à sec. Alors ce méchant homme sauta à bas, et quand la baleine fut morte, il en découpa un morceau, qu'il mangea.
Pendant ce temps Tinirau attendait impatiemment le retour de sa baleine apprivoisée, mais elle ne revenait pas.
Il l'appela, cela ne hâta pas davantage son retour. A la fin Tinirau sortit de sa maison, et Todeur de la baleine morte frappa son odorat.
D'où l'expression familière, aujourd'hui employée quand on perçoit la senteur d'un bon plat : Kaputara te kakara o Tutunui. « Oh ! voici l'odeur de Tutunui. »
Tinirau comprit de suite que Kae avait tué la baleine, et son cœur en fut vivement affecté. Aussitôt sa bande de guerriers mit ses canots à la mer et 140 hommes partirent dans la nuit.
Quand ils approchèrent de la maison de Kae, Tinirau fit un enchantement pour endormir tous ceux qui étaient dedans. De sorte que Kae et ses gens tombèrent dans un sommeil profond et que l'on entendit sortir de toutes les narines de la tribu un son pareil à celui de la marée montante. Gomment aurait-il pu en être autrement ? L'enchantement était si puissant, qu'ils furent instantanément plongés € dans Toubli du sommeil >•
Alors les 140 entrèrent dans la maison et trouvant Kie endormi, au milieu, ils le portèrent à leur canot sans l'éveiller ; il dormait si fortement que ses paupières scellaient ses yeux.
Pendant qu'ils remportaient, l'oreiller de Kae (1) tomba de son lit : d'où est venue l'expression : Kataka te uruuga o Kae. c L'oreiller de Kae tombe >. Cette expression est venue & la postérité comme proverbe ; elle signifie que quelque malheur est arrivé ou va arriver.
(1) L*oreiller ou urunga était nnc sorte de tabouret bas, fait d*an lolide morceau de bois dur, orné de sculptures.
Les hommes mirent Kae dans leur canot ; puis ils retournèrent à terre, et tuèrent le reste de la tribu pendant qu*elle dormait. Après cela ils pagayèrent pour aller dans leur contrée. Quanta Kae il resta profondément endormi pendant tout le temps du trajet.
Quand les canots eurent atteint le rivage, on le transporta dans une maison ressemblant complètement à la sienne, et on le plaça sur un lit arrangé comme celui qu'il occupait quand il avait été pris. Cela fait, Tinirau ordonna à ses hommes de le réveiller.
€ Lève-toi Kae, lèvc-toî, lui crièrent les hommes. A qui appartient la maison dans laquelle tu as dormi ? »
Alors Kae s'éveilla, et regarda autour de lui.
c A qui est cette maison, Kae ? > lui crièrent de nouveau les hommes.
c II est certain qu*elle m'appartient, » répliqua Kae.
€ Cette maison ne t'appartient pas, dirent les hommes. Cherche la place du feu ; où est-elle ? >
Car il n'y avait pas d'endroit pour le feu, et Kae reconnut aussitôt que ce n'était pas sa maison.
Alors Tinirau tua Kae, comme compensation de la mort de sa baleine apprivoisée .
Voici ce que Taylor rapporte de Tinirau (1) :
Les naturels ont d'innombrables traditions qui sont géné« ralement connues ; et nul orateur ne se croirait tel, s'il ne recourait pas dans son discours à quelques citations appropriées de ces traditions ou chants.
La suivante est bien répandue, et quoiqu'elle soit pleine de merveilles, on la considère encore comme un renseignement historique de l'un de leurs ancêtres les plus distingués et du commencement de leurs guerres.
Tinirau était un grand chef, les uns disent de l'Ile-du- Milieu, mais d'autres d^Hawahiki. Il était renommé par sa beauté et sa grande vanité. Il avait plusieurs étangs pleins d*eau transparentOi qui lui servaient de miroir et où il s'ad^
(1) Te ïka a Mauu p- 101.
'JOS t£â POLYNÉSIENS.
mirait. Lai aussi prit un haras, non de chevaux, qui étaient alors inconnus, mais de baleines ; c*étaient ses Mokai ou favoris. L'une de celles-ci était appelée Tutunui.
La renommée de ce chef alla aux oreilles de Hine-te- Iwaiwa, femme d'une tribu éloignée, qui était également remarquable par sa grande beauté. Elle en devint amoureuse sur les seuls rapports qui lui étaient faits, et bientôt elle n'eftt plus qu'un désir, celui d'aller le voir.
Un jour pendant qu'elle était avec des femmes hors du Pa, à chercher des moules, elle s'élança subitement dans la mer et alla au fond ; elle remonta bientôt près d'un rocher, à quelque distance du rivage et guetta pendant qael« que temps ; puis plongeant de nouveau, elle fit un loDg chemin sous l'eau.
Après avoir eu de nombreuses aventures et tenu de longues conversations avec les différents poissons rencontrés et principalement le requin et le kahawai, elle finit par remonter près de la demeure de Tinirau, sous forme de demi-poisson, demi-femme. Elle reprit alors sa forme ordinaire et s'assit pour chercher quel serait le meilleur moyen de se présenter au chef.
Connaissant l'admiration que Tinirau avait de lui-même, elle prit le parti, pour attirer son attention, de gâter ses miroirs en sautaut dedans et eu en troublant l'eau.
Tinirau tenait tant à ses miroirs qu'il les faisait garder par une chouette, qui, perchée sur uu arbre élevé du voisinage, avait toujours les yeux tournés vers eux. Cest pourquoi dès qu'elle vit Hine-te-Iwaiwa y faire du ravage en s'y jetant, elle appela Tinirau, qui était alors sur son gradin élevé.
Irrité de l'insulte, il descendit aussitôt ; alla aux étangs, où il découvrit la cause de ce bruit, et il ne tarda pas à se lier avec la jeune fille.
Cependant les femmes de Tinirau n'admiraient point leor nouvelle compagne autant que leur seigneur et maîize: aussi fut^il obligé de la tenir séparée des autres.
Après quelque temps Hine*te-Iwaiwa donna naissance à un enfanu Les autres femmes jalouses la halne&i encore
davantage» et deux d^entre elles résolurent de la tuer. Elle était naturellement très effrayée, mais comme ses ennemies approchèrent d'elle séparément» elle eut le temps de prononcer un puissant charme : alors elle jeta une pierre à la première, dont le corps s*ouvrit et se remplit aussitôt de pierres vertes; elle fit la même chose à la seconde femme, et le résultat fut le même : c*est ainsi que la pierre verte fut formée.
Quelque temps après Hine-te-Iwaiwa alla visiter ses amis, et Tinirau ne pouvant vivre sans elle alla à son village ; en approchant du lieu où elle vivait, il vit quelques enfants jonant derrière le Pa dans un marais rempli de Kakaho, ou roseaux ; il se coucha dedans et fit du bruit pour attirer Tattention des enfants : ceux-ci vinrent pour voir ce que e*était, et il reconnut alors son propre enfant aux ornements qu*il portait aux oreilles. Il Tenvoya à sa mère, avec un sachet odorant qu'elle lui avait donné et qu'il portait constamment autour de son col.
L'enfant s'en alla et la mère reconnaissant aussitôt ce don d'amour, alla vers son mari, et le fit entrer dans le Pa^ où il fut reçu et accueilli avec une grande distinction, et où une grande fête fut donnée à son intention. Mais l'amas des provisions se trouva bientôt consommé, et, par surcroît de malheur, la pèche fut insuffisante.
Tinirau vit leur manque de provisions : il leur promit une abondante pèche de poisson pour le lendemain matin ; mais il leur recommanda de rester tous dans leur maison, portes et fenêtres fermées pendant la nuit et de ne pas les ouvrir avant le jour. Us le promirent volontiers. Alors il fit une de ses puissantes invocations, et on entendit immédiament un grand bruit, qui dura pendant toute la nuit. Quand ils ouvrirent leur porte le lendemain matin, ils furent fort surpris en voyanttout l'intérieur du Pa plein de toute espèce de poissons qui s'élevaient en tas jusqu'à leurs Wata.
Après être resté quelque temps avec les parents d'Hinete-Iwaiwa, ils retournèrent à la demeure de Tinirau où elle devint mère de nouveau, mais un peu avant la naissance de
310 LKS PCfLYVàMOÊHS.
Fenfant^ son mari commença à se dégoûter d*elle et il alla vivre avec une de ses autres femmes.
Quand Hine-te-Iwaiwa vit qu'elle était sur le point d*ètre exilée, elle envoya plusieurs de ses esclaves dire à Tinirau qu^il eut à pêcher du poisson, parce qu'elle avait cette fantaisie. Quand les esclaves approchèrent de Tintérieur duPs, ils appelèrent Tinirau, Tinirau répondit : « E ! » — « Ta femme, lui dirent-ils, n*est pas bien, et sur le point d*ètre exilée, elle désire que tu lui pèches un peu de poisson. *
Tinirau descendit dans son canot et atteignit la demeure de sa femme. Il lui demanda^: «Que veux-tu? > Hine-te-Iwaiwa lui dit : c Mon enfant est sur le point de naître. > Quand il Teut vue, il établit autour de la maison une palissade de ronces et d^orties entrelacées et attachées avec du phormium de telle sorte qu'il lui était impossible de s*enfuir.
En voyant pareil traitement, le cœur de Hine 8*attrista, et peu après son enfant vint au monde. Quand Tinirau Teut appris, il revint et enleva le filet qui Tentourait, mais, profondément blessée de son manque d* amour, Hine- te-Iwaiwa, cria à son frère : < Rupe, viens et enlève-moi avec mon fils I > Rupe vint aussitôt.
Quand Tinirau revint, Rupe, le fils et la mère étaient par* tis ; Rupe les avait enlevés dans ses ailes. Comme ils s*en allaient, Tinirau s'écria : c O Rupe, rapporte ta sœur et l'enfant. » Hine-te-Iwaivra dit à son frère : « Ne lui remets pas, je t'en prie, son enfant. > Rupe le laissa tomber doucement, et Tinirau le saisit. Il le nourrit d'eau, l'enfant crût, et il rappela Tuhuruhuru (1).
Un jour les enfants allèrent jouer à la teka; quelques-uns jetèrent leur tiges sans qu'elles pussent voler. Tuhuruhura jeta la sienne, après avoir d'abord proféré la karakia (prière) suivante :
TclIcu teka net.
Tu es ma teka.
Ko te teka nawai ? La teka de qui ?
(1) Il y a une montagne Te ou Tuhuruhuni, dans la proTinca dXHikoa (Otago) ; c*est le mont Dommett, dans le N. O. de Moerangî.
L£S POLTNÂSIENS. 311
Ko teiekana Tuhuruhuru^
La teka de Tuhuruhuru,
Te roko hina te rokohana^
Atteint les autres tiges et arrive la première .
Jaloux de son habileté à jeter la teka, les enfants se moquèrent dâ lui : € G*est la teka du bâtard, où est sa mèra ? >
Tuhuruhuru entendit ces insultes. Quand il fut de retour à la maison, il demanda à son père Tinirau : € Où est ma mère ? » Tinirau lui répondit : c Je ne sais pas, tu peux la chercher. » L'enfant lui dit alors : t Où est-elle ? Tu ne me le dis pas, pour que je puisse aller la trouver. > Tinirau répliqua : c Tu feras bien d*y aller si cela te plaît ; mais , écoute mon avis : quand tu seras arrivé à un champ brûlé, roule-toi dans les cendres pour changer d'apparence et pour qu'on te croie un esclave. » Tinirau lui dit .- « Te sens-tu le courage d'y aller?» L'enfant lui dit: < Oui, j'en ai le courage.» Alors il lui traça sa conduite, c Quand tu auras atteint le Pa, offre de porter l'eau à Rupe ; et, quand tu l'auras portée, ue la verse pas dans la bouche, mais dans le nez de Rupe. Dans la soirée, quand Hine-te-Iwaiwa attendra avec ses femmes l'heure de danser, fais une prière. » L'enfant lui répondit : c Quelle prière (charme) ferai-je ? » Tinirau répliqua :
Te tu o Bine-te^Iwaiwa»
La feuille de figuier d'Hine-te-Iwaiwa.
Makerêj makere^
A tombé, tombé.
Le taupaki o Hine-te^Iwaiwa
Le vêtement de Hîne^-te-Iwaiwa,
Makere^ Makere
A tombé, tombé.
Tahunihuru, ayant reçu ces instructions, partit. Quand il irriva à l'autre endroit, il vit les femmes qui allaient chercher du bois à brûler ; alors il se roula dans les cendres pour qu'elles puissent le prendre pour un enfant esclave. Ayant atteint le bois mort, il s'y coucha. Quand les femmes, loi venaient pour ramasser du bois de chauffage, le virent
étendu de tout son long, elles s'écrièrent : € Voici un jeune esclave ; il sera pour Hine-te-Iwaiwa. >
En approchant du Pa, elles le lui remirent ; elle dit : cOh! justement Rupe attend depuis longtemps de Teau ; il la lui portera. > Quand Tuhuruhuru fut de retour avec l'ean, Rupe étendit ses mains, mais Tuhuruhuru la versa sur son nez. Rupe le maudit en disant : « Le jeune esclave a versé Teau sur mon nez. > Il courut après lui et lui donna des coups. Tuhuruhuru cria en se plaignant :
€ En vain je suis venu ; < Rupe est mon oncle, c Hine-te -Iwaiwa est ma mère, € Et Tinirau est mon père.
Rupe dit : € Le petit esclave crie et se plaint. » Dans la soirée» Hine-te-Iwaiwa et ses suivantes commencèrent la danse ; alors Tuhuruhuru préféra la karakia: « Le vêtement de Hine-te-Iwaiwa a tombé, tombé. € Le vêtement de Hine-te-Iwaiwa a tombé, tombé. > Hine-te-Iwaiwa se mit de côté et se baissa, parce qu'elle avait laissé tomber son vêtement. Quelques-unes des jeunes femmes ayant entendu les paroles de Tuhuruhuru, dirent à Hine-te-Iwaiwa : < Le jeune esclave a fait une plaisanterie sur ton vêtement. » Hine-te-Iwaiwa courut après lui et lui donna un coup de poing.
Tuhuruhuru cria et se lamenta, disant :
€ En vain suis-je venu ; c Rupe est mon oncle, « Hine-te-Iwaiwa est ma mère, • Et Tinirau est mon père. »
Il s'enfuit de la maison en criant. Elle entendit son fils qui criait et elle courut pour l'arrêter, fâchée de ce qu'elle avait fait et disant : t Hélas ! mon enfant, mon plus jeune, pourquoi te battrais-je ?» Tuhuruhuru, quoiqu'il fftt reconnu, s'enfuyait. On le poursuivit longtemps, mais sans Tatteindre ; il se précipita dans Teau pour se débarrasser des cendres.
Hine-te-Iwaiwa se lamentait de n'avoir pas reconnu son fils. Elle appela Rupe et lui dit : < Arrive de suite et attrape
LES POLTNlâsiENS. 313
mon enfiant. > Rupe plongea dans Teau, le ramena à la surface, puis le conduisit dans le Pa. c Hélas i hélas t disait sa mère, mon pauvre fils abandonné. > Après qu'elle eut fini de pleurer, elle lui dit : c De quel message t*a chargé ton père ? > Tuhuruhuru lui répondit : c 11 a dit que nous retournions, toi et moi, avec Rupe, pour qu*on me donne un nom. » Rupe et sa sœur consentirent à raccompagner.
Ils arrivèrent à la demeure de Tinirau. Oelui-ci fut heureux de voir sa femme, son beau-frère et son enfant. Ils y couchèrent et, le lendemain matin, aussitôt qu'il fit jour, il envoya un messager pour réunir tous'les chefs à Toccasion de la nomination de son enfant. Tous acceptèrent de s'y rendre. Kae aussi s*y rendit. L*enfant fut appelé Tuhuruhum ; son premier nom était Tu-ai-Takaroro (1). Le nom qui loi fut donné signifie « le plumage de Rupe >.
Quand la cérémonie fut terminée, tous retournèrent chez eux, excepté Kae. Quand presque toute la compagnie eut été dispersée, Kae demanda : « Où est Tutunui, le favori de Tinirau, le mokai de mon petit-fils ? Ne veut-il pas me servir de pont pour me ramener ? » Tinirau lui dit : « Nullement, car le favori de ton petit-fils en mourrait. > Kae répliqua : c Oh f non, j'en aurai le plus grand soin . » Tinirau finit par y consentir, mais il lui traça ainsi sa conduite :
E hiahia koe ki temimi me mimi ki te papa maut, e /itahia koe ki te h'fco, me ttTco koe ki te papa matau (2). Kae consentit atout cela. Tinirau ajouta : c Quand il approchera du Pa et qu'il se secouera, tu sauteras et tu iras à terre, pour que son ventre ne frôle pas sur le fond, car il en mourrait. > Kae répondit: « Oui, je me le rappellerai, et je ferai ce que tu dis. »
(1) D'après une autre yersioo, la mère de Tuwhakaroro, tué par les Atîapai, se nommait Apakura. C'était aussi la mère de Whakahau et de la femme de Poporokewa.
(9) D est difficile de traduire cette phrase en français convenable ; elle signifie : « Quand tu auras envie de pisser, tu pisseras à gauche ; quand tu auras envie do ch..., tu le feras à droite. »
Hiakiû, désir ; kœ^ toi, vous ; mimi^ pisser ; mff, il fautj maui, gauche; It/ro, probablement pour kiko^ cb... ; matau, droit, à droite.
Alors il monta sur le dos de la baleine apprivoisée ; mais il ne tint pas compte des recommandations faites, car, quand il fut à la mer, Ka hiahia ia ki te mtmt, ka mimi ia ki te papa matau^ ka tiko ia ki te papa matau. Quand il approcha de la côte, qui est vis-à-vis le Pa, Tutunui commença à se secouer. Kae n*y fit pas attention, il resta toujours sur son dos, et le ventre de la baleine frotta sur le fond. Tutunui, la baleine apprivoisée de Tinirau, fut tuée. La population du Pa la découpa et la fit cuire.
Tinirau attendait son retour. La nuit se passa et la mati« née aussi, et cependant elle ne revenait pas. A midi, le Tonga, ou vent de nord-est, s'éleva, et porta Todeur des fours à sonnez. Tinirau s'écria dans son chagrin : c L*odear de Tutunui vient de Haruru Atea (1) » (localité de THawahiki). Comprenant la mort de Tutunui, le cœur de Tinirau devint triste. Il s^écria : c Je me vengerai sur Rae >.
Après avoir réfléchi pendant plusieurs nuits, il dit à sa femme et aux femmes de Tendroit : < Allez chercher Rae. » Les femmes répondirent : c Nous ne le connaissons pas.» Tinirau répliqua : c Vous le reconnaîtrez à ses dents. * Mais elles lui dirent: «Gomment pourrons-nous les voir?»— «Employez une ruse quelconque », dit-il. Les femmes le comprirent. Elles s'embarquèrent dans leur canot et s'éloignèrent. Quand elles eurent atteint le Pa, elles entrèrent dans la maison où demeurait Kae. Elles virent que les tutau (chants de ronde), he whae (chants d*amour ?), he haka (chants avec gestes) et he loaiatay (chansons) étaient les amusements du matin ; mais Kae ne riait pas. Elles se demandèrent quel serait le haka qui le ferait rire ? A la fin, elles trouvèrent le puapua, le waitoremi, le anaana. Elles chantèrent le waitoremi : il se mit à rire. Elles virent le creux profond, car Kae avait perdu ses dents de devant. Cela leur suffit et elles passèrent outre. Elles répétèrent le rotu ou charme pour le faire dormir :
matae titiro mai, yeux, voyez,
(1) Hari/rii, émettre une! odeur désagréable, odeur désagréable; atea^ net, clair, être clair, nettoyé.
Nana tu whakarehua^
Fermez-vous par le sommeil.
Tu whakamœa emce,
Soyez profondément fermée par le sommeil.
Il essaya de résister à cette influence et se plaça deux morceaux de coquille d*huîtres à perle sur les yeux, pour faire croire qu*il était éveillé ; mais ce fut en vain. Kae ne pouvait pas résister au charme ; il s'endormit, et bientôt il en fut de même de tous ceux de la maison. Alors elles Fen* levèrent doucement et le portèrent dans leur canot et s'éloignèrent aussitôt pour se rendre à leur demeure. Elles le déposèrent près du poteau de la maison en le laissant dormir.
Dans la matinée elles chauffèrent les fours ; des laiterons et d'autres feuilles servaient de wariki ou couvercle, et la nourriture était à côté dans des paniers. Alors elles réveillèrent Kae. « Lève-toi ! lève-toi, tu ne fais que dormir. » — • (?est vrai, répondit-il, c'est ici que je dors, » — •• Viens manger alors. > Et il s*y rendit. Tinirau lui oflhrit une place sur la couverture verte du four ; il s'assit dessus et étendit la main pour prendre de la nourriture ; mais ils versèrent de réau sur son dos. L'épaisse vapeur du four chauffé s'éleva aussitôt et le suffoqua. Kae était mort. Alors ils le couvrirent avec les feuilles. Il fut cuit et mangé .
Dans une autre version, Tinirau dépêcha ses sœurs. Quand elles découvrirent Kae, qui s'était bâti lui-même une maison, elles envoyèrent son modèle exact à Tinirau ; il en fit faire une semblable ; alors ils enlevèrent Kae et le déposèrent dans la nouvelle maison. Dans la matinée, quelqu'un alla le voir : « Eh bien, Kae, lui dit-il, où es-tu ?» Il regarda autour de lui, et répondit : « Où veux-tu que je sois, sinon dans ma maison. > Un autre entra et lui dit : c Eh bien Kae, où te trouves-tu ? > Il regarda partout, mais ne trouva aucune différence, parce que les deux maisons étaient exactement semblables, et il dit : c Je suis chez moi. > Un troisième vint, et, poussant la porte un peu de côté, dit : c Eh bien, Kae, où es-tu ? > Kae regarda de nouveau partout, et, voyant qu'il y avait quelque disposition différentOi il ré-
pondit : c Je ne sais pas. > Alors ils le saisirent là où il était, et le tuèrent.
Ko te meai Kae kinoaite tangata maori na Kae i ttmato, ho Tuiunui he lehora^ titiro ana nga tamahine a Tinirau : ko Kae ka patua na Tinirau: i patu kaî rawa^muri iho ko Tahuruhuruj ka patua kei utu ma Kae : ka ea te mate o Kae^ ka utua e Wakatau : ka mate ko m,ango pare^ ko manga waho. Na titiro-ana a Wakatau : ka iahuna te UHire te Tini •o-Manono. Ka tahi ka tupu mat ki nga uri : ka tahi ka kaingate tangata no te witinga mai o Tanui o tt ArauHi^ o te Mata-atua ki tenei motu ka timata ai te kai tangata. Na Hoturoa tend korero.
Taylor ne donne pas la traduction de ce texte, qui est attribué à Hoturoa, le capitaine du Taxnui.
Kae(1).
Kae était un grand magicien, grand-prêtre, de la tribu Ati-Hapai ; il babitait Tihi, ou Tini«o-Manono.
Il fut appelé par Tinirau, pour le guérir, diaprés une version, ou pour assister au baptême de Tuhuruburu, d* après une autre.
Selon Taylor (p. 112), il demanda, pour retourner chez lui, la baleine favorite de Tinirau, en tels termes qu'on pourrait croire à sa parenté avec ce chef.
En tout cas, cela n'aurait pas empêché Tinirau, pour se venger de la mortde sa baleine apprivoisée, causée par Kae, de faire enlever ce dernier de sa demeure et de le tuer.
D'après Shortland, Tinirau reconnut à Todeur qui lui arriva que sa baleine avait été cuite, et mangée par les gens de Kae. Il envoya aussitôt 140 guerriers dans un canot ; ceux-ci endormirent tout le monde, et ramenèrent Kae à Motu-Tapu, où Tinirau le tua.
D'après Taylor, ce fut également à l'odeur apportée par
(1) Kae n*existe pas comme mot %t\A.Kaeaeay milan, guetter. Ken nourriture, travailler, jeu, arbre.
lo vent ToQffa, qu'il dit être le vent du nord-est, que Tinirau connut la mort de sa baleine, et ses femmes partirent aussitôt pour s'en emparer. Voir la légende de Bîr Grey.
TUHURUHURU.
Te Huruhuru ou Tuhuruhuru était, d'après Taylor (p. 107), fils de Tinirau et de Hine-te-Hiwaiwa : il fut d*abord nommé Tu-ai-Taka-roro. C'est à son baptême qu'il prend le nom de Tuhuru-huru en l'honneur de son oncle Rupe.
De nos jours encore, Tuhuruhuru était le nom du chef de Pukurakau, près de Waitaki, qui se trouve entre Moeraki et la presqu'île de Banks ; c'est aussi le nom d'une montagne haute de 6,200 pieds, dans le nord-ouest de Moeraki ou Moerangi.
Enfin, le chef actuel de Te-Puna-Âmaru, lieu qui n'est pas éloigné de la montagne Tuhuruhuru et de la rivière Waltangi, se nomme aussi Tuhuruhuru.
n faut remarquer le silence de la légende relativement au premier enfant de Hine-te-Hiwaiwa après que Tinirau Teut prise, sur le point d'accoucher, à Ihu-Atamaï.
Tuhuruhuru, d'après Grey (p. 09), était fils de la sœur de Rupe, qu'il désigne sous le nom de Hinauri.
Il prend pour femme Âpakura ; les enfants qu'il a avec elle sont: un garçon, Tuwhakararo (l),une fille Mairatea(2), et plusieurs autres ensuite. L'avant-dernier fut Whakatau- Potiki et le dernier fut Reimatua.
D'après Shortland (p. 67), Tuhuruhuru fut celui que Wha* katau alla venger en tuant à coups de corde des milliers d'habitants de Tihi-o-Manono et en y mettant ensuite le feu, comme il avait promis de le faire à la mère de Tuhuruhuru.
(1) Tuwhakararo, d'après Shortland, était fils de Rata. Si c'était le même que Tuhuruhuru, il faudrait en inférer que Rata et Tinirau étaient le même personnage.
(S) Mairatea épousa le ûls de Poporokewa, le chef des Ati-Hapai ; elle fut la cause indirecte de la mort de Tuwhakararo.
TUWHAKARARO OU TUWHAKARORO
D'après Shortland, c^était le fils de Rata.
D'après sir Grey (p. 98), il était fils de Tuhuruhuru et d'Àpakura ; c'était le frère de Mairatea, mariée avec le fils de Poporokewa, de la tribu Ati-Hapal, de Wakatua-Potiki et de Reimatua.
D'après Taylor (p. 112), il était fils de Tiniraa et de Hinete-Iwaiwa, sœur de Rupe. Ce missionnaire écrit ce nom Tuai-ta-ka-roro ; il dit qu'il ne reçut le nom de Tuharuhttru qu'à son baptême, auquel assista Eae. D'après lui, ce serait donc le même que Tuhuruhuru, le fils de Tinirau.
Si Tuwhakararo edt été fils de Rata,il faudrait en condoie ou que c'était un autre personnage ou que Rata et Tinirau ne faisaient qu'un, comme cela résulte des légendes de Shortland et de Taylor. S'il eût été fils de Tuhuruhuru et d'Apakura, Tinirau eût été son g^rand-père.
C'est à cette opinion que Shortland s*arrête en disant que Apakura était la mère de Tuwha-Eararo ou Tuhuruhura tué par les Ati-Hapaï ou Kae et qu'elle était aussi la mère de Whakatau ; mais sir Grey, dans la lég^ende de Rata (p. 108 à 122), dit, lui aussi, que Tuwhakararo était fils de Rata et de Tongfa-Rau-Tawhiri. Il ajoute : c Quand il fut homme fait, il prit Apakura pour femme, laquelle lui donna Whakatau, qui ne naquit pas comme le font les mortels, mais fut pétri par le dieu Rongfotakawhiu. >
Sir Grey (p. 118) dit que Tinirau, voulant vengrer la mort de son descendant Tuwhakararo, s'adressa à Whakatau, en lui envoyant dans ce but sa femme Hine-te-Iwa-Iwa.
Whakatau (1).
Etait fils de Tuwhakararo et d'Apakura, d'après la version de Shortland.
Fils de Tuhuruhuru et d'Apakura, d'après sir Grey (p. 89).
(1) Whakatau, imiter, tourner en ridicule, aller trourer qudqu*uo.
Dans la légende de Rata, sir Grey (p. 116) dit qu'il était fils de Tuwhakararo et d'Apakura, qui l'avait eu du dieu Rongotakawiu. Celui-ci Tavait formé autrement que ne le sont les mortels, après que Apakura eut un jour jeté à la mer le tablier qu'elle portait devant elle.
Frère de Tuwhakararo, de Mairatea et de Beimatua, d'après sir Grey.
Il est appelé Whakatau-Potikî, et sir Grey (p. 123) l'appelle Wbakatau-lhu. Il dit qu'il vivait du temps de Tawhaki et de Tuhuruhuru (1).
Lé mâme auteur (p. 158) met dans la bouche d'Hou les mots suivants, adressés à ses fils : • Il n'y eut qu'un grand chef à Hawahiki et ce fut Whakatau-Ihu ; partez, mes enfants, a
Taylor (p. 112) dit que Tinirau chargea Whakatau de venger la mort de son fils, parce qu'il était très habile en expédients de guerre et plein de courage. Et que, dans ce but, il envoya Hine-te- Iwaiwa lui parler : d'où l'on peut conclure qu'il n'était pus, comme quelques légendes le disent, le fils de Hine-te-Iwa-Iwa, et le frère de Tuhuruhuru.
D'après la version de Shortland (p. 6.), c'est la mère de Tuhuruhuru qui va à la recherche de Wakatau ; mais la saillie indécente dont elle est Toccasion prouve que ce ne pouvait ôtre la mère de Whakatau, comme le dit la légende citée par sir Grey.
On voit quel rôle important Whakatau joue dans toutes les légendes.
Cest lui qui va venger la mort de Tuwhakararo, qu'il fût son frère ou non, et sur la demande de sa mère, femme ou non de Tinirau, il met le feu, après l'avoir abattue, à la demeure de Poporokewa, appelée Tihi-o-Manono et habitée par les AU Hapaï qui avaient pour grand-prôtre Kae, avant qu'il ne fût tué par Tinirau.
Dans un curieux fragment de tradition sur Whare^-Kura,
(1) D*aprè8 sir Grey, Whakatau-lhu, Tawhaki et Tuhuruhuru vîvikni dans le même temps ; par coniëquent, dans la même temps que Kae, Tinirau^ Rupe, Hinauri, Poporokewa.
Taylor dit que ce fut lui qui alla mettre le feu à ce fameux temple» dont Ueuuku était Tun des directeurs.
Si les traditions veulent parler d'un même fait, Uenuka aurait été le successeur de Kae ; Tihi-o-Manono et Ware- Kura ne seraient que les noms différents du même lieu. 11 faut Tadmettre, à moins de supposer, ce que les traditions ne laissent pas soupçonner, que Whakatau soit allé incen* dier deux maisons différentes.
Légende de Whakatau^ et incendie de Tihi-o^Manono (1).
Quelque temps après arriva une bande de guerriers du pays de Kae pour veng^er sa mort ; et ayant tué par représaiUes un nommé Tuhuruhuru, ils retournèrent chez eux.
Alors la mère de Tuhuruhuru alla à la recherche de Whakatau pour le charger de venger la mort de son fils ; car Whakatau était un homme courageux et habile dans les stratagèmes de guerre. Dès qu'elle fut arrivée à la place du village de Whakatau, elle apprit qu'il s'amusait avec son cerf-volant. Elle se dirigea vers lui, sans le connaître, elle lui demanda : « Où est Whakatau ? > — c Comment le sanrais-je, lui répondit Whakatau, qui était très plaisant ; il est peut-être parmi ces autres hommes, > et il en désigna quelques-uns qui faisaient également voler leur cerf-volant.
Ea haere atu taua wahine ki era atu tangata^ ka ki atu^ keiwhea a Wakaiau. Ka mea atu nga tangata^ na^ ko taua tangaia i tae atu koe. Ki te tae atu koe ki a ta, me hura e koe i tona marOj ka kite koe i tana rahOj he raho punga* Ka tahi ka tae atu taua wahine. Ka hura tona maro» Ka kata ia ki taua wahine; no te mea kua kitea tano raho, e te loahine (2).
(1) Shortland, tradition p. 67.
(2) Shortland a laissé le texte sans traduction pareequ*il est grossier. Voici y en effet, ce qnïi signiGe à peu près :
^ Va-t-en, pauvre femmes parier à ces hommes, et demande-leur : tf Où est Whakatau ? » Ces hommes te diront : « Là, près de toi. » En approchant de lui, il faut que tu découTrcs ton maro, et que ta montres ton*... »
« N'oublie pas à ton arrivée, pauvre femme, de défaire ton mare ; cela le fera rire, parce qu*il aura vu le. . . . de la femme ».
« Va, — lui dit-il, — retourne chez toi ; je me charge de cette affiiire. Je te donne Tiudication suivante pour que tu puisses savoir si le Tihi-o-Manono est incendié. Si tu vois len lieux tout rouges, tu reconnaîtras que les hommes ont été abattus par ma main, et que le Tiho-o-Manono est en feu ; mais si le ciel laisse tomber de grosses gouttes de pluie, tu sauras alors que j'ai été tué. » Telles furent ses dernières paroles à Hine-te-lwa-Iwa la mère deTnhuruhuru.
Alors Whakatau alla travailler avec sa hache et réparer son canot ; quand il fut prêt à prendre la mer, il le mit à Teau la nuit, et arriva devant Tihi-o-Manono le lendemain matin.
Dès que le peuple, qui était sur le rivage, vit le canot qui venait sur la terre, il se crut certain d*en faire bientôt sa proie. Aussitôt il envoya un do ses braves, nommé Kaiaia (le faucon) pour détruire le canot.
Mais Whakatau établit deux perches avec des cordes en nœuds coulants, Tune à Tavant, Tautre à l'arrière du canot. Kaiaia se dirigea droit au canot, et, en arrivant, se posa sur la perche de Pavant. Alors la corde fut tirée fortement et ce brave fut pris par le pied.
Dès que les hommes qui étaient à terre virent aue ce brave venait d'être tué, un autre se présenta, nommé Kahu (cerf-volant). Il s*écria : c Kaiaia n'a pas fait ce quMl fallait faire. Si j'y allais le canot serait détruit. » Aussitôt Kahu partit et alla se poser sur la perche de l'arrière du canot ; mais la corde fut tirée, et ses pieds se trouvèrent pris aussi.
Quand la population du rivage vit que deux de leurs braves venaient d'être tués par Whakatau, Mango-pare (le requin tète de marteau) proposa de détruire le canot en l'engloutissant. 11 promit de plonger par dessous et de l'avaler.
Mango-pare plongea aussitôt ; mais Whakatau versa de l'huile sur la mer, et l'eau devenant transparente, il vit le requin qui approchait la bouche ouverte afin de dévorer la quille du canot, tant il était pressé de le détruire. Au même instant. Whakatau repoussa Mango-pare à Taide d'une perche acérée ; il le frappa, puis, le halant près du canot, il lui
coupa le bout de la langue et il le laissa retourner à tem pour raconter cette prouesse à sa tribu. M angt>-pare retoll^ na à terre. Mais personne ne le reconnaissait plus, tant soi visage était changé.
La population se rassembla dans la maison appelée Tihio-Manouo^pour entendre Mango-pare raconter son aventue: c Viens nous raconter, lui dit-elle, quelle est la valeni de l'homme. >
c Ko te taata he iaata kaa raa. L'homme est un homioe très puissant, > dit Mango-pare, d*unc voix fort étrange, etr sa langue étant coupée, sa manière de parler n'était plus la même.
< Â qui ressemble-t-il ? » dit la multitude : c Bat-il comme moi ?> demanda Tun. « Non ! > répondit Mango-pare. c Est-il comme moi ? > demanda un autre. Mango-pare dit encore : « Non ! » Alors, Whakatau lui demanda : c E3^iI comme moi ? ? < Oui ! dit Mango-pare, il te ressemble. Je déclare que tu es vraiment la même personne. » Et Mangopare persista à dire : c Cet homme est tout à fait le même.»
Quand Whakatau vit qu*il était reconnu par Mango-pare, il chercha une corde qu'il avait cachée sous son manttsan. La corde avait des nœuds; elle était charmée par un enchantement puissant et terrible. Whakatau brandit sa corde: d'un seul coup,. il en tua un millier. Il fit tourner de nouveau sa corde d'un côté opposé de la maison : un autre millier tomba mort. Alors, il mit le feu à leur maison : de sorte que le ciel devint rouge par les flammes, et la mère de Tuhuruhuru reconnut à ce signe que le Tihi-o-Manono brûlait et que Whakatau avait obtenu la compensation de la mort de son c époux > (1).
Shortland fait à cette occasion la remarque que les fables qui rapportent ces aventures remontent aux époques les plus reculées de l'histoire des Nouveaux-Zélandais, et à un temps bien antérieur au voyage de THawahiki. La génération ac-
(1) Le mot € époux » est dans le texte.
Shortland appelle la maison Tihi-o-Manono, dans ses Traditions^ et Tini-o-Manono dans ses Southern districts, Taylor TapjKîlle Tini-o- Manono et Âru-o-Manono; Sir Grey, Tihi-o-Manono.
jelle regarde généralement ces récits comme des invention sk 3 leurs ancêtres, destinées à amu«er la jeunesse. Légende dite Whare-Kura (1). Bien que les indigènes Went actuellement aucuns lieux consacrés spécialement au ilte, ils ont cependant conservé la tradition d*un temple tistant autrefois. Le Wahi^tapu ou Bosquet sacré n^était is un lieu d^assemblée pour le service religieux ; il était élément visité par le pràtre ; il contenait les tombeaux des te&, les offrandes faites aux dieux, les paniers de nourrice, les restes des personnes sacrées, les guenilles et les Box vêtements des chefs, leur chevelure, après qu^elle 'ait été coupée, et autres choses pareilles. Il y avait a^utres endroits où l'on mettait à part, comme dans un agasin sacré, les objets les plus curieux et les plus rares. Mais on dit que Whare-Kura était un grand édifice, où Utes les tribus avaient l'habitude de se rassembler pour
culte et pour entendre le récit des hauts faits de leurs icètres, pour tenir leurs réunions solennelles et pour bninistrer la justice. Ce mot signifie littéralement < Maim rouge >, à cause de la couleur dont elle était peinte, et an dit qu'elle existait avant qu'ils ne quittassent Hawahi- U Son extrême antiquité se voit dans cette circonstance que >iis ceux qui s'y sont trouvés passent maintenant pour être ^urs plus anciens dieux. Le temple avait un portique ou âranda, tel qu'ils en font encore à leurs maisons ; il était lacé au bord du toit, du côté de l'entrée ; il y avait, à l'aube extrémité, un petit édifice où résidait le grand-prêtre ; oixante-dix autres prêtres avaient leurs demeures dispoëes tout autour ; chaque édifice portait le nom de l'un des ieux.
Les poteaux qui supportaient le bâtiment étaient sculptés t représentaient leurs ancêtres chefs.
Les différentes tribus qui s'y réunissaient formèrent deux grandes divisions, occupant, Tune un côté de l'édifice, et 'autre l'autre côté. L'une d'elles avait un bâton, appelé le rokotoko-o-Turoa: il avait pour propriétaire Rangi-Tawaki. j'autre avait aussi un bâton, appelé Tongi-Tongi, qui appar-
(i) Taylor, p. 65.
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tenait à Mai-i-Rang^i : Ces personnages étaient probablement les chefs de leurs compagrnies.
n n'était pas permis de mang^er dans Whaie-Kora, et toute transgression à cette défense était punie de mort De là peut-être vint la coutume de cuire les mets dans un Uet séparé, ou Kauta» et celle de manger hors des maisons. De fait, la maison d*un chef semble, à quelque égard, avoir conservé le souvenir de Whare-Kura : c'est une espèce de temple, possédant la demeure de la divinité et son autel, sculp^ tés sur le poteau qui supporte Tédifice, ainsi que le foyer qui brûle devant l'image du grand ancêtre de la famille.
On fait encore l'énumération des tribus qui s'assemblaient dans cet ancien édifice.
1* Kauika et ses chefs : Kauika-nui, Kanika-roa, Kanikapapa, Kauika-wakaroa-korero.
2r Te-Kahui-wata et ses chefs : Wata-nui, Wata-roa, Wita-korero, Wata^atua.
3* Te- Kahui-kapua et ses chefs : I Kapua-nui, I Kapni- { roa, I Kapua-tuatahi, I Kapua-waka-roa-korero.
4* I Rangi-tu-ana, I Rangi-tu-tawaki, I Awhiro, I Rotopua.
La famille de Whiro se composait de Monga, Wai-tarourou-atea, Uri-Hanga, Marama-nui-hotu, Rakei-i-pin* gau : ces chefs étaient les principaux de la tribu de Mara.
Ceux qui apportèrent le lin et firent la corde sacrée, qui enveloppe les images, furent Uru-Manu et Taki-taki, avec leurs sœurs Rito-Wara et Rito-Maopo, deux grandes prêtresses; c'est d'elles, dit-on, que s'éleva Turia-te-Ngairi^t la grande querelle », qui finit par séparer les tribus.
Les suivants, étaient tous des dieux rampants dépendant de Maru :
Tutangata-Kino, Tu-Uatai, Ma-Rongo-rongo, Tu-te Koreronaki, Pou-a-te-Huri, Huru-Eakariki, Huru-Koekoea,Te Rimu-Rapa, Paouru, Paroro (le grand-prêtre), Witiki- Kaeaea, Tangaroa-Matipua, Karukaru, Tawaki, Te^Mata, Awipapa-te-Mango-a-Ururoa, Te-Mata-o-te-Rangi, Maru, Rehua, Taunga-Piki, Riri-o-Takaka.
Uenuku paraît avoir été le directeur de l'autre côté de la
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et de la cliJ niiiUL . i^ r. TL.-i^'-r ^ .i ■.--^•zl-:^ z-jr-r^ -zxû rédprjqiiec:»*^^: *i2- ^irL-.iiju- :...- :-:■ u:. •.■;::r"rr .-:: njzr^ fin&leneLT ic fat ijurir. "^t^s-T ï.i-'- /:!:- i:. .- /<:, * rédîfice em stliiÎ iiiC-'-rrUr ;.-rr-t .ll-: -.''.:--r'-r;r .s. xî. r-' dans les iLiL2;*:L li^-^'iur r*tr:' *r.,;/.;-^. ,:-.:. . : • i :>.ui eu d'nnics fctrt *î'.:i •ji.ai'jt "r*':»! t*.: .-' *r»* r.rj-^^fst à une antre.
Tel* ôOLt les i-trrai*^*} u*:f T-a--*..'-:.- '• :;4;-**rr: ti* ';t temple reizL2Lrq::.LV«e. I-i f^:i:" }-*:-.l: : :>r*;' *: '-^v Uti'-v*; les conjectures srr^u' ir^r-iA 'jf . Ifcv" vi : «j.»:-:* 'vu dés sur queiq^*: ':i:.;st fc^Li.-: */:>.'n-t ^i'^; : ;j;.. ;ifcr.»'^v^
lièrement rem&r:;-:ib.V>*:£ ti 'jt *, ■« ... rt rt-:':*j*^^ *;i -t vt- •^'-» fice élevé pjîir le r:i.*./t:. 'jt - - v. i l ^-.Lu.i -- y-^-y^K* ':^K' puis par les No:2veh.:Li-Z^.i-'-L.-*. I^r, '^-^v^rr, t. M'<r~*r'it comparent cette :i&Ll-':L ai îs.>r. ; -t '-.î»^-: ';-^ ^.-^ *'*^^ ';i.uw5 de leur dispersion et de li r.if ..• ...-- '-^: .t:.:r/^i '^'-^irjai'î 'l'? rétat d'inimitié dai^ lec-e. ^ oi: -*^';u a^;.u.c, i un cvutre l'autre; qu'au début e..e rerbc:LO.?i.t au teiL^^J's d*: SaJornoD, où toutes les tribui se râi^eiabiaieLt. f>la&emble vraiuj«5iit rappeler la séparation des dix des deux autres, sous le rcg-ne de Rehoboam, qui, comme Kauika, brisa le bâton de paix et d'unité par sa folie. En supposant que ce peuple est desceu-
3S6 I-ES POLTNÊSIENS.
du de quelqu'une de ces tribus, c'est justement une txafition qui explique comment ils ont pu provenir d'une période si éloignée. Sans Tbistoire, nous ne pourrions pas comprendre qu'ils eussent pu conserver un récit si complet.
La tradition suivante se rapporte entièrement à Whaie- Kura (1):
Quand le temple fut terminé, on envoya un messager à Wbiro et à ses enfants, pour qu'ils fussent les présidents des orateurs de W*bare-Kura ; cette invitation était faite de U part de Kauika<» de Wata, de Ksipua^ et de toute l'assemblée. Quand le messager fut arrivé auprès do Wbiro» il dit: < Noos sommes venus pour que tu sois le Tobung^ (président, orateur) de la maison. > Wliiro répondit : « Je n'y puis aller; mais j^ enverrai mes enfants, Marama-Nui-o-Hotu, et Tai- Nui-o-Aitourou-Atea ; retournez-vous-en donc tous. » Les deux fils de Wbiro partirent et arrivèrent à Wbare-Kura ; là on les tua.
Alors on envoya d*autres messagers à Wbiro et à son dernier fils Monoa« pour les décider à venir, eux aussi, comme « Tobunga > de la maison, mais en réalité pour les tuer. A leur arrivée, ils dirent à Wbiro : « Nous venons te cbercher parce que te^ enfants ne sont pas assez instruitspour la fonction. » Wbiro répondit : < Je ne sais pas plus que Marama- Nui-o-Hotu, et que Tai-Xui-Waitu-Hourou-Atea ; c'est pourquoi je resterai ici ; mais je consens à ce que Monoa aille à ma place >. Wbiro dit à son fils : « Prends conseil du Xiu; (2) jette ton bâton, He-Ara-o-te-\ianu-i-te*Ha, car peut-être tes frères ont ils été tués. » Il consulta donc le Niu : le présage fut défavorable. Monoa dit à Wbiro, son père : « Mon bâton est tué. • Alors Wbiro répliqua : « Va avec prudence, et quand tu seras arrivé à la maison, n'entre pas par la porte,
(1) Tajlor, p. 63.
(2) Pour consulter le Niu, chacun avait »on bâton, auquel il donnait son propre nom et, en jetant le bâton, si celui qui représentait le consultant tombaii sous Tautre, c'était signt que le premier mourrait.