‹ Les Polynésiens: leur origine, leurs migrations, leur langageChapitre 25 sur 79 · E.r5C2SZNS · texte numérisé non relu

E.r5C2SZNS

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326 LES POLTNÉSIENS.

du de quelqu'une de ces tribus» c*est justement une tradition qui explique comment ils ont pu provenir d'une période si éloignée. Sans Tbistoire, nous ne pourrions pas comprendre qu'ils eussent pu conserver un récit si complet.

Là tradition suivante se rapporte entièrement à Whare- Kura (1):

Quand le temple fut terminé, on envoya un messager à Wbiro et à ses enfants, pour qu'ils fussent les présidents des orateurs de Wbare-Kura ; cette invitation était faite de la part de Kauika, de Wata, de Kapua, et de toute l'assemblée. Quand le messager fut arrivé auprès do Wbiro, il dit: c Nous sommes venus pour que tu sois le Tobunga (président, orateur) de la maison. » Wbiro répondit : « Je n'y puis aller; mais j^y enverrai mes enfants, Marama-Nui-o-Hotu, et Tai- Nui-o-Aitourou-Atea ; retournez-vous-en donc tous. » Lea deux fils de Wbiro partirent et arrivèrent à Wbare-Kura ; 1& on les tua.

Alors on envoya d'autres messagers à Wbiro et à son dernier fils Monoa, pour les décider à venir, eux aussi, comme c Tobunga > de la maison, mais en réalité pour les tuer. A leur arrivée, ils dirent à Wbiro : « Nous venons te cbercher parce que tes enfants ne sont pas assez instruits pour la fonction. » Wbiro répondit : « Je ne sais pas plus que Marama- Nui-o-Hotu, et que Tai-Nui-Waitu-Iiourou-Atea ; c'est pourquoi je resterai ici ; mais je consens à ce que Monoa aille à ma place ». Wbiro dit à son fils : « Prends conseil du Niu; (2) jette ton bâton, He-Ara-o-te-àianu-i-te^Ha, car peut-être tes frères ont ils été tués. » Il consulta donc le Niu : le présage fut défavorable. Monoa dit à Wbiro, son père : » Mon bâton est tué. • Alors Wbiro répliqua : « Va avec prudence, et quand tu seras arrivé à la maison, n'entre pas par la porte,

(1) Taylor, p. 63.

(2) Pour consulter le Niu, chacun avait son bâton, auquel il donnait son propre nom et, en jetant le bâton, si celui qui représentait le consultant tombait sous Tautre, c'était signt que le premier mourrait.

LES POLYNÉSIENS. â27

mais va sar la toiture au Pihang'a (1) et de là regrarde dedans.

Monoa partit et arriva à Whare-Kura. Les hommes de la maison Tinvitèrent à entrer par la porte ; mais Manoa refusa de le faire. Il se rappelait Tavis que lui avait donné son père Whiro ; il g^rimpa sur la toiture de la maison,et se dirigfea vers le Pihanga; de là, reg'ardaut dans la maison, il vit lespoumons de ses frères que le prâtre agitait çà et là dans le moment^en sacrifice: et cela décida Monoa à s*enfuir. Quand les hommes de la maison virent cela, ils se mirent à sa poursuite. Il hâta sa marche, en prononçant en même temps le charme suivant :

Hopu kia^ hopu kia. « Attrapez le, attrapez-le,

Hopu ata^ hopu ata. c Attrapez le léger, attrapez le léger si vous pouvez.

E kore Monoa e mou. « Monoa ne sera pas attrapé.

/ te ra kumutia. « Avant que le jour vienne.

Tuakapuakina. « Il est venu et s'en va.

Te matangi nui no Tu. « Avec le grand vent de Tu.

Te mahaua no Tu. a Avec la chaleur de Tu.

Berehuru huru au. • Je vole comme la plume.

Bere take take au. c Je vole ferme.

Bere au iho . « Je vole en bas,

Berc au ake. « Je vole en haut,

Irungaano Tauranga^ « Encore plus haut que Tauranga

Tekuti kati Tauranga^ « Tauranga est dépassé (coupé),

E awe, awe, « Heureusement ! heureusement !

Tuku atu au kia mangi « Laisse-moi m'échapper comme un

a manu. oiseau.

RereHoumea. « Voler comme TOumea (2).

Taiu m,ai ata Tu. « A toucher la terre,

Barou ka hihiko, a En rasant sa surface,

(1) Pihanga, était une ouverture faite dans la toiture pour donner de la lumière ; elle avait par-dessus une petite couverture pour préserver de la pluie. Elle n*est plus pratiquée aujourd'hui.

(•2) L'Oumea est probablement l'Oovea des Tahiticns, le Cuculus nitens de Forsler.

828 i^s POLTxéansvs.

Kite hau raro tukua. < Fais quele ventsoaffle par-desBOâ

moi, luku aiho i runganei. c Fais qu^il fasse calme où je tais. Taka te ruhi. « Faiâ qu'un fort vent s'élève contre

Taka te ngenge. eux et qu'ils tombent exténaéâ.

< Attrapez-le, attrapez-le, etc.

Monoa s'enfuit ; il se précipite au milieu d'une bande de Kauwau (pélican?); mais ils étaient incapables de le cacher. Il courut au milieu d'une bande de canards (parera) ; là non plus il ne put être caché, et aussitôt il essaya de se cacher dans une troupe de kaiaia {falco brunnea), mais en vain. Il alla alors se cacher dans une bande de torea(/iœi7uxtopus pîcattu)^ mais sans plus de succès. Il courut, après cela, dans un troupeau de korora (ping^oins), mais sans parvenir à se cacher. A la fin il se pricipita dans une bande de tara (cormorans), et là il se trouva tout à fait caché. Ce fut en vain que ceux qui le poursuivaient le cherchèrent ; ils ne purent le voir ; ils finirent par s'en retourner. Monoa se leva et cria € ke^ke ^flh note des oiseaux parmi lesquels il se trouvait, et tous se levèrent immédiatement ; alors il cria « ka-i-wa •, et toute la bande s'envola. « Tarai whenua kura >. (1) Bt Monaa échappa, ^ ite ra kamutia >, avant que le jour ne f&t venu, aux ennemis qui n'attendaient que le jour pour l'enfermer dans un sac.

He taunaha ki Kauïka.

Ka marna Kauika tohunga^ ka marna Kauika waka rongo korero ;

Ka mama Kauika wakatuma toma i roto i Whare Kura.

Il s'était recommandé à Kauika.

Le prêtre Kauika se montra lég'er en écoutant sa demande

Kauika se montra léguer en se mettant en colère (maudis- Bint) contre l'enfant dans Whare Kura.

(1) Tarai y Iiachant ; whenua, terre ; Ai/rj, rouge.

LES POLTNÉAnSNl;. 'dSSU

LÉGENDE 1>E MATUKt. H;.

Matoka et Witl é1;ai«mt deux ^^randh tttifiiru|iU)>liUK*^- Après avoir tué et man^r^ }iluôi<3urh |><?rHuitii4^:. Mutuku Itia un grand chef appelé Waberoa, <5t eiiiiiHstitt bu ^mltll<^ Ivm amis de Waberoa rébolureut d*; uo pu^ lui}>i><;r nu purull «ifl me impuni. Dans ce but, ilv-: w: nMidinnit u lu IVinH oi «choisirent un arbre conveuabif^ pour fainrun cunot, utiti d«{ pouiv suivre Matuku. Eu ayant trouva; un, ïh. y iiitrf.ui U: Uui «il U^ brûlèrent par en bas ; maib, p^nidani iu nnii, 'i'«:-'i'itii^j -U) - Hake-Turi (la bande den pelil» oi)><^u7. d'Uuk<; 'J'tin; vint et le remit debout. C'est pourquoi 11^ t:nrnui a i<- brfiW \iui\ seconde fois par en bas. Hake-'i'un nn'int uvi;i- tm butidii duii^ la nuit, et redressa encore J'arbn;. CmIu lut ri'ijri'jU' plurintucb fois. Voulant en connaître la cuum;, ll^i iV^huJtinMil di} lu chercher; c'est pourquoi, apn;H uv^^ir brfjU: dr uouvitau l'uiv bre, ils restèrent auprès, et, quinid Tn-Titii-u-iv. Hjikn-'lu ri, se montra, ils firent uu ^rrand bruit qui cbiuimi Ihm oiseaux. Que)que<»-uus de^ arbres (UJ.V'iuiiitnih mi hirmil bj épouvantés qu'ils laibHèrenl tomb*;r l«;iir UtU*. qui dtqxiu n'a jamais pu repousser. Purini «îux se irvuvuif.iit Jf l^>iix'ai arbre à fougère, et le Kareuo (Mijjoyonum itu mtflorum } , «Ion l les jeunes pousses sontmainteuunttouj'iin's courb^'ios. Uuuud ils eurent achevé le canot, couhu (uniurr^j Irs hiiMU» oi tout préparé pour la mer, ilri trouvôriîui b; huilier hi ^puis qu'ils ne purent pas mettre le cuuot ù J'i;au. (/dsI pourquoi ils firent la karakia suivante :

Waeaturi hunga. Pou.ss'iZ de fOtù Ui bois, Waea iaramoa. Ecartez b^s ronces, Ka puta ki waho, Ëusuite viiMidronl d<ts qu'il sera dehors KoWitiko Matuku Ei Witi et Matuku (Z).

Le hallier s'ouvrit uussitOl. Le cauot fut lancé et tous les guerriers s'embarquèrent. Le cauotse nommait /^îtoaru. Il avait trois noms : le premier Hiwaru. parce que l'humidité

(1) Taylor, p. 115.

(2) Au coflunencement d'une dispute, on dit : Ecartez les barrières tt la colère éclatera. »

coupa le bout de la langue et il le laissa retourner à terre pour raconter cette prouesse à sa tribu. Mango-pare retourna à terre. Mais personne ne le reconnaissait plus, tant son visage était changé.

La population se rassembla dans la maison appelée Tihio-ManoiiO,pour entendre Mango-pare raconter son aventure: c Viens nous raconter, lui dit-elle, quelle est la valeur de rhomme. >

< Ko te tcLata he tcLata kaa raa. L^homme est un homme très puissant, > dit Mango-pare, d*une voix fort étrange, car sa langue étant coupée, sa manière de parler n*était plus la même.

c A qui ressemble-t-il ? > dit la multitude : < Est-il comme moi ?> demanda Tun. « Non ! > répondit Mango-pare. < Est-il comme moi ? > demanda un autre. Mango-pare dit encore : c Non ! > Alors, Whakatau lui demanda : c Est-il comme moi ? > < Oui I dit Mango-pare, il te ressemble. Je déclare que tu es vraiment la même personne. » Et Mangopare persista à dire : « Cet homme est tout à fait le même. >

Quand Whakatau vit qu*il était reconnu par Mango-pare, il chercha une corde qu*il avait cachée sous son manteau. La corde avait desnœuds; elle était charmée par un enchantement puissant et terrible. Whakatau brandit sa corde: d'un seul coup,. il en tua un millier. Il fit tourner de nouveau sa corde d'un côté opposé de la maison : un autre millier tomba mort. Alors, il mit le feu à leur maison : de sorte que le ciel devint rouge par les flammes, et la mère de Tuhuruhuru reconnut à ce signe que le Tihi-o-Manono brûlait et que Whakatau avait obtenu la compensation de la mort de son t époux > (1).

Shortland fait à cette occasion la remarque que les fables qui rapportent ces aventures remontent aux époques les plus reculées de Thistoire des Nouveaux-Zélandais, et à un temps bien antérieur au voyage de THawahiki. La génération ac*

(1) Le mot « ôpoux » est dans le texte.

Shortland api>elle la maison Tihi-o-Manono. dans ses Traditions, et Tmi-o-Manono dans ses Southern districts, Tavlor i'ap|ielle Tini-o- Manono et Aru-o-Manono ; Sir Grcj, Tihi-o-Manono.

LES POUrSESlESS.

TRADITION RELATIVE AU DEPART DES CAXCTâ i

€ Les motifs qui firent émiser les Nr'>Zrlai isLf cHs wahiki ne sont point encore oubliés. U::* tral-t' ..i porte qu'une gTierre civile détennina ua ci*f LTnz.^ >'r«r hue à s'enfuir de la contrée : après uii liij' t j^'s^. L Z'.ncha à la Nouvelle-Zélande C2j et retoin.!: & HiT ,:..£:. ?:t>*; des morceaux de pierre verte, et Ie= > d -i r::ri«:r'=v-* moa tué près de Taurangra, dans la N'^iTt..*-Z-:.5.:. ^^ H^rs par ses parents comme un êchapp-é & li :i.jr. ^t^z^z^ î-Tpris en haute estime, et. cmme d"a-*r^t '^'.ji.^ it-.. .. ?* r-pandit en récits ardents sur ia fertûiié di v,. 1-r -i N'.-t^^jt- Zélande, l'excellence du p«jis5ijn diri li r^^r. 1 .z^'^'-r^-j-, r-,lumedes anguilles dans l*s rlTïtrr- r: .» ^r-*:!^ \'ys,\T^, d'oiseaux et de plantes utiles a l* i.'.iJT.t-.'^ lii- .-:-. f'^r>:». Les querelles n'avaient pas c-r-.?- ::i-.::: > !'>:.,.> r^.'>-r!iaft Hawahiki, et le par:i vain:::. %r- î-- ii-T-r -a -.r :r * la détermination d'ériLsTer a 'r*r:e v.t- --,«•* .--^^r.' i-couverte. D'iUtres :rA:::i:-î i^—z: :::^ ri--,*: ^..- - ',- *^ phe Colomb du pays.

« Aussitôt que li r.J^'rit. -:. r-* --r :- .:-:- r - - construire des caiio:- : .i^-z-i-. e- y. - • . . ; . - . . .,. y. .

D'après queliu-^s tri:..,- -. :- ^ ^ :- . - . ? - .. , . ., étaient des dji'j.-- -^s.-:.--:. :,..-.-::-:' Matatua^ le l'akitj,--,! .e A'-.-ru-: *-^:

tavDhaora^ e: rA::^.:: . i^i„.. ,. 3.- ^ nots dont les :1:11s le * ,-• i-î- - . , -.

prêt, les êmisrin** in..--::* 1 -.•: ..' de patate •loi'îe, :ei f*;.*.- :

ro, des rats, des :: :rrv. ;-v.

grande qri,^L:::^ 1- :»:: .- . ..--: 1.,.. ..

« Tous les car*:t.-i - :.- ;•-.- - -. — - . .• ^ . gnaient, Tia t:^^..: .- " -.■, < quand To:.- i:.--:: -. ^ ■.■:-. ■ . , ,

ment ITie-N ;r i.

< pas comme Tu, le dieu de la guerre ; partez et restex en « paix avec tout le moode ; laissez la guerre et les querell6& « derrière vous. »

€ Quand la nuit fut Tenue, une tempête 8*éleva, la flotte se trouva dispersée, et chaque canot navig^ua séparément On se rappelle encore les disputes et les incidents qui surgirent durant le voyage dans plusieurs des canots. La plupart de ces disputes furent occasionnées par les femmes; tandis qu*il y avait des discussions pour savoir si le canot serait dirigé < vers le quartier où le soleil brille, ou vers c cette partie des cieux où le soleil se couche. >

Durant le voyage quelques-uns des canots virent des lies où les canots furent halés à terre, les vieilles coutures étant relâchées, et les canots réparés.

La flotte d*Hawahiki atteignit la Nouvelle-Zélande quand le Pohutukaua et le Rata (arbres), étaient couverts de fleurs. CTétait par conséquent dans Tété, et les émigrants, comme des survivants d'un naufrage, se dispersèrent dans le pays« Pour apaiser Tesprit de la terre de leur usurpation, on dit des prières. L*une d'elles, faite par un chef d*alors, est encore conservée comme un talisman moderne :

< J'arrive où une terre inconnue est sous mes pieds ;

< J'arrive où un nouveau ciel est au-dessus de moi ;

< J'arrive à cette terre ;

• Lieu de séjour pour moi.

c esprit de la terre ! Tétranger t'offre humblement son cœur et de la nourriture. •

c Plusieurs familles des canots, captivées par la beauté et la fertilité de certaines baies aperçues pendant que les canots côtoyaient le rivage, débarquèrent et s'établirent avant que les grands chefs descendissent, et d'autres allèrent à terre pour explorer la contrée.

< Il n'y avait aucun être humain sur les îles à Farrivée des émigrants. Des conflits qui s'étaient présentés plusieurs siècles auparavant ont été transformés par la tradition en combats entre les premiers émigrants et les habitants primitifs de la Nouvelle-Zélande ; mais il n'y a rien de vrai dans ces rapports. Gomme les équipages de tous les canots

maison ; 11 y avait avec lui cent quatre-vingts chefs : Tekahui-Potonaet Te Kahui-Torea, Te-Kai-Ranga ;Te-Kahui* po-Poutiti, Poutaha-Poukorero, Te-KahuiPepe, Pepe-Mua, Pepe-Roto» Pepe-te-Mui-mui. Ceux-là s'étaient rassemblés puur entendre Uenuku ; mais un jour, un personnage inci« Tily Potaringa-Tltia, se boucha les oreilles et ne voulut pas récouter, tandis que Potaunga-a-Whea se comportant mieux, fut attentif à ses paroles. Pota-Pua-Waka était également un grand orateur dans Whare-Kura; mais la moitié de rassemblée, au lieu de faire attention à ce qu^on y disait, s*amusait pendant tout le temps à chanter des waiata, ou chansons.

Au début, ce temple était un grand lieu d'union pour toutes les tribus ; mais,plustard,il devint lasource desdiscordes. Les tribus qui s^y assemblaient, s*y querellaient. Kauika brisa le bâton de Mai-i-Rangi : ce fut le signal de Tanarchie et de la confusion ; les sortilèges et les charmes furent mis réciproquement en pratique par les uns contre les autres ; finalement on se battit. Waka-Tau-Potiki mit le feu à rédifice et un grand nombrede personnes trouvèrent la mort dans les flammes. Depuis cette époque, dit-on, il n*y a plus eu d*union entre eux ; chaque tribu a toujours été opposée à une autre.

TelB sont les fragments des traditions qui parlent de ce temple remarquable. Ils sont pleins d*iDtérôt et font naître les conjectures sur leur origine, car il faut qu^ils soient fondés sur quelque chose ayant existé ; ils sont plus particulièrement remarquables en ce qu'ils se rapportaientàun édifice élevé pour le culte, ce qu'oa n*a jamais vu pratiquer depuis par les Nouveaux-Zélandais. Les naturels chrétiens comparent cette maison à Babel ; ils disent qu'elle fut cause de leur dispersion et de la confusion des langues, comme de rétat d'inimitié dans lequel ils ont vécu depuis, l'un contre Tautre; qu*au début elle ressemblait au temple de Salomon, où toutes les tribus se rassemblaient. Gela semble vraiment rappeler la séparation des dix des deux autres, sous le règne de Rehoboam, qui, comme Kauika, brisa le bâton de paix et d'unité par sa folie. En supposant que ce peuple est descen-

du de quelqu'une de ces tribus, c*est justement une tradition qui explique comment ils ont pu provenir d*une période si éloigrnée. Sans Tbistoire, nous ne pourrions pas comprendre qu'ils eussent pu conserver un récit si complet.

Là tradition suivante se rapporte entièreiaent à Wbare- Kurà (1) :

Quand le temple fut termiiié, on envoya un messager à Wbiro et à ses enfants, pour qu'ils fussent les présidents des orateurs de Wbare-Kura ; cette invitation était faite de la part de Kauika, de Wata, de Kapua, et de toute rassemblée. Quand le messager fut arrivé auprès do Wbiro, il dit: « Nous sommes venus pour que tu sois le Tobunga (président, orateur) de la maison. > Wbiro répondit : « Je n'y puis aller; mais j'y enverrai mes enfants, Marama-Nui-o-Hotu, et Tai- Nui-o-Aitourou-Atea ; retournez-vous-en donc tous. » Les deux fils de Wbiro partirent et arrivèrent à Wbare-Kura ; là on les tua.

Alors on envoya d'autres messagers à Wbiro et à son dernier fils Monoa, pour les décider à venir, eux aussi, comme < Tobunga > de la maison, mais en réalité pour les tuer. À leur arrivée, ils dirent à Wbiro : « Nous venons te cbercher parce que tes enfants ne sont pas assez instruits pour la foa^ tion. » Wbiro répondit : « Je ne sais pas plus que Marama- Nui-o-Hotu, et que Tai-Nui-Waitu-Rourou-Atea ; c'est pourquoi je resterai ici ; mais je consens à ce que Monoa aille à ma place ». Wbiro dit à son fils : c Prends conseil du Xiu; (2) jette ton bâton, He-Ara-o-te-Manu-i-le-Ha, car peut-être tes frères ont ils été tués. » Il consulta donc le Niu : le présage fut défavorable. Monoa dit à Wbiro, son père : • Mon bâton est tué. » Alors Wbiro répliqua : « Va avec prudence, et quand tu seras arrivé à la maison, n'entre pas par la porte,

(1) Taylor, p. 63.

(2) Pour consulter le Nia, chacun avait son bâton, auquel il donnait son propre nom et, en jetant le bâton, si celui qui représentiit le consultant tombaii sous l'autre, c'était signt que le premier mourrait.

mais va sar la toiture au Pihan^a (1) et de là regrarde de* dans*

^foQoa partit et arriva à Whare-Kura. Les hommes de la maison Tinvitèrent à entrer par la porte ; mais Manoa refusa de le faire. Il se rappelait Tavis que lui avait donné son père Whiro ; il grimpa sur la toiture de la maison,et se dirigea vers la Pihanga; de là, regardant dans la maison, il vit les poumons de ses frères que le prâtre agitait çh et là dans le moment.en sacrifice: et cela décida Monoa à s* enfuir. Quand les hommes de la maison virent cela, ils se mirent à sa poursuite. Il hâta sa marche, en prononçant en même temps le charme suivant :

Hopu kia, hopu kia. c Attrapez le, attrapez-le,

Hopu aia^ hopu ata. c Attrapez le léger, attrapez le lé«

ger si vous pouvez.

E kore Monoa e mou» < Monoa ne sera pas attrapé.

/ te ra kumutia. « Avant que le jour vienne.

Tuakapuakina. c II est venu et s'en va,

Te matangi nui no Tu. « Avec le grand vent de Tu.

Te mahaua no Tu. a Avec la chaleur de Tu.

Rerehuru huru au. « Je vole comme la plume.

Rere take take au. c Je vole ferme.

Rere au iho. « Je vole en bas,

Rere au ake. « Je vole en haut,

Irungaano Tauranga^ « Encore plus haut que Tauranga

Tekuti kuti Tauranga^ « Tauranga est dépassé (coupé),

E awe, awe. « Heureusement ! heureusement !

Tuku atu au kia mangi « Laisse-moi m*échapper comme un

a manu. oiseau.

Rere Houmea. « Voler comme TOumea (2).

Taiu mai aia Tu. c A toucher la terre,

Rarou ka hihiko. « En rasant sa surface,

(1) Pihanga, était une ouverture faite dans la toiture pour donner de la lumière ; elle avait par-dessus une petite couverture pour préserver de la pluie. Elle n*est plus pratiquée aujourd'hui.

(2) L*Oumea est probablement rOovea des Tahiticns, le Cuculus nitens de Forstcr.

Kite hau raro tukuà. « Fais que le vent souffle par-dessus

moi, Tuku aiho i runganei. « Fais qu^il fasse calme où je suis. Taka te ruhi. « Fais qu'un fort vent s'élève contre

Taka te ngenge. eux et qu'ils tombent exténués.

« Attrapez-le, attrapez-le, etc.

Monoa s'enfuit ; il se précipite au milieu d'une bande de Kauwau (pélicans); mais ils étaient incapables de le cacher. Il courut au milieu d'une bande de canards (parera) ; là non plus il ne put être caché, et aussitôt il essaya de se cacher dans une troupe de kaiaia {falco brunned), mais en vain. Il alla alors se cacher dans une bande de toTes,{hœmaiopus picatus)^ mais sans plus de succès. Il courut, après cela, dans un troupeau de korora (pingroins), mais sans parvenir à se cacher. Â la fin il se pr4cipita dans une bande de tara (cormorans), et là il se trouva tout à fait caché. Ce fut en vain que ceux qui le poursuivaient le cherchèreut ; ils ne purent le voir ; ils finirent par s'en retourner. Monoa se leva et cria c /ce, ke >, la note des oiseaux parmi lesquels il se trouvait, et tous se levèrent immédiatement ; alors il cria « ka-i-wa •, et toute la bande s^envola. « Tarai whenua kura ». (1) Bt Monaa échappa, « t te ra kamutia >, avant que le jour ne fût venu, aux ennemis qui n'attendaient que le jour pour l'enfermer dans un sac.

He taunaha ki Kauika.

Ka marna Kauika tohunga^ ka marna Kauika wàka rongo korero ;

Ka mama Kauika wakatuma toma i roto i Whare Kura,

Il s'était recommandé à Kauika.

Le prêtre Kauika se montra léger en écoutant sa demande

Kauika se montra léger en se mettant en colère (maudissant) contre l'enfant dans Whare Kura.

(1) Tarai y hachant ; whenua^ terre ; /rwrj, rouge.

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de la forêt Tavait verdi ; le second Tuirangij quand il atteignit la mer, peint et orné ; le troisième Pakawai^ quand il fut halé à terre.

Ils se dirigèrent sar la résidence de Matuku ; quand ils y arrivèrent, ils trouvèrent qu'il n'y était pas ; mais la femme qu'ils cherchaient se trouvait dans la maison. Ils lui demandèrent comment ils parviendraient le plus aisément à s'emparer de Matuku ; elle leur conseilla de placer un grand ncfeud coulant sur le plancher, et de se cacher sur les côtés de la maison ; elle leur recommanda bien de se garder de le saisir par le col, mais seulement par la taille, parce qu'il était trop fort pour être saisi dans le premier endroit. Ils entendirent aussitôt qu'il venait, car il faisait trembler le sol sous ses pas. Il avait sur ses épaules tin fardeau de chair humaine, qu'il jeta à terre en approchant de la porte. La femme l'appela ; mais, se défiant de quelque rose, il dit:

Piro piro haun^aunga taku kau he tanjgdta^

< Je sens ma nourriture, un homme. >

Elle lui assura que tout était bien, de sorte qu'il rampa sur SCS mains et ses g^enoux ; aussitôt que sa tète et ses épaules parurent, ils tirèrent sur le nœud et le saisirent. Us coupèrent une de ses mains, mais il leur dit qu'ils ne parviendraient pas à le tuer. Il le leur répétait pendant qu'ils lui coupaient les membres. Mais dès qu'ils eurent coupé sa tôto, il mourut, et, d'après quelques récits, il fut changé en butor, oiseau qui purtc encore son nom.

Quand il fut mort, les guerriers demandèrent à la femme comment ils pourraient s'emparer aussi de Witi. Elle leor dit où ils trouveraient la caverne dans laquelle il vivait; elle ajouta que s'ils plaçaient un nœud coulant au dessus de cet» caverne, et s'ils faisaient du bruit,le monstre ne manquerait pas de sortir, pour aller les attaquer, comme il le faisait chaque fois qu'on allait près de sa demeure. Ils firent comin« ou leur avait conseillé, et quand il sortit sa tète, ils tirèrenî iuimédiatement sur le nœud coulant et le^tuèrent facilement.

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