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CHAPITRE PREMIER

Première étape des émigrants de THawahiki. — Populations trouvées sur nie-Nord de la Nouvelle-21élande. — Motifs qui poussèrent les Maori de rile-Nord à émigrer. — > Route du Nord-Est ouverte seule aux nouveaux émigrants.» Premières iles rencontrées par eux: Tunga, Hapai, Manaia. — Dialecte de Rarotonga. — Iles peuplées par les Tunga. — Disséminations involontaires. — Iles peuplées par Tahiti. — Peuplement des îles Marquises. — Peuplement des îles Sandwich. — Iles Carolines et Mariannes. — Voies suivies par les Polynésiens pour atteindre la Malaisie. — Toutes ces migrations se sont opérées du Sud- Ouest vers le Nord-Est. — Les îles polynésiennes n'étaient généralement pas habitées lors de Tarrivée des émigrants. — Preuves linguistiques. — Fréquence des mots polynésiens en Malaisie ; rareté des mots malais en Polynésie. « La Polynésie n'a pu être peuplée par des populations malaisiennes.

Nous avons fait connaître tous les faits qui nous out conduit à regarder les Polynésiens comme les descendants des Maori et à placer le lieu d*origine première, ou THawahiki, dans rUe-du-Milicu de la Nouvelle-Zélande; nous avons montré que c'est par voie de migrations que les îles poly* Désiennes ont été peuplées ; maintenant, et avant de formuler les conclusions de tout notre travail, nous allons essayer de tracer l'itinéraire suivi par les émigrants, depuis leur pays d'origine jusqu'aux points les plus extrêmes où ils ont été rencontrés.

Pour cela, nous n'aurons qu*à reprendre en sens inverse la route que nous avons déjà parcourue en remontant contre le courant des mig^rations afin d'arriver h la découverte du lieu d'origine ; en un mot pour parler comme les Maori, il nous suffira de c descendre » (1) du Sud-Ouest et du Sud vers le Nord-Est et le Nord, pour indiquer la marche exactement suivie.

Chemin faisant^ nous compléterons quelques-uns des rensei^ements déjà donnés ; nous indiquerons les raisons qui nous semblent avoir porté les Maori de TIle-Nord, aussi bien les anciens que les nouveaux, à émigrer vers la Polynésie ; puis nous tâcherons de dire quelles sont les îles polynésiennes qui ont été les premières peuplées, et comment les autres Tont été successivement. Nous examinerons de nouveau le point tant controversé de savoir si ces îles étaient ou n'étaient pas habitées à l'arrivée des émigrants, et nous insisterons sur les causes qui expliquent la répartition de ces derniers presque d'un seul côté de l'Océan Pacifique. Enfin nous suivrons la dissémination jusque dans les plus petites îles isolées, et même jusque dans les grands continents d'Afrique, d'Asie et d'Amérique.

Ce que nous allons dire ne sera, il est vrai, que conjectural ; mais, comme nos conjectures reposent sur un grand nombre de faits et de témoignages, et que, d'ailleurs, c'est la seule voie ouverte pour parler de l'origine et des migrations d'un peuple, nous n'hésitons pas, comme complément de notre travail, à présenter les réflexions que nos études et nos propres observations sur les lieux mêmes, aussi bien que nos lectures nous ont suggérées sur la marche des migrations polynésiennes.

Voici donc comment nous croyons que les migrations se sont opérées :

En quittant les côtes Est et Ouest de l'Ile-da-Milieu, mais surtout celles du Sud et du Sud-Ouest, les émigrants se

(1) Voir ce que nous avons dit à ce sujet, vol. II, p. 147 et ED, p. 413.

sont dirigées vers TIle-Nord de la Nouvelle-Zélande, visitée par quelques-uns de leurs compatriotes longtemps avant leur départ, comme Fattestent les légendes de Kupe, de Ngahue et autres que nous avons citées, ainsi que les voyages de Turi, de Hou, de Uenuku, etc., qui les avaient précédés de peu de temps.

Nous avons fait remarquer ce fait curieux, que ces trois derniers, particulièrement, ont borné leur voyage pour ainsi dire au détroit de Gook, comme Tavait fait Kupe, comme le firent également le Ririno qui accompagnait le canot de Turi, et le Wakaringaringa qui atterrit à Kaupokonui dans le détroit de Cook. Sans doute Téioignement paraissait déjà assez grand à ces premiers émigrants, qui n*avaient quitté qu*à regret leur patrie pour éviter l'extermination, mais qui ne cessaient d'y penser; comme le prouve le suicide de Turi, pria de nostalgie.

Ceux de la grande émigration allèrent s'établir plus loin sur la côte Est de la mâme île. Longeant la terre ou en passant aussi près que possible, pour ne pas la perdre de vue, tous eurent à doubler le fameux cap Waiapu ou cap Est de Cook. (1) C'est là que la plupart s'arrêtèrent dans le port de la baleine ou Whangaparaua. Puis ils se fixèrent les uns ici, les autres là, dans les points à leur convenance ; d*autres allèrent jusqu'au cap Nord et le doublèrent, ou ils se contentèrent de passer par dessus l'isthme étroit qui sépare une mer de l'autre, pour atteindre celle de l'Ouest ; d'autres enfin pénétrèrent dans l'intérieur. Il y eut bientôt des colonies établies sur les points principaux de l'île, mais surtout sur la côte orientale, et il est probable, quoique les légendes n*en disent rien, que d'autres furent fondées par de nouveaux arrivants, peut-être, par exemple, par l'équipage de Ruaeo, qui, après avoir puni Tama-te-Kapua, alla, sans qu'il soit dit où, chercher une nouvelle patrie .

On a vu que les traditions citent une quinzaine de canots ft que parmi eux il y en avait qui étaient doubles et fort

(I) Ce qui explique si bien pourquoi « tous, » comme le disent queues légeadss, sont venus aborder à Waiapu en venant d'Hawahiîd» ee qui serait inexplicable, s'ils étaient venus de l'Est.

L^-Vl^jtf^:

grands. Peut-ôtre même tous les canots étaient-ils doubles» quoique les légendes ne le disent pas. Dans tous les cas, ils avaient toujours un équipage nombreux. En effet, à chaque instant» on voit les 140 guerriers d'un canot figurer dans les récits, et ce qui ne permet pas de douter de l'existence d'un pareil nombre de combattants sur chaque canot, c'est que, il ne faut pas l'oublier, ces canots étaient de véritables petits navires à larges plates-formes surmontées d'une sorte de ronfle ou demeure pour les chefs ; ils étaient capables de porter presque le double du nombre cité. Ce nombre est d'ailleurs trop généralement répété pour qu^on puisse se refuser d'y croire. Nous-môme, nous avons vu en 1827, aux îles Tunga et dans les Fiji, des canots qui auraient certainement pu porter, avec le reste de l'équipage, un pareil nombre de combattants. Si l'on admet l'exactitude de ce nombre, il faut évidemment supposer qu'il y avait sur chaque canot au moins autant d'autres individus, femmes et enfants surtout, qu'il y avait de guerriers. Dès lors, si l'on comprend avec quelle facilité ont dû s'établir les colonies, on doit comprendre aussi que la plupart des agglomérations déjà existantes sur Vîle n'ont pu résister aux attaques des nouveaux venus, et qu'elles n^ont eu d'autres ressources que de s'éloigner pour ne pas être exterminées. On sait comment a été exterminée celle rencontrée par Manaia sur la côte Ouest ; il est plus que probable qu'il en a été de môme dans beaucoup d'autres endroits, à en juger par les récits attestant l'existence d'hommes là où les canots abordaient. Ihenga, par exemple, en a rencontré près du lac Roto-Rua dans l'intérieur : Kupe en avait vu, de son côté, et Turi ne cessait de se garer contre les attaques de ceux qui l'avoisinaient : ce qui semblerait prouver que ceux-là particulièrement étaient assez nombreux.

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit à ce sujet ; mais il est certain qu'à l'arrivée des émigrants il y avait, disséminée sur rile-Nord|Une population de môme race qu'eux et parlant absolument la môme langue. D'od était-elle venue ? Peut-ôtre également de l'Hawahiki, mais elle aurait pu tout aussi bien ôtre authoothone elle-même,

si» surtout, comme le soutiennent quelques écrivains, la Nouvelle-Zélande n'est que le reste d'un grand continent qui aurait disparu. Des traditions encore conservées rapportent même que des îles du détroit de GooJc ont été englouties. Leâ restes de cette population disséminée» vaincue facilement par des envahisseurs plus aguerris et en partie exterminée, se seront d*autant plus facilement fondus avec eux, que la langue, les mœurs et les usages étaient les mêmes. Même quand cette population aurait été le résultat d*émigrations de THawahiki à une époque bien antérieure, elle n'aurait pas plus été épargnée par les conquérants, car elle leur était inconnue. Il fallait donc qu'elle se soumît ou qu'elle se fit tuer, et Ton a vu, si Ton peut prendre à la lettre le texte delà légende de Manaia, que les habitants rencontrés par ce chef sur la côte Ouest de TIle-Nord, furent entièrement exterminés. Mais, à la longue, tous ceux qui furent épargnés durent se confondre avec leurs vainqueurs; ils ne furent bientôt plus que dés membres de la nouvelle société^ prenant part sans doute à toutes les guerres qui commencèrent presque aussitôt après l'arrivée d'Hawahiki, guerres qui ont duré jusqu'à nos jours, et qui n'ont cessé que longtemps après la prise de possession de la Nouvelle- Zélande par l'Angleterre.

On a avancé que cette fusion de la race occupante avec les envahisseurs avait produit les diverses variétés d'hommes ou même les races différentes que certains ethnologues ont admises à la Nouvelle-Zélande. Nous répéterons ici que c'est justement le mélange opéré entre des individus de même race, qui fait qu'on ne trouve pas un seul mot de langue étrangère dans l'idiome maori, et qu'à part les dif* férences existant partout entre les nuances de coloration et la beauté des formes des habitants, il n'y a qu'une seule espèce d'hommes à la Nouvelle-Zélande.

Quoi qull en soit, c'est probablement à la suite de guerres civiles qu'une partie de la population ainsi fondue dût songer à fuir à son tour pour éviter l'extermination ; pourtant il serait également possible que ces migrations aient eu lieu abtoloment à la môme époque, au môme moment, que celles rr S.

LBS POLTNlisiEMS.

venant se fixer à Hle-Nord : c'est ce que semblerait autoriser à supposer un fait jusqu^ici passé inaperçu. Taylor (1), entre autres, dit que quelques traditions, parlant de la grande émigration, établissent queTun des canots le Pan^ gatoru, ne put aborder à TIle-Nord, parce que les populations primitives s'y opposèrent. Cela prouve d'abord, contrairement à ce qu'on soutient généralement, que la population de celte île, à Parrivée des émigrants d'Hawahiki, était plus nombreuse qu'on ne le croit, et que probablement les autres canots ne s'y maintinrent que par la force. Ainsi s^expliqueraient et Textermination des tribus vaincues et les précautions que prenait Turi quand il s'éloignait de sa forteresse avec tout son monde. On ne dit pas ce que devinrent les canots forcés de reprendre la mer ; on peut croire que trouvant plus loin quelque lieu inhabité, c'est là qu'ils se seront fixés. Il faut pourtant faire remarquer que les traditions, après avoir donné les noms de ces canots, n'en par« lent plus, tandis qu'elles suivent les autres avec détail jusqu'à la fin. Les généalogies elles-mômes ne remontent jamais aux équipages de ces mômes canots absolument comme s'ils étaient allés ailleurs.

On comprend que s'ils s'étaient rendus dès cette époque en Polynésie, ce pourrait être un témoignagre en faveur de l'opinion de M. Haie, qui regardait les Tahitiens particulièrement comme contemporains des Néo-Zélandais. Mais il est inutile de s'arrêter plus longtemps sur ces suppositions quoiqu'elles ne soient pas invraisemblables; nous croyons plus naturel d'admettre que c'est surtout après un séjour de quelque durée, et alors que les populations, sans être considérables pour l'étendue de l'tle, s'étaient déjà accrues, qu'elles furent forcées d'émigrer à leur tour vers la Polynésie. Il est évident que les motifs qui avaient porté les ancê* très d'Hawahiki à s'éloigner étaient les mêmes qui portaient leurs descendants à aller chercher quelque terre moins inhospitalière. Ce qui semble le prouver, c'est que les chefs des émigrants vers la Polynésie avaient les mêmes noms que

(I) OuTT. cité, p. 123.

ceux arrÎTés d^Hawahiki à Pile-Nord : tels étaient Makea, Karika, etc. Panni eux figuraient aussi de nombreux prêtres ; tous semblaient être partisans de là théocratie qui^ en Hawahiki, avait été si funeste à tous ceux, prêtres et cheCs, qui partageaient cette manière de voir. La cause principale de toutes les luttes, aussi bien dans la nouvelle patrie qu'en Hawahiki, a dû être le besoin de la part des Rangatira, dcf secouer le joug des institutions théocratiqaesqui pesaient sur eux, sans parler des disputes pour ainsi dire accessoires qui, comme en Hawahiki, n'avaient d'autres causes que l'ambition de certains chefs et la conduite de leurs femmes.

Comme celles de l'Hawahiki, les migrations partant de rUe-Nord, ne furent donc que le résultat de guerres, reli- ^euses ou non, qui avaient recommencé presque aussitôt rétablissement sur File-Nord des émigrants d'Hawahiki. L'exemple de Raumati, Tun des fils du grand prêtre Uenuko, tué par Ha-tu-Patu, petit-fils de Hou, ne laisse aucun doute à ce sujet (1). Rapprochés un instant par l'adversité des enfants de Hou, l'ancien ennemi de leur père, les fils de Uenuku se vengent dès qu'ils en trouvent l'occasion, de la mort de celui-ci tué par Tama-te-Kapua, en incendiant son canot VArawa. Gela se passait pour ainsi dire au début de la colonisation. Après cela commencèrent les longues guerres que racontent les traditions, et qui expliquent si bien, à notre avis, la nécessité dans laquelle se trouvèrent les tri^ bus vaincues de chercher leur salut dans la fuite .

Or, pour elles, il n'y avait pas à hésiter : une seule voie leur était ouverte, c'était celle conduisant vers le Nord-Est, niro c dessous » relativement au lieu d'origine première; c'était celle qu'avaient suivie les ancêtres en venant d'Hawabikipourse fixer à TUe-Nord.

Pour aller dans cette direction, les vents, d'ailleurs, étaient presque toujours favorables, tandis qu'ils l'étaient moins ou qu'ils étaient même contraires pour aller dans les antres directions.

(1) Voir la légende de Ha-tu*Pata, dans la Mythologie de sir Qttij»

116 LEd POLYNÉSIENS.

Il est probable qu'ils avaient quelques vagues données sur rinutilité et le danger de sô diriger vers le Sud, de môme que vers TËst, car leurs navigateurs avaient dû plus d'une fois pousser aussi loin que possible leurs excursions dans ces directions.

Peut-être même savaient-ils que des terres plus tempérées se trouvaient dans le Nord-Est» mais Teussent-ils ignoré complètement qu'ils avaient un motif d*aller plutôt de ce cOté que vers le Sud surtout. En effet, ils avaient nécessairement pu remarquer sur leur île môme que le climat s^adoucissaità mesure qu*ils se rapprochaient davantage de son extrémité la plus Nord. Cette seule raison, quand les vents n'y auraient pas engagé, était une raison suffisante pour qu^ils prissent de préférence la direction du Nord^Est, c'est-à-dire celle de la Polynésie. Aussi bien, en prenant cette direction, ils ne faisaient que continuer à c descendre comme avaient fait leurs ancêtres ».

La route vers le Sud-Ouest leur était complètement in« terdite : non seulement les vents étaient le plus souvent contraires, mais ils ne pouvaient ignorer que les intempéries y étaient infiniment plus fortes. Que seraient-ils allés faire d'ailleurs de ce côté, puisque c^est de là que leurs ancêtres avaient dû s'enfuir ?

Âinsi^ comme on voit, vents, expérience, souvenirs confus, position, tout leur traçait la seule voie à suivre, et c'est en suivant cette route, nous en avons la conviction, que la Polynésie a reçu ses premiers émigrants de la race appelée polynésienne par tous les écrivains, mais qui, suivant nous, devrait plutôt être appelée race Maori.

Il résulte, de l'examen le plus attentif de tous les documents connus, que pas un canot une fois parti de l'Ile-Nord de la Nouvelle-Zélande pour la Polynésie n'y est revenu : Si Gook a cité un canot jeté sur TIle-du-Milieu et monté seulement par quatre hommes ; si on a parlé d un autre fait, bien postérieur probablement aux migrations opérées vers la Polynésie, d'après lequel Téquipage d'un petit navire et son capitaine ont été massacrés dans le détroit de

Cook (1) ; si enfin Haie, pour mieux appuyer son hypothèse, parle d*un canot polynésien arrivé à la baie des îles vers Tannée 1740; ces divers faits sont loin de démontrer que les canots venaient de la Polynésie. Quant à Tautre exemple cité par Cook, d*un canotallant jusqu à Ulimarao, il prouve encore moins, puisque ce canot était d'abord parti de l'Ile- Nord elle-mâme. La force et la durée des vents de la partie de rOuest étaient évidemment à eux seuls un obstacle à tout retour facile, môme quand des émigrrants auraient cherché à revenir au pays d'où ils avaient été forcés de s^éloigner.

Ce fait vient lui-même appuyer l'origine maori des Polynésiens. Il est presque certain que si la Nouvelle-Zélande eût été peuplée par la Polynésie, on y aurait vu, au moins de temps en temps, arriver quelques compatriotes des précédents émigrés, profitant, pour venir, des vents d'Est et de Sad-Est, certains d'avoir, pour retourner chez eux, des vents d*Ouest qui sont les plus fréquents. Mais toutes les traditions, aussi bien celles de la Nouvelle-Zélande que celles des îles polynésiennes, se taisent complètement à ce sujet, particulièrement les traditions des Tunga, des Samoa, et surtout des Manaia qui , par leur position, auraient pu, mieux que les autres archipels, donner lieu à de pareil voyages. Bien mieux, celles de ces dernières îles semblent montrer elles-mêmes que les émigrants ne venaient que de la Nonvelle-Zélande : nous avons précédemment cherché h le prouver en faisant l'examen critique de la légende de John Williams qu'on a tant invoqué pour soutenir le contraire (2). Quant au fait cité par Haie pour donner plus de vraisemblance à son hypothèse, c'est-à-dire à l'arrivée d un canot polynésien à la baie des Iles vers 1740, Thompson s'est chargé d'en détruire la réalité : il s*est assuré sur les lieux mêmes avec le plus grand soin qu'il n'y a pas eu de migration moderne de la Polynésie vers la Nouvelle-Zélande, et que, par conséquent. Haie a été mal informé (3).

(1) Thompson, vol. I, p. 2^.

(I) Voir ce que nous avons dit à ce sujet, vol. II, p. 870.

(S) Oavr. oité, vol. II, p. 66.

Si tous les ethnologues acceptent aujourd'hui Topinion jusque-là motivée de M. Haie, c*est que, dix ans plus tard, sir Grey, en publiant sa précieuse collection de traditions, est venu montrer que rien n^était plus facile que d*aller de l'Hawahiki à TIle-Nord, en suivant pour ainsi dire les côtes, soit à la voile, soit même en pagayant ; c*est ce que nous disions nous-mêmes dans le mémoire que nous avons adressé en 1866 à la Société d'anthropologie ; dès lors, il nous était démontré qu'il ne s'agissait que de voyages faits entre deux terres peu éloignées, et non de traversées de plusieurs centaines de lieues en plein Océan ; et que l'Hawahiki était une partie de l'Ile^du-Milieu, si ce n*était pas cette ile en entier.

C'est donc une erreur de croire que ce que rapportent les traditions peut s'appliquer à un Hawahiki placé dans les Samoa : itinéraire, facilité des voyages, même par ceux qui n étaient encore jamais allés jusqu'à l'Ile-Nord, existeûce de grands lacs, de grandes rivières d'eau douce, jade vert, connaissance de la neige, de la glace, du phormium, etc., tout en un mot indique que cet Hawahiki ne pouvait se trouver en Polynésie. Par conséquent, les témoignages invoqués par M. de Quatrefages entre autres^ Tout été à tort. U n'existe aucune tradition disant formellement que l'Hawahiki était situé en Polynésie, et les assertions de quelques écrivains, à cet égard, ne sont que le résultat d'une idée préconçue. Du moment qu'ils présupposaient l'Hawahiki en Polynésie» il fallait bien qu'ils interprétassent ainsi le silence des légendes pour pouvoir expliquer le peuplement de l'Ile-Nord ; mais ce n'était qu'une erreur : nous croyons l'avoir assez démontré pour n'avoir pas besoin d'insister davantage.

Pas plus que M. Haie ne l'a fait pour soutenir son hypothèse, nous n'avons pu nous-même fournir, pour appuyer la nôtre, des témoignages irréfragables ; mais nous croyons avoir accumulé tant de probabilités, mis en évidence tant de circonstances favorables, qu'il nous semble difficile qu'on ne l'accepte pas.

Après avoir montré la faiblesse de la plupart des témoignages sur lesquels on s'est appuyé pour soutenir le peu-

plement de la Nouvelle-Zélande par la Polynésie, il nous est impossible de ne pas admettre que c*est au contraire la Polynésie qui a été peuplée par la Nouvelle-Zélande.

Les premières îles rencontrées en Polynésie par les émigrants ont presque certainement été les îles Tunga et les îles Hapal, et peut-être les Manaia.

Ce sont les Tunga, dont nous avons déjà expliqué ailleurs le peuplement, qui ont fourni des colonies à un grand nombre d*îles diftérentes. Sans doute on a dit que les Samoa ont peuplé les Tunga;mais n^ aurait-il que la tradition que nous avons citée qu'il faudrait admettre le contraire (1).

L*existence anciennement d'une tribu Ati-Hapal en Hawahiki, autrement dit sur la côte Sud-Ouest de llle-du- Milieu, explique le nom que portent les secondes. Ce nom était celui de la tribu dont Uenuku était le grand prâtre ; plus qu'une autre elle dut avoir besoin de s*enfuir, puisqu'à peine échappée de l'Hawahiki, son chef Raumati, fils de Uenuku, fut vaincu et tué peu après son arrivée sur llle- Nord.

On a dit aussi que les îles Manaia ont reçu, à une époque peu reculée, leurs premiers habitants des îles Samoa et de la Société ; mais nous avons montré que la tradition sur laquelle on s*est appuyé semble plutôt indiquer que Tune d'elles, Rarotonga, a été peuplée par les îles Tunga, quelle que soit d'ailleurs l'époque que l'on admette et qui est toujours incertaine, quand on n'a d'autres documents que ceux fournis par des peuples qui ne conservent leurs souvenirs que par la tradition.

Placées comme elles le sont relativement à la Nouvelle- Zélande, les lies du groupe Hervey, et notamment celle appelée Manaia, auraient certainement pu être facilement atteintes par les émigrants d'ilawahiki. On doit le supposer quand on remarque que le langage des habitants de ce groupe est, de toute la Polynésie, celui qui se rapproche le plus de la langue Maori. Pourtant, il faut le dire, rien de plus que le langage ne le prouve, si ce n'est peut-être en-

(1) Voj. oi-dessos, vol. II, p. 520 et suiv.

core la croyance des indigènes , que leurs ancâtres provenaient de « dessous le vent » c'est-k-dire du couchant. On est loin, comme on voit; de la provenance Samoane et de celle de Tahiti ou mieux de Kaiatea ainsi qu'on Ta avancé.

D*un autre côté, pour toutes ces raisons, il nous semble qu il doit âtre difficile de comprendre que Tîle Rarotonga ait pu être si tardivement peuplée, ainsi qu'on le croit généralement (1). Nous l'avons dit, le nom de cette île signifiant « sous le vent du Sud », ne peut avoir été donné que par des émigrants qui faisaient allusion au point d'où ils étaient partis d'abord, c'est-à-dire du Sud. Or, il n'y avait que des émigrants de la Nouvelle-Zélande qui pussent regarder rîle Rarotonga comme placée sous le vent par rapport à leur lieu d*origine : les Samoa, en effet, sont plus sous le vent encore que cette île, de plus, le mot Tonga n'est qu'un mot purement Maori (2) •

Quoi qu il en soit de la véritable signification du mot Rarotonga, nous avons reconnu, contrairement à ce qu'on pense généralement et contrairement au savant Bushmann en particulier, qui disait que le dialecte de Rarotonga était plus proche de celui de Tahiti que de tous les autres, nous avons reconnu que le langage de cette île se rapproche au contraire davantage de celui de la Nouvelle-Zélande.

Quoique nous ayons déjà traité plus haut cette question, nous allons encore ici mettre en regard un certain nombre de mots des trois dialectes, en y ajoutant les mots qui, d'après d'UrvlUe, ce qui n'estpas assurer leur exactitude, sont usités aux îles Tunga.

l)Blli8 est le premier qui ait dit que les habitants de Ifanaîa attribuent leur origine à Raiatea. Il le fallait sans doute pour appujer rbypothèse à laquelle il semblait donner la préférence, c'est-à-dire que les migrations s'étaient dirigées de l'Est vers rOuest pour peupler la Polynésie.

(2) Voir ce que nous avons dit à ce sujet, yoI. II, p. S6d.

Maim

Ventre

Poitrine

Mamelle

Monde, Lumière

Vêtement

Maladie f mort,.

Amour, ëffeciion

Boire

Mmonf^er •...,...

Visage

Père

Poisson

Jambe

Tête

Cochon

Maison

Terre

Front

Homme

Nom,

Voir, savoir, . . .

Ciel

Prêtre

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