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les traditions ont également conservé le souvenir. Il est évident qu'en se faisant descendre de personnages tels que Tawhaki et autres, lesindigènes remontent aux temps fabuleux, et qu'ils sont aussi embarrassés que nous le serions à leur place, pour dire de combien de temps ces personnagres, ont précédé le départ des premiers émig^rants. Il faut môme supposer, en les voyant en diviniser quelques-uns, qu'ils les croyaient bien antérieurs ; c'est d'ailleurs ce qui résulte de la comparaison de toutes les données lég^endaires. Tawhaki, en effet, est représenté dans les traditions comme un homme, un héros, et ce ne fut probablement qu'à sa mort Iju'il fut déifié dans l'Hawahiki, c'est-à-dire dans l'Ile-du- Milieu delà Nouvelle-Zélande, oii son mythe n'a cessé d'exister. A l'Ile-Nord, au contraire, il a été remplacé plus tard par le mythe de Maui qui s'est emparé des hauts faits de son prédécesseur ou du moins auquel on les a attribués de son vivant ou après sa mort ; Maui, en effet, était également un homme quittant l'Hawahiki pour aller se fixer à TUe-Nord de la Nouvelle-Zélande.
Nous avons voulu revenir, en passant sur ces faits qui nous semblent appuyer l'opinion que nous soutenons ; ils indiquent que Maui, qu'on regarde parfois comme fort ancien, n'a bien probablement émigré à l'Ile-Nord de la Nouvelle-Zélande qu'après beaucoup d'autres. Il est inutile de répéter que si on lui a attribué la découverte de cette île qui avait été faite par Kupe, de même que tous les hauts faits de Tawhaki, son prédécesseur en Hawahiki, c*est qu^il a vé- ^u à une époque de bouleversement et de guerres intestines. Mais il n*est pas do fait prouvant mieux que celui-ci, que l'Hawahiki ne pouvait pas être placé ailleurs que dans l'Iledu-Milieu de la Nouvelle-Zélande, c'est-à-dire dans le lieu qui a chassé Maui, dont le culte, créé à l'Ile-Nord, s'est ensuite répandu dans toute la Polynésie, sans jamais s'établir à rile-du-Milieu.
Conclusiona. — En résumé, on a eu tort de soustraire un certain nombre de généalogies, sous le prétexte qu'elles
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étaient faboleoses. Nous bornant donc h adopter le nombre des généalogries données par les listes de Haie et de Porter, pour les Sandwich et les Marquises, car nous avons dit avoir des listes de Tune des Marquises encore plus étendues que toutes celles publiées, nous croyons pouvoir dire :
1* Que les Sandwich ont été peuplées, il y a au moins 2100 ans, au lieu de l'avoir été, comme l'a conclu M. Haie, il y a 1350 ans, et comme Ta dit M. Rémy il y a 2250 ans ;
2* Que l'ile Nuku-Hiva l'a été il y a 2640 ans, en comptant pour les deux archipels par générations, et qull existe par conséquent une différence de 540 ans entre le peuplement des deux groupes ;
2r Que Tahiti est peuplée depuis 3000 ans au moius ; ce qui résulte non des listes généalogiques connues, mais des données linguistiques et de l'ensemble des faits venus à la connaissance des Européens. Oe chiffre de 3000 ans mettrait entre le peuplement des îles Sandwich et celui de Tahiti, un intervalle de 900 ans, et entre le peuplement de Tahiti et celui des Marquises un intervalle de 360 ans ;
4* Que les archipels Samoa et Tunga, dont on ignore complètement la date du peuplement, doive at avoir reçu leurs habitants bien antérieurement aux précédents. Il est évident, en effet, que quelque soit le chiffre que Ton adopte, le nôtre ou ceux de MM. Haie, Rémy et de Quatrefages, le peuplement des Samoa et des Tunga doit remonter à une époque plus reculée, puisqu'on s'accorde à regarder ces deux archipels comme le berceau des colonies qui sont allées peupler les Marquises et les Sandwich.
n est inutile déparier des Paumotu, des Mangareva, etc., qu'on a vu avoir été peuplées beaucoup plus tard.
En supposant qu'une période de 3G0 ou de 540 * ans a été nécessaire pour produire le trop plein, ou pour engendrer des guerres assez fortes pour porter & l'émigration, on pourrait dire, sans s^arrôter d'ailleurs à rechercher ici de nou« veau quel est celui de ces deux archipels qui a été colonisé le premier, que les Tunga et les Samoa ont été peuplées il ya 8860 ou 8540 ans environ ,
Sf Enfin, que si la Nouvelle-Zélande est bien, comme
nous avons cherché à le démontrer, le berceau des Polynésiens, il faut reporter à plus de 4000 ans le départ des émigrants de THawahiki pour l'île Aotearoa, autrement dit rile-Nord de la Nouvelle-Zélande. On donnerait ainsi un Japs de temps de 360 ou 540 ans aux colons de TIle-Nord avant leur départ pour la Polynésie, sans parler de ceux qui probablement s'y sont rendus directement à cette époque, sans avoir pu s'arrêter sur l'île Aotaroa (1), et qui, peut-être même,sont les seuls ayant émig^ré jusque-là. Cette dernière hypothèse, il faut en convenir, viendrait appuyer d'une manière bien remarquable, en l'expliquant pour ainsi dire, la conclusion de M. Haie, que les émigrations à Tahiti et à la Nouvelle-Zélande ont été contemporaines ou à peu près (2) ; et, par la Nouvelle-Zélande, encore une fois, il ne faut entendre que rile-Nord de ce groupe, comme nous croyons l'avoir surabondamment démontréjà l'aide de tous les chants traditionnels publiés.
Quant à la date du peuplement de la terre d'origine ou l'Hawahiki, il est impossible de l'apprécier. Il est bien clair qu^elle remonte à une époque infiniment plus éloignée que les précédentes,puisque ce n'est qu^après de longues guerres d^extermination,dont on ne connaît probablement que les dernières par les légendes, que les vaincus se sont décidés à émigrer. Toutes les traditions établissent, contrairement à ce que l'on croit généralement, que l'Ile-du-Milieu de la Nouvelle Zélande,lors de ces guerres et de ces émigrations, possédait de nombreuses populations que nous regardons comme ayant été autochthones.
(1) Voy. Shortland, p. 304.
(2) On a vu que Haie est arrivé à cette conclusion, en se fondant uniquement sur Taltération des mœurs et de la langue des deux contrées comparées à celles des Samoa, car il faisait venir les habitants de ces contrées des îles Samoa, sans remarquer qu'il faudrait admettre, ainsi que nous Tavons avancé, qu'on parlait aux Samoa à l'époque des premières migrations, le langage qui a été retrouvé à la Nouvelle-Zélande .