TRADITION RELATIVE AU DÉPART DES CANOTS
« Les motifs qui firent émigrer les Néo-Zélandais d’Hawahiki ne sont point encore oubliés. Une tradition rapporte qu’une guerre civile détermina un chef nommé Ngahue à s’enfuir de la contrée : après un long* voyage, il toucha à la Nouvelle-Zélande (2) et retourna à Hawahiki avec des morceaux de pierre verte, et les os d’un gigantesque moa tué près de Tauranga, dans la Nouvelle-Zélande. Reçu par ses parents comme un échappé à la mort, Ngahue fut pris en haute estime, et, comme d’autres voyageurs, il se répandit en récits ardents sur la fertilité du sol de la Nouvelle- Zélande, l’excellence du poisson dans la mer, l’immense volume des anguilles dans les rivières et le grand nombre d’oiseaux et de plantes utiles à la nourriture dans les forêts. Lis querelles n’avaient pas cessé quand Ngahue retourna à Hawahiki, et le parti vaincu, afin de sauver sa vie, prit la détermination d’émigrer à cette terre nouvellement découverte. D’autres traditions disent que Kupe est le Cristophe Colomb du pays.
« Aussitôt que la migration eut été décidée, on se mit à construire des canots convenables pour un pareil voyage. D’après quelques traditions, cela eut lieu à Rorotong*a. Tous étaient des doubles canots, nommés : YArawa , le Taïnui , le Matatua , le Takitumu , le Kurahaupo , le Tokomaru,le Matawhaora , et VAotea; mais il y avait six ou sept autres canots dont les noms ne sontpas venus jusqu’à nous. Tout étant prêt, les émigrants mirent à bord des canots des semences de patate douce, des fruits de karaka, des gourdes, des taro, des rats, des perroquets, des pukeko, des chiens, et une grande quantité de fard rouge sacré.
« Tous les canots partirent ensemble, et alors qu’ils s’éloignaient, un vieux chef leur cria : « Partez en paix, et « quand vous aurez atteint l’endroit où vous allez, ne faites
(1) Thompson, the Story, p. 99 et suiv .
(2) Ne pas oublier que ce mot Nouvelle-Zélande signifie unique ment File-Nord.
« pas comme Tu, le dieu de la guerre ; partez et restez en « paix avec tout le monde ; laissez la guerre et les querelles « derrière vous. »
« Quand la nuit fut venue, une tempête s’éleva, la flotte se trouva dispersée, et chaque canot navigua séparément. On se rappelle encore les disputes et les incidents qui surgirent durant le voyage dans plusieurs des canots. La plupart de ces disputes furent occasionnées par les femmes ; tandis qu’il y avait des discussions pour savoir si le canot serait dirigé « vers le quartier où le soleil brille, ou vers « cette partie des cieux où le soleil se couche. »
Durant le voyage quelques-uns des canots virent des îles où les canots furent halés à terre, les vieilles coutures étant relâchées, et les canots réparés.
La flotte d’Hawahiki atteignit la Nouvelle-Zélande quand le Pohutukaua et le Rata (arbres), étaient couverts de fleurs. C’était par conséquent dans l’été, et les émigrants, comme des survivants d’un naufrage, se dispersèrent dans le pays. Pour apaiser l’esprit de la terre de leur usurpation, on dit des prières. L’une d’elles, faite par un chef d’alors, est encore conservée comme un talisman moderne:
« J’arrive où une terre inconnue est sous mes pieds ;
« J’arrive où un nouveau ciel est au-dessus de moi ;
« J’arrive à cette terre ;
« Lieu de séjour pour moi.
a O esprit de la terre î l’étranger t’offre humblement son cœur et de la nourriture. »
« Plusieurs familles des canots, captivées par la beauté et la fertilité de certaines baies aperçues pendant que les canots côtoyaient le rivage, débarquèrent et s’établirent avant que les grands chefs descendissent, et d’autres allèrent à terre pour explorer la contrée.
« 11 n’y avait aucun être humain sur les îles à l’arrivée des émigrants. Des conflits qui s’étaient présentés plusieurs siècles auparavant ont été transformés par la tradition en combats entre les premiers émigrants et les habitants primitifs de la Nouvelle-Zélande ; mais il n’y a rien de vrai dans ces rapports. Comme les équipages de tous les canots
débarquaient dans des lieux différents, chaque tribu a une histoire particulière de ses ancêtres, et plusieurs de ces légendes ne manquent pas d’intérêt.
« Le canot Tainui transporta à la Nouvelle-Zélande les ancêtres de la puissante tribu actuelle Waïkato, et les nations de la rivière Tamise. Ce navire toucha d’abord à Wangaparaoa, péninsule dans le golfe Hauraki,près d’Auckland. Il remonta en pagayant la rivière Tamaki jusqu’à Otahuhu, et de là il fit le tour du cap Nord. On toucha à Kaipara et à Manukau,surla côte ouest. Le beau port de Kawhia finit par décider le commandant à débarquer, et là le canot fut halé sur le rivage. Les noms de 23 chefs, venus d’Hawahiki sur le Tainui sont encore dans la mémoire de la génération actuelle de Kawhia, qui montre un rocher de pierre à chaux comme le reste de ce fameux navire. Une tradition dit que le Tainui fut traîné par-dessus le portage à Otahuhu.
« Le canot YArawa fut halé sur le rivage à Maketu, dans la baie d’ Abondance, et le point où cela fut fait est encore sacré. L'Arawa vit la Nouvelle-Zélande un peu au nord d’Auckland ; il toucha à la Grande-Barrière, et aux îles Mercure, et à Tauranga. Quelques-uns des émigrants de YArawa se fixèrent à Maketu, d’autres à Rotorua, et de là s’étendirent jusqu’à Wanganui. Les naturels sortis de ce canot passent pour avoir les grandes dispositions au vol de leur ancêtre Tama-te-Kapua.
« Le canot Karakaupo commença par toucher au cap Est et fut halé à terre à Tauranga. Ce fut dans ce canot que vinrent les ancêtres des tribus de la baie de Pauvreté et les indigènes occupant les pays environnants et le nord de la baie des lies.
« Le canot le Matatua fit terre à Whakatane, dans la baie d’ Abondance, et de son équipage sortirent plusieurs des tribus de la côte Est. Les descendants de ce canot ont la réputation de tenir leur parole .
« Le canot nommé Aotea était commandé par l’illustre Turi, et il amena à la Nouvelle-Zélande les ancêtres des Wanganui. Ce canot, après avoir vu la côte Est de l’Ile- Nord, contourna le cap Palisser, s’avança dans le détroit
de Oook et toucha en plusieurs endroits, longea les côtes Ouest,et fit terre à Aotea, d’où les colons marchèrent le long’ du rivag-e jusqu’à Wang*anui. Turi fit une excursion à Wairarapa, pendant laquelle il nomma tous les lieux vus par lui sur la route.
« Le canot Tokomaru toucha d’abord à la Grande-Barrière, fit le tour du cap Nord, suivit la côte et entra dans la rivière Waitara près de Taranaki. Ce fut dans ce canot qu’arrivèrent les ancêtres de Ati-Awa, ou Ngati-Awa de la côte Ouest. La tradition rapporte que la Nouvelle-Zélande fut d’ abord découverte dans le canot par l’aboiement d’un chien qui était à bord.
« Il serait inutile de donner l’histoire des autres canots. LTle-Nord a été la première peuplée, et, ce qui le prouve, c’est que le Sud signifie ® en haut » up et le Nord,« en bas » down. Chaque tribu se rappelle le nom des chefs des émigrants et quelques-uns de ces hommes ont été déifiés. 11 suffira de mentionner, les noms de Tainui, Turi, Rupe, Manaia, Roturoa, Ngahue et autres pour comprendre dans quelle haute estime les premiers émigrants d’Hawahiki sont encore dans le cœur du peuple. »
D’après Taylor, le Takitumu et VHorouta seraient les noms différents d’un même canot : pourtant, les traditions nomment deux capitaines.
Les capitaines du Mamari et du Moekakara ne sont pas désignés.
Le nom du canot de Ng*ahue n’a pas été conservé.
Shortland (p. 23) dit que tous ces canots, en arrivant à l’Ile-Nord de la Nouvelle-Zélande, vont aborder le Cap-Est ou Waiapu.
Les légendes citent encore :
AurarO'tu-ia ou Riu-o-Maui et Tane-a-Rangi ; ces deux canots passent pour avoir été construits par Tutanekai ou Tutaranaki ;
Taha-luna\ Tairoa ; Rima-Rapu ; To-Taria-ka-Ria ; Wiritoa ; Tapatapa-Rukarere ; Toroa-i-Taipakihi\ Hakirere ; Mahunu-Awatea. Ces cinq derniers comptaient parmi les mille canots qui, sous le commandement de Whakatau, allé
rent détruire Tihi-o-Manono, d’après la plupart des légendes, ou Whare-Kura, d’après une autre.
Plusieurs autres canots sont encore cités ; mais aucune des légendes ne désigne le nom du canot de Uenuku allant en pagayant de Tuamatua sur l’île Aotearoa. Il en est de même du canot qui porta Tiki et sa femme Pani, les premiers qui abordèrent à Aotearoa.
Liste prouvant que tous les personnages cités vivaient à peu près à la même époque.
D’après sir Grey,Whakatau-Ihu, Tawhaki et Tuhuruliuru vivaient dans le même temps, et par conséquent dans le même temps que :
Tinirau, chef qui habitait l’Ile Motu Tapu, et prit pour l’une de ses femmes Hinauri, ou Hine-te-Hiwahiwa ; elle était la sœur des Maui, et elle lui donna Tu-Huruhuru ;
Kae, grand prêtre de Tihi-o-Manono ou de la tribu Hapai, qui assista au baptême du fils de Tinirau et fut tué par ce dernier, parce qu’il avait fait mourir sa baleine apprivoisée;
Tuhuruhuru fut tué par les gens de Kae pour venger sa mort. Ce fut à cette occasion que
Whakatau alla incendier Tihi-o-Manono et tuer toute la tribu Ati-Apaï qui avait pour chef
Poporokewa, dont le fils était marié avec une fille de Tuhuruhuru d’après certaine légende, ou, d’après une autre, avec la sœur de Whakatau ;
Rupe, ou Maui-Mua ; c’était par conséquent l’un des frères Maui ; leur sœur était devenue la femme de Tinirau, après avoir été celle de Ihuatamai et de Wareware, et d’abord celle d’Irawaru changé en chien par Maui-Potiki, qui n’avait pas encore émigré à Aotearoa. Ce Rupe ou Maui- Mua fait une ascension au ciel comme Tawhaki, et l’on peut se demander si ce n’est pas le même personnage.
Uenuku. D’après une légende, Uenuku aurait succédé à Kae. Elle rapporte que Whakatau serait allé incendier Whare-Kura.
Whiro. C’est ce chef qu’on voulait élire l’undes directeurs de Whare-Kura.
Hou, l’ennemi de Uenuku et le père de Tama-te-Kapua, de Whakaturia, de Mako, de Hei et de Tia; il paraît être allé à Aotearoa sur le canot de Turi.
Manaia, chef puissant, ancêtre des Ngati-Awa, qui émigra en même temps que Hou, mais sur un canot différent.
Hoturoa, sur le Tainui , avecRaumatie et une foule d’au très.
Rata, sur le même canot, dont il était l’un des constructeur. De même pour
Wahieroa, et pour