‹ Les Polynésiens (volume 2)Chapitre 20 sur 70 · PARAT A · texte numérisé non relu

PARAT A

Toto, beau-père de Turi, constructeur del’Aioa et du Matahorua.

Ngahue, excellent charpentier, qui avait fait un voyage avant la grande émigration pour ne pas laisser prendre son jade par Hine-tu-a-Hounga, la sœur de Rata.

Rupe, regardé comme le premier visiteur de l’ Ile-Nord sur le Mata horua ; il passe pour avoir séparé l’Hawahiki de cette île en faisant passer la mer entre les deux. (Détroit de Cook.)

Turi, allant le premier se fixer sur cette île à Patea et sur la rivière Whanganui, après avoir abordé à Aotea sur la côte Ouest.

Kapo, le prêtre du canot de Turi.

Tuau, le beau-frère de Turi.

NGATORo-i-RANGi,le prêtre du canot le Tainui , attiré par ruse dans VArawa par Tama-te-Kapua, son capitaine.

Ihenga, l’un des chefs de VArawa, qui découvre les lacs Roto-Iti et Roto-Rua, en chassant le Kiwi.

Raumati, l’un des chefs du Tainui et probablement l’un des fils de Uenuku, celui qui incendia VArawa.

Rauru ou Rua-Auru, capitaine du Mata-Atua ;

Rongomai, capitaine du Mahuhu ;

Poroa, capitaine du Ririno ;

Kakiora, capitaine du Tongamaru ;

Ruaeo, capitaine du Pukea-îe-Aa-Nui ;

Ruatea, capitaine du Kurahaupo ;

Uenaga-Puanaki, capitaine du Takitumu ou Orouta ;

Rakiwanangaora, capitaine du Pangatoru ;

Puatautahi, capitaine du Motu-Motu-Ahi ;

Tama-te-Arokai, capitaine du Rangi-na-Mutu ;

Mawhakiroa, capitaine du Waka^Ringaringa ;

Et divers autres.

Kupe.

Tous les Maori reconnaissent Kupe comme le premier qui ait atteint File-Nord de la Nouvelle-Zélande dans le Maia-o-Rua ; il débarqua à Wanganui-a-te-Ra, d’où il alla jusqu’à Patea. Puis, étant revenu à Wang-anui-a-te-Ra, il retourna à Hawahiki.

Ce fut lui qui ouvrit le détroit de Cook en coupant l’île en deux ; il sépara la Nouvelle-Zélande d’Hawahiki qu’on dit avoir été unie d’abord entre elles.

Il nomma File-Nord Aotea-Toa. Taylor dit en note (1) : « Quand la flotte de six canots, sous Turi, alla prendre immédiatement possession de cette nouvelle terre, on nomma File-Nord Aotea-Roa et la Grande Barrière Aotea-Iti. »

D’après lui, Kupe est pour les indig-ènes le Christophe- Colomb de la Nouvelle-Zélande.

Dans une tradition, le capitaine du Matahorua, qui découvrit des nouvelles contrées, est appelé Reti ; mais ce nom ne reparaît plus : il est probablement le même que Kupe, ou du moins l’un des noms de ce chef.

S’il est vrai que c’est Turi qui a donné le nom de Wanganui à la rivière que l’on dit avoir été découverte par lui, Kupe n’a pu l’appeler ainsi; mais on comprend qu’il ait appelé l’Ile Aotea-Roa : Aotea , l’orient, roa, lointain, grand.

Toujours est-il que Kupe était du même pays que Turi, puisqu’en revenant de son voyage, il se trouvait dans la

(1) Te Ika a Maui , p. 124.

même rivière que Turi allait laisser. La lég-ende dit d’ailleurs textuellement : « Kupe laissa là ses marques dans le détroit de Cook et retourna dans son pays, où il trouva que Turi et tout son peuple vivaient encore, quoique quatre ans se fussent écoulés depuis la mort du petit Hawepotiki. » (1).

Dans la version rapportée par Grey, Kupe était cousin d’Ho turapa, qu’il fit noyer pour pouvoir enlever sa femme et fuir avec elle sur 1 q Matahorua . D’après celle de Taylor, Kupe ne s’éloigna que pour aller à la recherche de sa femme Kuramarotini qui avait été enlevée par son plus jeune frère Hoturapa.

Voici ce que Taylor dit de Kupe (2) :

« La première personne qui aborda à la Nouvelle-Zélande (lui aussi dit Nouvelle-Zélande pour l’Ile-Nord seulement) est, d’après tous les indignes, Kupe ; il y arriva dans le canot Mata-o-Rua (. Matahorua de Grey), et débarqua à Wanganui-a-te-ra (Port Nicholson). Il allait à la recherche de sa femme Kura-Marotini qui avait été enlevée par son jeune frère Hoturapa.

De là il alla jusqu’à Patea, où il entendit le cri du Kokako dans l’intérieur, cri qu’il prit pour celui d’un homme : « On dirait que c’est une voix d’homme : » Huanoa he reo te tangata , s’écria-t-il ; et il envoya voir ce que c’était ; mais on ne put rien trouver. Ne voyant rien, il planta un poteau dans l’endroit, puis retourna à Wang*anui-a-te-ra, et, de là, à Hawahiki, où il demeura : d’où ce dicton :

Hoki Kupe> e kore ia hoki mai.

« Après être allé dans ce pays, Kupe ne voulut point y retourner.»

Plusieurs travaux extraordinaires lui sont attribués, tels que d’avoir séparé les deux îles et formé le détroit de Oook, et d’avoir également séparé la Nouvelle-Zélande d’Hawahiki auquel, dit-on, elle était d’abord unie.

(1) Grey, p. 210.

(2) Ouvr. cité, p. 116.

Nga-Hui (1).

Ng-a-Hui vint d’Hawahiki à la suite d’une querelle entre le Mata (nom d’un poisson) et le Pounamu qui avait son origine dans cette île. Il atterrit sur la côte Est, à Wang*aparau et alla à Taurang*a; et, de là, à Wairere et à Taupo. IL passa alors à Kapiti, Arapawa, et à Arahura, près de Wakatupa ; quand il atteignit cet endroit, il obtint le Pounamu (pierre verte), dans un état inanimé, et là, il s’empara du Kaukaumatu et du Tukurangi. De là il retourna aux montagnes Arawa, où se trouvaient des Moa, à la cascade; il en tua un et l’emporta dans un Taha (panier en écorce). Il retourna à Hawahiki, et apprit aux chefs d’Hawahiki, Tama-te-Kapua Ng’atoro-i-Rangi, et Hotu-Roa, combien était beau le pays appelé Aotea-Roa, «la grande contrée ». Ceux-ci lui dirent:

« Comment pourrons-nous y passer? » IL leur répondit: « Il faut construire des canots. >* Les canots furent commencés : le premier, Y Arawa ; le second, le Tainui ; le troisième 1 'Aotearoa ; le quatrième, le Takitumu ; le cinquième le Kurahaupo ; le sixième, le Tongamaru. Tous partirent en même temps d’Hawahiki. Quand ils étaient occupés à placer le haumi , ou portion de la poupe du canot, qui est une pièce séparée appliquée sur l’extrémité, ils tuèrent par accident le fils de Manaia, qui se nommait Tutenana-hau ; à cause de cela, les constructeurs des canots songèrent à se hâter de les terminer le plus tôt possible, pour pouvoir partir avant qu’on ne s’aperçût de son absence. Comme c’était le fils d’un chef et qu’il avait l’habitude d’aller çà et là visiter ses amis, et de rester quelquefois dix jours absent, ils pensèrent qu’on ne s’inquiéterait pas pendant quelque temps. C’est pourquoi ils se hâtèrent, et quittèrent Hawahiki, après l’avoir enterré près de l’endroit où ils avaient construit leur canots.

Houmai Tawhiti.

Père de Tama-te-Kapua, de Mako, de Hei, de Tiae.

Il fait un voyag-e à Aotearoa et nomma tous les lieux défi) Taylor, p. 120.

puis la rivière Wanganui-a-te-Ra, dans le détroit de Cook, jusqu’à Wairarapa (1), mais il retourne presque aussitôt dans son pays.

Ce voyage est probablement antérieur à celui de Turi, ou très peu postérieur, peut-être du même temps.

Il devait habiter non loin de l’endroit habité par Uenuku, puisque ce dernier et Toi-te-Whatahi tuent son chien qui avait mangé la suppuration d’un' ulcère du grand prêtre Uenuku : d’où la facilité pour Tama-te-Kapua et pour son frère, d’aller chaque nuit en cachette, pour se venger de Uenuku, manger les fruits de son beau Poporo ( Solarium lacinatum). La légende apprend d’ailleurs que les deux tribus étaient parentes et quelles descendaient de Tamatea- Kai-Ariki.

Mais Houmai, voisin comme Turi de Uenuku, devait demeurer du côté opposé à celui habité par Turi.

M. Grey dit que Hou et son fils Whakaturea moururent après la victoire remportée par eux sur la tribu de Uenuku.

D’après le chant de Rangitakoru, cité par Taylor (p. 139), Hou se trouvait sur le Kura-Haupo , quand il passa avec sa fille sur YAotea , le canot de Turi. Il serait donc allé, s’il fallait ajouter foi à ce chant, en même temps que Turi, et revenu pendant que Turi restait à Patea, dans le détroit de Cook. Une légende dit en effet que lui et Uenuku, qu’elle nommait, sont revenus en Hawhiki nécessairement avant le départ de la grande émigration, puisque Uenuku fut tué en Hawahiki par Tama-te-Kapua, le fils de Houmai, au moment du départ de cette émigration.

Rien de plus difficile d’ailleurs que de comprendre le texte de ce chant. Nous avons accepté l’interprétation de M. Taylor ; puisque les enfants d’Hou faisaient partie de l’équipage de 1 ’Arawa et qu’il n’est pas parlé d’Hou, il est probable qu’il fit partie de l’équipage du Kurahaupo , l’un des canots que les légendes citent parmi ceux de la grande émigration. Il était mort au départ de cette émigration, d’après une autre légende, de sorte qu’il a été

(1) Taylor, p. 140.

préservé ainsi d’une nouvelle émigration. Ce qui nous fait le plus adopter la tradition de Taylor, c’est que, comme Turi, Hou était l’ennemi de Uenuku, et il était tout naturel qu’il partît avec Turi plutôt qu’avec tout autre. Il n’est pas moins à remarquer par ce fait encore que le retour en Hawaii iki était facile.

Uenuku.

C’était un grand-prêtre. Il habitait l’une des parties de la grande maison commune appelée Whare-Kura où se rassemblaient, pour traiter les affaires, les chefs des différentes tribus associées.

Cette maison n’était pas éloignée de celle de Turi, puisqu’un jour, en sortant de chez elle, la femme de ce dernier put entendre les menaces que faisait Uenuku dans Whare- Kura, menaces qui s’adressaient à son mari ; puisque, un autre jour, Turi fit jouer tous les enfants de la tribu sur une place dans le but d’y attirer le fils de Uenuku qu’il voulait tuer pour venger la mort du fils de son parent que Uenuku avait tué et mangé ; puisque, plus tard, en faisant baigner les enfants de sa tribu dans la rivière Wai-ma-tu-i-Rangi,il réussit à y attirer le jeune fils de Uenuku, qu’il tua et mangea avec ses amis, pendant que ceux-ci envoyaient à son père, qui le mangea sans le savoir, le cœur de son fils coupé en morceaux et tout préparé.

La légende citée par sir Grey appelle la rivière Waima- Tu-i-Rangi ; mais les cartes de la Nouvelle-Zélande ne citent pas de rivière de ce nom ; elles désignent cependant au moins trois rivières nommées Waïma : l’une sans épithète, sur la côte Ouest et les deux autres sur la côte Est. L’une de ces dernières est appelée Waïma-Kariri, près de la presqu’île de Banks ; l’autre Waïma-Taitai près de Moerangi.

La position occupée par Uenuku, en Hawahiki, était telle qu’il y avait d’autres tribus que la sienne, dans trois directions différentes ; au Sud et au Nord, d’abord :puis il cite dans les autres les Ngati-Rua-Nui et les Ngati-Rongo-Tea. Or, comme les Ngati-Rua-Nui formaient une tribu qui occupe la

côte Ouest de l’He-du- milieu, il faut en conclure, dans la supposition que i’Ile-du-Milieu est Y Hawaii iki des traditions, que Uenuku habitait la côte Est, soit à la presqu’île de Banks, soit à Moerangi, près d’Otago. De la sorte, quel que fut le lieu, il aurait eu en efiet des populations au Sud et au Nord; mais dans le premier câs, les Ngati-rua-nui auraient été placés, par rapport à lui, dans le Sud-Ouest.

Pour diverses raisons qui ont été exposées ailleurs, nous sommes porté à croire qu’il demeurait non loin du lac Waiora (presqu’île de Banks) ,

Les tribus de Uenuku et de Hou descendaient l’une et l’autre de Tamatea-Kai-Ariki.

Hine-Tu-a-Hoanga habitait le même lieu, ou près de Uenuku, puisque ce fut parmi les présents de nourriture envoyés par elle au grand-prêtre Uenuku que les amis de Turi gdissèrent le cœur du petit Hawhe-Potiki. Gomme Hine- Tu-a-Hoanga était la sœur de Rata, Ngahue devait être du même endroit, puisque ce fut elle qui le força de s’expatrier peu de temps avant la grande émigration.

Dans un curieux fragment de tradition sur Ware-Kura, M. Taylor rapporte que Whakatau alla mettre le feu à ce fameux temple, alors que Uenuku en était l’un des chefs. Comme toutes les autres légendes disent que Whakatau alla incendier Tihi-o-Manono, pour veng*er la mort de Tuhuruhuru, on doit se demander si Ware-Kura n’était pas la même maison que celle appelée Tihi-o-Manono. Dans ce cas Uenuku aurait été, semble-t-il, le successeur de Kae.

Uenuku était si renommé pour sa sagesse que les Maori avaient le proverbe suivant :

Haere e uoai i te waewae o Uenuku , kia or a ai te tangata. — « En allant aux pieds de Uenuku, la vie d’un homme peut être sauvée », c’est-à-dire qu’il savait donner de bons conseils pour se préserver du danger.

D’après une courte citation faite par les légendes, on voit que Uenuku alla lui-même, « en pagayant », jusqu’à Aotearoa,mais qu’il n’y resta qu’un instant etrevint aussitôt après en Hawahiki. Certaines données font supposer que le voyage a été fait peu après celui entrepris par Turi, qui semble

avoir été accompagné par Hou ; celui-ci retourna en Hawahiki, où il mourut avant l’émigration de ses enfants Tamate-Kapua et autres.

La mort de U enuku précéda de peu le départ des émigrants pour Aotearoa; elle est attribuée à Tama-te-Kapua, qui se servit, pour le tuer, de la hache Tutauru faite, ainsi qu’une autre, avec la portion de jade rapportée par Ngahue.

Manaia.

Chef puissant et renommé fut, d’après Grey, l’ancêtre des Ngati-Awa. D’après une légende, il avait pour femme la sœur de Ngatoro-i-Rangi; d’après une autre, de Rongotiki.

Il émigra en même temps que YArawa , le Taïnui , etc., sur le Tokomaru , d’après sir Grey ; mais d’après Taylor, le Tokomaru aurait été commandé par Rakeora. Oe bateau avait pour équipage des Ngati-Rua-Nui, des Ngati-Tama, des Ngati-Motunga, des Ngati-Awa.

Manaia périt en allant, pour se venger de son beau-frère, à Motiti, dans la baie d’ Abondance.

Le lieu qu’il habitait en Hawahiki était appelé Whaitiri- Ka-Papa.

Celui où sou beau-frère débarqua, en venant venger l’insulte faite à sa sœur, s’appelait Tarai-Whenua (1).

Deux combats l’ont rendu célèbre, celui de Kirikiwawa (palissade en peaux), et celui deRotorua. Rotorua est un lac de rile-du-Milieu aussi bien que de l’Ile-du-Nord. Ce lac gît dans le Nord-Ouest de Kai-Koura, à mi-distance à peu près de Tauranga (Cap Foolwind), et de Waiharakeke, rivière près du mont Tako.

Si Ware-Kura se trouvait en Tarai- Whenua-Kura, Manaia n’habitait donc pas loin, et Whiro non plus, avec ses enfants, Marama-Nui-o-Hoto, Tainui-o-Aitourou-Atea, et Monoa.

D’après Grey, Manaia émigre après s’être vengé de l’in-

(1) Il résulte d’un passage de Taylor à propos de Whare-Kura, que cette maison était à Tarai- Whenua-Kura.

suite faite à sa femme, en tuant Tupenu et ses gens qui étaient venus pour faire des lances à Manaia.

Ce fut sur le rivage de Pikopiko-i-Whiti que Tupenu fut pris et tué par Manaia.

Dans un chant attribué à Rata pour le lancement du canot le Taïnui , il est parlé des détours d’un chenal, d’une rivière Pikopiko-i-Whiti, ce que Shortland a considéré comme un nom d’homme, à tort peut-être.

Les mots Waikorora sont cités par Manaia dans son imprécation contre sa femme, et un nom presque analogue, sinon le même mal entendu, est donné à une rivière Kaikorai, entre les îles Blanche et Verte, près de Waiota, au sud du cap Saunders (Otago).

Mais il j a aussi une rivière d’un nom qui s’en rapproche peut-être plus, Kararoa, près de la rivière Grey ou Mauhora, entre le cap Foolwind, la rivière Waima et Arahura. Quand on se rappelle que Manaia s’est rendu célèbre par un de ses combats près du lac Rotorua qui n’est pas éloigné de la rivière Kararoa, il semble naturel de croire qu’on a voulu parler de cette rivière, plutôt que de l’autre.

Thadition concernant le Taïnui (1).

Cette tradition est traduite d’un manuscrit écrit par Ngapora, le représentant vivant de l’un des hommes de ce canot, et le proche parent de Te-Whero-Whero, qui est peutêtre le plus grand chef actuel de la Nouvelle-Zélande.

« Les premiers canots qui partirent pour la Nouvelle-Zélande étaient nommés Te-Arawa, Kurawaupo , Mata-Atua. Suivant le récit de Papa, quand les trois canots mirent à la voile ils laissèrent derrière, avec toute sa division de tribu, un chef nommé Rata, qui était très habile dans la construction des canots.

Papa ne pouvait pas dire si c’était d’Hawahiki ou de quelque autre île que les canots étaient partis .

« Rata étant laissé de l’arrière, se décida à construire un

(1) Shortland, p. 3. M. Shortland doit la copie de ce manuscrit à M. W. Martin, chef de la Justice à la Nouvelle-Zélande.

canot pour sa tribu. C’est pourquoi il alla un matin chercher un arbre qui pût remplir son but. En ayant trouvé un, il retourna dans la maison et se coucha pour dormir. Au jour, le lendemain, il prit sa hache de pierre et après un fort travail l’arbre tomba.

Dans le même moment, deux petits oiseaux se montrèrent ; l’un d’eux était un oiseau appelé Popokotea (Orf/iornyx heterociltus ) ; l’autre un Pihipihi (espèce d’hirondelle)? C’était un mauvais présage, provenant de quelque faute commise par Rata par sa manière de faire ce travail ; cependant, il retourna à sa maison sans s’en préoccuper beaucoup et se coucha pour dormir comme d’habitude.

« De bonne heure, le lendemain matin, Rata sortit pour aller travailler à son canot; mais il n’eut pas plus tôt atteint le point où il avait laissé l’arbre qu’il vit cet arbre debout, comme il l’avait d’abord trouvé. De sorte qu’il revint à la maison et dit à sa sœur (1) comment il avait trouvé l’arbre, qu’il avait abattu le jour précédent, tout droit dans la même place.

a De quelle manière as-tu abattu l’arbre ? » lui demanda sa sœur.

« Dès que j’ai été sur le lieu où il croissait, répliqua Rata, « j’ai commencé par trancher son tronc ; et, après, je l’ai « fait tomber, et j’ai coupé son sommet, puis je suis revenu a à la maison. » Il lui dit aussi qu’il avait vu les deux oiseaux.

« Tu as mal travaillé, dit sa sœur; quand tu y retourneras, « tu devras frotter ta hache sur moi. D’abord tu feras bien « de l’aiguiser ; et alors, quand tu arriveras h l’endroit, tu « me toucheras avec elle, et tu te mettras à abattre l’arbre, a Rappelle-toi aussi, quand l’arbre tombera sur le sol, de * jeter sur son extrémité quelques branches de la fougère « appelée panako. »

Cette coutume existe encore aujourd’hui; la racine de fougère est employée pour toucher la première hache dont on se sert pour abattre un arbre destiné à faire un canot.

a Rata retourna et abattit l’arbre comme le lui avait dit sa

(1) Cette sœur était sans nul doute Wahine, Ariki de la tribu

sœur, et à l’instant où il tombait, il jeta quelques branches de fougère sur le tronc. Il se mit aussitôt à façonner l’extérieur du canot, en aplanissant la surface supérieure ; après, il creusa le fond ; et quand cela fut fait, le canot fut couvert d’un côté.

« Maintenant il arriva un jour que la nourriture préparée pour les travailleurs étant restée sans gardien, un petit garçon nommé Kowhitinui découvrit l’endroit où elle se trouvait, et mangea les meilleurs morceaux. Rata n’avait pas oublié cela, et il se demandait quel moyen il prendrait pour le punir.

« Le jour de mettre une tente sur le canot étant venu, il appela l’enfant pour tirer sur la corde employée dans ce but. L’enfant fit ce qu’on lui ordonnait, car c’était un garçon avancé. Il tira sur la corde comme un homme plus âgé.

« Passe cela sur ta tête, dit Rata, en faisant une boucle à l’extrémité de la corde.

* Le pauvre enfant le fit. Mais aussitôt que la corde eût été passée autour de son cou, Rata tira la corde fortement et l’étrangla. Après il cacha son corps sous les copeaux du canot.

« Quand enfin le travail de la forme extérieure du canot fut complète, et que le moment de le traîner à l’eau fut venu, tous les hommes de la tribu furent assemblés; le père de l’enfant se trouvait là aussi. Mais personne cependant ne savait que l’enfant était mort ; on supposait seulement qu’il était perdu. Avant de se mettre à l’ouvrage, les plans furent d’abord dressés, et il fut convenu que le chargement serait mis à bord du canot dès qu’il serait à l’eau; après cela, l’équipage devait s’embarquer sans délai. L’équipage se composait de 140 hommes. Le chef se nommait Hoturoa, et le canot Tàïnui.

« Tout étant convenablement arrangé, Rata se leva ; il chanta une chanson comme on le fait pour mettre un canot à l’eau en le traînant. Aux dernières paroles de la chanson, le canot fut lancé à la mer.

« Alors, pour la première fois, Rakataua, le père de Kowhitinui, apprit par quelques-unes des paroles de la chanson

de Rata quelle avait été la tin de son fils. Rakataua était un homme d’une grande puissance en sorcellerie, dans les enchantements et les sortilèges ; on le craignait par conséquent beaucoup. Quand il alla à la recherche du corps de son fils, chacun s’écria : « Maintenant, hâtons-nous de partir a et laissons l’homme derrière. » Cela dit, ils sautèrent tous à bord.

« Le chef, ai-je dit précédemment, était appelé Hoturoa ; après lui venait Taiketu ; puis venaient Mania-o-Roogo, Aoo-Rongo,etTe Taura-Waho, qui se tenaient tous à l’arrière. Au milieu, où l’eau est vidée, était Potukeha,et sur l’avant ou nez, était un certain prêtre, dont je ne connais pas le nom, de même que Rata et Hine(l),la femme qui lui apprit comment il fallait faire pour couper l’arbre. Les provisions mises à bord consistaient en kumara ou patates douces, gourdes, racines de convolvulus et de mawhai,ce qui était toute la nourriture qu’ils avaient pour le voyage. Bientôt Rakataua revint, mais le canot était déjà à quelque distance, et l’équipage nageait aussi fort qu’il le pouvait.

« Ramenez le canot pour moi, cria Raka. »

a Mais le canot ne revint pas, de sorte que le cœur de Raka devint noir de colère, et il charma l’embouchure de la rivière et la ferma. Avant cela elle était grande ouverte ; mais dès qu’elle eut été charmée elle se trouva fermée.

« Alors, sur l’avant du canot, le prêtre, dont le nom est oublié, la charma aussi ; et l’embouchure de la rivière s’ouvrit de nouveau, et le canot arriva à la mer, et fit voile dans cette direction jusqu’à ce qu’il eût atteint la Nouvelle-Zélande.

« La première terre faite fut W angaparaoa, où le canot fut fortement arrêté par un banc d’huîtres. Le prêtre, cependant, l’avait fait naviguer très vite pendant la traversée. Après avoir quitté Wangaparaoa, il alla aborder de l’autre côté d’Otahuhu, à l’endroit encore appelé Te Apunga-o-Tainui, « le lieu de débarquement du Taïnui ». Mais sitôt qu’il toucha le rivage, on vit Rakataua sur la côte. Il était venu

(1) Hine est une contraction de Hine-tu-a-Hoanga, « Femme étant à la place d’une pierre à aiguiser ».

à travers l’océan sur le dos d’un Taniwha (monstre marin).

« Cette partie de la contrée n’avait cependant jamais été habitée ; car les autres canots que j’ai mentionnés avaient abordé sur des points différents de la côte.

« Après qu’il eût été traîné par-dessus l’isthme étroit qui sépare les eaux de Tamaki de l’eau de Manuka, le Tainui dépassa l’entrée de cette rivière, et longea la côte vers le Sud jusqu’à ce qu’il arrivât par le travers de la rivière Waikato. En voyant cette rivière couler dans la mer, le prêtre s’écria waikato ! waikato kau ! « (eau courante, rien que de l’eau courante.) » Il dit cela en plaisantant, et en même temps agita sa pagaie en l’air. Alors qu'ils passaient le long du rivage appelé Te Akau, il s’écria : « Ko te akau kau ! « ce n’est que plage. » Et quand ils arrivèrent devant Kawhia, il l’appela Kawihia-kau ; « rien que des kawhia. * (1) Ils débarquèrent dans cet endroit ; mais là aussi Raka était arrivé avant eux. Ceci n’est pas une fable, mais plutôt une histoire reposant sur un fait. »

Kawhia est toujours resté depuis dans la possession des descendants de quelques-uns des hommes de l’équipage de ce canot qui forment une tribu appelée, d’après cela, Taïnui, et leur chef actuel. Te Kanawa est descendu directement de l’un de ceux qui les premiers mirent le pied dans la Nouvelle-Zélande.

Cette tribu, aussi bien que toutes les tribus, au nombre de plus de 25, qui sont comprises sous le nom de Waikato, sont sorties des émigrants du Tainui . De la même source sont dérivées les tribus qui habitent maintenant Hauraki, ou rivière Tamise : particulièrement les Ngati-Maru, les Ngati-Paoa, les Ngati-Tamatera, et les Ngati-Whanaunga, qui descendent des fils de Mara Tuahu, qui émigra de Kawhia. Ajoutez les deux principales tribus qui résident maintenant sur les bords du détroit de Cook, les Ngati-Toa, qui émigrèrent récemment de Kawhia sous Rauparaha et les Ngati-Raukawa qui émigrèrent de Maung’a-Tautari,

(1)11 faut remarquer que Kawhia avait été nommé par Turi et que cent fois dans les traditions les mêmes faits sont .attribués à des personnages différents.

dans le district de Waikato, vers le même temps, et vous aurez presque un tiers delà population de la Nouvelle-Zélande, comme descendant de l’équipage du Tainui. On observe parmi ces tribus une grande similitude de dialectes et d’idiomes.

Quant à l’origine des indigènes qui vivent plus au Nord, et sont compris sous les titres de Ngati-Whatua, Nga-Puhi, et Rarawa, les premiers sont aussi, je pense, descendus de l’équipage du Tainui. Mais les Ngati-Puhi et Rarawa ont la même origine que les Ngati-Kaliu-Unu-unu, qui habitent les districts qui s’étendent du cap Est au détroit de Cook.

Chant attribué à Rata pour le lancement du canot le Tainui.

Rata. Or o oro te tohi.

Ka Iline-tu-a-Hoanga.

Kaore ko au, ko Rata.

E kimi ana.

I te awa ,

I pikopiko.

I Whiti.

Mate iho ana .

Lei Maunagroa.

Mate mai ai.

Kovohitinui.

Ka oho te nuinga.

E ta tau a rangi.

Ka oho a Rata.

Mate ia Rata Wahieroa.

KatahiKa mahio te matua

Ka oho ano te nuinga.

E tatau a rangi.

Aiguisez, aiguisez la hache.

Sur Hine-tu-a-Hoanga.

Non c’est moi Rata.

Qui vais suivre (chercher)

Dans la rivière Les passes pour sortir,

A cause de Whiti.

Qui est mort (vient d’être tué) .

C’est dans Maungaroa (ouest).

Que sera mort.

Kowhitinui .

Tous.

C’est vrai, ou mieux le ciel l’a voulu, tu l’as tué,

Rata.

Il a été tué par Rata Wahieroa.

. Pour la première fois, le père de Kowhitinui apprit par ces paroles la mort de son fils.

Tous.

C’est vrai, tu l’as tué ou mieux, etc.

Ka oho ano a Rata.

Aki e rie ria .

Rata.

Allons ! ensemble ! paroles pour

Te nuinga.

Aki e rie ria Ratu : ahi ori.

Ka marere te waka

marquer la mesure.

Tous ensemble.

Allons ! ensemble !

Un dernier effort.

Le canot fut alors mis à l’eau.

Il semblerait résulter de la manière d’orthographier les mots e rie ria que Shortland indique comme marquant la mesure, que deux personnes auraient été tuées avant le départ du Taïnui. Ce qu’il y a de plus particulier, en effet, c’est que les traditions citent deux noms différents ; elles diffèrent même quant à l’auteur de la mort.

Ainsi, Shortland apprend que le petit Kowhitinui était fils du grand-prêtre Rakataua, et qu’il fut étranglé par Rata, parce qu’il avait mangé les meilleurs morceaux des mets qui lui étaient destinés. Tous les écrivains anglais, et particulièrement Grey et Taylor, donnent à cet enfant la qualité de fils de Manaia. Ils diffèrent seulement eux-mêmes sur l’auteur du meurtre.

Grey l’attribue, comme Shortland, à Rata. Voici ce qu’il dit à ce sujet : « Quand les hauts côtés (la coque) du Taïnui eurent été amarrés, Rata tua le fils de Manaia et le cacha sous les copeaux et autres débris de ce canot. »

Dans la traduction de la légende de Ngahue rapportée par le révérend Taylor, il est dit seulement : « Pendant qu’on était à placer la dernière partie du canot, les ouvriers tuèrent par accident le fils de Manaia, qui s’appelait Tutenanahau ; ils l’enterrèrent sous les copeaux, et hâtèrent leur départ avant qu’on ne s’en aperçût. »

Mais Taylor ajoute : « Une autre version dit qu’il fut tué, avec intention, par Hoturoa, parce qu’il s’était moqué de son travail pendant qu’il construisait son canot et qu’il l’enterra sur les lieux en recouvrant son corps avec des copeaux. » Puis plus loin : « Peu après le départ des canots d’Hawahiki, on se mit à chercher le jeune enfant de Manaia, Tutenangahau, mais sans pouvoir découvrir çe qu’il était devenu^ jusqu’au moment où Tuparaunui, grande mouche et

ancien dieu, conduisit à cette découverte par ses bourdonnements incessants sur le lieu où il se trouvait. »

Tradition relative a l’Arawa (1).

Pendant que j’étais à Maketu, dans la baie d’ Abondance, où j’ai résidé durant plusieurs années, en qualité d’agent politique, nommé protecteur des indigènes, j’ai obtenu des détails circonstanciés sur le voyage du canot YArawa, et l’histoire de son équipage et de ses descendants.

Une fois je fus invité à aller écouter une grande réunion, composée de quelques-uns des principaux personnages de la tribu, enfants de YArawa, comme ils s’appellent euxmêmes, et parmi les sujets en litige, il y en avait un touchant leurs prétentions à la terre habitée par eux et à l’île Motiti qui n’en était éloignée que de quelques milles. Cette île, à une certaine époque, était tombée dans les mains d’une autre tribu, puis elle avait été reprise, et maintenant elle était une terre en litige, sur laquelle aucun parti n’osait aller s’établir. Afin d’expliquer le plus clairement possible comment ces débats s’étaient élevés, ils convinrent de remonter à leur plus ancienne histoire, et de la suivre pas à pas jusqu’au jour présent. La personne choisie pour porter la parole était un vieux prêtre, nommée Tatahau, et j’avais à mon côté un missionnaire indigène, le fils de Te Amohau, l’un des grands hommes de la tribu, qui m’aida à prendre des notes sur ce qui était dit.

Le récit présente d’un bout à l’autre des détails si vraisemblables, que je préfère les donner dans la traduction littérale de leurs paroles. Plus tard il a souvent été lu aux naturels de Waïkato et de Tauranga, qui auraient volontiers signalé un exposé inexact, mais qui, au contraire, ont trouvé généralement qu’il était correct. J’ajouterai que les paroles de « l’Enchantement » de l’ancien prêtre nommé Ngatoro-i- Rangi, étaient si bien connues que, lorsque je commençai à

(1) land, ouvr. cité, p. 11.

les lire, je fus interrompu par mes auditeurs qui se mirent à les chanter jusqu’au bout.

Récit du voyage de l'Arawa. — « Ecoutez donc tous Waïkato, vous tous Naitirangi, quel titre j’ai à ma terre de Maketu ; comment mon canot VArawa vint ici et aborda àWaketu. Le point où mon canot toucha le rivage, à l’entrée de la rivière, est mon bien, ma terre. Ne touchez pas à ma terre: Maketu est à moi; Motiti m’appartient : car, ce fut Ngatoro-i-Rangi qui gagna la bataille de Motiti, la bataille des Maikukutea.

« Un arbre avait un gros tronc, et il avait dix branches. Une des branches fut coupée et creusée pour faire un canot à Hou, à He, à Tia et à Te Ma-te-Kapua. Ces noms étaient ceux des chefs du parti qui embarqua dans le canot. Et le canot se nommait VArawa.

« Alors il arriva, après qu’ils eurent mis à la mer d’Hawahiki, et pendant qu’ils cinglaient sur l’Océan, que l’équipage se trouva dans la plus grande perplexité, parce que il n’y avait à bord aucun prêtre pour charmer leur canot, et le mettre à même de naviguer pendant les coups de vent. De sorte qu’ils tinrent conseil pour savoir comment ils feraient pour avoir un prêtre pour leur canot ; et ils allèrent chercher Ngatoro-i-Rangi. »

(Ceux qui me donnaient ces renseignements à Maketu ne savaient pas comment et d’où ils avaient obtenu Ngatoro-i- Rangi, mais plus tard, j’ai appris des naturels de Waïkato, que le prêtre Ngatoro-i-Rangi appartenait à leur canot Taïnui , et que l’équipage de VArawa l’ayant invité à venir à bord de leur canot pour les aider, par son habileté et ses enchantements, à boucher une voie d’eau, n’avait pas voulu le laisser partir).

« Ayant pris Ngatoro-i-Rangi à leur bord, ils firent voile devant eux sur la grande mer jusqu’à leur arrivée à terre à Whangaparaoa. Là, Taïninihi jeta à la mer son Kura (ornement de tête en plumes rouges). Il le jeta à la mer, aussitôt qu’il eut vu les fleurs rouges du Rata ( Metrosideros robusta #

lequel fleurit en février). Le Kura fut ramassé par Mahina, d’où l’expression proverbiale : Kura pae a Mahina.

Pendant que YArawa était à la mer, Te Mate-Kapua commit un adultère avec la femme de Ngatoro-i-Rangi : Kearoa était son nom. C’est pourquoi Ngatoro-i-Rangi, fort en colère, fit échouer YArawa sur un haut fond, appelé Te-Koroko-o-te Parafa, et l’avant du canot se trouva englouti dans le banc de sable.

a Alors l’équipage s’écria : « E Toro E ! Ka taka te urun ga o Kea. — Oh Toro, ohl l’oreiller de Kea va tomber. » Si bien que Ngatoro-i-Rangi eut pitié d’eux, et sauva l’Araioa par un enchantement.

« Après cet événement YArawa se dirigea sur Wangaparaoa. Après cela, il toucha h Aotea (Pile de la Grande Barrière de Cook); puis, à Hauraki,et à Moehau (cap Colleville). Dans un endroit appelé Repanga, dans Ahuahu (l’Ile Mercure), Ngatoro-i-Rangi donna la liberté à deux oiseaux apprivoisés. L’un de ces oiseaux s’appelait Takereto, et l’autre Mumuhau « Tourbillon de vent » ; c’étaient le mâle et la femelle. Le premier lieu où l'on relâcha après fut Katikati : Te Ranga-Tai-Kehu est le nom de ce lieu, ainsi désigné de Te Ranga, ou « la bande » de Taikehu.

Ils trouvèrent à Katikati, quelques-uns des hommes du Taïnui avec leur chef Raumati. Ce fut ce qui leur fit connaître que Tauranga appartenait aux hommes du Taïnui .

« De sorte que, laissant Raumati et ses gens à Tauranga, YArawa partit de Te Ranga pour Maunganui, dont avait pris possession Tutauaroa, qui s’y était fixé. La nuit suivante, l’équipage dormit à Wairake et, dans la matinée, on atteignit Maketu, où YArawa fut halé sur le rivage pour la dernière fois ; ses deux ancres en pierre furent jetées dans la rivière. Toka-Parore, <* pierre de travers », était le nom de l’ancre de l’avant du canot ; Tu-te-Rangi-Haruru, « pareil au ciel mugissant », celui de l’ancre de l’arrière.

« Depuis ce moment, Ngatoro-i Rang! demeura h terre, et en firent autant Te Mate Kapua, He, Tia, et Waitahanui-o-He, le fils de He, et Tapuika-nui-a-Tia, le fils de Tia.

« Maintenant quand Raumati apprit que YArawa était iv 23.

halé sur le rivage à Maketu, il vint avec ses hommes, et mit le feu à YArawa. Alors Hatupatu réunit des hommes pour attaquer Raumati ; et, lui livrant combat sur le côté ouest de l’entrée de Taurang*a, tout à fait à l’opposé de Maunganui, il le tua, et attachant sa tête sur un poteau, il l’éleva sur le lieu même où il était tombé. C’est pourquoi le lieu a été appelé Panipani « les joues ».

« Après cela, une partie des hommes de YArawa continua de demeurer à Maketu, tandis que l’autre partie alla à Rotorua ; de là, ils s’étendirent jusqu’à Taupo et à Wanganui.

« Makahae,le fils de Tapuika-nui-a-Tia, était un de ceux qui s’établirent à Maketu.

« Makahae engendra Tawaki, 4e génération depuis Tia ;

« Tawaki engendra Marukohaki, — 5e ;

« Marukohaki engendra Ruangutu, — 6e ;

« Ruangutu engendra Tatahau et Ngakohua, — 7e;

« Tatahau engendra Manu et Punohu, — 8e ;

« Manu engendra Taraikoe, — 9e;

« Taraikoe engendra Mokopu-te -atua-hae, — 10e ;

« Mokopu-te-atua-hae engendra Iwikino, — 11e;

« Iwikino engendra Korokuai, — 12e;

« Korukai engendra Rangi-tunaeke et Panei-o-inarama,

« Rangitunaeke engendra Te Tiwha, — 14e;

« Te Tiwha engendra Witipoutama, — 15e;

« Witipoutama engendra Te Mumuhu et Te Amohau (1),

a Te Mumuhu engendra Te Ngahuru (2), — 17e;

Revenant à la 13e génération :

« Panui o-marama engendra Taiotu, — 14e ;

« Taiotu engendra Te Iwingaro, — 15e ;

« Te Iwingaro engendra Te Pukuatua (3), — 16e;

(1) Chef qui était présent dans l’assemblée ; il avait des petits enfants.

(2) Ce chef a été tué il y a peu d’années à Maketu par une bande de guerre de Waïkato.

(3) Chef présent à l’assemblée et ayant des petits enfants.

Voici ce que Taylor dit de Y Arawci (1) :

IY Arawa appareilla le premier. Son chef Tama-te-Kapua, cria à Ngatoro-i-Rangi de venir lever le Tapn ou de faire Tupeke sur la nourriture pour qu’ils pussent manger pendant le voyage, ce qu’ils n’auraient pu faire sans cette cérémonie. Il réussit à persuader Ngatoro-i-Rangi de venir à bord avec sa femme Kearoa, et ils allèrent à Aotea-roa avec eux. Ngatoro-i-Rangi était un personnage trop sacré pour demeurer dans l’intérieur du canot, aussi se tint-il sur le pont, les canots ayant des maisons soutenues par des pieux en bois sur le pont, et couvertes de raupo. Ils arrivèrent à Wangaparau, puis, de là, allèrent à Wakatane,et à Maketu (2); ils laissèrent YArawa qui y est toujours resté depuis, transformé en pierre. Le Taïnui alla à Kawia ; son chef était Hoturoa. L’Aotea roa resta quelque temps à Hauraki, et de là alla à Otahubu, en compagnie du Taïnui et du Tongamaru , où ils transportèrent le canot par dessus l’Isthme (3). lYAotea roa resta à Aotea ; le Taïnui à Kawia, et le l'onga-Maru à Nga-ti-Awa.

Peu après avoir quitté Hawahiki, le jeune Tute-Nangahau fils de Manaia, avait été cherché; mais on n’avait pu découvrir ce qu’il était devenu, jusqu’au moment ou Tuparaunui, une grosse mouche et un ancien dieu, vint à leur aide ; par sa puissance de sentir, elle découvrit où il était enterré, et par son bruit assourdissant au-dessus du point, elle les mit à même de trouver les restes du pauvre enfant.

Ta Ngatoro-i-Rangi karak[a i ora ai te Arawa.

Enchantement de Ngatoro i Rangi pour sauver V Arawa.

Unuhia te pou tapu Etait arraché le poteau sacré,

Na te Rongomai-mua, De Rongomai-mua,

Na te Rongomai-hiti. De Rongomai-hiti.

(1) Ouvr. cité, p. 121.

(2) Comme on voit, le canot allait du Sud vers le Nord.

(3) De Tamaki à Manukau, il y a un portage qui n’a pas moins! d’un quart de mille ; et est appelé Ota-huhu.

Te vodka Rangona ata

Le Rango (1) du canot était enlevé.

Ngatoro eut recours à une cérémonie religieuse (2).

Au poteau de devant,

Au poteau de l’intérieur,

Au poteau de dehors,

Au poteau de la chambre.

Le jour était éloigné (nuit) Ngatoro se levant, dit :

Laissez échapper votre parent Protégez-nous contre ce mau vais présage ;

Il faut obéir (écouter) ou prier Obéir à qui ?

KoterongonaRuaRangimua Obéir à Rua Rangi mua Turuturu wai Accourez vite

Ko oho te tai na kauaka oho te tai (3) . Voilà la mer qui se lève

Me ko ihu Marakau Sur l’avant de Marakau.

Te tukua atu ki teara no Rua Nous descendons par le chemin de Rua,

Heke , heke iho i o ara Allons, allons seulement par

ce chemin.

Takeke whano te ara a Nga- Le chemin que suit Ngatoro

Ngatoro kahika

Ki te pou mua Ki te pou roto Ki te pou waho Ki te pou te wharaua He aturangi mamao Ngatoro hapainga Takuate whanaunga Houhia te aïtua

Ko rongo

Ko te rongo na wait

toro

He ara whano ki te po Te po nui , te po roa,

est sur le point de le faire périr.

C’est le chemin qui conduit aux ténèbres.

A la grande nuit, à la nuit profonde,

(1) Pièce do bois sur laquelle on traîne les canots ..

(2) La cérémonie à laquelle on a recours pour préserver de quelque malheur.

(3) Passage tellement difficile à traduire que Shortland s’en est abstenu. Kauaka signifie : ne pas.

Noter que Turuturu ne se trouve pas dans le Dictionnaire de Williams, mais en tahitien ce mot signifie aider, secourir.

Te po matire whatu , A la nuit à la pupille fendue

Mate whai Ariki , A la mort de l’Ariki (qui ac-

complit cette cérémonie.) Ko te ara a wai ? Quel est donc ce chemin?

Ko te ara o nga niho totohu C’est le chemin des dents à a te Parata couler bas de Parata,

Eke, eke, eke, Tangaroa , Viens, viens, viens à bord,

ô Tangaroa.

Eke , Penu ! Viens à bord,Penu !

Hui , e taïki e ! C’est effrayant, n’est-ce pas!

Il est à peu près impossible de traduire le mot taïki , qui dans le dictionnaire de Williams signifie seulement côte (du corps).

UE PIHI MO NGA TUPAPAKU

Lamentation sur les cadavres.

Taku hei (1), Ine piripiri.

Mon collier ôtait fait de piripiri (2).

Taku hei mokimoki (3).

Mon collier était fait de mokimoki.

Taku hei tawiri (4).

Mon collier était fait de Tawiri.

Taku kati taramea (5).

Mon fermoir était en taramea.

Te hei o te pounamu.

Le collier en pounamu (en perles de verre).

I haramai ai-E.

Est venu le remplacer. E.

I runga te angai ra ana.

II lui est bien supérieur en beauté.

(1) Hei , Ornement du col, collier.

(2) Piripiri , Goniocarpüs tetragynus .

(3) Mokimoki ou mieux makomako, frialia racemosa (arbre).

(4) Tawiri, Pittosporum tenuifolium .

(5) Taramea , Licusticum aciphylla (ombellifère).

Angai n’est pas maori ; il faut lire probablement anga, aspect.

Ana est la particule pour former le temps présent du verbe, ou le pronom, son, sa, ses; ou l’adverbe quand.

Pihi, pousser, naître ; mo, pour; nga les ; tupapaku cadavres.

Chant appelé Puwha ou Hari.

Une seule voix d’abord pour préparer à tirer ou nager le canot ; puis les vers du Totowaka. Le premier dit par une seule personne pendant que les hommes se préparent, et le suivant répété par tous à la fois.

Toia te Tainui , toia te Arawa ,

Tirez le Taïnui, tirez l’Arawa.

Kia tapotu ki te moana.

Pour qu’ils soient lancés à la mer.

Ile toto waka Un canot traîné ou nagé.

Une voix.

Ka tangi te Kiwi

Le Kiwi crie :

Le Kiwi, oiseau

Tous.

Kiwi

Kiwi.

Ka tangi te Moho

Le Moho crie,

Le Fou id.

Tous.

Moho.

Moho.

Une voix.

Ka tangi te Tieke

Le Tieke crie,

Le Sterne id.

Tous.

Tieke .

Tieke.

Une voix.

He poho anake.

Par le ventre seul (expression de nageur pour

certain degré de nage).

Tous.

To tikoko tikoko , Nageons, nageons,

Une voix.

Eaere i ara

Il faut prendre le chenal

Tous

Tikoko.

Nageons.

Une voix

Ko te tau rua te rangi ,

C’est la seconde année aujourd’hui.

Tous.

Kauaea !

Allons, hardi les hommes !

Une voix.

Ko te hao tane.

Tous.

C’est le preneur d’hommes,

Kauaea !

Une voix.

Allons, hardi (ou g*aiement) les hommes ! Howai me kawe

Tous.

Enlevez (portez, arrachez) le canot.

Kauaea !

Allons, hardi (ferme) !

Me kawe kiwhea

Tous.

Où donc le porter (l’arracher),

Kauae a !

Hardi les hommes.

Une voix.

A ke te take.

Tous.

Jusqu’à la racine

Take no Tu ,

La racine de Tu.

Une voix.

E Hau !

Voilà le vent.

Tous.

Toia.

Une voix.

Nag*eons (en avant)

Hau riri

Le vent devient furieux

Tous.

Toia

Nag-eons.

Ici halte et aussitôt après nouveau départ Une voix. Koia Rimuhaere

Tous.

C’est véritablementl e Rimu qui passe le long* du bord.

Kauaea !

Allons ! hardi !

Une voix.

Totara haere

Tous.

C’est le Totara qui passe.

Kauaea !

Allons ! hardi î

Une voix.

Pukatea haere

C’est le Pukatea qui passe

Tous.

Une voix.

Tous.

Tous.

Une voix.

Tous.

Une voix.

Tous.

Une voix.

Tous.

Une voix.

Tous.

Une voix.

Tous.

Une halte Une voix.

Tous.

Une voix.

Tous.

Une voix.

Tous.

Kauaea !

Allons î hardi !

Homai te Tu Donne un bon coup Kauaea !

Allons ! hardi i Homai te maro Donnez-le ferme.

KauaeaÀ Allons, hardi.

Taku takapu Un coup de ventre.

Kauaea !

Allons, hardi.

Hihi, e !

Haha,e ! Ces longues syllabes indiquent qu’un grand effort de nage doit être fait.

Pipi , e !

Tata , e !

Apitia

Ensemble.

Ha ! Ha !

Ko te haere Voilà qu’il marche.

Ha ! Ha ! etc.

nouvelle ; puis aussitôt nouvel élan.

Ko au , ko au.

C’est moi, c’est moi.

Hitaue .

Une longue nage.

Mate ko[te hauga.

La chose est morte.

Hitaue

Longue nage,

Turuki , turuki ,

Poussez, poussez,

Paneke , paneke ,

Avançons, avançons,

Une voix.

Oioi tetoki.

Brandissez la hache

Tous.

Kauaea !

Hardi !

Une voix.

Takitakina.

Faites-le sortir (jetez le)

Tous.

la?

Qu’est-ce ?

He tikaokao.

C’est un coq.

Tous.

He taraho

C’est un pélican

Une voix.

He parera

C’est un canard

Tous.

Ke , ke, ke , ke.

Coin, coin, coin, coin.

Une voix.

He parera.

C'est un canard.

Tous.

Ke, ke , ke, ke.

Coin, coin, coin, coin, etc.

Notes sur lesNgati àwa.

Les tribus de ce nom prétendent descendre de l'équipage du canot le Matatua , qui aborda à Wakatane, dans la baie d’Abondance, et qui était commandé par Rauru.

De là elles se répandirent à l'Ouest et à l’Est, le long des côtes de cette baie, et envoyèrent dans l’intérieur une division connue sous le nom de Te-Uri-Wera.

Elles allèrent jusqu’à la rivière Waitara, près Taranaki.

Dieffenbach dit (1) que ces tribus forment deux grandes divisions: l’une qui continue de vivre sur la côte Est de l’île-Nord, à Tauranga, Matata, Apotiki, Maraenui ; l’autre qui occupe les deux côtés du détroit de Cook, depuis Tara-

(1) T. II, p. 77.

naki jusqu’à port Nicholson, et depuis le cap Farewell jusqu’à Cloudy-Bay . Cette dernière se subdivise en :

A. — Ngatitoa, environ 1000, qui occupaient autrefois Waing*aroa et Kawhia, et qui occupent aujourd’hui les deux bords du détroit de Cook, depuis qu’ils y ont été amenés en 1822 par Rauparaha.

B. — Ng*ati-Tama,Mg,ati-Motung,a, qui vivaient anciennement entre Mokau et le mont Eg-mont, et allèrent se fixer à port Nicholson, après avoir abandonné leur première demeure; ils finirent enfin, pour la plupart, par aller s’établir aux îles Chatham (1).

C. — Pukatapu, qui habitaient le cap Farewell, Wang*anui, et aussi dans le port Nicholson.

C’est également aux tribus Ng*ati.-Awa qu’appartiennent les Ng-a-te-Rua-Nui, les Ng*a-te-Apa, et les Ng*a-te-Tahi, qui sont mêlés aujourd’hui aux Ng*ati-Awa dans le détroit de Cook.

Les Ng’ati-Rua-Nui habitent entre le cap Egunont et la rivière Wang-anui : on estime leur nombre à 2000 environ.

Les Ng*ati-Awa, au nombre de 2000, furent chassés des environs de Taranaki, vers 1832, par les Waïkato ; à leur tour, ils chassèrent les Ng*ati-Kahung,unu et les repoussèrent jusqu’à Waïrarapa (Baie Palliser).

Mais, en même temps qu’eux arrivèrent les Ng*ati-Rakaua, chassés aussi parles Waïkato, de leur ancien domicile près des sources de la rivière de ce nom. Ils allèrent s’établir dans Otaki, à vingT milles au Nord de Kapiti (île de l’Entrée), et près de la rivière Manawatu, c’est-à-dire à peu de distance de l’endroit choisi par Rauparaha. Ce fut à Waïkanahi qu’ils élevèrent leur grand village fortifié et, à cinquante milles de là, leur village Otaki. Un combat assez meurtrier

(l) Pourchassées par les Ngati-Rakaua unis aux Ngatitoa de Rauparaha, ces deux tribus, sur le rapport des baleiniers, se décidèrent à se faire porter aux îles Chatham qu’ils leur disaient être riches et fertiles. Ils affrétèrent dans ce butle Rodney , en 1838 (Thompson, p. 280) qui les y transporta pour un prix convenu : comme ils étaient bien armés, ils tuèrent facilement ceux qui essayèrent de résister et firent le reste esclave. Ces indigènes, dit Haie, y avaient été portés de la Nouvelle-Zélande par un coup de vent .

eut lieu, en 1839, entre eux et les Ngati-Awa; ils furent défaits. M. Dieffenbach put donner ses soins aux blessés. Chacune de ces deux nations se disputait, dit-il, l’avantage sur l’autre.

Ajoutons que les Ngati-Rakaua habitent les bords des rivières Manawatu, Rangitiki et Waitotara, qui toutes se déchargent dans le détroit de Cook.

En 1840, ils étaient les alliés intimes des Ngatitoa, dont Rauparaha était le chef, et qui les avaient précédés d’une dizaine d’années.

Du reste, malgré le départ des Ngati-Motunga et des Ngati-Tama, pour le Chatham, ou en trouve encore un certain nombre, au dire de Dieffenbach (1), à Wairarapa. Suivant lui, les habitants du port Nicholson appartiennent à la grande nation Ngati-Awa ou « le peuple de la rivière » ; ils sont au nombre d’environ 1,500 divisés en plusieurs petites tribus occupant les différentes anses de la baie.

Encore une fois, les habitants actuels ne sont pas les anciens possesseurs. Ils ont pris cet endroit à la tribu Kahungunu.

Notes sur les Ngati-Kahungunu.

Dieffenbach les appelle Nga-te-Kahohunu.

Shortland — Ngati Kahu-unuunu.

Taylor — Ngati-Kahungunu.

Thompson — Ngatikahungunu (2).

C’était une nation autrefois plus puissante qu’aujourd’hui, qui s’étendait du cap Waiapu (cap Est de lTle Nord) jusqu’à Rangitiki, sur l’Ile Nord dans le détroit de Cook.

D’après Shortland (p. 23), elle occupait la plus grande partie de l’Ile-du-Milieu, et les îles du Sud. Il tenait ce renseignement d’un rapport fait par le révérend Puckey, qui

(1) Ouvr. cité p. 91.

(2) Kahu, vêtement, faucon, croître ;kaho, bâtons, lattes employées dans les constructions; unu, ôter, arracher déployer, par extension, vite; hunuhunu , enlever le poil en échaudant, échauder ; N gunu , ver.

avait résidé 20 ans parmi cette nation sur lTle-du-Milieu. Mais il ne dit pas à quelle époque ce missionnaire avait commencé à résider sur cette île. C’eut été pourtant fort important à savoir, puisque les tribus parmi lesquelles il a vécu n’avaient émigré du détroit de Cook que vers 1827. Si l’on suppose qu’il a été à l’Ile-du-Milieu vers 1830, il aurait pu, en 1850, époque du renseignement, avoir résidé 20 ans parmi ces tribus, issues sans doute des Ngati-Kahungunu, mais qui n’étaient que les Ngaitahu et les Rangitane chassés par Rauparaha du détroit de Cook.

Déjà nous avions fait remarquer que Shortland s’était abstenu de demander aux familles Ngati-Mamoe citées par lui les renseignements généalogiques qu’il donne sur plusieurs chefs de lTle-du-Milieu, après les avoir demandés à leurs vainqueurs. Ici encore nous ne pouvons que regretter qu’il n’ait pas précisé davantage, en indiquant la date et la localité habitée par le révérend Puckey.

Thompson dit (1) que les Ngati-Kahungunu sont divisés en nombreuses petites tribus, et il en fait connaître par leurs noms quarante-cinq, parmi lesquelles on voit figurer la tribu des Ngaïtahu, mais non celle des Rangitane.

C’est cette nation ou tribu, qui occupait Tory-Ghannel et port Nicholson, lors du passage de Cook, et qui, refoulée en 1832 ou 1833, parles Ngati-Awa, alla se réfugier vers la baie Hawke pendant que les Ngaitahu et les Rangitane, chassés vers 1827 ou 1828 par Rauparaha de la côte Nord de l’He-du- Milieu, avaient trouvé un refuge sur la côte Est de cette même île. Suivant Thompson, elle occupe la côte Est de l’Ile^Nord depuis la baie Pauvreté jusqu’au cap Palliser , et se compose d’environ 4000 âmes.

Nous avons dit précédemment que nous ne croyions pas à l’émigration faite par cette tribu à l’Ile-du-Milieu, deux siècles auparavant; mais l’eût-elle fait que cela ne diminue pas l’ancienneté plus grande des Ngati-Mamoe, et ne détruit en rien ce fait curieux que les équipages de deux des canots de la grande émigration d’Hawahiki, le Matatua et le Haupo , étaient composés de Ngati-Kahungunu .

(1) Ouvr. cité, vol. 1, p. 93.

Tradition relative aux tribus Ngati-Kahu-ünuunu, Nga-Puhi et Rarawa (1).

La présente esquisse de là tradition relative à leur ancienne histoire a été fournie par un naturel de la tribu Rarawa, qui tire son origine de la même source.

« Po, Tiki, Ruaewa et Mawete étaient quelques-uns de ceux qui découvrirent cette île. Les noms des canots qui étaient partis d’Hawahiki étaient Tainui , Arawa , Kurahoupo, Moekakara, Mahuhu et Mamari. Et il y en avait d’autres encore dont on ne sait plus maintenant les noms. Le premier lieu d’abord atteint a été Whaiapu [Cap Est (2)]. Les vivres qu'ils avaient pris à Hawahiki étaient alors si près d’être consommés que tout ce qui en restait pouvait être logé dans le coin d’un petit panier. On le planta, et il commença à croître dans la Nouvelle-Zélande.

Les ancêtres des tribus qui vivent dans le Sud, c’est-à-dire le district du cap Est étaient les Whatutahae, une fille de Po.Elle épousa Mawete; d’elle sont descendus les Ngati-Porou et les Ngati-Kahu-Unuunu. Quelques-uns des enfants de Po vinrent à cette partie de l’île, c’est-à-dire la baie des Iles et Kaitaia. Ils se nommaient Whatu-Kaimaru, une autre fille de Po, Toroa et Taiko, qui furent les ancêtres des Ngapuhi et des Rarawa, ainsi que de Te Rauparaha et de Taoho, qui vit à Kaipara (3).

Mahuhu , le canot sur lequel était le chef Rongomai, fut chaviré, et le corps de ce chef fut mangé par le Araara ; c’est pourquoi ce poisson a toujours été depuis regardé comme

(1) Shortland, p. 23. Le révérend Puckey, qui a résidé près de 20 ans parmi cette tribu, envoya l’original d’où est tiré ce qui suit, au chef de la justice, qui m’a permis d’en prendre connaissance.

(2) Le narrateur ne voulait pas dire, ajoute Shortland, que tous les canots firent terre à Whaiapu, mais seulement le Kurahoupo et les autres trois dans lesquels vinrent ses ancêtres. Nous avons déjà vu que le Tainui et X Arawa abordèrent à Whangaparaoa.

(3) Ce qui signifie que ces deux chefs sont unis par des alliances de famille avec les principales tribus du Nord.

sacré par les Nga-Puhi et par les Rarawa : aucun d’eux, avant d’avoir embrassé le christianisme, n’osait en manger.

L’origine du nom Nga-Puhi était le Puhi ou la plume du canot Tainui ; et l’ancien nom des Rarawa était Aewa. __

Notes sur les Ngati-Mamoe.

Récit fait par Tuhawaiki et plusieurs autres indigènes de la même tribu (1) :

« Il y a environ trois cents ans ou dix générations, toute cette partie de llle-du-Milieu qui s’étend depuis Waïpapa, point à environ vingt milles dans le Sud du cap Campbell jusqu’à Rakiura ou île Stewart, y compris le détroit de Foveaux et probablement une grande partie de la côte Ouest, était possédée par une tribu qui était appelée Ngati-Mamoe.

« La tribu qui les bornait au Nord s’appelait Te Huatahi; elle avait pour ancêtres des émigrants de l’île Nord, qui s’étaient fixés à Wairau (2), A l’Ouest, la contrée environnante « Totaranui », était occupée par la tribu des Ngaitara, dont les ancêtres étaient venus aussi de l’Ile-Nord, sous le commandement du chef Te-Puhi-Rere, qui, disait Tuhawaiki, descendait de la même souche que les Nga-Puhi.

« Il paraît qu’à cette époque une grande et puissante tribu s’étendait de Turanganui-a-Rua (baie de Pauvreté), tout le long de la côte Est et des côtes Nord du détroit de Cook, y compris Waïrerapa, Porirua, et même des points plus à l’Ouest, Cette tribu n’a été repoussée que tout dernièrement vers Wairerapa, sa limite Sud actuelle, par Rauparaha. Elle est encore appelée par son nom primitif de Ngati-Ka hungunu .

« Le désir de s’emparer du Pounamu, qui n’était trouvé que sur l’Ile-du-Milieu, paraît avoir été le principal motif du départ d’un grand nombre de personnes de cette tribu, à différentes époques, pour envahir le pays des Ngati-Mamoe qui étaient devenus célèbres par leur possession de ce trésor.

« Les plus anciennes de ces invasions ont eu lieu, il y a

(1) Shortland, Southern Districts , p. 98.

(2) Cloudy Bay.

près de 270 ans avant l’époque actuelle ; car Tute-a-Hunga, chef de cette tribu, qui vivait, il y a neuf générations, passe pour avoir été tué à Kai-Koura. Sa famille était appelée Ngai-Tahu, de son grand-père Tahu ; une autre famille appelée Te Aitanga Kuri, « postérité de Kuri », Kuri étant cousin de Tute-a-Hunga, vint aussitôt après et réunit ses forces à celles des Ngaitahu; mais ils n’eurent pas de succès contre Kai-Koura, et leur chef, Manawa, y fut tué dans une escarmouche par Tuikau, chef des Ngati-Mamoe.

« Vers la même époque, un puissant renfort de Ngati- Kahungunu fut amené par un chef nommé Tura-Kautahi, dont le père et le grand-père, en faisant une pareille tentative, s’étaient noyés avec leur équipage devant Raukawa, où leur canot avait chaviré. Tura-Kautahi, avec son frère Moki, débarqua ses forces à Totaranui, et ils durent se tracer un chemin à travers les Ngaitara et les Tehuataki, avant de pouvoir atteindre ceux de leur tribu qui les avaient précédés et qui se trouvaient alors à Kai-Koura.

« Réunis, ils attaquèrent le Po, appelé Parewakatu. Peu après, les Ngati-Mamoe furent encore défaits, dans un endroit appelé Purakakariki, puis à Waikakahi, où l’un de leurs chefs Tute-Kawa, fut tué, et un autre nommé Rangita-Mau, fut fait prisonnier. La vie de ce dernier fut épargnée et on l’envoya résider à Kaiapoi pour pêcher les anguilles et préparer la nourriture de son vainqueur, quand il irait de ce côté.

« Après cela, ils se partagèrent les terres conquises. Te- Ruahikihiki, fils de Manawa, qui était retourné dans sa tribu, sur l’Ile-Nord, pour lever de nouvelles forces parmi ses parents, afin de venger la mort de son père, revint vers la même époque, et se fixa à Taumutu. Ce point était le plus près du nouveau territoire conquis et par conséquent le meilleur pour qu’il pût rencontrer son ennemi, et en obtenir Vutu ou la satisfaction désirée.

« Les Ngati-Mamoe se retirèrent plus au sud. Et, finissant par trouver qu’ils étaient trop faibles pour espérer reprendre leurs possessions perdues, ils firent lapaixavec leurs envahisseurs et s’unirent à eux. Alors les deux races se con-

fondirent en une seule tribu qui, ayant dans les principales familles du sang* de Tahu dans les veines, prit le nom générique de Ng*a-i-Tahu ou Kaitahu.

« J’ai trouvé que toutes les familles importantes d’à présent, faisaient remonter leur orig-ine à Turanga, ou baie de Pauvreté, qui est le côté conquérant et, à cause de cela, le plus honorable, et qu’elles passaient sous silence l’origine Ngati- Mamoe antérieure à leur conquête. Delà la difficulté d’obtenir quelques informations sur l’histoire ancienne de cette tribu. Il faudrait chercher dans les familles qui existent encore de ce vieux tronc. Il y en a deux, habitant aujourd’hui Waiateruati, appelées Kati-Rakai et Kati-Hinekato,et il y en a davantage dans le détroit de Foveaux, mais je n’ai pas eu l’occasion d’apprendre d’eux ce qu’ils pouvaient savoir de leur propre histoire.

Notes sur Rauparaha.

Rauparaha était né en 1769; il résidait à Kawhia, sur la côte ouest de l’Ile-Nord. Ne pouvant résister aux attaques du redoutable Hongi, il se décida, en 1822, à fuir vers le détroit de Cook et il alla sefixer sur l’île Kapiti, ou de l’Entrée, de Cook. S'étant procuré beaucoup d’armes à feu, il ne tarda pas à devenir la terreur de tous les environs, à plus de cent milles ; il parvint à chasser de leurs demeures les habitants du détroit de Cook, qui appartenaient à la grande nation Ngati-Kahungunu ; le reste fut exterminé.

Parmi les tribus forcées d’abandonner leurs demeures se trouvaient les Rangitane (1) et les Ngaïtahu (2) ou Nga-

(1) Rangi , ciel, firmament, jour, temps ; tane, mâle, mari, homme.

(2) Shortland écrit Kaitahu et Ngaitahu : ces mots sont contractés de Ka-ai-Tahu et de Nga-ai-Tahu , « les descendants de Tahu. » Kai et N gai , dans les districts sud, de l’Ile-du-Milieu, ont, d’après Shortland, la même signification que Ngati a dans le Nord. « Comme ngati est une contraction pour nga-ati , j’imagine dit-il, que ati est simplement une autre forme du mot ai ou ai tanga. pour l’euphonie.»

Ngai ne pouvant être Maori, n’est-ce pas plutôt Kai-Taliu ou encore Nga-i-Tahu : nga , partie, pluriel; i de; tahu prud’homme, race, ancêtre, mari, époux, brûler, incendier, tranchant d’outil ?

hei-Tao comme l’écrit Dieffenbach. Les Rangitane occupaient Na-Rua-Witu ou la baie de l’Ouest de Cook; les Ngaïtahu étaient à Queen’s Charlotte Found, où Cook lui-même les avait trouvés. Malgré leur bravoure, ils furent incapables de résister aux armes réunies de Tupahi et de Rauparaha : une partie dut devenir esclave des Ngati-Toa à Oieri, et le reste alla s’établir sur la côte est de rile-du-Milieu.

Après leur expulsion, les Ngati-Tahu se présentèrent plusieurs fois dans le détroit de Cook pour essayer de se venger et les récits rapportent, entre autres, le combat qui eut lieu à Raumea, sur la côte de l’Ile-du-Milieu (Baie du Combat), où Tairoa, le chef des Ngaitahu, se trouva cerné un jour par les canots de Rauparaha. Heureusement pour lui qu’un songe ayant fait retarder l’attaque de Rauparaha, il put, dans la nuit, parvenir à lui échapper.

Plus tard, Rauparaha se rendit à diverses reprises à Kaïkoura, et même jusqu’à Otakou (Otago) pour piller et tuer les peuplades fixées sur cette côte de l’Ile-du-Milieu. Shortland rapporte (1) plusieurs de ces excursions racontées par le fils de Rauparaha lui-même, qui y avait pris part étant encore fort jeune.

Bien que toujours battues, les anciennes populations ne résistaient pas moins à chaque attaque, et leurs vainqueurs, une fois de retour chez eux, n’étaient pas sûrs de n’y pas être attaqués. C’est ainsi que Dieffenbach a lui-même remarqué, en 1840, que les Ngati-Awa du détroit de Cook craignaient que le chef d’Otakou,Taïroa, ne vînt les attaquer. Ce qui prouve, d’un autre côté, que toutes les anciennes tribus du détroit n’avaient même pas quitté ce détroit en 1840, c’est l’extermination que Rauparaha fit alors des Ngati-Kahungunu, après être parvenu à les refouler sur une langue de terre.

C’est vers l’année 1822, avons-nous dit, que Rauparaha, avec sa tribu appelée Ngatitoa, était arrivé dans le détroit de Cook.

Quelques années après, s’y présenta la tribu Ngati- Raie a ua, chassée de Maungautatari, par les Waïkato : elle

(1) Ouvrage cité, page 253.

TI

alla S3 fixer entre la rivière Wanganui et Kapiti(i). Elle se composait, d’après Thompson, d’environ 2.500 personnes, et elle commença par refouler les Ngati-Kahungunu de cette côte jusqu’à Rang'itikei.

Rauparaha s’allia à elle et il put continuer, avec plus de succès, les guerres faites par sa tribu seule à toutes celles des environs.

Mais, dans le même temps que les Ngati-Rakaua, c’est-àdire vers 1832, dix ans après la venue de Rauparaha dans le Détroit, se présentèrent également les Ngati-Awa, chassés de Taranaki (New-Plymouth) par les Waïkato : ils commencèrent par chasser les Ngati-Kahungunu jusqu’à Wairarapa (Baie Palliser), et s’emparèrent de leurs terres.

Ce fut à cette occasion que les tribus Ng’ati-Tama et Ngati- Motunga, qui étaient fixées à Waïrarapa, se décidèrent à émigrer aux îles Chatham, à l’aide d’un bâtiment angdais.

Ajoutons qu’en 1840, les Ngati-Awa occupaient les terres qui avaient appartenu autrefois aux Rangitane et aux Kaitahu et, à en juger par les restes de Pa de ces tribus, elles devaient, dit Dieffenbach, être très nombreuses.

Les traditions ne disent pas à quelle époque exacte ces deux dernières tribus avaient été expulsées ; mais il est certainement facile d’en fixer la date à quelques années près, grâce à ce que l’on sait touchant l’époque de la venue, en 1822, de Rauparaha dans le Détroit. Or, c’est en 1830, que le récit écrit de son fils le fait se transporter avec sa troupe à Kaïkoura, près de la péninsule de Banks, pour venger la mort de Tepahi, tué en 1829 par le chef des Ngaitahu, Tamai-Haranui, alors qu’il était son hôte dans son Pa de Kaiapohia. On sait que Rauparaha affréta, dans ce but, Je navire anglais Y Elisabeth, capitaine Stewart (2). Il est donc probable que l’émigration des Ngaïtahu n’avait eu lieu que quel ques années auparavant.

Ajoutons que Rauparaha ne mourut que le 27 novembre

(1) Taylor, p. 323, fait de Rauparaha le chef des Ngati-Rakawa, et il le fait naître à Maungautatari vers 1770.

(2) Voir Taylor, p. 323«

1849, c’est-à-dire vers l’âge de 80 ans, après avoir été retenu prisonnier par les Ang-lais pendant 15 à 18 mois pour le punir de son massacre d’Européens à Waïrau et de ses menées contre la colonisation. On dit qu’il s’était fort adouci avant de mourir.

LÉS GUERRES DE RAUPARAHA DANS L’iLE DU MILIEU.

Récit écrit par le fils de Rauparalia qui, étant tout jeune, accompagna son père (1) :

« Le motif de la guerre que nous allâmes faire sur l’autre île fut la malédiction de Rerewaka, le chef de Kaikoura (the Lookers-on de Cook). Ce chef se vantait de fendre le ventre de Rauparaha avec la dent d’un poisson. La renommée de la valeur de Rauparaha était allée jusqu’à Kaikoura, d’où l’on disait que Rerewaka se servait de la malédiction Niho-Manga (2).

«Quand cette malédiction fut connue de Rauparaha, il partit avec ses canots pleins de combattants pour aller attaquer Kaikoura. Bientôt Rerewaka fut tué, un grand nombre de ses hommes périrent avec lui, et ceux épargnés furent faits esclaves.

« Après le combat, un de nos chefs, nommé Te Pehi, insista pour aller à Kaiapohia (le lieu où est établi Canterbury) pour avoir un patu-pounamu des hommes de cet endroit : un parti d’environ cent hommes composa cette expédition, laissant le corps d’armée à Kaikoura. Ces cent hommes firent tout le chemin par terre et atteignirent Kaiapohia le 4e jour (3).

« A leur arrivée à Kaiapohia, Te Pehi et ses amis furent invités à monter au Pa pour recevoir quelques cadeaux de pierre Pounamu. Mais Te Rauparaha, craignant quelque perfidie, conseilla à Te Pehi de ne pas aller dans le Pa, s’il

(1) Shortland, South. Dist., p. 253.

(2) Niho , dent ; manga , espèce de poisson ; mango, requin.

(3) Kaiapohia est Kaiapoe (Baie Pégase) de la carte anglaise de

Thompson. ^

ne voulait pas être tué. Son avis était d’échanger des fusils pour du Pounamu en dehors des défenses.

« Néanmoins Te Pehi n’était pas persuadé, car il avait là un ami nommé Tamai-Haranui qu’il avait connu autrefois à Port-Jackson ; si bien que lui et ses amis entrèrent dans le Pa et y passèrent une nuit. Mais aussitôt que le jour se fit, ils furent jugés et vingt d’entre eux, tous hommes de distinction, furent tués sur place. Les autres s’échappèrent en sautant par dessus la palissade et s’enfuirent vers le corps d’armée.

« Maintenant quel était le nombre des hommes du Pa. qui prirent part à cet acte? S’ils avaient osé se montrer, on aurait pu obtenir un paiement par une bataille ; mais ils ne voulurent pas se montrer. C’est pourquoi le parti de guerre retourna vers le corps d’armée laissé à Kaikoura, et tous s’en retournèrent à Kaputi.

« Quand on fut arrivé à Kaputi, on commença à discuter pour savoir quel serait le « paiement » pour Te Pehi et les autres. On résolut de rendre perfidie pour perfidie, meurtre pour meurtre. Cette détermination prise, nous restâmes tranquilles pendant un an.

« À la fin de ce temps, parut un navire et Rauparaha dit au chef du navire: « Yeux-tu te charger de me conduire « avec mes hommes à Wangaroa pour frapper là un coup ? « Ton paiement sera du lin, assez de lin pour charger ton « navire.» Cette proposition fut acceptée par le chef du navire: si bien qu’ après avoir pris cent quarante guerriers, il fit voile de Kaputi, et après trois jours, mouilla à Wangaroa (1).

« Alors, par le stratagème suivant, on prit au piège Tamai- Haranui, le chef des Ngaitahu : on lui envoya un message, comme de la part du chef du navire, l’invitant à venir à bord pour échanger quelques barils de poudre. Tamai- Haranui, pensant que le message, était véritable, vint immédiatement, amenant sa femme et sa fille avec lui. Mais il ne fut pas sitôt sur le pont qu’on le saisit et le mit aux fers. Immédiatement après les 140 descendirent à terre

(]) Tour Ilaknroa.

pour attaquer la tribu Wangaroa. Après avoir détruit tous les établissements de cet endroit, tué ou chassé les habitants dans les montagnes, ils retournèrent sur le navire avec leurs prisonniers et appareillèrent.

« Pendant' que le navire était à la mer, Tamai-Haranui et sa femme étranglèrent leur fille ; car la femme et la fille avaient été laissées déliées ; et personne ne s’en aperçut que la fille ne fut tout à-fait morte. Quant au chef et à sa femme, ils furent conduits à Otaki et remis à la femme de Te Pehi, qui se nommait Tiaia. D’Otaki, ils furent menés à Waitohu pour être mis à mort. Six femmes, toutes personnes de rang, tuèrent Tamai-Haranui et sa femme ; ayant d’abord fait un trou dans leur cou, elles burent leur sang%, afin d’obtenir une satisfaction complète. Cela fut fait parce que Tamai- Ilaranui était un meurtrier.

« Après la mort de Tamai-Haranui, nous restâmes plus d’un an à Kaputi. Et alors nous allâmes de nouveau faire la guerre dans la môme contrée. Ce fut le 3e mois, vers la saison où le fruit du Karaka est rouge, que l’on mit les canots à l’eau, et quand nous arrivâmes a Kaiapohia, les patates avaient acquis tout leur volume.

« Kaiapohia était un Pa très fort, entouré de trois côtés par un marais ; le côté qui n’était pas défendu par le marais l’était par des poteaux. De ce côté, il y avait trois plans percés d’ouvertures pour les fusils. 11 y avait aussi deux fois cinq cents hommes dans le Pa. Quand ces hommes regardaient la force de leur position et l’abondance des provisions pour soutenir leur force, leurs cœurs étaient pleins de vanteries. De sorte qu’ils criaient dans leur dialecte : E tamay haramai ra , kia homatia o koutou ïhu ki roto i Taratu : Venez ici, camarades, et nous enterrerons vos nez dans Taratu.» Taratu était le nom du lac.

« Pendant trois mois ce fut en vain qu’on assiégea le Pa. De sorte que nos anciens se réunirent en conseil pour tracer un plan qui permît de le prendre promptement.

a Nos chefs s’occupent sérieusement des places qui sont difficiles à prendre d’assaut. C’est seulement le plus habile qui peut indiquer la méthode la plus convenable de prendre

les places les pluü fortes. C’était la supériorité de Rauparaha. Il était à la fois brave et habile à inventer des stratagèmes de guerre.

« Très bien alors. Les vieillards s’assemblèrent en conseil. Quelques-uns des chefs furent d’avis de faire un Kahupapa, ou bouclier (défense) assez large pour 20 hommes qui le pousseraient devant eux sur le Pa. On le commença aussitôt ; mais quand il fut fini, on le trouva mauvais, et on l’abandonna à cause de cela. On proposa immédiatement de creuser des tranchées en zig-zag dans le sol afin d’approcher autant que possible du Pa. Tout le monde l’adopta, parce que c’était la méthode convenable, et le creusement fut commencé sans délai ; trois tranchées furent creusées : l’une était l’ouvrage des Ngatitoa ; une des Ngati-Awa ; et la troisième des Ngati-Raukawa. L’ouvrage du creusement des tranchées avait été ainsi divisé, afin de distinguer la valeur de chaque tribu.

« Quand les tranchées furent arrivées presque auprès des meurtrières, on suspendit le creusement, et tous les hommes allèrent couper des broussailles et de la fougère pour mettre le feu au Pa. Ils travaillèrent ferme pour faire des balles de Manuka (podocarpus excelsus ), et ils les laissèrent aussi proche que possible des meurtrières, jusqu’à ce qu’il y en eût un tas élevé.

a Dans le même moment, les hommes du Pa pensèrent à mettre le feu au Manuka, afin de le brûler de suite et d’empêcher que les défenseurs eussent à en souffrir. Dès que le premier beau jour fut venu, alors qu’il n’y avait pas le moindre souffle de vent, ils se dirent : « C’est le moment de a mettre le feu au tas ; car il fait beau, et le Manuka que nos « ennemis ont accumulé sera bientôt consumé. »

« Au contraire, notre intention était d’aborder le premier grand vent qui soufflerait droit vers l’extrémité du Pa, et de mettre alors le feu aux broussailles, pour que la flamme fût portée vers la palissade et la brûlât.

« De sorte que, le jour suivant, au lever du soleil, pendant que nous étions à prendre notre premier repas, les hommes du Pa mirent le feu en jetant des cendres à travers les

meurtrières, d’où ils tiraient sur nous, et bientôt le Manuka commença à brûler.

« Mais dès que le feu fut aperçu, nos chefs crièrent d’assaillir immédiatement le Pa, si bien que tous les six cents hommes se levèrent : pas un ne pensait à la mort; et, pressant gaiement leur nez contre celui de leur femme onde leur enfant, ils s’élancèrent aussitôt résolument à la mort ; car le Manuka brûlait, et nous craignions qu’il ne se consumât en vain hors du Pa. Alors chaque homme prit une charge de Manuka et s’avança vers une meurtrière, se retirant chaque fois qu’il voyait un fusil tourné contre lui, puis recommençant jusqu’à ce qu’il eût bouché la meurtrière. Deux hommes se dirigeaient à la fois sur chaque meurtrière, de sorte que si l’un d’eux venait à être tué, l’autre pouvait la boucher. De cette manière, toutes les meurtrières furent bouchées, et les broussailles étant jetées à toucher la palissade, celle-ci prit feu aussi.

« Alors le cœur des guerriers se réjouit, et ils entonnèrent un Ngeri pour étouffer les gémissements des blessés, et empêcher que rien n’interrompît le combat. Ainsi les six cents ensemble se mirent à chanter leur Ngeri national (1).

(1) Ce Ngeri est le Ngeri national des tribus Ngati-Raukawa et Ngaitoa. Nous avons donné la traduction de Shortland. En voici les paroles indigènes :

Awhea (pour ahea ) tou ure ka riri ?

Awhea tou ure ka tora ?

E ! kei te tai ka wiwi,

E ! kei te tai ka wawa,

Tukua te ihu

Ki te tama iti.

Me pehea ?

Ka kite koe ,

I nga puke waka manamana ;

A te toa haere noa.

Ka riro ! E rongomai hiti !

Les mots wiwi et wawa sont supposés représenter par leur son le ruit du flot sur la plage.

M. Shortland fait remarquer quela traductionne donne qu’une idée incomplète de l’énergie du texte, et nous croyons devoir nous-même faire remarquer, à ce sujet, que le mot ure est rendu par valeur, cou-

Quand vous voulez que votre valeur s’emporte,

Quand vous voulez que votre valeur soit forte.

Quand la mer murmure, quand la mer gronde,

Dites adieu (approchez votre nez de)

A vos enfants.

Car que pouvez-vous faire de plus ?

Vous voyez comme,

De meme que les hauts pics des montagnes,

Le brave marche en avant.

Ils cèdent, ils cèdent ! ô Renommée !

« Le son de ce Ngeri nous donna un nouveau courage. Mais quand les Ngaitahu, c’est-à-dire les hommes du Pa, l’entendirent et qu’ils virent en même temps le feu qui brûlait leur palissade, ils furent pris de panique. De sorte que leur Pa fut pris d’assaut, et la plus grande partie de ses défenseurs furent tués ou faits esclaves.

a Quelque temps après ces événements, nous, les Ngati- Toa, partîmes seuls de Kapiti, dans le but d’aller attraper des canards du paradis à Te Karaka (cap Campbell.) Et pendant que nous étions à Wairau, attendant le calme pour nous rendre agréablement à Te Karaka, notre prêtre eut un songe dans la nuit. Dans ce songe, il entendit une voix lui chantant ces paroles :

Kei Wairau ia \ Kei Waiharakeke ka tumauatu.

« Il est maintenant à Wairau ; il restera à Waiharakeke. »

« Les hommes de la nuit, c’est-à-dire les esprits, chantaient ce chant.

rage, mais qu’il signifie littéralement pénis, et qu’il est employé ici au figuré.

Nous ajouterons qu'il y a peu de mots jouant un si grand rôle que le mot ure dans les chants traditionnels des Maori, de même que ceux des autres Polynésiens et, sans parler de Te-Ure-Nui, le fils de Manaia, et de plusieurs autres applications de ce mot, nous citerons ici une réponse de Maori qui faisait toujours rire le narrateur, dit Shortland, quand il avait l’occasion d'en parler.

Turangatao se sauvait pour éviter la mort d’ennemis plus forts, et sa femme essayait de le retenir en lui disant : «O Turangatao, reviens au moins pour m’aider à sauver nos enfants* ; mais sans s’arrêter, il se contenta de lui répondre: « He tamariki hei te matamata o te ure . E pari ana îe tai o te kotinga ;» «Oh ! quant aux enfants, j’en puis faire assez (j’en ai la source), le courant de la vie est à flot. »

€ Alors le prêtre se réveilla, et répéta les paroles qu’il avait entendues ; et, croyant que c’était un mauvais présage, il nous conseilla de ne pas penser à aller à Te Karaka, si nous ne voulions pas être tués par les Ngaitahu.

« Mais Te Rauparaha dédaigna l’avis du prêtre et ne voulut pas l’écouter. De manière que nous mîmes à la voile, les uns dans un canot, et les autres dans quatre canots, le nom bre de tous les équipages montant à quarante hommes. Nous qui étions dans le canot, nous fûmes les premiers à atteindre la côte et à débarquer. Mais comme nous remarquâmes des traces de pieds sur le rivage et quelques feuilles fraîches de chou sauvage çà et là, nous avançâmes avec précaution, Te Rauparaha à la tête, mon frère aîné après et dix autres suivant. Nous n’arrivàmes pas loin de la porte sans reconnaître quelques-uns des hommes du parti ennemi, se tenant en embuscade. Ceux-ci, dès qu’ils se virent découverts, se précipitèrent sur nous.

« Alors Te Rauparaha ramassa une grosse pierre pour a lancer au premier de la bande. L’homme hésita; et si nous avions seulement été un peu plus nombreux, nous serions retournés combattre avec eux, quoiqu’ils fussent plus de cent. Mais comme nous n’étions que dix, nous nous enfuîmes vers notre canot. Le canot fut atteint, il flotta aussitôt sur la mer; nous sautâmes à bord; mais, dans la précipitation, les pagayes furent laissées à terre, car elles avaient été mises sous la quille du canot pour aider à le mettre à l’eau.

« Si bien que lesNgaitahu arrivant lestement, saisirent le canot par l’avant et commencèrent à le lialer à terre.

« Alors, voyant qu’il n’y avait pas d’autre moyen d’échapper, nous sautâmes dans la mer et nous nageâmes vers l’un des canots qui venait justement d’arriver et qui attendait à peu de distance. Nous arrivâmes tous saufs à bord ; mais, le canot étant trop lourdement chargé par l’augmentation de notre poids, il fut en danger d’aller, au fond; c’est pourquoi nous jetâmes quelques esclaves par dessus bord pour l’alléger, et nous préparer à combattre l’ennemi.

« Dans le même moment, les Ngaitahu se servaient des pagayes et nageaient pour nous poursuivre. Ils ne purent ce-

pendant approcher très près de nous, car quand ils virent que nous nous disposions à reprendre, si c’était possible, le canot à l’abordage, ils retournèrent h terre.

« Quant au prêtre qui avait fait le rêve, il tomba dans les mains des Ngaitahu, et fut tué sur la plage. C’est pourquoi nous reconnûmes tous que ce rêve était vrai. Le prêtre se nommait Te Raho. »

La suite du récit raconte comment ils furent poursuivis par les guerriers Ngaitahu aussi loin que Cloudy-bay (Wairau ?), où ils s’arrêtèrent en envoyant un canot, dans la nuit, de l’autre côté du détroit, pour demander du secours. Le secours arrivé, une escarmouche sans résultat décisif eut lieu ; mais les tribus du Sud, ne voulant pas risquer un engagement, profitèrent d’un vent favorable pour mettre tous leurs canots à l’eau, pendant la nuit, et retournèrent dans leurs pays.

Grâce à la rapide expansion du christianisme, la guerre ne fut jamais renouvelée par aucun parti, et quelques années plus tard, les deux fils de Rauparaha allèrent, en missionnaires de paix, prêcher l’évangile à chaque tribu qui avait tant souffert de leur père et de ses guerriers.

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