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LES MAORI EN AFRIQUE, EN AMÉRIQUE ET EN ASIE

Recherches de M. d’Eichthal. — Traces de la civilisation polynésienne à Madagascar. — Egypte. — Rapprochements entre les langues de Vanikoro, copte et mandingue. — Autres preuves de la venue des Polynésiens en Afrique et à Madagascar. — Comparaison du maori et du langage des Antalotes des Comores. — Les Polynésiens en Amérique.

— Analogies et coïncidences. — Ressemblances de mœurs, coutumes, industries, langage. — Autres analogies. — Les Polynésiens en Asie.

— Considérations linguistiques. — Direction des vents régnants. — Cambodge et Laos. — Comparaison avec les Stiengs. — Affinités entre le Malayou et le Polynésien. — Japon. — Caractères physiques des Japonais. — Comparaison avec les Maori. — Conclusi ons générales.

Jusqu’à présent, nous n’avons parlé que de la dissémination ou répartition des Maori dans les îles polynésiennes, et dans quelques-unes des îles mélanésiennes qui les avoisinent le plus; mais, grâce aux recherches si érudites de M. d’Eichthal sur l’histoire primitive des races océaniennes et américaines (1), nous allons pouvoir les suivre maintenant, non seulement jusqu’en Afrique dans l’Ouest, jusqu’en Asie dans l’O.-JN.-O., mais jusqu’en Amérique dans l’Est, jusqu’à Formose dans le N.- N. -O., et bien plus loin encore, dans les îles Aléoutiennes et Kouriles au Nord.

Chemin faisant, nous ferons quelques remarques critiques indispensables, pour relever plusieurs erreurs, dues seulement aux documents sur lesquels l’auteur a dû s’appuyer, et

(1) Mémoires de la Société d’ethnologie , t. II, p. 151 et suiv.

nous terminerons en montrant qu’il n’est guère probable que l’Inde particulièrement, et à plus forte raison, la Germanie, aient eu des rapports de quelque importance avec l’Océanie.

Des études si savantes de M. d’Eichthal, il résulte d’abord que la civilisation primitive de POcéanie a commencé dans la Polynésie, et que c’est de là qu’elle s’est portée vers Madagascar. Mais, ne se bornant pas à admettre une ancienne communication entre la Polynésie et cette île, M. d’Eichthal semble même croire que les Malgaches avaient une origine polynésienne. C’est du moins ce qui résulte de la note de la première page de ses études, dans laquelle il dit : « Il y a longtemps que l’affinité du Madécasse avec la famille des langues malaisiennes et polynésiennes a été aperçue . La coïncidence d’un certain nombre de mots madécasses avec des mots malaisiens, a déjà été indiquée par Reland et Hervas ; mais ce fait ne prouve autre chose que l’introduction accidentelle de ces mots, et ne démontre nullement la communauté d’origine des deux peuples. C’est ainsi que s’exprimait Yater dans le Mithridate (t. III, p. 256.) Quelques années plus tard, Pinspection de documents plus complets rendit au contraire le fait de l’origine polynésienne des Madécasses évident. »

Quelle que fut sa véritable opinion à cet égard, il ressortait, disait-il, une même conséquence de tous les faits observés ou relevés par lui : « C’est que la Polynésie ou un continent aujourd’hui détruit, mais qui était situé dans la même région du globe, paraissait avoir été le foyer principal de l’ancienne civilisation polynésienne qui, delà, avait rayonné dans toutes les directions vers l’Amérique, l’Asie et l’Afrique. » Il ajoutait même: « Peut-être est-ce un germe émané de ce foyer qui, tombant dans la vallée du Nil, y a fait surgir, ou bien a fécondé l’antique civilisation égyptienne (1). » Son opinion était, en somme, celle de Forster et

(1) Nous ferons remarquer que, d’après M. Moreau de Jonnès, l’Égyptien pur a dû être primitivement identique à l’Indo-Polynésien. Il est à croire, ajoutait-il, que tous les deux ne faisaient

u’un type unique, originaire de l’extrême Orient.

de Moerenhoüt, amplifiée et motivée. S’il ne confondait pas les véritables Polynésiens avec les Mélanésiens, c’était bien aux premiers qu’il attribuait les rameaux répandus dans les îles mélanésiennes, P archipel indien, et jusqu’à Madagascar.

Nous allons exposer le plus brièvement possible quelquesuns des résultats auxquels il est parvenu.

Afrique. — D’après M. d’Eichthal (1), les Polynésiens auraient eu des rapports, non seulement avec Madagascar, mais même avec l’ancienne Egypte.

La première coïncidence qu’il cite, et qui est sans contredit des plus remarquables, est l’identité du nom du soleil dans les deux langues : c’est là seulement qu’on le trouve sous la forme polynésienne pure. En effet, ce mot se rend par ra, re, ree, en Egypte , ra, à la Nouvelle-Zélande ; laa, aux îles Tunga; raa, à Tahiti; ra, à Tukopia (2) ; la, à Hawaï, etc.

Le même savant trouve également une coïncidence entre les mots bouto et po : le premier est le nom de la déesse de la nuit, du chaos, des ténèbres primitives en Egypte ; elle y était surnommée la mère des dieux. Le second, en Polynésie, représente aussi la nuit primitive qui, fécondée par l’Etre suprême, a donné naissance aux dieux et à tous les êtres. Il trouve aussi une coïncidence entre la grande divinité égyptienne Neith ouNees et la déesse polynésienne Hina, ainsi qu’entre le mot polynésien tabou , et les mots coptes toubo (3), tebo , qui veulent dire « sacré ».

Sans nous arrêter à une pareille interprétation, nous nous

(1) Troisième étude , p. 188.

(2) D’Eichthal a dit, d’après Gaimard, que le mot soleil se rendait par lera ou tera à Tukopia< mais c’était une erreur du naturaliste de V Astrolabe qui, entendant prononcer te ra « le soleil », en avait fait un seul mot.

(3) Remarquer qu’aux Tanga, toubo est le nom du premier chef par origine légitime.

bornerons à faire remarquer ici qu’en polynésien, ce n’est pas tabou , mais bien tapou ou mieux tapu.

« Si on joint à cette ressemblance, dit M. d’Eichthal, l’usagé des constructions pyramidales, celui des momies, la division de la nation en famille souveraine, en classes sacerdotale, militaire et populaire, et si l’on compare ce que Moërenhoüt rapporte du culte des divinités dans l’Egypte et en Asie, on reconnaîtra qu’il y a plus d’une ressemblance, sans parler de certains dogmes relatifs à la vie future et à la distinction des peines et des récompenses après la mort ».

Nous sommes de son avis ; mais nous ferons remarquer que la ressemblance sur laquelle il insiste le moins, et qu’il se contente de mettre en note (1) est, suivant nous, la plus importante.

En effet, si Oro et Maui étaient, comme le pensait Moërenhoüt, les deux grandes divinités solaires de la Polynésie, leurs noms se retrouvent dans ceux des dieux égyptiens, Hor ou Har, (Orus des Grecs) etMoui, tous deux aussi solaires, et tous deux alliés. 11 résulte d’une note de M. Champollion, envoyée à M. d’Eichthal, que Hor-Ohré (Orus, soleil), Hor-Meu ou Hor-Moui (Orus identifié avec le dieu Moui) est fils du dieu suprême Amon-Ra et de la grande déesse Nees. « Or, dit M. d’Eichthal, nous avons établi l’analogie de la déesse Nees avec la grande déesse polynésienne Hina ; et comme Oro était considéré comme le fils de cette déesse et du dieu suprême polynésien, ce trait complète la similitude entre les dieux Oro-Maoui d’une part et Hor- Moui de l’autre. « 11 ajoute en note : « Champollion dit textuellement : «Le nom de Hor-Mui (Hor-Moui) signifie Horus le véridique, ou plutôt Horus identifié avec le dieu Meu et frère de T’ineï, la justice ou la vérité. Meu, en copte, signifie vrai ; la coïncidence de ce mot avec le nom du dieu Meu ou Moui est très probablement accidentelle : c’est ce qu’indique l’observation de Champollion. »

M. d’Eichthal ne savait probablement pas qu’en Polynésie

(1) Loc. citât. , p. 192.

et à Tahiti particulièrement, mau sig-nifie aussi « vrai, vérité. » Cette coïncidence est très curieuse.

Après avoir fait remarquer que, en dehors du cercle des choses religieuses, les coïncidences de mots deviennent proportionnellement moins nombreuses, et après en avoir cité un certain nombre, à notre avis fort incertains, et que, pour cela, nous ne rapporterons pas, M. d’Eichthal rejette encore en note (1) une remarque bien plus importante que toutes ses citations. Il résulte, de cette note, que parmi les noms d’homme et de peuples appartenant à des pays voisins de l’Egypte, noms qu’on a déchiffrés sur les anciens monuments de cette- contrée, on en a rencontré quelquesuns qui sont polynésiens ou qui ont complètement la physionomie polynésienne. Tels sont, dit-il, parmi les peuples vaincus par Sésostris, les noms de Rohou, de Toroao, de Taônou ; parmi les chefs nubiens, les noms de Mehi, de Pohi, de Maï, etc. (2).

On ne peut, certes, en voyant de pareils mots, avoir une autre opinion que celle de M. d’Eichthal ; car ils sont coinplètement polynésiens. Ainsi, en maori, ao, lumière, jour ; po nuit. Mais il faut pourtant convenir qu’il n’y a d’autre analogie que celle de la physionomie, ainsi que l’on peut s’en convaincre par la traduction littérale ci-dessous.

M. d’Eichthal, du reste, ne cherche nullement à établir entre l’Egypte et diverses rég-ions de l’Océanie, le fait d’une

(1) Troisième étude , p. 193.

(2) En maori :

Ao, fourmi, dans : hu , marais, boue, silencieux.

Toro , nom d'arbre, brûler ; s’étendre, se déployer; visiter, regarder.

Ao, lumière, jour, faire jour, monde ; ramasser.

Tao, lance ; cuire dans un four indigène ; mai , ici ; vers ; nom d’arbre, de moule.

Nou pronom ; de toi.

Mo, avec, el ; si, soit.

Hî, pêche, pêcheur; diarrhée, avoir la diarrhée.

Poi, nuit, saison.

Hu , Y. ci-dessus.

Pohi , chanson.

communauté de races, mais seulement l’existence de certaines communications directes ou indirectes ; communications qui ont pu être le résultat des migrations, du commerce, peut-être d’une initiation religieuse.

Nous n’insisterons donc pas sur les analogies un peu forcées qu’il sigmale entre la langue copte et les dialectes de l’archipel malais, pas plus, que sur les ressemblances de coutumes qu’il a cru exister entre l’Egypte et cette partie de l’Océanie. Nous avons montré ailleurs combien facilement le fonds commun des peuples permet d’établir des rapprochements de cette nature ; et nous sommes de l’avis du savant ethnologiste lorsqu’il ajoute que « ces ressemblances, celles même linguistiques, peuvent toutes être dérivées d’un simple contact, non point de race mais de civilisation. »

Il en est de même pour les similitudes que M. d’Eichthal cherche à établir entre le langage de Yanikoro, la lang-ue copte et celle des Manding-ues ; ainsi qu’il le fait remarquer, ces similitudes peuvent être attribuées à l’existence d’anciennes relations entre ces peuples, mais elles n’indiquent aucune communauté de races. Nous nous bornerons à examiner rapidement celles d’entre elles qui semblent présenter le plus de vraisemblance.

« En Manding-ue, dit M. d’Eichthal (1), chef se dit tigki , et flèche se dit bien , binni, benne. Certes, il serait difficile de deviner dans ces mots, si l’on n’y était conduit, les racines polynésiennes répandues si au loin : arihi, alihi , ( ariki , arii) chef, et pana, flèche. Cependant, à Tong-a, alihi est devenu eghi, et à Yanikoro, nous voyons ce mot présenter les transformations alighi, talighi : or, eghi et taligui conduisent tout droit au tighi manding-ue. D’un autre côté, nous voyons le radical pana présenter à Yanikoro les transformations abione , pouene , pounene ; or, ceci ressemble complètement aux formes mandingues : bien , benne , binni , et* si l’on tient compte de toutes les concordances précédentes, ne permet guère de douter que ces formes mandingues ne soient une dérivation du radical polynésien pana. »

(1) Loc. ciî . Quatrième étude.

Depuis Mariner, il est vrai, eghi est le mot qui passe pour i gnifier chef aux Tunga ; mais c’est à tort : ce mot est tout au plus e-iki, abrégé d'ariki. Si, à Vanikoro, on dit alighi , taiighi , c’est par défaut de prononciation : talighi n’est là que pour te alighi , l’ariki, le chef. C’est un mot étranger emprunté aux Tukopiens, mais mal orthographié par les Européens et mal prononcé par les insulaires de Vanikoro. Nous trouvons, dans nos notes sur Tukopia, que, dans cette île, le chef s’appelle ariki , comme le dit Gaimard, qui l’a visitée avec nous en 1827 (1). Suivant nous, le mot tighi mandingue ressemblerait davantage au tiki ou tii polynésien.

Nous ne pouvons entrer ici dans les développements qu’exigerait une pareille question; nous avons déjà cherché ailleurs à établir que les Polynésiens doivent avoir reçu indirectement l’usage et le nom de l’arc, dont le nom est essentiellement malais (2), et nous nous bornerons à faire remarquer que c’est parce qu’on compare deux races àlangue et à origine différentes qu’on trouve si peu de similitude dans les mots comparés. Il est certain qu’on retrouve à Vanikoro un assez bon nombre de mots polynésiens ; mais ces mots sont dus aux rapports avec les peuplades polynésiennes et presque spécialement avec celles qui peuplent Tukopia et les îles Duff, qui, bien qu’à toucher les îles à population mélanésienne, ont réussi jusqu’à ce jour à se préserver de tout mélange avec cette race. Tous les autres mots appartiennent à une langue bien distincte et qui n’est qu'un de ces dialectes si variés des langues mélanésiennes.

En raison de la différence des langues, nous ne nous arrêterons donc pas aux concordances que M. d’Eichthal a cru voir entre le copte et le dialecte de Vanikoro ; concordances qui, à notre avis, sont tout à fait hypothétiques et qui, d’ailleurs, répète-t-il lui-même, n’autorisent point à supposer un degré quelconque d’affinité entre la race des anciens Egyptiens et celle des Polynésiens proprement dits. Mais

(1) Voir pour Tukopia ou Tikopia le vocabulaire de Dumont d’Urville.

(2) Vol. I, page 461.

nous croyons devoir insister sur celles qu’il a constatées entre le polynésien et le mandingue et qui lui paraissent, au contraire, témoigner d’une affinité assez grande entre les deux langues. D’après lui, le nombre des mots d’origine évidemment polynésienne qui se rencontrent dans la langue mandingue est tellement grand qu’il n’est pas permis de supposer un seul instant que cette coïncidence entre les deux langues ne soit qu’un effet du hasard.

« L’existence de ces mots, dit-il (l), ne peut être que le résultat d’un contact plus ou moins prolongé entre les deux races. Mais où ce contact a-t-il eu lieu? Est-ce en Afrique? ou bien serait-ce dans l’Océanie même ? Les Mandingues seraient-ils une tribu de noirs océaniens qui, après s’être trouvés en rapport avec les Polynésiens dans leur ancienne patrie, après en avoir été peut-être expulsés par eux, seraient venus, comme les Foulahs, chercher un refuge en Afrique ? Cette supposition, indiquée par des analogies linguistiques semble pouvoir se baser aussi sur des affinités physiques. Golbery, dans son voyage au Sénégal, a fait la remarque que la physionomie des Mandingues se rapproche beaucoup plus de celle des noirs de l’Inde que de celle des noirs de l’Afrique. Ne peut-on pas se faire à l’égard des anciens Egyptiens eux-mêmes , quoiqu’avec un degré bien moindre de probabilité, une question semblable ?

Evidemment, si les analogies qu’indique M. d’Eichthal sont réelles, ce n’est qu’en Afrique que le contact a pu avoir lieu puisqu’on ne retrouve aucun mot mandingue en Polynésie; mais nous l’avouerons en lisant attentivement les voyages dé Caillé etdes autres explorateurs de l’Afrique, nous n’avons pas constaté que les ressemblances fussent aussi grandes et aussi nombreuses que le ditM. d’Eichthal. En outre, les mots ordinaires différent complètement : Ce qui atteste, du moins, que le contact n'a pas été bien prolongé.

Comme il est démontré que deux races ont existé en Egypte, la blanche et la noire, M. d’Eichthal s’est demandé si la race noire, qui a fait partie de cette population , n’appar-

(1 Ibid., 4e étude, p. 210.

tenait pas à la race noire océanienne et si elle n’a pas été portée en Egypte par le même mouvement de migration qui conduisit les Polynésiens à Madagascar, les Foulahs et, peutêtre aussi, les Mandingues en Afrique. « Les Egyptiens, ditil, ont dû certainement sortir de l’une ou l’autre région ; or, comme jusqu’à présent il a été impossible de les rattacher à une souche africaine, il est parfaitement rationnel et légitime de chercher les traces d’une filiation de leur race avec celle de l’Océanie. » Et il termine en disant : « Même en dehors des langues foulah, copte et mandingue, on trouve, dans d’autres idiomes africains, des traces incontestables de l’influence océanienne. »

Nous n’osons dire avec lui que ces traces sont incontestables ; mais pourtant un fait qui lui était inconnu vient appuyer son opinion : on trouve dans l’intérieur de l’Afrique, surtout près des sources du Nil, beaucoup de mots identiques, par le son et souvent par l’orthographe, aux mots polynésiens.

Qu’on lise, par exemple, le Voyage de Speke autour du Nil , et l’on y remarquera des mots tels que les suivants : Hongo, Onganga , Kiranga-runga , Kirongo , Makoutaniro , AZaroro, Horihori , Makaka, Ponga , Ouriki , Uthenga, Kiwera , Chongi, etc. Or ces mots se retrouvent tous, bien qu’avec des significations différentes, dans le langage de la Nouvelle-Zélande (1).

(1) Ainsi en Maori :

Ongo-nga, — filet.

Ongaonga, — ortie, être piquant.

Ki, — prép. à, suivant ; adv. très ; s. parole, pensée.

Ranga, — arracher, déraciner ; banc de poissons, etc.

Runga, — dessus, au-dessus.

Ki, — v. ci-dessus.

Rongo, — paix ; écouter, obéir.

Maku, — pr. pour moi ; humide, humidité, mouillé.

Taniro, — bordure de manteau, vêtement.

Maroro, — poisson volant ; être fort.

Horihori, — ■ mensonge, fausseté, mentir.

Makaka, — plié, courbé, plante de marais.

Ponga, — fougère.

Uri, — vestige, postérité.

Certes, après ce que nous avons rapporté des noms polynésiens trouvés sur les monuments de l’Egypte, ces nouvelles coïncidences sont dignes de la plus sérieuse attention. Il faut pourtant en convenir, ce sont des témoignages insuffisants pour conduire à une conclusion raisonnée et probante. Tout ce qu'on peut en inférer, c’est que ces mots ont pu être apportés de la Polynésie ; mais quand et comment ? on l’ignore.

Plus récemment, M. Rabourdin (1), dans son excursion avec la première mission transsaharienne de l’infortuné Flatters, a trouvé sur l’atelier de Hassi-Ratmaia une cauri (i cy'prœa monetd) et un fragment de hache polie en jade néphrite verte que M. Damour assimile au jade néphrite de la Nouvelle-Zélande. Cette découverte, rapprochée de plusieurs autres faits, tels qu’identité d’espèces botaniques entre l’Asie méridionale et l’Afrique intertropicale, parenté de langue entre le Foulah et les dialectes malaisiens, etc., a conduit M. Rabourdin à admettre « comme très probable l’existence d’une communication des peuplades sahariennes de l’âge de pierre avec l'Asie méridionale et la Malaisie. »

D’autres coquilles de l’océan Indien ont également été découvertes dans les mêmes parages des chotts sahariens, entre autres par MM. Parisot et Thomas. On sait que la cauri abonde dans la mer des Indes, mais qu’elle est rare dans l’Océanie. Quant à la hache polie de l’atelier de Hassi- Ratmaia, elle ne saurait provenir de la Nouvelle-Zélande où les haches en jade étaient inconnues et où existaient seulement une herminetteet le mere qui sont bien différents. Seul le jade néphrite pourrait en provenir, mais il pourrait tout aussi bien provenir de l’Egypte où on en a rencontré des gisements, comme nous l’avons dit plus haut (2).

Ki, — v. ci-dessus.

Utunga, — action de payer.

Utuhanga, — action de vider l’eau.

Ki, — v. ci-dessus.

Wera, — brûlure, brûler : chaud, être brûlant.

Hongi, — salut avez le nez. *

(1) Bulletin de la Société d' Anthropologie, 1881, p. 130 à 164.

(2) Liv. III., p. 418.

En somme, ces trouvailles, curieuses et intéressantes, n’ont rien de bien concluant pour la question qui nous occupe.

Un seul fait certain résulte de cette étude, c’est que les Polynésiens, en nombre assez considérable, ont dû s’établir sur l’île de Madagascar et y résider pendant assez longtemps, puisqu’ils y ont laissé des traces nombreuses et profondes de leur langue On sait aujourd’hui, et le travail comparatif de d’Urville n’a fait que le confirmer (1), que l’analogie des langues polynésienne et madécasse n’est point due à l’intermédiaire de la langue malayou, puisqu’il existe entre les deux premières une foule de mots communs qui ne se retrouvent pas dans la dernière. C’est ce qui a porté le même écrivain à dire, après Forster, que cela semble confirmer l’hypothèse que tous les langages polynésiens dérivent d’une langue très ancienne « aujourd’hui perdue » ; mais que nous avons retrouvée, comme on l’a vu, à la Nouvelle-Zélande, quoiqu’il ait constaté moins d’identité entre le madekass et le mawi, comme il appelle la langue maori, qu’entre le madekass, le tong'an, le tahitien et l’hawaien. Il suffit, en effet, de comparer le dictionnaire de Madagascar, qu’on lui a donné à l’Ile-de-France et qui remplit le premier volume de sa Philologie, et un dictionnaire malais avec ceux de Tahiti ou de la Nouvelle-Zélande, pour s’assurer que les derniers possèdent plus de mots analogues à ceux du premier qu’à ceux du dictionnaire malayou, malgré ce qu’il a cru voir. Du reste, la citation suivante montrera la prudence qu’il faut apporter dans l’adoption des assertions de d’Urville (2) : « De ce que la comparaison du madekass au hav/aïi donne un chiffre de 0,21 pour l’identité, il ne faut pas conclure que le madekass soit plus voisin du hawaïi que du tonga, car ce résultat serait contraire à la vérité. L’élévation du chiffre d’identité est due à la grande diminution

(U Voir Considérations sur la langue polynésienne dans la philologie du voy. de P Astrolabe, p. 275.

(2) Considérations sur la langue polynésienne, Philologie, p. 271, note.

de celui qui exprime le 110m des mots comparés, etc. » De sorte qu’on peut se demander à quoi bon, dès lors, de pareilles comparaisons.

On comprend très bien que, de Madagascar, il aurait été facile aux Polynésiens de pousser jusqu'en Afrique ; si les preuves sont insuffisantes, elles aident du moins à le faire supposer.

Comme témoignage de l’arrivée des Polynésiens à Madagascar, nous ajouterons ici quelques mots de la langue des Antalotes qui sont regardés, dans les îles Comores, comme la seule race purement indigène. Nous les empruntons à Y Essai sur les Comores, publié en 1870, à Pondichéry, par M. A. Gevrey, ancien procureur impérial. Le studieux écrivain pense que les Antalotes proviennent du croisement des Sémites avec les premiers Africains venus dans les Comores (1). D’après lui, on comprend aussi sous ce nom les descendants des Malgaches, qui se sont croisés avec les Arabes ou avec les Africains, et les descendants des Antalotes croisés avec les Africains. Toutes les nuances originaires, ajoute-t-il, se sont fondues avec le temps, en un type particulier qui se caractérise par :

Une grande taille; un teint jaunâtre ; les cheveux crépus ; la barbe rare ; les muscles bien dessinés ; le Iront haut, mais fuyant ; la tète s’effilant un peu au sinciput ; les veines saillantes ; l’œil vif ; les lèvres un peu épaisses, mais sans exagération ; le nez légèrement arqué avec les narines dilatées.

Suivant lui, à la grande Comore, et à Aujouan, le sang sémitique domine chez les Antalotes ; à Mayotte et surtout à Mohéli, ils se rapprochent davantage du type éthiopique par un teint foncé, un nez épaté et de grosses lèvres.

Fait curieux, les Antalotes portent le nom de Mahoris, Maouris (Maures) comme les Arabes croisés de la côte d’Afrique. Une pareille appellation est frappante, et c’est même elle qui nous donna l’idée de rechercher si la langue des Antalotes présentait quelque analogie avec l’un des dialec-

(1) Probablement de la peuplade de la côte de Mozambique, appelée Zambara.

tes <ie la Polynésie. Or, cette analogie existe non seulement dans la numération, mais encore dans une foule de mots du langage ; si la plupart des mots sont déformés, ils ont encore pour ainsi dire le même son. En voyant que le t, y remplace le r, le f le k, etc, on peut même supposer que ce ne sont pas les mots de la Nouvelle-Zélande, mis en re- ' gard, qui les ont fournis, mais bien ceux qui auraient pu provenir des îles Tunga ou Samoa. Il y a donc là un nouveau témoignage que les Polynésiens se sont rendus, à une époque fort reculée, aussi bien à Madagascar et sur les îles voisines que dans les îles de la Malaisie, et successivement dans les continents.

La langue des Antalotes, la véritable langue nationale des Comores, est un composé de mots souahélis et malgaches ; elle renferme, en outre, plusieurs mots cafres.

Cette langue est relativement parlée dans les campagnes et les villages ; les villes parlent souahéli ; mais le souahéli des Comores n’est qu’un patois de celui de Zanzibar (Gevrey).

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