PREMIÈRE PARTIE
Généralités.
Notre but n’a pas été de réunir tous les cas de polype du bassinet publiés depuis 1919.
Beaucoup d'observations, en effet, sont imprécises, le compte rendu opératoire reste vague, l’examen anatomo-pathologique manque, et surtout le malade n’a pas été revu après son opératüuon.
Jusqu'ici les différentes études d'ensemble avaient eu avant tout pour objet de préciser le diagnostic clinique et la nature histologique de ces tumeurs, qui, avant Albarran, étaient confondues avec les tumeurs du rein.
Nous nous sommes efforcé de rassembler les cas dont l’Évoru- TION, a pu être contrôlée de façon assez précise, afin de pouvoir juger des guérisons opératoires et de leur durée. Nous verrons, en effet, que l’évolution à elle seule doit modifier les indications opératoires, et que celles-ci ont été jusqu'à l'heure actuelle insuffisamment posées.
Définition.
Les polypes du bassinet forment la catégorie principale des tumeurs primitives de cetorgane. Ce sont les tumeurs papillaires, « Papillomatôse Geschwülste » des Allemands, revêtant au point de vue anatomo-pathologique deux aspects différents : Papillome ; Epithélioma papillaire.
Nous éliminons donc une fois pour toutes de cette étude les épithéliomas non papillaires du bassinet, qui se présentent ordinairement sous l’aspect de nodosités infiltrant la paroi, plus ou moins
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saillantes dans la cavité pyélique. Ils sortent du cadre des « polypes », tumeurs pédiculées ou sessiles, villeuses, ainsi désignées par analogie avec les polypes de vessie; nous verrons qu'ils ont avec ces derniers bien des caractères de ressemblance au point de vue descriptif et surtout évolutif. Nous n'insistons pas pour le moment sur l'anatomie pathologique des polypes du bassinet. Nous l’étudierons en même temps que celle des greffes urétéro-vésicales.
Symptômes cliniques.
Avant d'envisager l’évolution clinique de ces tumeurs, 1l nous faut assez rapidement considérer leur symptomatologie : c'est en somme celle des tumeurs du rein, et ceci nous explique pourquoi le diagnostic de polype du bassinet n’est pour ainsi dire jamais posé avant l'intervention.
À. — L’HÉMATURIE
C’est le signe capital, puisque nous le retrouvons dans toutes nos observations sans exception. C’estune hématurie totale, colorant l’urine d’un bout à l’autre de la miction, elle est spontanée, non influencée par les mouvements ou le repos. Son abondance est variable : elle peut parfois persister plusieurs jours sans arrêt, ou bien se produire par petites crises de durée variable. Elle a pu par son abondance entraîner un état d’anémie grave (la malade de l’observation XXXIV a dû subir une transfusion de sang avant son opération).
L'hématurie est capricieuse, apparaissant brusquement pour cesser de même, les urines retrouvant parfois leur limpidité d’une heure à l’autre. Dans la plupart de nos observations, cette hématurie date de plusieurs mois, ou même de plusieurs années : deux ans dans l’observation XXXVII; trois ans dans l’observation I: quinze ans, semble-t-il, dans observation X. Ces tumeurs papillomateuses, richement vascularisées, ont en effet tendance à saigner rapidement. L'hématurie est ici plus précoce que dans le cancer du rein. C’est une hématurie avec caillots, signe important en faveur du diagnostic de tumeur rénale.
Elle est le plus souvent indolore, mais peut être accompagnée
de quelques vagues douleurs lombaires; d’autres fois une crise de colique néphrétique témoigne de la migration de caillots dans l’uretère.
Enfin, fait capital, cette hématurie constitue parfois l'unique symptôme fonctionnel qui amène le malade à consulter. Elle garde donc le même intérêt clinique que toute hématurie d'apparence rénale, et impose une cystoscopie d'urgence, de façon à voir le côté qui saigne (observations XIII, XVIII). Ce sera déjà un gros appoint pour le diagnostic. Sinon, elle peut disparaître pour plusieurs mois, peut-être davantage, et retarder d’autant la décision opératoire : c'est seulement à la quatrième cystoscopie que l’on a pu constater l’origine rénale gauche de l’'hémorragie chez la malade de l’observation XVII.
En résumé, l’hématurie des polypes du bassinet présente exactement les mêmes caractères cliniques que l'hématurie des tumeurs rénales.
Be Tumeur.
La tumeur est un symptôme assez fréquemment observé au cours de l’évolution des polypes du bassinet; Albarran l'aurait rencontrée 8 fois sur 25 cas. Nous la trouvons signalée 5 fois seulement sur nos 37 observations ; mais il ne faut pas s’en étonner, ces gros reins dilatés restant souvent cachés profondément sous le rebord costal et inaccessibles à la palpation la plus attentive.
La tumeur serait peut-être plus précocement observée ici que dans les cancers du rein : en effet, dans bien des cas, le polype du bassinet bouche à peu près complètement l’orifice de l’uretère, d’où hydronéphrose et apparition rapide de la tumeur (obs. X, XX A XXID)
Chez le malade de l’observation XII, il existait une grosse tumeur du volume d’une tête d’enfant, tout à fait mobile à la palpation et par les mouvements respiratoires.
Les lésions rénales sont dans ces cas très accentuées : destruction à peu près complète du parenchyme, qui se trouve réduit à une coque fibreuse plus ou moins épaisse, dilatation énorme des calices et du bassinet.
La situation du polype à la partie inférieure du bassinet et à l'origine de l’uretère explique la gène qu'il apporte à l’écoulement de l’urine ; les lésions rénales sont donc ici secondaires à la tumeur du bassinet.
Mais il est d’autres cas beaucoup plus intéressants dans lesquels