LB TITRE DE PONTIFE DANS LB CHRISTIANISME
le nom de Yanardbeche ou grand- prêtre des Hébreux, comme on lo voit dans la version latine de l'épître aux Hébreux et de l'Évangile de saint Jean ^ Nous touchons ici le point de départ de l'analogie qui a introduit le mot de Pontife dans le christianisme. L'épître aux Hébreux n'est qu'une longue comparaison entre le saceidoce mosaïque et le sacerdoce de J.-C, de sorte que le traducteur, en donnant au Grand-Prêtre des Juifs le titre de Ponlifeœ, dut le donner également à J.-C. ^. On comprend qu'ainsi associé au nom vénéré de J.-C, le litre de Powtife ait perdu aux yeux des chrétiens tout caractère profane. Depuis lors, pour eux comme pour les païens, le Pontife fut le prêtre en général, comme le définit saint Paul : <î: Omnis pontifeœ ad offerendum munera et hostias canstituitur. :s>
Aussi, Arnobe n'hésite pas à parler du pontifical du Christ : « ut enim dix certi certas apud vos habenl tutelasy ita unius pontificium Christi est, dare animis salutem 3 3).
Le sacerdoce chrétien ne pouvait que s'honorer d'un nom porté par le Verbe divin et purifié par lui de toute souillure originelle. Mais, tant qu'il y eut des Pontifes païens, il s'abstint de le prendre pour ne point le partager avec les sectateurs de l'idolâtrie. TertuUien seul devança l'heure, et, dans un accès de bile, lança à l'évêque de Rome, mais comme une injure, l'épithète qui devait lui rester : « Audio etiam edictum esse propositurriy et (juidem peremptorium ; Pontifeœ scilicet Maximus, episcopu^ episcoporum, dicit : Ego et moechiae et fomicationis delicta poenitentia functis dimitto 4. 3) Le pamphlétaire fanatique qui voulait rayer du code ecclésiastique le mot de pardon.
(\) Hebr. IX, 86, XIII, 41. Joann. XVIII. — (J) Hebr. II, 47. IV, 44, 45. V, 4. 5. 40. VI. JO. VII, Î6. VllI, 4. 3. IX, 7. 44. -
(3) Arn. II. 65. — (4) Terlull. DepudicU. 4.
iSi HISTOIRE DU COLLÈGE DES PONTIFES.
choisit à dessein les mots d' aédit p et de P. M. pour ridiculiser le pape en le représentant comme le singe de l'empereur.
Avait-il prévu qu'un jour viendrait où le souverain pontiflcat et l'empire seraient deux puissances non plus confondues, mais rivales, et que le pape traiterait d'égal à égal avec le prince au nom de ce même titre qui paraissait grotesque lorsqu'il l'empruntait à Caracalla pour le transporter au vicaire de J,-C, ?
Le nom de Pontifes fut appliqué aux membres du sacerdoce chrétien aussitôt que le paganisme cessa d'avoir une existence légale. On le trouve déjà dans les canons du concile d'Hippone (397), dans les lettres d'Innocent V (401-417) et les écrits de saint Jérôme, qui l'applique rétrospectivement aux apôtres ^. L'étiquette n'intervint pas tout d'abord pour en réglementer l'emploi ; il arrive par exemple à Sidoine Apollinaire de qualifier la dignité épiscopale de souverain pontificat*; mais . peu à peu, l'ordre hiérarchique s'affirma de plus en plus au sein du clergé, et fixa la langue canonique. Le* titre de P. M. fut réservé à l'évéque de Rome, et celui de Pontifes étendu indistinctement à tous les évoques, et aux archevêques qui, au point de vue du sacerdoce, sont les égaux de leurs suffragants. Un érudit moderne, le P. Morcelli 3, a proposé d'user plus largement, pour reproduire l'ordre des dignités ecclésiastiques, des ressources de la terminologie anlique. Au sommet, le P. M.; au-dessous, l'ordre des archevêques, qualifiés de Pontifices majores ; enfin, les évêipes auxquels on pourrait attribuer l'épithète de minores y si l'on ne préfère leur laisser le titre de Pontifices sans adjectif.
Ainsi, les institutions reUgieuses des Romains, que les
(4) V. ap. Gra?. Thei. V, p. 138. -(I) Sidon. Epist. VUIJi, 45. — (3) lloroelU, Lexic. I, p. 416.