DU SACRIFICE
Le mode de consécration adopté pour les offrandes co* inestibles, en particulier pour les animaux, s'appelait ^acrificium.
Les règles du sacrifice, telles qu'elles étaient formulées dans le rituel, durent soulever plus d'une fois des difBcullés dont il fallut prévenir le retour, en donnant à la lettre de la loi liturgique une exactitude plus grande. Les expressions employées pour désigner Tàge, le sexe, la couleur, l'espèce des victimes, etc., avaient besoin d'être définies, à mesure que l'usage tendait à en fausser le sens. Enfin, de cet ensemble de prescriptions rapprochées et comparées se dégageaient naturellement quelques principes généraux qui furent consignés dajis les Commentaires pour servir de règle toutes les fois que le collège aurait à déterminer le cérémonial d'un sacrifice «on prévu par le rituel.
I^ cérémonial dépend avant tout de l'intention de relui qui sacrifie. Au point de vue de leur but, les sacrifices, et par conséquent les victimes, furent rangés en deux catégories : les sacrifices divinatoires {liosliœ consul taloriœ) et ceux dans lesquels on offrait simplement la victime elle-même (hoshœ animales i\ Celte dernière catégorie pouvait se subdiviser en sacrifices commendatoireSj impé^ traioiresj dépulsoircs ^, selon que ces oflrandei avaient
(I) Macr. I. 7, «8. - (i) Micr. III, 5, U6. Ser?. JEn. IV, 5«. — (S) IMin. XXVIII, i.
9i U& r09(TIFtS ET IX T£\1»1TI01I.
pour objet d*oxpi imer une prière, une action de grâces, un d'opérer une expiation; Ces trois variétés ne différaient guère que par la formule d'invocation, tandis que les sacrifices divinatoires exigeaient un rit tout spécial.
Le but une fois déterminé, il fallait faire clioix d'une victime. Généralement ce choix était facile à faire, car chaque dieu avait ses préférences qui n'étaient pas de simples caprices, mais des goùtâ raisonnes. En effet, l'examen du rituel (it découvrir que la règle fondamentale à observer était de n'offrir aux dieux que des victimes agréables ou antipathiques, parce qu'ils se réjouissaient de posséder les unes et de voir mourir les autres : Viclimœ numinihm aut per similitudiiwm aui pcr cinirarieiaicm immolahantur^. C'est pour cette raison que l'on immolait à Cérès le porc, ennemi des moissons, à Liber, le bouc qui dévaste les vignes ; que les dieux supérieurs voulaient des victimes blanches, les dieux infernaux des victimes de couleur sombre, Vulcain et Robigo des animaux au pelage roux, et que» sauf quelques exceptions, les divinités exigeaient des" victimes de leur sexe. C'eût été offenser Jupiter que d'amener au pied de ses autels ces animaux violents qui personnifient la royauté brutale, le taureau, le verrat, le bélier, tandis que Neptune et Mars aimaient à retrouver en eux la force et l'audace, Apollon, la fierté. Proserpine demandait une vache stérile cotnme clic, et la Terre féconde une vache qui portât dans ses lianes la preuve de sa fécondité. Junon, déesse de la maternité et de la famille, se faisait offrir, outre des vaches, les brebis qui avaient deux agneaux jumeaux pour les accompagner à l'autel {ambignœ oves). Minei^e, vierge par goût mais non par rigorisme, préférait les génisses mais acceptait les vaches, tandis qu'elle ne pouvait pas souffrir le chevreau, Iléau des oliviers. Au contraire, on
(t) Serf. Georg. Il, 380. JEn. III, 118.
GDOIX Dl LA TIGTUIB. 95
offrait aux chastes Muses une truie, parce que c'était humilier devant leur virginité le type de la sensualité bestiale.
Les exceptions à cette règle durent être notées avec soin. Il fut entendu que le sacriQce des suovetaurilia offert à Jupiter» à Toccasion des triomphes, n'entamait pas le principe : quod tamen ideo admissum est^ quia non tantum Joviy sed et aliis deis qui bello prœ$vnt sacrificabatur *. A plus forte raison les Pontifes inséraient^ils dans leurs Commentaires les modifications qu'ils avaient apportées sous ce rapport aux usages et les motifs qu'ils avaient invoqués. Le sénatus «consulte qui permit de remplacer aux fériés latines les bœufs blancs par des bœufs roux, beaucoup plus communs ', suppose un décret ponliHcaU On ne voit pas trop non plus où Varron aurait trouvé, si ce n'est dans les Commentaires, que Sicinius Dental us fut le premier qui offrit à Mars des nefrendi stœs, c'està-dire de jeunes porcs ou des verrats châtrés *. Il n'y a également que les Pontifes qui aient pu interdire de sacrifier les poules à bec et à pattes jaunes ^.
Lorsque les appétits des dieux laissaient à leurs adorateurs quelque latitude dans le choix des victimes, il fallait prendre en considération le but du sacrifice. I^es expiations étant d'une importance capitale, les Pontifes furent amenés à classer les victimes d'après leur vertu expiatoire, afin de pouvoir, le cas échéant, proporlion ner le remède au mal. l^armi les diverses espèces, on reconnaît facilement que le porc et surtout la truie jouissent au plus haut degré de cette vertu. Du reste, le sexe féminin avait sous tous les rapports une supériorité recomiue ; aussi était-il ordonné de sacrifier des femelles aux dieux qui ne se contenteraient pas des mâles : In
(I) Serf. JSn. IX, 617. — (î) Ara. II, 68. - (3) Falp. Plunc. Exf. serm, antiq. Varr. il. r. II, 4, 17. — (4) Plin. \,M, 77.
S5 LES rO.\TlF£$ ET Là TRADinON.
omnibus sacris fmminei yeneris plus valent victhnœ. Den> que si per marem litare non passent^ succidanea dabatur fœminUj si autem per fœminam non litasscnt, succidanea adhiben non fiçterat ^.
S'agissait-il de demander aux dieux une faveur? Les Pontifes consultés avaient besoin, pour approprier le eacriûce à la nature de la demande, d'un principe général applicable à tous les cas. Ce principe, sM en faut croire Servius, était de symboliser dans la victime le vœu de celui qui ToCTrait, S'il voulait hâter la (in d'une muladic« rachôvement d'une œuvre, il choisissait une victime arrivée à l'âge qui lait présager une fia prochaine; une victime jeune indiquait au contraire qu'il priait pour la conservation et Taccroissement de l'objet do ses pensées : In rébus quas volebanl finiri ceicrius^ senilibus eijam decres^ cenlibus aninialibus sacrificabant : in rébus vero quas au^eri et confi)7nari volebanl^ de minoribus et adhuc crescenlibus immolabant ^. Ce raffinement ingénieux n'était pas toujours possible, car généralement les dieux ava'cnt fixé l'âge que devaient avoir leurs victimes 3. En conséquence, les Ponliles rangèrent les victimes, au point de vue do l'âge, en deux catégories, les adultes (hosliœ majores) et les jeunes (liosiiœ lactentes^). Mais le vulgaire, ou peutêtre même la théologie, se servit des mêmes mots pour distinguer les victimes au point do vue de lespcce. Uoslice majoresy dans ce sens, signifie les grandis animaux d^ Tespèce bovine, appelés wssi cictimcBy Xandis que IwsUœ^ sans épithùte, désigne les petits animaux et particulièrement les moutons ^ . .
J.e droit pontifical précisait non-seulement jusqu £^ quoi âge, ^ais à partir de quel âge les animaux étaient ron-
<l)S4nMr. £fi. VIll, 641. — («)Sm. JSn. MI, 170. — (3) Serv. £n II, îOf. — (4) Cic. l(g. Il, 1ï. — ^5) FroUo, De diff, toc. p. 4S2. iMcdiul.
unnx ofi iji VICTIME. "97
gcs dans la catégorie des hostiœlactenles. Immédiatement après leur naissance, ils étaient considérés comme impurs, et ne devenaient pursj c est-à-dire propres au saci ilice, qu'au bout d'un bps de temps déterminé et' différent pour chaque espèce. Ainsi ceux qui appartenaient à l'espèce bovine n'étaient purs qu'au bout- de trente jours ; les moutons pouvaient être sacrifiés au bout de Luit jours. Telle était du moins la règle générale jusqu'au pontificat de Ti. Coruncanius qui, se fondant sans doute $ur la tradition mieux interprétée, déclara imimrs tous les ruminants^ui n'auraient pas encore de dents^ux deux rangées : Coruncanius rvmiuales Iwstias donvc bi* dentés fièrent j pnras negavU ^ . Si le docte tliéologien inséra celte décision dans les Commenlaires, ce fut sans doute sans lui donner un caractère obligatoire et sans $'expliquer bien nettement ; autrement, on ne comprendrait pas que le sens du mot bidentes soit devenu, deux siècles plus tard, un sujet de discussitîn entre les érudiU. Les uns entendaient par là des animaux de deux ans, sans songer qu'un veau de deux ans est bel et bien un bœuf; les autres, des animaux ayant deux dents en saillie; le sens le plus probable est celui qui parait avoir été le moins goùlé *. Pour les porcs, il semble que les Pontifes n'ont pas fixé ou n'ont pas maintenu à leur égard de règle bien précise. Pline prétend que les cochons de lait sont purs le cinquième jour après leur naissance ; selon Varron, c'est au bout de dix jours seulement qu'ils sont aptes au saciifiee et prennent dans la langue liturgique le nom de sacres ^. Quant aux poissons, sacrifice assez rare du reste a Rome, une loi de Numa, analogue à celle de Moïse *, écartait des autels ceux qui n'avaient point
(I) Plin. Vlll, 51. - (t) Paul. p. 4. Oeil. XVI, 6. Muer. Vf, 9, 4-8. Serv. £n. iV, 57. VI, 39. -(i) Varr. R. r. II, 4, IC. ~ (i) Letit. XI, i).
98 LES rO.XTIFES ET LA TRADITIO:i.
crocailles : Numa constituit ut piscts qui squamosi non essent ni pollucerent *. — {Polluccre licei) pisces quibus est squama, prœter scarinn *.
L'espèce, le sexe, Tàge do la victime une fois dctTminôs, il pouvait arriver que l'on n'eût point sous lu main d'animal réunissant toutes ces conditions. Lorsqu'une légère dérogation à la règle pouvait tirer d'embarras, les Pontifes l'autorisaient; c'est ainsi que, les bœufs blancs se faisant rares, Jupiter l^aliaris accepta des bœufs roux, et Jupi'er Capitolin poussa l'indulgence jusqu'à prendre pour blancs des bœufs blanchis à la craie ^. Mais lorsque l'animal demandé manquait, les Pontifes, résolus à maintenir l'immuabilité de la loi religieuse et à sauver à tout prix la lettre du rituel, eurent recours à la siibstilution, artifice effiontément naïf dont les dieux consentaient à être dupes. En voici la théorie et Tapplicalion : Sviefidumj in sacris simulata pro veris accipi : vndc qiium de animalibus qiiœ- difficile inveniuntur est sacrificandum^ de pane vcl cera fiant et pro veris acci^ piuntur ^.
Ce subterfuge, qui n'étonne pas dans un pays où tou'e la religion consistait dans Tobscrvance littérale des formules, n'est point d'invention pontilicale ni particulier à la religion romaine. Le principe de la substitution est l'essence même et la raison d'être du sacriûce. Le sacrifice est avant tout une expiation : or, l'expiation doit frapper le coupable, et c'est ainsi que l'entendait, à Rome même, la religion primitive qui livrait aux dieux et déclarait sacrés les criminels. Mais il dut arriver que des coupables étaient assez puissants wx assez aimés p^ur se soustraire à l'expiation, que des sociétés, croyant être en butte à la colère divine, voulaient se purifier sans
(•) Pliii. XXXI, 40, — (î) Fesl. s. v. Pollucae. — (3) Juv. Sot. X. 6o. — ^4; Scrv. JE/i. 11, 446.
SUBSTITtJTlON DBS VICTIMES. 99
se détruire; alors, les uns et les autres imaginèrent de sacrifier à leur place des hommes qui, par une fiction légale, endossaient la responsabilité des crimes à expier. C'est une substitution entre semblables, ou du premier degré. Toutes les religions antiques ont accepté cette fiction, et le christianisme lui-même ne pourrait, sans oublier le premier de ses dogmes, la trouver ridicule. Ce principe une fois admis, il n*y avait plus qu'un pas à faire pour mettre la piété d'accord avec l'humanité ; les dieux, de plus en plus complaiisauts, se contentèrent du sang des animaux ; ceux d'entre eux qui ne voulurent pas renoncer à leurs anciennes habitudes lâchèrent la proie pour l'ombre et laissèrent remplacer sur leurs autels les hommes par des poupées. C'est une substitution du second degré. Naturellement, il fallait à ce marché conclu entre la terre et le ciel le consentement des deux parties; aussi les rituels sont-ils généralement donnés comme dictés par la divinité elle-même.
11 faut reconnaître que la religion romaine fut une des plus empressées à abolir les sacrifices humains. La bizarre cérémonie des Argées montre que Taii des substitulions date de loin à Rome. Le pieux Numa passe pour ravoir pratiqué avec succès. Un jour, dit la légende, les enchantements de Picus et de Faunus, devenus les humbles serviteurs du roi, avaient fait descendre Jupiter. Le dieu irrité dit à Numa : <l 11 faut, pour faire l'expiation, des têtes — d'oignons, interrompit Numa — d'hommes, continua Jupiter. i> Numa voulut encore éluder cet ordre cruel : € Avec leurs cheveux? demanda-l-il. — Avec de vivants... répondit Jupiter — anchois, se hâta de dire Numa^ > Jl parait que Jupiter désespéra de se faire comprendre et Numa supprima ainsi un sacrifice humain sans qu'il en coûtât rien à sa conscience, car la
(l)Plul. Kvm 15. Irad. Picrron.
stratagème lui avait été révélé par Egérie, et Jupiléf sVil retournait enchanté de son interlocuteur. Les dieux infernaux durent être moins accommodants. Cependant la déesse Mania et ses enfants, les Lares, habitués d'abord aux sacrifices humains, se contentèrent de figurines en pâte [maniœ) ou en laine {pilœ)y de têtes d'ail et de pavot, lorsque le consul M, Junius Brutus, pressé d'abolir les actes de la tyrannie, interpréta d'une manière philanthropique, l'oracle d'Apollon appliqué à la lettre par Tarquin-le-Superbe — %U pro capitibus capilibus supplices retur^. Dis Pater et Saturne, à l'exemple de Mania, acceptèrent, l'un des poupées à forme humaine (oscilla), l'autre des flambeaux, grâce à Hercule qui profila, avec une finesse de grammairien, d'une é^iuivoque de la langue grecque pour interpréter l'oracle : Kai x^z^ld^ 'Atiri xm. tw rarp^ iréaireTC (fôna *. On apprit aussi à tromper la soif sanguinaire des Mânes en jetant sur les cadavres un voile couleur de sang : il est vrai que plus tard, depuis les funérailles de D. Brutus Pera (2Gi), les sacrifices humains que leur offraient les âges barbares leur fuirent rendus sous la forme de combats de gladiateui^s ^,
Ces contes puérils, fabriqués dans le but d'expliquer les cérémonies les plus mystérieuses du culte, n'auraient pu prendre place dans les Commentaires que par interpolation, et il est probable que ceux dans lesquels figure Hercule, et l'Iûstoire des anchois de Numa, traitée de ridicule par Plutarque, ne reçurent jamais du collège pontifical ce certificat d'authenticité ; mais la date précise assignée au décret de M. Junius Brutus semble prouver que le fait était consigné dans les archives. II. y a plus, l'omnipotence attribuée au consul dans le règlement
M) Macr. I, 1, 3i. Paul. p. 4Î8, 239. — (J) Macr. I. 7, 31. Cf. Serv Georg. W, ô6\). — (3) Soft. Jîn. Ili, 67. Li?. Epit. 46. VuK Max. il, 4, 7.
SCBSTITimON DBS VICTIMES. iO\
d^une question qui aurait dû être en dehors de sa compétence, ferait croire que ce fait est plus vrai que l'iiisloire oflieielle, et que l'autorité royale s'est maintenue quelque temps inlacte aux mains des magistrats de la république. Tous ces exemples, authentiques ou non, justifiaient amplement les substitutions ordoimées ou permises par les Pontifes à Tépoque historique, il ne s'agissait plus d'abolir des sacridces humains dont le nom seul subsistait encore dans la liturgie nationale*, appliqué à certains sacrifices expiatoires ollerts e ritu humano ^ >, mais de tourner les difUcultés qui pouvaient s'opposer à l'exécution des foimalités prescrites par le liluel. Ainsi lors» que l'Arlémis grecque se fut identifiée à Diane, ils permirent non-seulement d^offrir des biches à Diane, mais encore de substituer aux biches des brebis décorées de Fépithète cervaria : — Cervaria ovis quœ pro cerva immolabatuT *. Si l'on préfère expliquer autrement ce passage et von* dans la cerva une esclave fugitive, nous sommes en présence d'une substitution du second degré, analogue à celle du bélier accepté par le droit criminel eomme Téquivalent d une tôte humaine ^. Le désir d'àjouter à l'éclat des fêtes de Gérés fit introduire l'usage d offrir à la déesse des truies d'or ou d'argent *. Celaient là des fantaisies coûteuses ; en revanche, les petites bourses durent avoir plus d'une fois recours aux victimes de pâte, invention rcn'»uvelôe des Grecs et môme des Égypliens. Hérodote raconte qu'en Kgypie les pauvres pétrissaient des porcs en pâte et les faisaient cuire pour les sacrifier ; Pythagore passait pour avoir immolé une vache de pâte : Empédocle l'imita ; les Locriens sacrifièrent un jour une vache de bois ; les Gyzicéniens, bloqués par Lucullus, se souvinrent aussi de cet exemple et fal)riquùrent une
M) r.ell. V, «î. Piml. [% 40o. — (5) Paul. ». v. — (a) Cf. Ce nos. XXII, 13. V. L Prdier, Mm Uyth. p. Î54 - (4; Fe^t. p. l3*.
génisse noire en pale pour Toffrir à Proserpine ^.
Quelquefois il fallait, non pas modifier la matière, mais changer le lieu d*un sacrifice ou d'une fête. Les Pontifes résolvaient le problème de la morne manière, en transportant au lieu sub^^titué le nom du lieu marqué par le rituel. Lorsque les inondations du Tibre, si fréquentes au printemps, empêchaient de célébrer au Champ- de-Mars la fête des Equirria, les courses avaient lieu sur le Cœlius, dans un endroit qui prenait pour la circonstance le nom de Champ-de-Mars ^. L'an 12 après J.-C, Auguste assigna son Forum pour théâtre à cette solennité, sans doute en observant les mêmes précautions K L'emploi continuel de ces expédients familiarisait les Romains avec les fictions légales, et Ton comprend que personne n'ait ri lorsque les Fétiaux allèrent gravement déclarer la guerre à Pyrrhus sur la frontière d'une Epire tracée au milieu du Champ-de-Mars. La religion n'était qu'un ensemble de formules; elle n'était pas de celles que la lettre tue.
Enfin, avant de sacrifier la victime, il fallait la soumettre à un examen scrupuleux (probatio)^ pour constater qu'elle possédait les qualités physiques exigées par les dieux *. Les Pontifes, appliquant les données d'une longue expérience, avaient précisé les motifs d'exclusion pour les victimes en général et pour chaque espèce en particulier. Tout animal boiteux était impropre au sacrifice ; le veau dont la queue était trop courte pour atteindre le pli du jarret, le mouton qui avait la queue en pointe, la langue noire ou l'oreille fendue, devait être rejeté ^. Cependant, on n'exigeait des animaux sans défauts que lorsque le rituel demandait des victimes de choix. L'épithète qui désignait ces dernières était différente selon
(1) llerol. H, 47. Porphyr. Vit. Pyth. Plut. Frov.Âîex. Î4. It/r»///, 40. — (î) Paul. p. 434. — (3) Dio Cass. LVI, î7. — (4) Serv. JEn. \Uy ra. — (5) Piia. Vlll, il'}y 70. Serv. £n. VI, 39.