‹ Les populations dangereuses et les misères socialesChapitre 1 sur 59 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le mouvement financier et industriel des dernières années a multiplié le nombre des oisifs.

Ce n'est pas la capîkale seule qui possède les inutiles ; les plus petites villes, les bourgades ont leurs oisifs.

Le remplacement militaire constitue toujours des divisions entre les citoyens, et le maintien de Tordre reste presque exclusivement attribué à ceux qui ont le moins d'intérêt à sa défense.

C'est toujours dans des casernes, hospices ou hôpitaux et non dans les familles, qu'on élève les enfants abandonnés ou les orphelins, et qu'on entretient les vieillards.

Nous n'avons fait aucun pas sérieux dans la voie de la suppression progressive de l'hospice remplacé par la famille, et des secours aux malades donnés à domicile pour diminuer le nombre des lits d'hôpital.

Nous continuons donc à posséder de magnifiques casernes pour le paupérisme, dans lesquelles chaque malade coûte 2 ou 3000 francs par an, quand il n'en coûte pas 5 à 6000.

Absorbée par les inquiétudes de la politique, la haute administration ne se préoccupe pas des catégories dangereuses de la société; pas plus de provoquer des mesures préventives ou réparatrices que d'assurer, en modifiant le sort des libérés, la tranquillité publique et la diminution des crimes et des délits.

. La mendicité, défendue partout, est partout florissante, c'est une industrie comme une autre.

Les chemins de fer avec leurs embranche* ments sur tous les points donnent aux malfaiteurs de tout ordre une facilité prodigieuse ; Jud est resté impuni ; l'assassin du D' Constantin James n'a été arrêté que par hasard. On n'a encore proposé aucune mesure nouvelle pour

opposer la surveillance de radministration aux facilités nouvelles que trouvent les criminels^

Il n apas été davantage adopté de dispositions légales pour débarrasser le territoire de Tarmée roulante des 40,000 libérés soumis ou non à la surveillance légale, et qui parcourent incessam-' ment la France d'une extrémité à l'autre sans pouvoir se constituer des conditions de travail et d'existence régulières*

La transportation n'est encore qu'à l'état d'essai et au lieu d^envoyer dans nos colonies les récidivistes correctionnels, nous laissons les espaces vides aux déclassés des autres nations.

La prostitution réglementée tend à diminuer, en revanche la prostitution irrégulière^ clandestine, s'étend dans les plus vastes proportions ; la grisette a disparu, l'amour est devenu une affaire en commandite, et les maladies syphilî-^ tiques augmentent dans une proportion inquiétante pour la santé publique.

Nous ne faisons rien pour faciliter le travail aux ouvriers ; la mairie donne des indications sur les logements à louer, elle ne fournit aucun renseignement sur les besoins du travail.

L'enseignement primaire fait encore défaut à de nombreux enfants; et plus du tiers de la population de la France ne sait ni lire ni écrire.

L'instruction et Féducation des jeunes filles continuent à être livrées presqu'entièrement à des maîtresses qui n'ont pas de diplômes pour prouver qu'elles savent ce qu'elles sont chargées d'enseigner, et qui ont fait vœu de célibat pour élever de futures mères de famille.

Le salaire des femmes n'a pas été augmenté ; il est à peu près impossible à celle qui veut rester honnête de vivre avec le seul produit de son travail.

Un grand nombre d'occupations qui devraient être réservées aux femmes sont exclusivement attribuées à déjeunes hommes valides.

Le nombre des célibataires s' accroît sans cesse ; on hésite dans les temps troublés à s'imposer des devoirs de famille*

Nous n'avons pas voulu dans ce volume traiter les questions brûlantes de la politique sociale ; pouvons-nous, cependant, ne pas rappeler qu'il existe une société internationale des travailleurs qui tend à supprimer, en même

temps que le capital, la bourgeoisie et la propriété individuelle?

Toutes ces plaies sociales que nous venons de constater ne sont-elles pas visibles pour tous ? et leur gravité n'est-elle point de nature à inquiéter tous ceux dont les réflexions s'arrêtent siir l'avenir prochain, sur la situation morale du pays? Il est évident ^ en effet, que le nombre et l'importance des plaies sociales sont pour beaucoup dans le désordre moral qui paraît trop général pour qu'on puisse espérer le rétablissement du calme par l'adoption seule de quelques mesures de replâtrage et en reconstituant le modus vivendi de 1833 ou de 184S.

Le meilleur moyen de combattre le socialisme, c'est de marcher en avant et d'empnmter à son programme tout ce qui est juste et praticable. Quand tout craque, quand le danger social grandit tous les jours, peut- on, comme seul remède, offrir la désorganisation administrative qu'on appelle la décentralisation?

Il faudrait, au contraire, donner à l'administration centrale une impulsion puissante, com-

biner des mesures salutaires; proposer des modifications aux lois mauvaises ou insuffisantes.

Jamais autant qu'aujourd'hui Tadministration qui doit nous donner la sécurité n'a eu besoin d'avoir à sa tète une main plus vigoureuse et un esprit plus éminent, se préoccupant pour toute la France de la sécurité publique, des populations dangereuses et des plaies sociales.

Quant àTauteur de ce volume, en publiant un résumé d'études et d'observatioas faites depuis de longues années, en appelant l'attention sur des questions d'une actualité palpitante, en proposant quelques mesures dont l'utilité parait incontestable, il croit remplir un devoir, et il sera amplement satisfait^ si ses observations étant prises en considération, il peut contribuer à rendre moins grave et à ajourner un péril qu'il faut être aveugle pour ne pas voir.

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