‹ Les populations dangereuses et les misères socialesChapitre 12 sur 59 · Partie, le personnel des maisons centrales et celui · texte numérisé non relu

Partie, le personnel des maisons centrales et celui

^^s maisons d'arrêt et de justice départementales.

En 1869, 8,703 individus ont été condamnés

pour vagabondage et 7,629 pour mendicité.

La direction du service des prisons tient en trèsmauvaise estime les vagabonds et les mendiants; elle ^nsidère cette catégorie de malfaiteurs comme

une des plus dangereuses et def^ moins dignes d'intérêt.

L'appréciation des directeurs de colonies de jeunes détenus est plus sévère encore. Suivant ces fonctionnaires, les jeunes mendiants constituent la partie la plus corrompue, la plus inerte, la moins intelligente des établissements correctionnels; leur aversion pour le travail est insur/nontable et s'ils subissent passivement la discipline de la maison, elle est impuissante à les corriger de leur paresse et de leurs vices. Mis en contact avec des enfants d'un caractère plus énergique, ils obéissent à l'impulsion générale et suivent de loin leurs camarades qui leur donnent l'exemple du travail. Si on les réunissait tous ensemble, on ne pourrait tirer aucun parti de ces natures apathiques sur le&quelles Taraour-propre et les autres moyens d'émulation n'exercent aucune influence.

Sur les 30 ou 40,000 arrestations qui ont lieu à Paris, chaque année, 15,000 sont exercées contre des vagabonds ou des mendiants. Un certain nombre d'entre eux étaient sortis de prison le matin et ils étaient arrêtés le soir.

Le fait s'explique facilement; un mendiant ou un vagabond sort de prison, il est mal vêtu, il n'a pas d'argent, que veut-on qu'il devienne ? où trouvera-t-il du travail s'il veut sérieusement travailler ? n'est-il pas exactement dans la situation du libéré condamné à la surveillance légale, et ne serait-ce pas surtout pour les mendiants vagabonds qu'il y

aurait urgence à créer des refuges et des sociétés de patronage ?

Il ne faut donc pas s'étonner si, dans Tétat actuel des choses, et malgré Técriteau placé à l'entrée de chaque commune pour annoncer au public que la mendicité est interdite, on voit les mendiants exercer leur industrie au grand jour et sans être, le moins du monde, préoccupés de la défense administrative.

Pour prendre un exemple, nous allons emprunter quelques chiffres à un rapport préfectoral fait, il y a une quinzaine d'années, dans un des départements agricoles les plus riches de la France.

Dans 200 communes de ce département, 2,962 mendiants vivaient spécialement de la charité publique sans être inquiétés dans l'exercice de leur industrie : 1,221 hommes et femmes; ils avaient à leur suite 2,389 enfants.

A côté d'eux, 1 ,4S8 individus étrangers au pays vivaient par les mêmes ressources, l'appel h la charité publique.

Parmi les mendiants indigents^ 1,450 étaient propriétaires de leurs maisons et 1,512 seulement étaient à loyer.

On peut écrire que la situation est la même, si elle n'est pas plus mauvaise encore dans le plus grand nombre des départements, quand on voit qu'à Paris, ville où la police a tous les moyens d'exercer son action, le nombre des mendiants valides n'a jamais été plus considérable qu'aujourd'hui.

Nous venons de dire ce que nous avons pu constater personnellement dans Tun des départements agricoles les plus riches de France; le préfet actuel des Côtes-du-Nord qui est, à la fois, un économiste distingué et un homme de cœur, vient de faire établir une statistique pour constater l'état actuel de la mendicifé dans son département (1872). Or, malgré la mauvaise volonté ou la négligence de quelques agents qui l'ont mal renseigné, il a dû constater un nombre minimun de 2S,000 mendiants des deux sexes.

Un certain nombre de ces individus sont propriétaires, ils laissent leur travail un jour ou deux par semaine pour venir dans les villes faire appel à la charité publique; une partie de la recette est utilisée pour rivrognerie, qui, on le sait, se développe largement dans les Côtes-du-Nord, où le chiffre des enfants qui ne vont pas à l'école s'élève à 2S,000, juste celui des individus qui se livrent à la mendicité; cette similitude des chiffres a son éloquence.

Il est encore évident que dans les chiffres de la statistique ne figurent pas les mendiants indigents, les vagabonds ambulants, marchands de paniers, chanteurs et musiciens, les chercheurs d^ouvrage, non plus que cette masse d'enfants français ou étrangers engagés par des entrepreneurs généraux qui vivent largement de l'exploitation de ces petits malheureux.

Des femmes, qui font garder leurs propres enfants chez elles, louent de pauvres petites victimes qu'elles montrent au public pour exciter sa gêné-

rositë. Tous les petits musiciens étrangers, les petits ramoneurs, recueillent Taumône au bénéfice des gens qui les ont loués à leurs parents*

Nous ne pouvons donc pas admettre comme exact le chiffre donqé par le recensement officiel de 1866, qui porte à 37, 854 seulement le chiffre des mendiants de toute la France ; ce chiffre ne comprend évidemment que le nombre de ceux qui avouent carrément la situation, mais non celui de tous ceux qui s'adressent uniquement pour vivre à la charité publique; à l'appui de notre estimation à ce sujet, nous avons les chiffres des arrestations et des condamnations des mendiants et des vagabonds en 1869; la justice a traduit 7,489 vagabonds devant les tribunaux correctionnels, 8,703 ont été condamnés ; 8,005 mendiants ont été envoyés der vant les juges, 7,629 ont été condamnés.

Dans l'état des choses, les mendiants restent, à la suite de la condamnation, à la disposition de l'autorité administrative qui les renvoie dans la commune où ils résidaient et où ils s'empressent de reprendre leurs habitudes. Elle peut également les détenir pendant un certain laps de temps dans un dépôt, qui tient à la fois de l'asile et de la prison.

Les dépôts de mendicité ne sont pas cependant très-nombreux, grâce à cette facilité que la loi lionne au préfet de pouvoir, pendant plusieurs seinaines, conserver le mendiant à sa disposition dans les prisons départementales.

Le préfet de police envoie les mendiants valides, qu'il veut punir et qu'il espère corriger par

a coercition, dans la maison de répression de Saint-Denis^ près Paris, où ils sont détenus pendant plusieurs semaines. Quant aux mendiants incorrigibles et dont on ne peut espérer l'amélioration morale, ceux qui sont considérés comme incurables sont envoyés à Villers-Gotterets^ dépôt de la mendicité qui peut contenir les individus des deux sexes. La loi défend la mendicité et le vagabondage; c'est de toutes nos lois celle dont Texécution importe le plus au maintien de Tordre social. On commence par mendier, puis on devient vagabond, et dès lors la société a devant elle un ennemi de plus, un ennemi que rien n'arrêtera; car il faut bien qu'un vagabond vive, qu'il mange, qu'il boive surtout. Si le produit de l'aumône est insuffisant, il commencera par les menaces, continuera par le vol , il finira peut-être par l'assassinat, quand il aura appris dans les différentes prisons d'arrêt et de justice et dans la maison centrale la pratique

des manœuvres du monde criminel.

II faut que les tribunaux correctionnels cessent de déployer pour les mendiants et les vagabonds une indulgence funeste au bon ordre; ii faut que chaque commune possède son bureau de bienfaisance et que les budgets d'hospices, venant en aide aux communes les plus pauvres, aucun être humain malade ne demeure sans secours, qu'aucun individu valide ne reste sans travail et sans pain.

Ceci fait, on devra alors condamner absolument au maximum de la peine le mendiant et le vagabond, et leur infliger, en cas de récidive, la trans-

portation au lieu de les soumettre à la surveillance de la haute police.

Il ne faut pas qu'on s abuse sur ce point; tout mendiant valide est sur la route pour devenir bientôt un vagabond, puis un voleur; en dernier lieu, un récidiviste et un des habitués les plus dangereux des maisons centrales.

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