De Bonstetten. Recueil d'antiquités Suisses
3. Mat.^ 3» série, tome III, 1886, p. 360. L. Clos et Z. Robert : Rapport sur les fouilles des tumulus de la nécropole gauloise de Gevincey (Jura) .
corps, dans les petits monlieHks, était simplement enfoui en pleine terre, à peine protégé par nne nuigée de pierres plates ; dans les grands, il était toujours recouvert par une voûte formée par plusieurs rangées de pierres brutes, minces et larges. Le mobilier se composait de fragments de poterie, de bracelets en bronze et en jayet, d*un torque et d'un rasoir demi-circulaire.
Près du chemin de fer de Lons-le-Saunier à Champagnole, sur le territoire de la commune de Conliège, s'élèvent les tumulus de la croix des Monceaux ^ On y a constaté les deux rites de l'incinération et de l'inhumation. Dans le cas de l'inhumation, le squelette était couché sur le dos, le bras gauche ramené sur la poitrine. Une couche de pierres brutes, jointives et soigneusement arrangées, formait le plancher du tombeau qui contenait en outre un bracelet ouvert en bronze et les débris d'une épée en fer longue d'environ 0",50.
13. Ain. — A Bregnier *, non loin de Pierre-Chatel, on a trouvé une sépulture inhumée recouverte de pierres brutes. Un mobilier funéraire l'accompagnait; il était composé d'une magnifique épée en bronze, du type à poignée pleine et à pommeau plat, de bracelets ouverts et d'un sistre ou tintinnabulum à anneaux.
14. Savoie^ Isère ^ Hautes et Basses-Alpes. — Les sépultures des nécropoles des Alpes françaises sont réparties dans toute l'étendue de ces quatre départements. M. Ernest Chantre ^ les classe géographiquement en quatre groupes qui sont, en allant du nord au sud :
1 . Mat.^ 3» série, tome IV, 1887, p. 503. H. Chevaux et Z. Robert : Rapport sur les nouvelles fouilles faites à la Croix-des-Monceaux, territoire de Conliège.
2. Mat., 3« série, tome III, 1886, p. 491. Edouard Chantre : Sépulture de Tâge du bronze dans TAin.
3. 3/fi^., janvier 1878. E. Chantre: Les nécropoles du. premier âge du fer des Alpes françaises.
i*' Groupe de la Maurienne et de la Tarentaise (Savoie) ;
S*" Groupe de la vallée du Drac et de TOisans (Isère) ;
3** Groupe de la vallée de la Durance et le Queyras (Hautes- Alpes) ;
40 Groupe de la vallée de TUbaye ou de Barcelonnette (Basses- Alpes).
Les tombeaux, qui constituent ces groupes, sont tous à inhumation. Le corps avait été déposé dans une chambre rectangulaire construite avec des blocs erratiques de petite dimension. Il était couché sur le dos et portait parfois de riches ornements : bracelets, fibules, chaînes, pendeloques dont les types peuvent être cxmparés avec ceux de Hallstatt. Toutefois, ce qui caractérise ces sépuîtaiés, c'est îh. rareté des ustensiles, outils ou armes, et Tabsence de ces bracelets en jayet communs en Franche-Comté et dans le Jura. Néanmoins, les particularités observées sur les parures permettent de rapprocher les nécropoles alpines des tumulus bourguignons, franc-comtois et suisses.
M. B. Tournier * a signalé sur la pente de Tun des contreforts du Viso, aux Raux, près de Saint- Véran, l'existence de sépultures parmi lesquelles celles d'un guerrier muni de ses armes. On trouva un casque fait de minces lames de bronze déposées sans doute sur une forme en bois ou en cuir. Un poignard et une hache ou ciseau à rebord complétaient son armement. Mais ces découvertes d'armes ont été rares jusqu'à présent.
Quoi qu'il en soit, le mort était placé dans son tombeau mimi des ornements dont il aimait à se parer, mais les survivants ne plaçaient pas, près de son cadavre, des offrandes pour le soutenir dans le grand voyage d'outre-tombe. D'autre part, aucune trace de vaisselle n'a été signalée par
1 . Ma/., avril 1877. B. Tournier : Essai d^un inventaire d'archéologie préhistorique du département des Hautes-Alpes.
264 LES POPULATIONS PHIMITIVES
forme et de grandeur difTércntes, petites coupes et soucoupes. Quelques-unes de ces dernières contenaient des os de volaille. Ces poteries sont en terre noire; quelques-unes d'un grain très fin. Les coupes noires sont entourées d'uo liseré jaune qui court en cercle à la partie supérieure. On a rencontré également des lampes en certaine quantité, une fibule en or, quelques fragments de fer et de cuivre .
Bien que les tombes n'aient pas été violées, on n'a recueilli aucun autre bijou.
Eu Algérie, comme en Tunisie, on a découvert un grand nombre de nécropoles à inhumation qui s'étendent jusque dans le sud de la province d'Alger. Entre Bou-Saada et Laghouat, en suivant les pentes du Djebel Bou-Kabil et la ligne des K'cour au nord de l'oued Djedt, j'ai eu roccasion de reconnaître les emplacements de plusieurs groupes de tumulus depuis Aïn-Rich jusqu'aux environs d'El-Assaâa '. Le gisement de ces tombelles descend au sud de Laghouat, sur la roule du M'zab ; on les retrouve à la daïa de Nilt, à la dala de Tilghomt, au nord de Berrian près des cols accidentés de la région appelée Chebka, entre l'oued Settafa et les oasis du M'zab, On en a encore fouillé a. El-Hengoub, à l'est des précédents '.
Ces tumulus, hauts de 0",75 à i^.SO, d'un diamètre de 4 à 7 mètres, sont en grande partie formés de pierres brutes accumulées. Quelquefois, ils renferment dans leur massif des cromlechs faits de pierres jointives disposées sur le sol rocheux suivant un cercle concentrique à la base du tertre. Au centre, se trouve aussi parfois un véritable tombeau en dalles brutes, placées avec soin les unes à côté des autres. C'est dans cette caisse que repose le squelette,
d'ethnographie, 1886. Colonel Edgsrd Polliier : Les tuoiuluE
î Tilghemt.
n de la Société archéologique de la province de Conalan-
Coust à Charenton(Cher), renfermait deux sépultures à inhumation. Dans la première, le squelette, orienté de l'ouest à Test, était protégé par une sorte de caisse en grosses dalles de pierre, large de O'^,5o et se prolongeant à l'",10 à partir de la tête ; il avait un bracelet à chaque bras et au cou un torque. La seconde sépulture se composait d'un cadavre ayant la tète au nord-nord-ouest et les pieds au sud-sud-est ; au bras gauche, un bracelet; entre les genoux, divers fragments de poterie, et, à peu de distance, un gros fil de bronze. La poterie, d*une pâte noire, grossière, fortement mêlée de parcelles de cailloux, peu ou point cuite, portait de nombreuses traces d*ébauchoir et quelques dessins géométriques.
Le tumulus du Colombier, commune de Saint-Just, à 300 mètres environ de la rive gauche de TAuron, recouvrait trois squelettes, dont Tun avait à chaque bras un bracelet en fil de bronze, au cou un torque de même métal et un anneau en bois d'if à la jambe gauche. Les deux autres squelettes étaient dépourvus de parure. On a rencontré encore dans ces sépultures une dent de sanglier perforée à la base, une coquille fossile de cardium percée vers le haut d'un trou rond, une rondelle en lignite, etc.
Le cimetière de Maubranches *, situé sur le territoire de la commune de Moulins-sur-Yèvre, canton de Bangy, se composait de fosses longues de S^joO à 2™, 70, larges de 1 mètre à l'",50 et profondes de 0™,60 à0"'65. On y recueillit des épées en fer, des lances de fer en forme de feuille de laurier, un umbo de bouclier analogue à ceux trouvés en Bourgogne, dans la Marne et dans la station de la Tène ; des bracelets et des anneaux, les uns en bronze, les autres en fer ; des chaînes de suspension d'épée et une fibule en fer. On a encore découvert dans une sablière, commune de
l. Mat., 3« série, tome II, 1885, p. 52L Pierre de Goy : Sépultures antiques en Berry.
t66 LES POPULATIONS PRIMITIVES
plus au sud, et venant du Turkestan chinois et du Thibet, apparaissent les tribus qui ont traversé le plateau de Pamir et qui envahissent la Boukharie. Ces dernières, pour ne pas tomber dans le désert de sable de Kara-Koum, remontent au nord-ouest vers la mer d*Aral.
Toutes ces populations orientales, poursuivant leur marche vers Touest, durent se rencontrer sur la rive droite du fleuve Oural, celles du nord ayant rejoint les deux autres groupes après avoir traversé les défilés des monts Oural. Ce qui semble justifier cette hypothèse, c'est que les tribus septentrionales ont déposé en Sibérie, dans les tombeaux de leurs morts, de grandes richesses métalliques. L*or, l'argent, le cuivre, venant des mines de l'Altaï, s'y trouvent à profusion dans la région de l'Ienisséi, de l'Ob et de l'irtich. Cette abondance de métaux précieux se manifeste encore dans les tombeaux des environs de Perm et semble se propager au sud dans les pays du Volga et du Don.
Toutefois, après la traversée des monts Oural, les tribus venues de la Mongolie ne se sont pas toutes dirigées vers le sud-ouest. Quelques-unes d'entre elles ont continué leur route vers l'Occident et atteint le pays des lacs et les bords dd la Baltique. On trouve leurs sépultures en Finlande et dans la Laponie suédoise. Ce sont elles qui ont parcouru, du nord au sud, la Suède et la Norvège, précédant, dans la partie méridionale de la péninsule Scandinave, les tribus du rite de l'incinération venant de l'Allemagne.
Les groupes arrivés du sud dans les monts Oural envahissent de leur côté la Russie et l'Europe. On trouve leurs traces sur les rives occidentales de la mer Caspienne, dans les provinces du Don, dans l'Ukraine, dans la Petite-Russie jusqu'en Crimée et dans le Caucase. Dans cette dernière région, leur déplacement a dû être ralenti par la rencontre des tribus mégalithiques et du rite de l'incinération ; il a subi des oscillations, la marche vers le Sud ayant été par-
TRIBUS DU RITE DE L'iNUUMATION 267
fois arrêtée et soumise même à des reculs. Quoi qu'il en soit, après bien des vicissitudes sans doute, les tribus de rinhumation sont arrivées en Arménie. On rencontre leurs tombeaux au delà du Caucase et jusqu'en Syrie.
Poursuivant leur chemin vers l'ouest, les tribus de la Petite-Russie ont envahi les provinces Danubiennes. Après avoir franchi le Danube, elles ont pénétré dans les Balkans. Leur influence s'est étendue jusqu'en Grèce où, ainsi que nous le verrons plus loin, plusieurs peuples ont adopté le rite de l'inhumation.
On signale encore leurs tombeaux dans les plaines de la Hongrie et dans les régions montagneuses de la Bosnie, de THerzégovine, de la Carniole, de la Carinthie, du Tyrol^ d*oii elles pénètrent en Italie jusqu'en Ombrie. On constate encore leur présence en Styrie et dans la Haute-Autriche. Il semble que, dans la plupart de ces dernières régions, les tribus de l'inhumation, obligées de changer leur mode d'existence, aient fait alliance avec les peuples du rite de l'incinération. L'étude des mobiliers funéraires de Hallstatt a conduit les archéologues à [supposer même que les inhumés avaient été des guerriers à la solde des incinérés, riches et puissants entrepreneurs des salines de la Haute-Autriche.
2. En remontant vers le nord-ouest, à droite et à gauche du Danube, nous rencontrons encore, mélangées avec les incinérés, les tribus à inhumation en Bavière et en Wurtemberg. Au delà, sur les deux rives du Rhin et jusqu'au cours de la Meuse, les inhumations ont été seules constatées. Il est probable que dans cette zone, qui comprend le grand duché de Bade, une partie de l'Alsace-Lorraine et de la Belgique, il a existé jadis une confédération puissante; mais les peuples qui la composaient avaient un autre régime politique que ceux dont nous avons signalé le passage en Autriche-Hongrie. En effet, les riches mobi-
i6tj LES POPULATIONS PRIMITIVKS
liera, extraits de certaines tombes, révèlent l'existence de chefs militaires puissants k qui leurs sujets avaient fait des funérailles luxueuses. Les insignes, que portaient les cadavres, indiquaient le rang élevé qu'avaient occupé aux yeux de leurs guerriers les personnages défunts. Contraste bien accentué avec les mobiliers vulgaires, composés de quelques armes et de quelques ornements, retrouvés dans les territoires précédemment énumérés de l'Autriche- H ongrie.
On est donc porté à croire que ces tribus nouvelles avaient une autre origine. Elles venaient probablement du nord et n'étaient que les précurseurs de ces envahisseurs normands que l'histoire nous montre occupant au ix' siècle de notre ère les estuaires de nos grands fleuves dont ils remontaient le cours et s'emparaient des rives . Elles étaient des essaims de ces populations arrivées en Suède et en Norvège par la Finlande et la Laponie suédoise. Lenr séjour dans la Péninsule Scandinave, peut-être aussi le contact avec les tribus mégalithiques les avaient transformées en marins. De la presqu'île elles avaient gagné le Danemark et même les Iles anglaises. Dans leurs courses elles avaient abordé les côtes delaBelgiqueetdes Pays-Bas; puis, remontant le cours des fleuves, elles avaient pénétré dans ces régions jusqu'alors peu fréquentées dont les forêts avaient été un obstacle infranchissable pour les populations mégalithiques. Les adeptes de l'inhumation avaient ainsi atteint les clairières des monts de Meuse et la plaine d'Alsace, probablement aussi le nord de la Bavière. Nous avons, en effet, constaté que, dans le Haut-Palatinat, certaines inhumations paraissaient antérieures anx incinérâtes inhumés seraient donc arrivés du nord dans ce avant l'invasion des adeptes de la crémation venant d.
Des régions de la Meuse et du Rhin, les tombeaux
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des peuples de Finhamation tracent trois zones dans le territoire de Tancienne Gaule. La plus orientale, dirigée du nord au sud, part de FAlsace, passe en Franche-Comté, dans le Jura où elle se relie avec la branche venant de Suisse, traverse TAin, la Savoie, Flsère, les Hautes-Alpes et se termine dans les Basses-Alpes. Les deux autres zones se détachent de cette région occupée par de nombreuses nécropoles à inhumation et qui comprend la Champagne, la Lorraine, la Bourgogne, région qui s'étend à Test dans le bassin du Rhin par les défilés des Vosges et probableaussi par la Haute-Saône. Elles touchent aux territoires occupés par les tribus de l'incinération du côté de la Nièvre puis les entourent. Tune de ces zones descendant du nord au sud entre le massif central et la vallée du Rhône, Tautre obliquant vers le sud-ouest et se dirigeant de Bourges vers Bordeaux qu'elle n'atteint pas ; elle ne dépasse pas le cours de la Dordogne.
Les tribus de Tinhumation, dans cette dernière migration, semblent avoir respecté le pays situé à Toccident du plateau central, le versant océanique des Cévennes et des Pyrénées. Elles n'ont pas envahi le midi de la France ; nous ne les retrouvons plus au sud qu'en Espagne et seulement dans les provinces méridionales ; mais celles qui ont laissé leurs sépultures dans ces régions ne pouvaient venir du Nord. Elles arrivaient certainement de l'Afrique.
Nous dirons plus loin comment elles pouvaient se relier à celles de l'Asie.
LES POPULATIONS PHIMITIVE:
m. — Ktude de» dJIKreDlaB râgJODB occupées par les peuples de l'inhnmslion. — IteiiHeigDeiiieDts complémenUires fournia par les leil« aocieuB. — Migratioos dans le Nord. — HigralioDs dans l'Asie aolérieure et ea Atrique.