César. De bello gallico, III, 24 et suivants
de celui qui s'y livre. Ce dernier trouve intérêt à rémunérer, avec une partie de ses récoltes, Touvrier qui lui fournit les objets dont il a besoin, dans des conditions d'autant plus avantageuses que Texercice des spécialités développe r habileté des fabricants.
L'examen des terrains occupés par le peuple de l'incinération nous a permis d'émettre l'hypothèse que ce peuple fut essentiellement adonné à l'art agricole. L'étude des mobiliers funéraires a confirmé cette conclusion et de plus nous a révélé que le développement de la culture a donné naissance à l'industrie et, par suite, aux premières tentatives commerciales.
Dans sa diffusion en Europe, le peuple de la crémation a rencontré d'abord des peuplades mal outillées pour la défense de leurs terrains de parcours , probablement peu denses et attachant peu de prix à la possession des contreforts montagneux ; il les a refoulées sans peine et quelquefois soumises. Il s'est ainsi emparé de terres fertiles et faciles à cultiver. Cependant, sa pénétration dans l'Allemagne du Nord, les Pays Scandinaves et les Iles Britanniques, parait avoir été le résultat non de la conquête mais d'une alliance pacifique avec les tribus antérieurement installées dans ces pays et qui ont trouvé dans les nouveaux venus des auxiliaires utiles à cause de leur habileté dans les arts usuels.
Telle fut la cause de l'initiation du peuple de l'incinération à la navigation. Une partie de ses tribus sont devenues célèbres dans cet art et ont été redoutables, au temps des Vikings, pour les riverains de la mer du Nord. Ce sont elles qui ont déposé les cendres de leurs compagnons dans les dolmens déjà existants de la Bretagne et brûlé leurs morts dans les lies Britanniques. Mais leurs invasions maritimes ne se sont pas étendues aussi loin que celles de leurs initiateurs du peuple mégalithique. Elles ont été limitées
aux pays baignés par la mer du Nord et par la Manche.
Sauf ce petit groupe que les hasards de la vie ont jeté dans les pays Scandinaves et qui s'est adonné à la piraterie, le peuple de la crémation a vécu essentiellement dans le centre du continent, occupé par les travaux de culture. Peut-être pourrait-on encore citer quelques bandes qui, descendues de la Thrace vers la Grèce, ont, comme celles du Nord, transformé leur genre de vie à Fimilation des navigateurs qui avaient, avant eux, abordé les côtes de la mer Egée. Mais dans la Perse, TAsie Mineure, les Provinces Danubiennes, TAutriche-Hongrie, Tltalie, l 'Allemagne du Sud et la Gaule, nous rencontrons des tribus qui ont transporté avec elles une civilisation dont le caractère spécial a été le développement de Tagriculture. La vie sédentaire, qui en fut la conséquence, et les travaux multiples imposés par la culture ont engagé des individus à se livrer exclusivement aux arts usuels. Ce fut Torigine de l'industrie et des premières transactions commerciales.
Dans les régions envahies par le peuple de la crémation on retrouve encore aujourd'hui des populations tranquilles, laborieuses et sensées, pratiquant les vertus domestiques, possédant les qualités quedéveloppela vie agricole.
6. Les tribus du rite de l'inhumation se sont répandues dans toutes les directions, mélangées avec les pasteurs, les navigateurs, les cultivateurs; leur expansion, qui les a conduites dans les pays les plus divers, plaines et montagnes, n'a pas été provoquée par la recherche d'un sol favorable à une industrie spéciale.
Dès qu'il fut en présence des marins mégalithiques et des cultivateurs du rite de l'incinération, le peuple de l'inhumation a cherché à s'emparer des richesses accumulées par ces voisins . Endurci par la vie de la steppe du Nord^ possédant un armement déjà perfectionné, aguerri par les combats journaliers entre tribus rivales, soumis à un ré-
gime autocratique et dirigé par des chefs entreprenants, il a lutté avec succès contre les populations qu'il a rencontrées et leur a enlevé par un effort de quelques jours le produit du travail continu de plusieurs années.
Lorsque, par hasard, il s'est trouvé en contact avec des peuples qui lui ont résisté, grâce àleur énergie et àla position avantageuse au point de vue défensif de leurs montagnes, il a préparé une conquête ultérieure en sMnsinuant dans les bonnes grâces de ses adversaires. Il a transformé ses guerriers successivement en mercenaires, en alliés, en sujets et bientôt en maîtres de ses voisins redoutables.
L'évolution de sa prise de possession fut analogue àcelle des barbares qui ont désagrégé l'empire romain *. Les révolutions sociales, qui ont eu lieu au commencement de notre ère, n'ont été que la reproduction de celles qui avaient agité le monde barbare à des époques plus reculées. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et l'histoire, pour ce motif, signale à plusieurs reprises l'apparition des mêmes phénomènes. N'y a-t-il pas une analogie entre ces adeptes de l'inhumation dont nous rencontrons les tombeaux à Hallstatt et qui se révèlent à nous comme les mercenaires des sédentaires partisans de la crémation, et ces Germains qui, alliés d'abord du peuple romain avaient imposé bientôt leurs services, usurpé le titre de sujets de l'empire, exigé la solde et des terres, puis enfin pris possession de l'autorité civile et militaire?
Cette prédisposition diplomatique, associée aux ruses de la guerre, est un caractère bien accentué de ces peuplades, qui envahirent le monde entier, inhumant leurs morts dans des nécropoles dont les mobiliers font connaître l'état social. Les qualités qui firent leur succès pour l'occupation des territoires constituaient encore les aptitudes spéciales
1. Fustel de Ck>ulang6s. Uinvasion germanique et la fin de l'Empire,
nécessaires aux négociants pour qu'ils réussissent dans leurs entreprises commerciales. Aussi certains groupes du peuple de l'inhumation ont dû leurs richesses et leur prépondérance au développement qu'ils ont donné aux transactions ducommerce. Tels furent, aux premiers temps historiques, les Phéniciens qui firent connaître aux populations du bassin de la Hédilerrannée les produits de l'Inde et ceux des Iles Cassitérides, et, aux époques autéhistoriques, ces trihus qui, à travers l'Europe centrale, répandirent l'usage, jusqu'alors très limité, de l'ambre, du cuivre, de l'iUain et de l'or.
7, Les études auxquelles nous nous sommes livrés dans cet essai nous ont donc démontré que trois grandes sociétés humaines ont, antérieurement aux époques lointaines connues par les récits légendaires et les relations historiques, envahi le monde ancien. Chacune d'elles avait adopté un culte funéraire spécial.
La première ensevelissait les cadavres dans de vastes ossuaires après en avoir enlevé les chairs. Composée à l'origine de tribus pastorales, elle a été obligée, à cause de la stérilité des steppes du Nord, de se livrer à la pèche et à la navigation. C'est à ses descendants que nous devons actuellementla connaissance detoutes les parties de notre planète.
La seconde, qui brûlait ses morts, a développé l'agriculture et créé les arts industriels.
La troisième, qui avait adopté le rite de l'inhumation, s'est distinguée par ses aptitudes guerrières et commerciales. Elle a presque partout dominé la seconde, lui enlevant ses terres par la force, ou la dépouillant d'une partie s accumulées par un labeur journalier à l'aide ns d'échange qui laissent aux commerçants, rt physique considérable, la plus grande part
Ce résumé succinct indique les conclusions que nous pouvons tirer de notre essai d'interprétation des documents archéologiques. Les traces des tombeaux de chaque rite, marquées sur des cartes géographiques à Taide de couleurs conventionnelles, figurent les trajectoires parcourues par chaque groupe de population. En réunissant sur une même carte, avec leurs couleurs spéciales, les territoires occupés par les peuples des trois religions funéraires *, on a la représentation des mélanges de tribus qui se sont effectués dans chaque région. Ce tableau d'ensemble, joint aux observations précédentes, explique les aptitudes que Ton constate chez les différents peuples qui constituent les puissants empires de TOccident.