‹ Les populations primitivesChapitre 20 sur 150 · Mat», décembre 1881 et décembre · texte numérisé non relu

Mat», décembre 1881 et décembre

vait aux défunts des monuments de grosses pierres brutes. Après avoir tracé les limites du terrain consacré par une courbe fermée, à l'aide de galets jointifs ou placés à égale distance les uns des autres, on érigeait sur le sol, avec des matériaux trouvés sur place, un caveau de grande dimension. Les matériaux les plus recherchés étaient ceux qui, par leur poids et leur volume, donnaient à la construction les formes les plus gigantesques et les plus grandes chances de stabilité et de durée. Dans la nécropole pyrénéenne de Ger, c'étaient les blocs erratiques qu'avait abandonnés, au moment de la débâcle, la moraine du glacier d'Argelés. Quoique transportés à pied d'œuvre, ils exigeaient encore, à cause de leur poids, des efforts considérables de la part des travailleurs mal outillés qui les déplaçaient et les réunissaient les uns aux autres. Heureusement, le temps ne les pressait pas ; il fallait sans doute de nombreux jours pour accomplir les autres cérémonies funèbres.

Le cadavre, en effet, devait subir des modifications avant d'être placé sous l'abri du dolmen. Il était probablement exposé jusqu'au moment où, soit par l'action des substances dont il avait été enduit, soit par les agents atmosphériques seuls facilitant les altérations organiques, les chairs étaient détachées du squelette.

Pendant ces premiers jours de grand deuil, les fidèles du chef défunt étaient immolés ou s'immolaient eux-mêmes ; la coutume ne permettant pas qu'ils survécussent à leur mettre. Leurs corps étaient aussi abandonnés à la décomposition avant qu'on recueillît leurs ossements pour les transporter dans la crypte, pêle-mêle au milieu des offrandes ou dans l'enceinte extérieure consacrée.

Pendant ces préparatifs, préliminaires de la grande cérémonie^ il s'était écoulé un temps assez long pour que le dolmen fût terminé, le tertre élevé, les offrandes mêmes placées dans le tombeau.

11 ne restait plus alors qu'à déposer avec soin le squelette dans la chambre funèbre. Près de lui on mettait les armes et les ornements qui lui permettaient de paraître avec honneur dans le pays des esprits. On joignait aux offrandes les ossements des victimes humaines et l'on célébrait le repas des funérailles, éclairé par le feu d'un énorme bûcher préparé sur le sommet du tertre.

La cérémonie terminée, les cendres étaient recouvertes de terre, et le monument, s'élevant sur un point culminant ou en un carrefour fréquenté, signalait aux voyageurs la sépulture d'un chef illustre.

Un rite spécial, caractérisé par le décharnement des cadavres avant leur ensevelissement, semble donc avoir coexisté avec la construction de ces monuments de grosses pierres brutes que l'on distingue sans peine des autres monuments funéraires. Ce qui justifie encore l'hypothèse que les populations, constructeurs de dolmens, avaient des croyances leur imposant d'édifier, pour la partie du corps humain qu'elles considéraient comme inaltérable, des demeures solides, capables de résister à toutes les causes de destruction, éternelles.

6. A ces époques reculées où s'est répandue d'une extrémité du monde à l'autre ce culte particulier des morts, les relations commerciales n'existaient pas. On ne trouve dans les monuments funéraires que des objets de fabrication locale: des poteries faites surplace, des armes ou des ornements en pierre polie, œuvres individuelles plutôt que des produits industriels destinés aux opérations d'échange. Peut-être aussi quelques souvenirs d'un voyage ou le butin d'une expédition lointaine. Cette absence de produits colportés dans un but de commerce indique que les coutumes funéraires n'ont pas été importées par des missionnaires. Ces derniers, en effet, auraient rencontré fatalement dans leurs longs voyages des populations mieux outillées, par

POPULATIONS MEGALITUIQUES 19

suite une civilisation plus avancée et, en même temps qu'ils auraient été les propagateurs de la nouvelle foi religieuse, ils auraient apporté avec eux les perfectionnements au bienêtre matériel dont ils auraient constaté les avantages.

Rien de pareil n'apparaît dans le mobilier funéraire des dolmens, constitué, je le répète, d'objets remarquables par leur originalité et parmi lesquels on ne découvre aucun groupe d'un type uniforme, ce qui aurait lieu s'ils étaient les produits d'une fabrication courante.

Cette observation est importante, car elle nous autorise à admettre que la propagation de la religion mégalithique n'est pas due à des prédications de missionnaires, mais bien à des migrations de tribus possédant sinon une communauté d'origine, du moins des croyances religieuses identiques, qu'elles ont importées et imposées chez les populations préexistantes. On peut considérer ces tribus, qui dans la suite, par leurs déplacements, leur mélange avec les anciens habitants des territoires envahis, ont constitué des races et des nations diverses, comme faisant originairement partie d'un peuple des dolmens, ainsi que l'ont prétendu le baron A. de Bonstetten et M. Alexandre Bertrand.

Page 1