‹ Les populations primitivesChapitre 40 sur 150 · Strabon. Géogr., XI · texte numérisé non relu

Strabon. Géogr., XI

de sa migration, elle est désignée par les anciens sous le nom d'Ibères et, dans son voyage vers le nord, sous le nom de Blélanchlœnes (les habits noirs, de {AsXaç et de xXoûva.)

2<> L'étude de la topographie et de la nature du sol, le long de cette trajectoire, a démontré que le chemin parcouru était celui qui convenait le mieux à des tribus pastorales venant du plateau central de TAsie vers Toccident, au moins dans les premiers temps de la migration. Mais le sol des steppes devenant de moins en moins apte à la végétation herbacée à mesure que les émigrants se rapprochaient du nord-ouest, ces derniers avaient dû joindre à l'industrie pastorale celle de la pêche. Les obstacles créés par les forêts dans les pays occidentaux, ont été tournés par les pêcheurs devenus hardis navigateurs ; les îles de la mer du Nord, la Gaule et l'Espagne ont alors été envahies par les émigrants qui ont retrouvé dans ces pays fertiles une prospérité nouvelle.

3** La plus grande partie du parcours ainsi déterminé est jalonnée par des monuments mégalithiques révélant chez les populations un rite spécial de sépulture et par suite des croyances communes.

Il semble donc qu'il y ait identité entre le peuple des dolmens supposé par les archéologues modernes et les tribus Mélanchlœnes et Ibériennes dont le souvenir a été conservé dans les légendes. Un nouvel argument en faveur de cette hypothèse est le fait, démontré par les fouilles des nécropoles pyrénéennes, qu'à une certaine époque, un peuple nouveau, possédant des armes en bronze et en fer, a refoulé une partie des tribus mégalithiques et s'est installé à leur place où il a demeuré jusqu'aux temps historiques. Ce peuple nouveau ne pouvait être que les Celtes, et les vaincus étaient de cette race énergique, capable d'affronter les tempêtes les plus furieuses de la mer et que l'on a désignée sous le nom d'Ibérienne.

Les Ibères ont pénétré dans le pays des Ligures ; ils ont occupé les rivages et les îles de la Méditerranée, conservant encore pendant un certain temps leur coutume d'élever à leurs morts des tombeaux de grandes pierres, dont on retrouve les ruines non loin des côtes du golfe de Gènes, en Étrurie, en Corse et même jusqu'à la terre d'Otrante à la limite méridionale de la péninsule. Puis, peu à peu, le contact avec les nouveaux émigrants a fait perdre Tusage des armes de pierre et, avec lui, le culte dolménique.

VI. - Trajectoires de migration du peuple des dolmens dans les pays

du sud et de Porient.

1. A l'époque de l'invasion celtique dans les Gaules ou peut-être antérieurement, les populations mégalithiques ont franchi le détroit de Gibraltar et envahi les côtes septentrionales de l'Afrique.

Une première observation archéologique tend à démontrer que la migration eut lieu dans le sens indiqué ici, c'est-à-dire du nord au sud. En effet, il semble résulter de la comparaison des mobiliers funéraires recueillis dans les monuments mégalithiques que :

1** Dans le nord-est, les dolmens ne contiennent jamais d'objets en métal ;

2*» Dans le nord et dans la Gaule, l'or est rencontré quelquefois, mais le bronze est extrêmement rare ;

3° En Algérie, le bronze y est presque toujours et le fer quelquefois.

11 est peu probable que des tribus ayant connu les précieuses qualités des métaux aient renoncé à leur emploi en changeant de patrie ; c'est, cependant, ce qui aurait eu lieu si elles s'étaient déplacées du sud au nord.

D'autre part, Salluste, qui, pour écrire son Jugurlha,

avait pris soin de s'instruire de Torigine et des antiquités des populations africaines dans les archives du roi Hiempsal, rappelle ' la tradition d'une invasion venue d'Espagne. Les débris de l'armée d'Hercule, mort dans ce pays, passèrent en Afrique sur des vaisseaux et s'unirent aux premiers habitants, Gétules et Libyens, peuplades farouches et grossières^ qui se nourrissaient de la chair des bétes fauves et de l'herbe des champs. Cette invasion venait de l'ouest.

De l'ensemble des observations archéologiques et des récits légendaires, il semble qu'on peut admettre que les populations qui apportèrent une première civilisation aux tribus libyennes venaient du nord-ouest, c'est-à-dire du détroit de Gilbraltar où le passage de la mer ne présentait pas un obstacle sérieux au transport des familles.

Une tradition à laquelle Festus Âvienus ne se rallie pas, puisqu'il dit :

At nunquam in illud animus inclinabilurj Europam ut islo flumine (Rhodano) cl Libyam adscram DUterminari ; Phileus hon quanquam vêtus Putasse dieat incoins; *.

fait supposer, d'après Philéas, géographe mentionné par Etienne de Byzance, que les habitants des bords du Rhône considéraient leur fleuve comme la séparation de l'Europe et de la Lybie. Pour eux, les Lybiens et les Ibères étaient donc des populations ayant mêmes coutumes et peut-être une origine commune.

Les nécropoles mégalithiques, reconnues en Algérie et en Tunisie, sont : dans la province d'Oran, celle de Tiaret et celles près de Tiout et de Mor'-ar-Tahtani, à la limite méridionale des Hauts-Plateaux ; dans la province d'Alger,

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