Strabon. Géogr,, XV
qu'il leur avait rendu n'a contribué qu'à faire à ces malheureuses une existence insupportable. Jusqu'à leur mort, elles vécurent dans la misère et dans l'opprobre, la tête rasée, et recevant à peine la nourriture nécessaire pour subsister.
La persistance de ces coutumes chez des populations, qui ont subi cependant de nombreuses révolutions sociales et religieuses, est un fait qui mérite d'être signalé, car il démontre l'attachement des peuples aux usages de leurs ancêtres.
Le voyageur, qui débarque à Bombay, y rencontre les Parsis, descendants des sectateurs de Zoroastre, et les Hindous dont les prières rappellent les hymnes les plus anciennes du Rig-Véda. Les premiers déposent leurs morts sur une colline qui domine la côte et dont le haut est excavé d'un trou large et profond. Les cadavres y sont abandonnés aux vautours et lorsque la chair a été tout entière rendue aux éléments, on précipite les ossements dans le puits où ils se décomposent pêle-mêle. Les cérémonies funèbres sont celles prescrites par le Vendidah et ne diffèrent pas des rites suivis par les anciens disciples éraniens de TAvesta.
Tout autre est le culte des morts chez leurs voisins les Hindous qui brûlent les cadavres. Sur le rivage de l'ile de la Salcette, en face de Bombay, on voit un de ces lieux consacrés à l'incinération. Des bûchers, composés en grande partie d'agglomérés en bouse de vache desséchée, y sont souvent allumés et répandent au loin une chaleur intense et une odeur nauséabonde *
Et malgré le contact incessant de ces sectateurs des religions antiques avec les mahométans et les chrétiens, chacun se rattache au culte de ses pères et n'admet aucune modification dans les rites usités depuis plusieurs milliers d'années. En Vain le vieux culte solaire de la primitive
famille ariane a subi des transformations ; des hauteurs sublimes du monothéisme qu'il avait presque atteint, il est retombé dans les pratiques grossières de Tidolâtrie brahmanique, après avoir passé par les dissolvantes théories du boudhisme; les coutumes funéraires ont persisté à travers les siècles pour se manifester aujourd'hui encore sous les formes essentielles qu'elles affectaient aux époques les plus reculées auxquelles les traditions écrites nous permettent de remonter.
La crémation, d'après ce qui précède, a donc existé dans rinde depuis l'époque où Alexandre en entreprit la conquête jusqu'à nos jours. Il est probable qu'elle y est beaucoup plus ancienne encore.
Quelle que soit l'antiquité que l'on attribue aux Védas, qu'ils soient le monument littéraire le plus ancien qui nous ait été conservé ou seulement un recueil d'hymnes réunies après la conquête macédonienne, il est permis de supposer qu'ils ont donné satisfaction à des idées religieuses antérieurement admises.
Or, dans ce poème, c'cstà Agni, le dieu du feu, que le richi adresse ses prières au moment des funérailles pour que rame du défunt soit transportée au pays des Pitris (mânes des ancêtres).
Si tu es satisfait de nos offrandes, ô Djâtavédas *, entoure le Irépassé avec les Pitris. Il vient pour obtenir ce qui transporte son âme. Qu'il soit au pouvoir des Dieux.
« Que l'œil aille dans le Soleil, le souffle dans Vayou. Remets au ciel et à la terre ce que tu leur dois. Va donner aux eaux et aux plantes les parties de ton corps qui leur appartiennent.
« Mais il est de son être une portion immortelle. C'est elle qu'il faut échauffer de tes rayons, enflammer de tes
1. Rîg-Véda. Section XII, lecture VI, hymne XI. Traduction Langjois.
TRIBUS DU RITE DE lWiNÉRATION 177
feux. O Djatavédas, dans le corps fortuné formé par toi, transporte-le au monde des hommes pieux. »
Dans une autre hymne aux Pi tris*, hymne funèbre de commémoration, Tâme du défunt est appelée vers le bûcher.
« O trépassé, viens ici, viens par les voies antiques où nos pères ont passé avant nous. Regarde ces deux rois, Yama et le divin Varouna, qui se réjouissent de notre Swaddhâ (offrande) Yama permet que le trépassé descende jouir des libations du matin et du soir...,. Répandez la libation en l'honneur de Yama, offrez-lui Tholocauste. Le sacrifice qui prçnd Agni pour messager se pare et se
présente à Yama Offrez au royal Yama un holocauste
aussi doux que le miel »
Chez les antiques fils de Manou, les rites funéraires comportaient la crémation du mort, la libation sur le bûcher et les offrandes en l'honneur des Pitris. Pour eux, Agni — le feu — n'était pas seulement un agent divin ; c'était un dieu. En lui confiant le corps du trépassé, on faisait participer ce dernier au pouvoir divin, on lui donnait un caractère sacré, que les Aryas attribuaient aux Pitris, et que les Grecs et les Romains reconnaissaient aux mânes — Diis manibus.
C'est Agni qui donnait à l'âme cette enveloppe légère, lui permettant de se transporter près des dieux et de se réunir à la société des ancêtres.
« Vos fils ont péri, mères, dit Adraste^, vos fils ne sont plus ; réduits en cendres et dissipés dans Téther, ils se sont envolés chez Hadès. »
11. Les textes anciens, dont nous avons donné ci-dessus quelques extraits, complètent, pour certaines régions, les renseignements fournis par les recherches archéologiques.
1. Rîg-Véda. SecUon VJI, Lecture VI, hymne IX. -. Euripide. Les Suppliantes.
famille ariane a subi des transformations ; des hauteurs sublimes du monothéisme qu'il avait presque atteint, il est retombé dans les pratiques grossières de Tidolâtrie brahmanique, après avoir passé par les dissolvantes théories du boudhisme ; les coutumes funéraires ont persisté à travers les siècles pour se manifester aujourd'hui encore sous les formes essentielles qu'elles affectaient aux époques les plus reculées auxquelles les traditions écrites nous permettent de remonter.
La crémation, d'après ce qui précède, a donc existé dans rinde depuis l'époque où Alexandre en entreprit la conquête jusqu'à nos jours. Il est probable qu'elle y est beaucoup plus ancienne encore.
Quelle que soit l'antiquité que l'on attribue aux Védas, qu'ils soient le monument littéraire le plus ancien qui nous ait été conservé ou seulement un recueil d'hymnes réunies après la conquête macédonienne, il est permis de supposer qu'ils ont donné satisfaction à des idées religieuses antérieurement admises.
Or, dans ce poème, c'està Agni, le dieu du feu, que le richi adresse ses prières au moment des funérailles pour que l'âme du défunt soit transportée au pays des Pitris (mânes des ancêtres).
a Si tu es satisfait de nos offrandes^ ô Djâtavédas *, entoure le Irépassé avec les Pitris. Il vient pour obtenir ce qui transporte son âme. Qu'il soit au pouvoir des Dieux.
M Que l'œil aille dans le Soleil, le souffle dans Vayou. Remets au ciel et à la terre ce que tu leur dois. Va donner aux eaux et aux plantes les parties de ton corps qui leur appartiennent.
« Mais il est de son être une portion immortelle. C'est elle qu'il faut échauffer de tes rayons, enflammer de tes
1. Rîg-Véda. Section XII, lecture VI, hymne XI. Traduction Langjois.
TROCS IH: rite de L'niaNÉRATION 177
feux. Djatavédas, dans le corps fortuné formé par toi, transporte-le an monde des hommes pîenx. n
Dans une antre hymne aux Pitris', h3rmne funèbre de commémoration, Tâme du défunt est appelée vers le bûcher.
« trépassé, viens ici, viens par les voies antiques où DOS pères ont passé avant nous. Regarde ces deux rois, Yama et le divin Varonua, qui se réjouissent de notre Swaddhâ (offrande) Yama permet que le trépassé descende jouir des libations du matin et du soir...,. Répandez la libation en Thonneur de Yama, offrez-lui Tholocauste. Le sacrifice qui prend Âgni pour messager se pare et se
présente à Yama Offrez au royal Yama un holocauste
aussi doux que le miel »
Chez les antiques fils de Manon, les rites funéraires comportaient la crémation du mort, la libation sur le bûcher et les offrandes en Thonneur des Pitris. Pour eux, Agni — le fen — n'était pas seulement un agent divin ; c'était un dieu. En lui confiant le corps du trépassé, on faisait participer ce dernier au pouvoir divin, on lui donnait un caractère sacré, que les Aryas attribuaient aux Pitris, et que les Grecs et les Romains reconnaissaient aux mânes — Dits manibus.
C'est Agni qui donnait à Fâme cette enveloppe légère, lui permettant de se transporter près des dieux et de se réunir à la société des ancêtres.
« Vos fils ont péri, mères, dit Adraste^, vos fils ne sont plus; réduits en cendres et dissipés dans l'éther, ils se sont envolés chez Hadès. »
11. Les textes anciens, dont nous avons donné ci-dessus quelques extraits, complètent, pour certaines régions, les renseignements fournis par les recherches archéologiques.