‹ Les populations primitivesChapitre 91 sur 150 · F. de Lanoye. VIncte contemporaine^ ch. ii · texte numérisé non relu

F. de Lanoye. VIncte contemporaine^ ch. ii

de son mari qu'elle couvrit de sa pagne et dont elle appuya

la tête contre sa poitrine. Avec une impassibilité absolue, elle mit le feu à sa chevelure, à sa robe, à diverses parties du bûcher et jeta son flambeau aux assistants.

«Quand tout fut consumé, les brahmanes recherchèrent, parmi les débris, les ossements calcinés des deux époux et les recueillirent dans deux vases de terre qui furent remis aux parents.»

Cette tragédie païenne aurait eu pour origine, selon Diodore * et Strabon 2, une loi édictée dans le but de mettre un terme aux tentatives d'empoisonnement faites par les femmes contre leurs maris. Il parait difficile d'admettre qu'une condamnation à périr sur le bûcher d'un époux ait eu pour résultat d'occasionner l'enthousiasme héroïque qui, à 2,200 ans d'intervalle, semble avoir enflammé l'épouse de Ceteus et la jeune martyre du Ferrah-Bagh. L'amour plus fort que la mort et la croyance en la persistance éternelle de la personnalité humaine ont pu seuls soutenir les jeunes victimes dans le sacrifice qu'elles ont fait de leur vie. La confiance exaltée qu'elles ont montrée en cherchant à travers les flammes le monde meilleur où les attendaient ceux qu'elles avaient perdus, est le trait d'union entre nos croyances modernes et celles de nos ancêtres.

D'après le témoignage de Strabon, les femmes qui refusaient de se faire brûler sur le bûcher de leurs époux étaient déshonorées, elles subissaient les elTets d'une véritable excommunication. Il en était de même il y a quelques années à peine. L'auteur de VInde contemporaine rapporte qu'un Anglais de sa connaissance avait empêché la femme et les six concubines d'un rajah d'être brûlées, en les enfermant pendant la cérémonie funèbre, Le service

1* Diodore de Sicile. BibL hisL, XIX, 33.

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