ACTE 1, SCENE IX
M me J0MC0URT.
Quel est, alors, votre libérateur?
M me DE BRYAN'B.
Lui!
Hein? lui ?
B m8 JOLICOURT.
M me DE BRYANB.
Oui, lui, vous dis-je.
M me JOLÎCODRT.
Lui !... ce n’est ni un nom ni une qualité
M m * DE BRYANE.
Que voulez-vous, je n’en sais pas plus. Lui!... c’est celui qui est toujours là, près de moi, dès qu’un danger s’approche, dès qu’un malheur me menace; dont la voix me ranime, m’encourage!
B me JOLICOl’RT.
Comment ! sa voix ?
B m " DB BRYANB.
Ouil...
ROMANCE
Premier Couplet.
. Pendant la nuit obscure.
J’entends ses doux accents :
C'est un souffle, un murmura Qui ravit tous mes sens;
> C’est l’écho de la rire
Dont le lointain refrain Annonce au pèlerin Qu’au repos il arrive...
C’est l’espoir de mon cœur!...
Quand je l'entends plus de douleur.
Plus de crainte, plus de malheur...
M me Jolicourt sourit.
Cousine, tout bas,
Ne riez pas!
Si je l’appelle, il paraîtra.
Pour me sauver, il serait là !
Deuxième Couplet.
Quand gémit la tempête,
La voix dit : Ne crains rien !
Quand le péril s’apprête...
Elle me dit : Je vien 1 St tendre, si plaintive •••
Loin de me faire peur,
Elle rend le bonheur
A mon âme craintive...
, C’est l’espoir de mon cœur.
Quand je l’entends, plus de douleur.
Plus de crainte, plus de malheur...
M me Jolicourt rit sous éventail.
Cousine, tout bas,
Ne riez pas !
Si je l’appelle, il paraîtra,
Pour me sauver, il serait là !
M me jolicourt, avec ironie.
Voilà qui est merveilleux!...
M mo DE BRYANE.
Cettevoix, je l’entendis, pour la première fois, pcndantunenuit orageuse où nous remontions la Loire. Vous le savez, une crue subite avait doublé la force du courant, et, par malheur, en voulant eocourager nos bateliers, je lesavais excités à une in tempérance... quiaugmentaitnotre danger !... Le désordreétau partout! Renfermés dans la cabine, nous nous recommandions à Dieu, presque sans espoir!... Tout à coup, une voix puissante s’élève, et, commandant avec autorité la manœuvre, ramène chacun à son devoir... Quelques instants après nous débarquions en sûreté... Lorsque je voulus counaître notre sauveur, on mo dit que c’était un matelot de passago, qui se rendait de Nantes à Paris... Il avait continué sa route...
M me JOLICOURT.
Je me rappelle cela; mais je ne vois rien là de fort extraordinaire.
M me DE BRYANE.
Attendez! nous arrivâmes à Paris quelques jours avant les fêtes du mariage de madame la Dauphine. Je voulus voir le feu d’artifice... Nous étions ensemble sur celte place!... Vous vous souvenez quels désordres,- quels malheurs!...
M me JOLICOURT.
Et quels cris je poussais ! Ah !
M“ e DE BRYANE.
Lancés au milieu decette foule, qui se pressait en sens opposés, nous allions être écrasés... Place! place! place! s’écrie- l-on à côté de nous, et, en môme temps, je me sens soulevée...
M me jolicourt, avec enthousiasme.
C’étaient des soldats aux gardes qui, l’épée à la main, nous frayaient un passage,.. Braves et beaux hommes!
M“® DE BRYANE.
Celui qui m’emportait, qui commandait, qui dirigeait les