‹ Les porcherons operacomique, en trois actesChapitre 14 sur 72 · ACTE I, SCENE X · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE X

autres, celui qui me déposa évanouie sur le quai, hors de tout péril, c’était lui !...

M at JOLICOURT.

Encore le même ?

m“® de bryane.

Le même 1... Enfin cette nuit, au bal de l’Opéra... c’était lui.

M m ® JOLICOURT.

Comment! En êtes-vous sûre?

M œ * DE BRYANE.

Oh ! je l’aibien reconnu à sa voix impérieuse et fière, lorsqu’il adressait quelques paroles menaçantes à l’homme qui m’avait entraînée.

M m ® JOLICOURT.

En vérité, ma chère cousine, votre histoire est plus belle qu’un roman! Seulement elle est moins vraisemblable, et je vous crois trop de sens, de raison...

M me de bryanb.

De laraison !... je n’en ai point, je n’en veux pas avoir... Trop tôt et trop longtemps je me suis vue condamnée à la raison... Mariée, presque enfant, à un vieillard, pour marcher du même pas que lui dans la vie, j’ai dû... pendantdixans... comprimer la vivacité de mon âge , arrêter l’élan de ma pensée , faire taire jusqu’aux battements de mon cœur... Un veuvage, que je n’appelais pas, est Venu m’affranchir... Eh bien, je veux jouir de ma liberté... j’ai assez souffertde la solitude et du calme... il me faut le monde, son bruit, son mouvement, ses dangers même, car je vous le répète, je sais qu’il sera là !

M m ® JOLICOURT.

Cousine, cousine 1 prenez garde que votre ange ne soit un démon !

M me DE BRYANB.

Ah ! vous voilà comme ce bon chevalier d’Ancenis, à qui j’ai refusé ma main et qui, sans doute par dépit, m’a prédit tous les malheurs imaginables, si je m’aventurais ainsi dans le monde... sans appui, c’est-à-dire sans mari!

scsxtns x.

M“* DE BRYANE, M“® JOLICOURT, JOLICOURT, DESBRUYERES, en costume de cheval.

jolicourt, entrant.

Mesdames, mesdames, une aventure!...

desbruyèrbs. *

Fort singulière, parbleu !

M“ e JOLICOURT.

Une aventure I j’en suis friande, surtout quand elles sont toutes fraîches... Vite, vite, racontez...

JOLICOURT.

Voilà : on vient d’arrêter à la porte Maillot, eu vertu d’une lettre de cachet, un homme masqué, en domino gris...

M m ® DE BRTANE.

En domino gris !... (Elle ngarde Desbruyères.)

DESBRUYÈRES.

En domino gris... on en porte beaucoup cette année. (A part.) C’est mon adversaire.

C’est singulier, en effet... Et sait-on le motif?

JOLICOURT.

On ditquec’est un des officiers, du régiment de Poitou, qui, no voulant pas admettre parmi eux un protégé de monsieur le duc d’Aiguillon, ont soutenu, contre cet intrus et ses amis, un combat de dix contre dix...

M me JOLICOURT.

Mais c’est affreux l c’est une bataille 1

DESBRUYÈRES.

L’affaire fest grave, et la colère de monsieur le duc d'Aiguillon est terrible... le domino gris pourra bien êtreoubliéà la Bastille, a®' de bryase, qui réfléchissait.

Vous avez dit le régiment de Poitou? le chevalier d’Ancenis on est major !

JOLICOURT.

En effet !

M me DE BRYANE.

Pauvre jeune homme l... Si c’était lui!..

JOLICOURT.

Je ne vous dirai pas; d’abord, je ne connais pas le chevalier d’Ancenis, qui a quitté fort jeune notre province t...

M me DE BRYANE, fêteUSe.

Quoique je ne l’aie pas vu depui- notre enfance... quoique j’aie refusé de l’épouser et môme d’obéir à ses conseils, je serais désolée qu’il lui arrivât malheur. (Un jockei paraît.)

DESBRUYÈRES.

Belle dame, les chevaux sont prêts... et votre écuyer est à vos ordres.

t M“ c de bryane, regardant Desbruyères.

Eh ! mais. . . Je n’y faisais pas attention.. . Quelle métamorphose surprenante !

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