ACTE II, SCENE V
Le bonheur nous délaisse ;
On peut vous outrager !...
Qui saura vous entendre S'il vous faut réclamer Un bras pour vous défendre.
Un coeur pour vous aimer ?
L’amour est le bien suprême!
Aimez, aimez qui vous aime;
Qu’un regard de vos beaux yeux A qui vous aime ouvre les cieux !
Après avoir chanté Bryane reste un moment rêveuse ; les autres
personnages font un mouvement vers elle; M m « de Bryane revient d elle et froisse avec humeur la romance.
La chanson n’est pas de monsieur Desbruyères.
desbruyères, avec satisfaction.
Ah!
K®' dk bryane, allant s'asseoir près de la table.
Je sais de qui maintenant... c’est du chevalier d’Ancenis... toujours ses avis qu’on ne demande pas!... que je ne suivrai pas!... (A Jolicourt.) Venir meparler mariage, quand je vous envoie à Versailles solliciter, pour lui, mon parent, le duc de Saint-Florentin. jolicourt, gui s’est assis près de la table et qui fait de la tapisserie.
Il ne le mérite guère!... Vous dire de prendre un mari!... de quoi se mêle-t-il?... joli conseil!...
dbsbruyèrks, appuyé sur le fauteuil de M m * de Bryane.
Eh ! mais ?
m““ de bryane.
Oh! soyez tranquille... je ne l’écouterai pas... il me fatigue avec sa prudence! Les émotions, les aventures, les dangers !... c’est la vie... Monsieur Desbruyères, vous, l’homme de la mode, que pensez-vous des Porcherons ?
JOLICOURT.
Comment’.les Porcherons?... la guinguette?... àquel propos?
M m0 de bryane.
Laissez parler monsieur Desbruyères.
DESBRUYÈRES.
Madame, votre célèbre poète Vadé a dit :
Voir Paris, sans voir la Courtüle Où le peuple joyeux fourmille.
Sans visiter les Porcherons,
Le rendez-vous des bons lurons.
C’est voir Rome, sans voir le Pape t...(l)
Aussi les Porcherons sont-ils, aujourd’hui, le rendez-vous de ce
(1) La Pipe cassée. — Début du 5 me chant.
qu’il y a de mieux à la ville et h la cour... à Paris et à Versailles... c’est la folie du jour !
M me jolicoürt, devant la toilette, ne mettant une mouche.
CVst ce que nous avions entendu dire, n’esl-ce pas, ma cousine?... {Elle passe auprès de madame de Briane.)
DESBRÜYÈRBS.
Et, dernièrement, dans un polit souper, madame Dubarry a te’lement charmé Sa Maj sté, en lui chantant sa fameuse rodde des Percherons...
M me de bryane se levant.
Je la sais aussi! {Elle fredonne.)
Venez aux Porcherons,
Gais tendrons...
DESBRÜYÈRBS.
Précisément!... que le Roi lui-même voulait connaître la bruyante guinguette !
jolicoürt, faisant toujours de la tapisserie.
Eh! Mesdames, ne voyez-vous pas que monsieur Desbruyères vous fait des contes?... Comment croyez-vous que des femmes de qualité comme vous, puissent gaîment risquer d'être coudoyées... rudoyées... tutoyées.., {Il se lève avec humeur,)
M œe jolicoürt , à madame de Bryane.
Délicieux !
joucourt.
Froissées! chiffonnées! insultées!
Mn> e DE bryane, vivement.
Il se trouve toujours et partout q a Ique galant homme pour défendre une femme... JStous irons aux Porcherons. (4 part.) Il y sera peut-être !
M me JOLICOÜRT.
J’ai là, justement de ravissams paniers de la bonne faiseuse.
M me DE BRYANE.
Mais non, ma chère; mais non I point de paniers 1
M m8 JOLICOÜRT.
Comment 1
DESBRÜYÈRBS.
Sans doute!... on se travestit... les dames en servantes, en paysannes.
M me JOLICOÜRT.
Comme ça doit rendre jolie !
DESBRÜYÈRBS,
Les hommes en soldats, m gens de livrée 1
M m *‘ DE BBYANR.
Vous seriez bien en coureur , mon cousin... avec vos jambes de cerf 1