‹ Les portraits de l'enfantChapitre 143 sur 161 · LA SARABANDE », PAR ROYBET · texte numérisé non relu

LA SARABANDE », PAR ROYBET

fils Robert qu'elle tient entre ses bras dans un mouvement si original et si joli. Ces œuvres prouvent que le maître était aussi apte à fixer la physionomie de ses contemporains qu'à couvrir d'un monde féerique les cinq cents mètres carrés occupés par ses décorations à l'Opéra.

Au moment où fut achevée l'œuvre colossale qui absorba une grande partie

de sa vie, Baudry fut très préoccupé par la question du vernissage de cet immense ensemble de toiles. Il se fit chimiste, inventa, composa, essaya des vernis, interrogea des spécialistes. Il lui vint naturellement des conseils obligeants de toutes parts, il lui en vint de très loin, il lui en vint de très haut : la reine Victoria daigna, paraît-il, s'intéresser aux vernis de Baudry. Le maître écrivait à ses amis M. et Mme Charles Garnie r :

« La bonne reine d'Angleterre, émue de pitié en songeant au sort de mes malheureuses peintures, m'envoie un secret de vernis végétal, à elle révélé par le prince Albert qui adorait les arts.... »

Baudry ne dit pas si le vernis était bon, si même il l'expérimenta : il se montre en tout cas reconnaissant et il a raison. Heureux les peuples quand les rois ne pensent qu'à se livrer aux arts d'agrément.

Durant les derniers mois de sa vie, le peintre, malade, avait de longues insomnies traversées par des visions de tableaux de maîtres. C'était des Titien qui lui apparaissaient, les magnifiques Titien qu'il était allé étudier et copier en Italie pour se préparer à son travail de l'Opéra. Lorsque le sommeil le gagnait, la vision devenait merveilleuse : « Quand j'ai de bons rêves, disait-il, je vois des Titien qui n'ont jamais été faits : quel dommage de ne pas être somnambule,

ces visions sont parfois si distinctes qu'il me semble que je vais les peindre ; mais je m'éveille, et bonsoir, c'est fini !... »

Baudry s'est endormi une dernière fois; espérons qu'il a retrouvé les beaux tableaux de ses bons rêves, et que, pour l'éternité, il voit des Titien qui n'ont jamais été faits

Nous avons dit que l'école préraphaélite échappait à notre étude, non par sa technique, mais par son indifférence générale pour le portrait. Il nous faut pourtant nommer un artiste de valeur, Millais, qui débuta dans ce cénacle et donna d'à-

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ces visions sont parfois si distinctes qu'il me semble que je vais les peindre ; mais je m'éveille, et bonsoir, c'est fini !... »

Baudry s'est endormi une dernière fois: espérons qu'il a retrou vé les beaux tableaux de ses bons rêves, et que, pour l'éternité, il voit des Titien qui n'ont jamais été faits....

Nous avons dit que l'école préraphaélite échappait à notre étude, non par sa technique, niais par son indifférence générale pour le portrait. Il nous faut pourtant nommer un artiste

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« LE BAISER DE l'aIEULE », MARBRE PAR DAMPT. Musée du Luxembourg.

bord des œuvres peintes suivant la formule des préraphaélites. La conviction de Millais n'était pas très vigoureuse, puisqu'il s'éloigna peu à peu de la manière précise, sèche et rêche des émules de W. Hunt et de Rosetti, et qu'il finit par peindre des toiles comme son Gardien de la Tour de Londres, où la liberté de la facture est entraînante et qui restera un des meilleurs morceaux de la peinture anglaise. Cette hésitation nous rappelle le tempérament des artistes anglais. C'est toujours la même impersonnalité d'une école en formation, la même tendance à adopter des formules diverses et à les mettre en pratique avec une habileté indéniable, mais dépourvue de conviction. Ce même

idéal a inspiré le portrait d'enfant que nous reproduisons et où le pastiche s'avoue avec innocence. A vrai dire, la réussite n'est pas complète. Ce qui distingue surtout Vélasquez c'est la sûreté de touche, l'entrain et la légèreté de facture. Le portrait de Millais révèle une application, une lourdeur de pinceau, un faire laborieux qui ne rappellent en rien le maître espagnol. D'autres enfants ont été peints en grand nombre et avec plus de bonheur par Millais, le Penseroso, par exemple. La frimousse de bébé que l'on aperçoit, à Tate Gallery, dans V Ordre d'élargissement1 et la tête du petit Walter Raleigh, attentif aux récits d'un marin, dans un tableau du même musée, sont de

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