PIERRE ET JEAN, PAR CHARPENTIER
Winterhalter, montre la Reine et le Prince consort entourés d'une partie de leur jeune famille, le prince de Galles, la princesse Royale, le prince Alfred, duc d'Edimbourg, la princesse Helena et la princesse Alice, appelée « l'ange princesse », qui devait être plus tard la mère de la Czarine, épouse de Nicolas II.
Tout en présentant au lecteur un ensemble d'œuvres contemporaines, nous demandons la permission de nous abstenir de toute opinion sur les peintres comme sur les sculpteurs de nos jours. Il est presque impossible d'être bon juge quand on parle de ses contemporains : trop de sentiments étrangers aux arts interviennent. Et puis, la critique n'intéresse que les artistes visés, qui ne daignent l'estimer que lorsqu'elle les comble d'éloges; quant au public, la critique l'ennuie dès qu'elle n'est pas médisante pour les talents consacrés. Si, par hasard, il connaît des artistes, il cherche cependant ce qu'on en dit, mais nullement pour acquérir une opinion : son opinion est faite et vaut bien celle des critiques.
AUJOURD'HUI
Le célèbre mot de Goncourt est toujours vrai : « Ce qui entend le plus de bêtises, est un tableau. »
Cette chose qui imite la vie et qui ne parle pas, excite à parler; on aime à lui dire tout haut son admiration comme sa répugnance.
Il semble que c'est un peu de l'auteur qui est là, que cette œuvre, après avoir été créée par lui, après avoir, durant des semaines, reçu la trace de ses efforts, doit avoir une sensibilité, un amour-propre, un peu du désir de gloire qui a poussé l'artiste, l'a soutenu dans son travail. Et c'est un épanouissement joyeux, un véritable plaisir de lui crier son admiration quand on l'admire. C'est aussi un plaisir de dire tout haut en sa présence l'aversion qu'il vous fait éprouver.
Il y a là une inconsciente petite lâcheté à laquelle on se livre avec un secret soulagement : « Ah! que c'est mauvais! » ricanent les passants. Et après tout ne se vengent-ils pas de l'ennui qu'on leur
impose? Il est vrai que leur ennui peut venir de leur faute de goût, de leur ignorance, car le public est d'une ignorance qui stupéfie par son assurance.
Ici nous abordons une question délicate, très importante quand il s'agit de portraits. Le métier de portraitiste est plein d'amertume, car il est très difficile de satisfaire les « clients ». Vous faites un paysage, un tableau de genre, un tableau d'histoire; un amateur le voit, le trouve à son gré. Il vous l'achète. Nulle erreur possible, nul malentendu à redouter entre les parties. Mais un papa et une maman qui admirent beaucoup leur enfant et qui estiment également votre talent, viennent vous demander le portrait de Bébé. Ce portrait non seulement est une œuvre achetée avant d'être exécutée, c'est-à-dire qui peut être