‹ Les portraits de l'enfantChapitre 145 sur 161 · MESDEMOISELLES D., PAR BONNAT · texte numérisé non relu

MESDEMOISELLES D., PAR BONNAT

Collection de M. Gustave Dreyfus.

Elle avait perdu, à l'âge de huit mois, son père le duc de Kent, quatrième fils de George III; élevée tendrement par sa mère la princesse Louisa-Victoria de Saxe-Cobourg-Gotha, elle se trouva, un beau jour, reine d'Angleterre.

Elle avait dix-huit ans. Gentiment, elle se disait elle-même « trop petite pour une reine », et lorsque, dans l'abbaye de Westminster, durant la cérémonie du couronnement, on lui présenta le globe d'or :

« Que dois-je en faire? demanda-t-elle.

— Le porter dans votre main, madame.

— Oh! qu'il est lourd! » soupira-t-elle. On était en juin 1 838 ; ce poids devait rester entre ses mains jusqu'en janvier iqoi.

La jeune souveraine, qu'on appelait « la Fleur de mai » à cause de sa fraîcheur et de sa grâce, avait passé son enfance dans le palais et le beau parc de Kensington où son temps s'était écoulé à s'instruire et à se divertir, joignant les études graves aux arts d'agrément, apprenant la musique, le dessin, l'aquarelle, montant à cheval, jouant avec ses chiens, et se faisant traîner dans une

petite voiture à àne comme elle en conserva l'habitude jusqu'à la fin de ses jours.

Sa fille, la princesse royale, devenue l'Impératrice douairière Frédéric d'Allemagne, ne parait point avoir été, dans sa jeunesse, plus favorisée par les peintres. Une petite toile du musée de Kensington, œuvre insignifiante de Leslie, ne mérite l'intérêt qu'on lui porte qu'au souvenir qu'elle conserve du gentil visage de la frêle créature qui devait un jour régner sur la Prusse.

Landseer et Winterhalter ont, maintes fois, dans des toiles d'une froideur officielle, représenté les enfants de la famille royale. Tantôt c'est auprès de la reine, le prince de Galles et la princesse Royale; tantôt le prince Arthur, duc de Connaught. La plus importante de ces œuvres, honnête et glaciale peinture de

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