‹ Les portraits de l'enfantChapitre 21 sur 161 · JEUNE ROMAIN · texte numérisé non relu

JEUNE ROMAIN

Musée du Louvre.

ANTIQUITÉ ET MOYEN AGE. 23

lèvres et aux yeux la forme du sourire. C'est ainsi que toute la période archaïque s'est traduite dans des œuvres où rayonne un ravissement d'allégresse qui est une des plus aimables confidences de l'âme grecque. Il y a, en effet, peu de peuples assez heureux de caractère pour voir dans le sourire l'expression la plus complète de l'existence humaine.

Cette formule fut bientôt abandonnée; l'art s'enrichit d'expressions diverses, mais il resta longtemps peu soucieux de rechercher la physionomie individuelle des personnages. Ce progrès fut une conquête de la décadence.

Nous remarquerons ce fait dans toutes les écoles. Avec le développement de la civilisation, l'individu s'affirme, et, en même temps que l'homme sort de la foule et s'isole plus facilement, les arts, subissant la même révolution, se préoccupent davantage du type personnel et s'appliquent au genre du portrait. L'enfant de son côté vit moins près de la nature, à mesure que le milieu social s'élève. Au lieu de mener une existence simple, tout animale, il se développe singulièrement. Et, comme on veut qu'il reste dans son rôle d'enfant, il résulte de ce désaccord un petit être de personnalité très vive, de mine très intéressante, et qui devient pour l'artiste un modèle tout à fait séduisant.

Lorsque, sous l'Empire romain, la décadence commença, des portraits parurent, doués d'une vie intense, d'une précision pleine d'ampleur et de caractère, violents, parfois vulgaires, mais très personnels.

Ce n'est plus la physionomie trop souvent inexpressive du petit Grec, c'est le masque énergique, inquiétant, menaçant même, du conquérant dans sa jeunesse, du descendant des Romulus et des Remus nourris du lait de la louve, de cette race dont le berceau fut ensanglanté par un fratricide.

A voir ces enfants, on se rappelle les renseignements que nous a laissés Plaute sur leur violence naturelle :

« Aujourd'hui avant qu'un marmot ait sept ans, si on a le malheur de le toucher du doigt, il casse la tête de son maître avec ses tablettes. Va-t-on se plaindre au père :

« Bien, mon fils, dît celui-ci, continue ainsi à repousser l'injure. » Il fait venir ensuite le précepteur :

« Ah çà, misérable vieux, dit-il à l'esclave, ne t'avise pas de frapper mon fils, parce qu'il a montré du cœur! »

« Et le précepteur s'en va, la tête enveloppée d'un linge et huilée comme une lanterne. » (Bacch. III, 2.)

A ce moment, à l'autre bout de l'Empire romain, les Égyptiens, fidèles à leur idéal, continuaient à préparer des portraits pour leur vie future. Il nous

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