GALLA PLACIDIA ET SES ENFANTS
Art byzantin. — Musée de Brescia.
reste des peintures de cette époque, et parmi ces curieux ouvrages, il y a des enfants qui nous regardent avec des yeux agrandis et pleins de vie. Ces tableaux, peints à l'encaustique et à la détrempe, sont d'une exécution très remarquable. L'un d'eux a l'honneur de faire penser à Greuze : il rappelle le type habituel et aussi la facture du maître français.
La conquête de la Grèce ayant enrichi Rome d'un peuple de statues et d'oeuvres d'art répandues en foule dans les villas et les monuments publics, il y eut, dans la Ville aux sept collines, un merveilleux rassemblement d'apothéose au moment où l'Empire allait s'effondrer.
Pline dit qu'on pouvait admirer, dans le palais de Titus un groupe célèbre de Polyclète représentant deux enfants qui jouent aux osselets ; il parle d'une très belle peinture d'Aristide placée dans le temple de la Foi, au Capitole, et qui montrait deux enfants dont l'un s'exerçait à jouer de la lyre. Il connaissait aussi un Enfant à Foie, qui est sans doute le groupe parvenu incomplet jusqu'à nous. Pline l'a vu en bronze et lui donne pour auteur Bœthus, sculpteur carthaginois.
Quand Rome tomba, et que l'Univers se partagea son héritage, les chefsd'œuvre grecs et romains, échappés aux Barbares, furent dispersés de nouveau; ils eurent les aventures des belles captives que, dans Homère, on voit passer d'un maître à l'autre, insouciantes et soumises; et, malgré son appel à la divinité secourable, V Enfant implorant lui-même fit les voyages les plus extraordinaires...-. L'Olympe ne pouvait plus le défendre: ses dieux étaient morts; un petit enfant, né parmi les hommes, avait conquis le ciel et la terre.
En somme, l'Antiquité a surtout vu dans l'Enfant un motif de grâce décorative, un symbole joyeux et réconfortant, un emblème souriant de la vie terrestre. Si, exceptionnellement, dans de rares portraits, une individualité se dégage, les artistes ont plus souvent ramené leurs jeunes contemporains au rôle général du petit génie, du petit amour. Leurs travaux n'en sont pas moins de fidèles repro-
ANTIQUITÉ El MOYEN AGE. 2?
ductions physiques; ils montrent seulement par leur uniformité qu'il fallut de longs siècles à l'Enfant pour parvenir à dégager sa petite personnalité de la grande foule humaine.
Jamais l'humanité ne traversa, dans les temps historiques, une crise aussi longue et aussi terrible qu'à la fin de l'Empire romain.
Le régime d'énergie individuelle et d'organisation militaire, après avoir abouti à la triomphante conquête du monde, avait amené l'extermination des peuples, la ruine des villes, la dévastation des campagnes, la fin de l'industrie et l'oubli des arts; et les vainqueurs, épuisés par l'énervement de la décadence, avaient été bientôt incapables de résister aux Barbares.
Pendant cinq cents ans, les hordes sauvages n'étant plus contenues avaient passé sur le monde antique en flux et reflux incessants qui avaient mis le comble au bouleversement et à la désolation. Quand ces inondations humaines furent épuisées, le calme ne se rétablit point ; les eaux continuèrent de bouillonner sur place, sans s'apaiser encore.
La guerre régnait partout en permanence.
Les seigneurs se battaient entre eux, maltraitaient les vilains, rançonnaient les voyageurs, pillaient les villes et ravageaient les campagnes.
A côté de la peur qui déprime, l'ignorance achevait d'amoindrir les peuples, et les soins d'hygiène les plus nécessaires étaient négligés; de sorte que la peste, la lèpre, les plus terribles maladies se joignaient à la misère et à la famine pour accabler les foules éperdues....
Dans sa détresse, l'homme, pris d'épouvante et d'horreur devant la vie, se tourna vers l'Église qui lui montrait le ciel et lui parlait d'espérance. Aux couvents, aux monastères, aux cloîtres, il vint demander la paix de la rêverie et le secours de la prière, en attendant les joies infinies du Paradis. Les gueux et les grands, les pauvres femmes et les reines, également