‹ Les portraits de l'enfantChapitre 26 sur 161 · HERCULE ENFANT ÉTOUFFANT DES SERPENTS · texte numérisé non relu

HERCULE ENFANT ÉTOUFFANT DES SERPENTS

Patène antique du ïre'sor de Hildesheim.

EN ITALIE

FRAGMENT d'une FRESQUE DE BENOZZO GOZZOLI.

Campo Santo de Pise.

ans les héritages de l'Antiquité et du Moyen Age, la Renaissance italienne trouva le petit génie qui enseigne les joies de la terre et le petit ange qui enseigne les joies du ciel. Elle les recueillit tous deux. Nous allons voir comment, à son tour, elle les représenta en s'inspirant des enfants qui l'entouraient; nous allons voir aussi comment Raphaël eut la pensée de les unir en une nouvelle création, de confondre en un seul personnage l'enfant de la terre et celui du ciel, pour donner l'effigie définitive de la famille, de son intimité et de ses devoirs.

Après avoir atteint cette hauteur, les arts risquaient de se répéter ou de décroître. L'école italienne ne sut pas éviter ces dangers. Quelques artistes, cependant, cessèrent

i. L'Enfant, qui nous guide, ayant eu, en Italie, une physionomie générale, nous n'avons pas cru nécessaire d'observer des distinctions d'écoles que nos lecteurs pourront trouver dans des ouvrages spéciaux.

frontispice. — i. Enfant riant, par Donatello. — 2. Petit génie, par Raphaël. — 3. Ange, par Botticelli.

de ramener l'Enfant à des types généraux et s'appliquèrent à copier simplement la physionomie et le costume de leurs jeunes modèles. Cette étude sincère était justifiée et favorisée par les progrès de la civilisation. Le portrait de l'Enfant, désormais dégagé de toute formule, allait entrer dans une période nouvelle, d'aspiration moins élevée, mais d'exécution plus pittoresque. Et le petit monde puéril se transformera si vite, que plus nous avancerons dans l'histoire, plus la galerie des icônes de l'enfance s'enrichira d'images variées et séduisantes

L'Italie est le pays de l'art classique; ses souvenirs de l'Antiquité, sa vie facile sous un ciel clément, au milieu d'une contrée riche en aspects élégants, portent ses artistes à produire des œuvres épurées, à rechercher le style. Ils s'intéresseront aux jeux d'un muscle, aux gestes d'un membre, à la tournure d'un individu plutôt qu'à la physionomie expressive d'un visage. Le réalisme du portrait ne les tentera pas autant que l'impersonnalité du corps. Ils rêveront surtout d'un art simple et décoratif, d'aspiration idéale et d'exécution parfaite. Ils aimeront les belles ordonnances, les calmes et nobles attitudes ; ils regarderont, la plupart, comme une profanation de cacher par des vêtements la clarté soyeuse des chairs, de gêner par des étoffes la grâce libre des mouvements. Et, l'esprit rempli de symboles, ils feront habituellement de leurs personnages des dieux et des déesses, des anges et des saints; car, en les éloignant de la réalité, ils estimeront qu'ils les rapprochent de la beauté suprême.

Les petits génies et les petits anges ne pouvaient rencontrer un art plus favo-

UNE CORRECTION A L'ÉCOLE. FRAGMENT D'UNE FRESQUE DE BENOZZO GOZZOLI « LA VIE DE SAINT AUGUSTIN )). Église San Agostinoti à San Gimignano.

EN ITALIE

rable à leur développement. L'Italie en a fait les représentants de ses dons. Ils symbolisent ses qualités, ils trahissent parfois ses défauts. Et comme ses vertus et ses vices furent nombreux, ils forment une innombrable armée qui vole dans les fresques et les tableaux.

Il y en a dans les nuages, il y en a dans les frises, on en découvre par terre, ils se posent dans tous les coins. C'est la luxuriante éclosion d'un printemps.... Ils sont les abeilles diligentes et les frelons paresseux. Ils sont le colombier roucoulant des élus et des martyrs; ils sont la volière bruyante des arts; ils sont même le poulailler querelleur et aux grossiers appétits, car on en voit qui se battent comme des coqs ; d'autres se grisent comme des grives. Certains sont les valets de la peinture italienne ; dans les tableaux solennels, ils s'élèvent au rang de pages et soutiennent des draperies ou des couronnes audessus de pieux personnages.

Dans des tableaux plus modestes, ils s'acquittent de besognes plus humbles, souvent même plus rudes; et nous en verrons, dans les tableaux de l'Albane, cultiver la terre.

Mais ce qu'ils préfèrent, ce sont les arts, la peinture, la sculpture, la musique. Par là, ils , se révèlent les dignes enfants de l'Italie.

A nulle époque, le type du dilettante ne paraît avoir été plus répandu qu'au temps de la Renaissance ; jamais on ne vit une société plus éclairée, plus féconde en amateurs, en connaisseurs, en lettrés. Et quand le don de création apparaissait chez un homme, c'était une floraison touffue et variée ; l'artiste devenait à la fois peintre, sculp-

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