FRAGMENT DU TABLEAU DE RAPHAËL « LA MADONE DE FOL1GNO
Musé.: du Vatican.
Ces deux dates se répondent aux deux extrémités de cette existence avec une insistance qui rappelle l'admirable carrière du peintre chrétien, ses oeuvres pondérées, amies des belles lignes, ses groupes fiers qui se balancent et s'accordent, les théories de saintes et de saints qu'il ordonna et surtout la traduction de Marie et de Jésus à laquelle il s'éleva. Et l'on admire que Raphaël soit né le jour qui consacra la religion chrétienne, qu'il soit mort quand Jésus mourait.
Tant de laideurs arrivent, tant de ronces encombrent l'Histoire qu'il faut se réjouir quand on rencontre des fleurs pareilles.
L'éternel artiste qui voulut donner ce cadre à la vie de Raphaël ne s'en tint pas là. On voit qu'une tendre sollicitude préside à la jeunesse du maître et le prépare lentement à sa gloire future.
Son père, Giovanni Santi, peint des tableaux religieux. Sa mère, Maggia di Battista Ciarla, pose pour les madones dans les tableaux du Santi. Autour de son berceau, se groupent déjà, dans les œuvres paternelles, les figurants de son triomphe : c'est un immobile et silencieux cortège d'anges, de saints et de martyrs. Tel qu'un Dauphin dont l'œil innocent admire l'éclat de ses courtisans, il les trouve beaux, très beaux, mais il apprend aussi à les juger, pour les rendre plus fiers, plus forts et plus beaux, un jour, quand il sera digne de les commander. Et comme, pour bien commander, il faut avoir su bien obéir, le petit Dauphin doit se plier à la discipline. Raphaël lui-même entre, à l'âge d'un an, parmi la phalange céleste : son père le prend comme modèle. Que va-t-il donc faire, le digne Santi, d'après cette mignonne tête blonde?
Un Jésus enfant.
C'est une fresque, malheureusement aux trois quarts disparue, mais que l'on conserve encore précieusement dans la maison des Santi, à Urbin. Elle représente une jeune femme assise et tenant sur ses genoux son fils endormi. Les traits sont tout à fait individuels. C'est également un retable, achevé le 10 avril 1484 et destiné à l'église de Gradara, où le petit Jésus, placé sur les genoux de sa mère, a l'apparence d'un enfant de l'âge de Raphaël.
Il faut croire à cette légende. Les religions ont leurs mystères; l'art est une religion : il a ses légendes, quelquefois douteuses, mais empreintes de cette robuste vraisemblance qui fait dire : « Il serait fâcheux que cela n'eût pas été ainsi ». Il est probable qu'on ne saura jamais exactement si le Santi a peint son fils en Enfant Jésus ; mais est-ce qu'il ne serait pas extraordinaire que ce père, que cet artiste habitué à peindre des petits Jésus n'ait pas, un beau jour, été frappé à la vue de son enfant et ne se soit pas écrié :
« Mets-toi là, gamin, et ne bouge plus! »