LA VIERGE A LA CHAISE, PAR RAPHAËL
Florence. — Galerie Pitti.
de Boccace et de Pétrarque; puis les ornements et les instruments de toilette, les pommades, les parfums, les miroirs, les voiles. Enfin les arts dominaient avec les instruments de musique, les tableaux et les statues.
Cet amas avait une telle valeur qu'un marchand vénitien qui se trouvait dans la ville et qui était capable d'estimer ces richesses, fut désespéré de voir détruire des œuvres d'art où le génie antique se joignait au génie de la Renaissance, —
des maîtres tels que Fra Bartolomeo et Lorenzo di Credi avaient eux-mêmes apporté leurs tableaux, de riches citoyens, grands amateurs d'art, avaient sans regret envoyé les plus belles pièces de leur collection. — Le marchand vénitien offrit de payer le tout vingt mille écus. Mais au lieu d'écouter ses offres, on joignit par dérision son portrait aux œuvres qu'il regrettait. Et après avoir placé des gardes autour du bûcher, on y mit le feu au chant des laudes, des hymnes et du Te Daum, au bruit des cloches qui sonnaient à pleines volées....
Quand les flammes eurent tout dévoré, la procession reprit sa marche, précédée par les enfants et par des jeunes filles vêtues de robes blanches qui se groupaient autour d'un Christ en croix, œuvre de Donatello.
Ayant fait le tour de la ville, la foule des pèlerins, du peuple, du clergé et des enfants s'arrêta de nouveau, dressa le Christ et l'entoura de rondes pieuses, au son des cantiques.
Ces fêtes sacrées devaient avoir un bien curieux aspect. Malgré leur singularité, elles purent se renouveler et les recherches des enfants furent assez fructueuses pour permettre de renouveler aussi les exécutions.
On se demande ce que seraient devenus l'Italie, la Renaissance et tous les chefs-d'œuvre de l'Antiquité, si les partisans de Savonarole avaient triomphé. Le dominicain ne voulait pourtant pas détruire les arts; il ne condamnait même pas les études d'après le nu, comme on l'a dit; lorsque Lorenzo di Credi et Fra Bartolomeo sacrifiaient leurs tableaux, ils outrepassaient les exigences de leur ami. Savonarole insistait pour que les détails profanes ne fussent pas introduits dans les peintures religieuses; il proscrivait surtout l'usage qui consistait à peupler de portraits les scènes dont on décorait les églises.
Il constatait que les jeunes gens disaient en reconnaissant telle ou telle personne : « Voici Madeleine et voici saint Jean! »
« Vous mettez toutes les vanités dans les églises », s'écriait-il. Et il ajoutait :
« Les figures représentées dans les églises sont les livres des enfants et des femmes. »
Parfois pourtant il va plus loin. Dans une lettre à la comtesse de La Mirandole, sœur de Jean François Pic, qui était sur le point d'entrer chez les Clarisses, il donne des conseils de vie simple, sans luxe, et il déclare :
« Surtout pas de Bambino \ de nos jours, il est devenu pour les religieuses un véritable objet d'idolâtrie. »
Peut-être redoutait-il pour les pauvres femmes les regrets de la maternité que pouvait leur suggérer la vue du couple maternel de la Vierge et de son fils.
Bref, le moine qui put compter parmi ses partisans et ses amis Botticelli,
EN ITALIE
Lorenzo di Credi, Fra Bartolomeo, qui dit : « Ceux qui ne savent pas lire doivent contempler les peintures et y considérer la vie du Christ et des saints »; ce moine devait aimer et respecter les arts et professer une haute idée de leur influence sociale. Mais les foules entraînées dépassent le but qu'on leur enjoint; les réformateurs sont toujours trahis par l'exagération de leurs partisans. Et puis, Savonarole avait confié un pouvoir énorme à de trop frêles épaules, à des têtes trop ignorantes. Ses jeunes magistrats furent de très fâcheux auxiliaires. Les enfants sont nés pour obéir; la moindre autorité entre leurs mains s'égare, tourne à la tyrannie, ou les écrase....
... Ce fut Savonarole qui fut écrasé. Nous ne rappellerons pas son supplice et sa mort.
Nous avons voulu seulement noter ce qui, dans son essai de révolution, concernait l'Enfant, montrer la lueur qu'il avait eue de la vérité, c'est-à-dire du rôle purificateur de la jeunesse, et l'erreur où il était tombé en donnant à un rôle involontairement heureux une conscience exagérée, un pouvoir tyrannique qui rendirent inféconde son idée si élevée, si noble et si juste.
Raphaël allait à son tour exprimer la même pensée sous la forme pacifique de la peinture, en représentant Jésus entre Marie et Joseph.
Il semble que, pour certains hommes privilégiés, la nature veuille faire œuvre d'art et qu'elle soumette en leur faveur les événements à des lois de belle et haute esthétique.
Raphaël naquit le vendredi saint 1483 et mourut le vendredi saint i52o.