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Dans son drame Don Carlos

EN ESPAGNE

Il n'était pas toujours aussi inventif, sa brutalité ne lui en donnant pas le temps. Comme il passait dans une rue, un peu d'eau tombe d'une fenêtre et le mouille. Aussitôt il veut qu'on brûle la maison et qu'on mette à mort tous ses habitants. On eut grand'peine à détourner sa fureur.

Mais voilà qu'il fait une chute et se blesse grièvement à la tête.... On le soigne assez mal, on le trépane même. Par miracle, il se rétablit; mais cette malheureuse tête, déjà si bizarre, ne devait pas avoir gagné à l'aventure.

Le fait est que la vie de l'Infant se poursuit en extravagances.

Il n'avait jamais été en bons termes avec Philippe II ; les dissentiments s'aggravèrent. Don Carlos finit par conspirer contre le roi. C'était le comble. Lorsque, dans la nuit du 17 au 18 janvier i5o8, revêtu de son armure sous sa robe, épée en main et casque en tête, Philippe II se présenta, accompagné du comte de Lerme, dans l'appartement de l'Infant, une scène d'un tragique poignant se déroula entre le père et le fils.... Don Carlos comprit

aussitôt qu'il était perdu.... Il s'humilia, mais ses supplications turent vaines.

« Je ne vous traiterai plus en père, mais en roi! » répondit Philippe II.

On trouva des armes et des papiers très compromettants. Le malheureux avait dressé une liste de ses ennemis, — de ceux dont il souhaitait et recherchait la mort, — et, en tête, il avait écrit le nom de son père. Gardé prisonnier, il voulut se laisser mourir de faim. Le roi fut implacable :

« Il mangera quand la taim le pressera bien.... »

Cela dura cinquante heures. On le croyait perdu.... Mais Philippe, qui connaissait sa voracité, ne s'était pas trompé : il se remit tout à coup à manger.

Six mois s'écoulèrent. On était au mois de juillet. Don Carlos, un matin, après avoir dévoré un pâté de perdrix assez gros, boit en abondance de l'eau

PORTRAIT D ENFANT EN CARDINAL, PAR VELASQUEZ Musée de Vienne.

glacée.... Une indigestion se déclara qui prit aussitôt une tournure grave et emporta le malade en quelques heures.... On ne manqua point de parler d'empoisonnement.... Mais si le mystère demeure autour de cette mort, il n'existe

plus autour de don Carlos qui ne ressembla en rien au romanesque et sympathique personnage de la légende.

Que va devenir le putto italien, le petit génie apporté en Espagne dans le tableau du Titien, le vol d'amours de X Offrande à Vénus!

Le putto devient un chérubin. Pendant huit siècles, ce peuple s'est acharné contre les Maures, s'est battu pour la Madone et pour le Christ. Après avoir tant souffert pour la religion, il s'est fait un idéal mystique dont l'ardeur est effrénée.

En carême, les rues se peuplent de pénitents nus jusqu'à la ceinture et la tète voilée et surmontée d'un bonnet en forme de pyramide.

« Une natte étroite les emmaillote et les serre à tel point que ce qu'on voit de leur peau est tout bleu et tout meurtri; leurs bras sont entortillés de la même natte et tout étendus. Ils portent jusqu'à sept épéss passées dans leur dos et dans leurs bras, qui leur font des blessures dès qu'ils se remuent trop fort ou qu'ils viennent à tomber, ce qui leur arrive souvent, car ils vont nu-pieds, et le pavé est si pointu que l'on ne peut se soutenir dessus sans se couper les pieds. Il y en a d'autres qui portent des croix si pesantes qu'ils en sont accablés; et ne pensez pas que ce soit des personnes du commun; il y en a de la première qualité. Leurs domestiques, déguisés, portent du vin, du vinaigre et d'autres choses pour en donner de temps en temps à leur maître qui tombe bien souvent comme mort de la peine et de la fatigue qu'il souffre.... »

Dans de tels excès, l'imagination s'exalte et découvre des splendeurs et des joies infinies. C'est pourquoi le petit chérubin révèle dans les toiles espagnoles

L INFANTE MARGUERITE DESPAGNE, PAR VELASQUEZ. Musée Stadel, à Francfort.

EN ESPAGNE

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une grâce qu'il n'atteint dans aucune autre école. Les anges italiens ont un style parfait, mais un peu froid : les artistes de la Renaissance italienne furent souvent des chrétiens frivoles, comme Raphaël, parfois suspects d'hérésie, comme le Pérugin; les peintres espagnols sont au contraire dévots et convaincus. Murillo allait passer des heures en prières dans les églises. Un soir, il lui arriva d'impatienter un sacristain qui attendait son départ pour fermer les portes; et comme le gardien eut la naïveté de lui demander pourquoi il restait si longtemps immobile dans un coin de chapelle, au pied d'un tableau de Pedro Campana représentant la Descente de Croix, le peintre montra le tableau et fit cette réponse : « J'attends que ces pieux serviteurs aient fini de descendre le Seigneur de la croix ».

Ces paroles étaient dignes du peintre des séraphins, de l'artiste qui sut le mieux traduire le petit monde éthéré des extases.

Avant de parvenir à son originalité, à sa vigueur si indépendante chez Velasquez, l'école espagnole subit l'influence de l'école flamande très iavorisée en Espagne par suite des liens de famille qui unissaient alors les deux maisons de Castille et de Bourgogne. Luis Dalman exécuta pour l'église de San Miguel de Barcelone un tableau appelé les Conseillers devant la Vierge, où l'on aperçoit de jolis visages d'anges et de jeunes filles qui rappellent les cortèges que les peintres religieux des écoles septentrionales aiment à grouper dans leurs œuvres. A la même époque, une toile attribuée à Antonio de Rinçon représente les Rois Catholiques en prière devant la Vierge; auprès des souverains se tiennent

, T r . L'iNFANT DON BALTHAZAR CARLOS, PAR VELASQUEZ.

les Infants; Ferdinand est ac- Madrid. Musée du Pfado.

compagné par son fils et Isabelle est accompagnée par sa fille. Quelques artistes quittent, il est vrai, l'idéal flamand, mais c'est pour s'abandonner à l'influence italienne et Juan Joanès, le plus remarquable d'entre eux, peint des portraits qui rappellent la manière du Bronzino.

Le meilleur peintre parmi les précurseurs de la grande époque, Sanchez Cœllo dont nous avons déjà parlé précédemment, avait été l'élève du peintre flamand Antonio Moro.

Entré dans l'atelier de celui-ci à l'époque où il peignait le portrait de l'Infant, fils de Charles-Quint, depuis Phi-

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