DE MÉZIÈRES, TAR S. A. BELLE
Il Obtenait qu'il Signât des en- Musée de Versailles. (Neurdein, phot.)
gagements de bonne conduite :
« Je promets, foi de prince, à M. l'abbé de Fénelon... de lui obéir, et, si j'y manque, je me soumets à toutes sortes de punitions et de déshonneur. — Fait à Versailles, le 29 novembre 1689. Signé : Louis. »
Mais, surtout, il s'adressait à son cœur. Et le jeune démon que nous a décrit Saint-Simon arrivait à dire à son maître des mots charmants d'effusion comme celui-ci : « Je laisse derrière la porte le duc de Bourgogne et ne suis plus avec vous que le petit Louis. »
On ne vit jamais à la cour meilleur précepteur ni meilleur élève. Après eux tout n'est que décadence. La princesse Palatine, mère du Régent, fut partisan des corrections. Elle écrivait le i5 février 17 10 : « Quand mon fils était petit, je ne lui ai jamais donné de soufflets, mais je l'ai fouetté si fort qu'il s'en souvient encore. »
Ce cuisant souvenir ne paraît pas avoir eu chez le Régent d'action très efficace ; l'organe lésé seul s'en souvenait peut-être.
Louis XV fut assez mal élevé : « On lui laisse faire tout ce qu'il veut, écrivait la princesse Palatine, de peur de le rendre malade. Je suis persuadée que si on
le corrigeait, il serait moins emporté, et qu'on lui fait grand tort en le laissant agir selon ses caprices. Mais chacun veut gagner les bonnes grâces du roi, quelque jeune qu'il soit. »
Il se montra lui-même très peu autoritaire ; il avait donné à ses quatre filles des surnoms familiers tout à fait dépourvus de décorum. Madame Victoire se voyait attribuer le sobriquet de Coche', Madame Adélaïde, celui de Loque ; Madame Sophie était Graille et Madame Louise était Chiffe. Il ne faut pas s'étonner si Louis XVI reçut une éducation fort négligée dans un milieu aussi relâché. Lorsqu'à son tour, devenu roi et père, il eut à penser à son fils, les théories de Rousseau étaient en faveur. Il voulut se conformer à la mode et il choisit pour le prince la profession de jardinier. Un petit terrain sur la terrasse de Versailles fut mis à la disposition du Dauphin Louis XVII, qui chaque matin put offrir à la reine des fleurs de son jardin. Quand il choisissait une baguette pour soutenir une plante trop frêle, l'enfant ne se doutait pas que, s'il avait eu Bossuet pour précepteur, cette baguette aurait pu rencontrer un tout
Cette éducation des rois fut imitée dans toute sa rigueur par la noblesse ; avec un peu moins d'étiquette, ce furent les mêmes pratiques.
Nous avons, sur ce sujet, deux mots caractéristiques : celui d'un père et celui d'un fils. Celui du père est un cri déchirant répété par Montaigne, la confidence éplorée du maréchal de Montluc qui, après la mort de son enfant, regrettait trop tard le rôle qu'il avait cru devoir jouer.
« Et ce pauvre garçon n'a rien vu de moy qu'une contenance renfrognée et pleine de mépris et a emporté cette créance que je n'ai su ni l'aimer ni l'estimer selon son mérite ! »
Celui du fils est dû à Chateaubriand. Il écrit dans ses Mémoires :