CHARLES-LOUIS, DAUPHIN, FILS DE LOUIS XV, PAR TOCQUÉ
' . ,„ . , ,' « Ma mere, ma sœur et moi,
Musée du Louvre. (Neurdein, phot.)
EN FRANCE
LE DAUPHIN LOUIS XVII, PASTEL PAR Mm0 VIGEE-LEBRUN. Musée de Versailles.
transformés en statues par la présence de mon père, nous ne recouvrions qu'après son départ les fonctions de la vie. »
Entre Montluc et Chateaubriand des siècles ont passé sans apporter une détente. Voilà pour le cœur. Nous avons aussi les souvenirs du duc de Lauzun,
plus tard duc de Biron, qui peuvent prendre place à côté des souvenirs de La Porte sur la robe de chambre verte de Louis XIV enfant et sur les omelettes qu'il avalait, par surprise, dans les coins. Le duc disait de sa jeunesse :
« J'étais comme tous les enfants de mon âge et de ma sorte :
les plus jolis habits pour sortir, nu et mourant de faim à la maison. »
Il est bon de se rappeler cette phrase quand on admire les portraits de l'époque ; les enfants que l'on nous présente pomponnés et guillerets subissaient en général un régime de terreur et d'abandon.
La plupart avaient été d'abord envoyés en nourrice, où on les avait oubliés longtemps. Talleyrand devait conserver toute sa vie les traces de cette méthode. « A quatre ans, j'y étais encore. C'est à cet âge que la femme chez laquelle on m'avait mis en pension me laissa tomber de dessus une commode. Je me démis un pied ; elle fut plusieurs mois sans le dire ; on s'en aperçut quand on vint me prendre. » Il resta boiteux pour toujours.
Dans les familles, les domestiques avaient appris un peu de latin, et ne se servaient que de cette langue avec les enfants ; car il fallait les préparer à l'instruction des collèges, où les petits Français ne devaient plus parler que le latin, même s'ils s'adressaient à leurs camarades. On imagine aisément quelle tour de Babel devenait ainsi l'endroit où l'on prétendait instruire la jeunesse. Ne pouvant exiger des nouveaux venus qu'ils parlassent comme Cicéron, les règlements leur permettaient un latin incongru, mais ils exigeaient que leurs aînés s'élevassent jusqu'au latin congru. Les règlements sont formels. Ils disent : « Mieulx vaut un latin congru qu'incongru, mais mieulx vaut encore un latin incongru que le français ». Toute infraction à cette règle était punie par des coups de verges. Et cette loi, pour ne pas être transgressée, imposait les plus