‹ Les portraits du duc de La Rochefoucauld, auteur des Maximes;Chapitre 1 sur 13 · Passage des Panoramas · texte numérisé non relu

Passage des Panoramas

N s''est appliqué, dans ces derniers temps, à décrire 1 œuvre d'un graveur ^ ou d'un dessinateur; on a catalogué les suites d'estampes destinées à illustrer les diverses éditioîis de nos classiques et de nos poètes, et Von a rédigé sur des groupes d'artistes, représentants d'une école ou d'une époque, des études d'ensemble appelées à rendre les plus grands services à l'histoire de l'art.

Ce qui a moins tenté les travailleurs^ c'est de donner la description de tous les portraits gravés d'un personnage, alors surtout que ses œuvres n avaient provoqué la composition d'aucune suite de vignettes. Le peu d'importance d'un travail de ce genre et la somme trop modeste des difficultés

à vaincre sont assurément les seules causes qu'il faut assigner à ce que nous n osons appeler une lacune.

Tel est cependant le but que nous nous sommes proposé en rédigeant cette petite étude, dans laquelle on ver^ra, non le résultat d'un travail pénible, mais bien plutôt le fruit de recherches agréables^ une sorte de délassement ou de récréation artistique. Nous avons donc essayé de faire V iconographie du duc de la Rochefoucauld , Jiayant d'autre prédécesseur, dans cette voie, que Sieurin^ qui s est borné à cataloguer sommairement une dizaine de portraits de ce personnage (i).

A de ratées exceptions près, indiquées en leur lieu et place, toutes les pièces que nous avons décrites font partie d'une collection que nous avons formée avec une sorte d'amour, en admirateur ferveyit de l'auteur des Maximes.

Notre catalogue contient^ autant que possible, le détail de tous les états des portraits décrits. Nous n'ignorons pas que l'on abuse un peu, de nos jours, de ce terme technique; aussi bien, dans la plupart des cas, ne V avons-nous employé que parce qu'il était encore, en dehors de toute préoccupation artistique ou souci comiitercial, le ?noyen

{i) Manuel de l'amateur d'illustrations, gravures et portraits pour l'ornement des livres français et étrangers, par M. J. Sieurin. Pai-is, Labitte, 1875. — /;2-§«/

le plus simple pour désigner un nouvel avancement d'ime planche gravée.

C'est à juste titre, d'ailleurs, que les curieux recherchent ces épreuves dressai des artistes, qui, si elles ne présentent pas toujours la correction de dessin et de gravure d'une épreuve terminée, ont au moins une saveur, un goût de fruit inappréciables. Pour le même motif aussi, n' avons-nous pas omis de ?nentiomier les épreuves sur papier de Chine ou du Japon, sur taffetas ou sur parchemin, que leurs qualités spéciales de tirage ou leur originalité rendent si précieuses.

Cependant, avons-nous la prétention d'avoir décrit tous les portraits gravés du personnage, en un mot, prétendrons-nous donner un travail absolument complet ? Ce serait la perfection, et qui peut, hélas! se flatter d'y atteindre!

C'est ainsi que, faute d'avoir réussi à les voir, nous n'avons pu donner la description de deux portraits dont l'existence ne nous est point inconnue : le premier est joint à une traduction des yidi\imt?> publiée à Vienne en i j 85 et le second orne une version anglaise du même ouvrage imprimée à New- York, en iS5i .

Toutefois, c'est à dessein que nous avons négligé un portrait exécuté en France, il y a quelques anyiées, par le graveur anglais E. Scriven et au bas duquel a été imprimé, par erreur, le nom de

la Rochefoucauld y alors qu'il présente, en réalité, l'effigie de La Bruyère {\).

Nous devons parler aussi, sans doute, des deux portraits qui ornent cet opuscule et pour la gravure desquels M, Lalau^e a bien voulu nous prêter le concours de son remarquable talent.

Ainsi que nous le disons dans notre Notice, le premier est la reproduction, faite d'après une photographie, de Vémail original que possède S. A. R. le prince d'Orange. Il y avait peut-être lieu de craindre, au premier abord, que ce procédé mécanique fût inhabile à rendre correctement un portrait peint sur une plaque d^émail relevée en bosse ou emboutie, pour nous servir d'un terme de métier, dont la convexité pouvait modifier Vexactitude des proportions. Par bonheur, il n'en a rien été et nous avons pu confier à notre graveur une copie d'une fidélité mathématique.

Le second est la reproduction exacte, C07nme dimension et co7nme dispositions, d'un dessin inédit que Devéria avait exécuté pour la bibliothèque Janet et que nous avons acquis lors de la vente de la célèbre collection Mahérault. Nous ne nous faisons point illusion sur la valeur actuelle des Devéria. Relégué aujourd'hui au second rang, cet artiste ne jouit pas encore de la vogue à laquelle il a droit, croyons-nous. Mais son heure sonnera

(i) Ce portrait, publié sans signature, estin-S» à claire-voie.

certainement un jour, comme pour tant d'autres délaissés, et peut-être sa gloire sera-t-elle d'autant plus grande qu^elle aura plus tardé à venir. Quoi qu'il en soit, le dessin que nous avons fait graver a toutes les qualités d'une œuvre de maître. A la sépia, avec rehauts à la gouache et repentirs au grattoir, il est traité avec une délicatesse et une vigueur admirables.

Ajoutons que, pour dessiner les traits du duc de la Rochefoucauld, Devéria s est inspiré de la gravure de Choffard, qui représente, selon nous, le second des portraits du personnage peints en émail par Petitot. Ainsi aurons-nous pu, à l'appui de notre thèse et dans cet opuscule même, donner des spécimens de ces deux tjpes distincts.

Tel qu'il est, notre travail obtiendra peut-être les suffrages des amateurs. Quoi qu'il en puisse être, ce sera pour nous un incomparable honneur que d'avoir pu, à l'occasion d'une étude nouvelle, tant par le sujet qu'elle traite que par la forme quelle revêt, mettre notre nom à l'abri de celui de l'immortel auteur des Maximes.

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