‹ Les portraitsChapitre 100 sur 253 · GBANDEUR ET DÉCADENCE d'l'N FONCTIONNAIRE · texte numérisé non relu

GBANDEUR ET DÉCADENCE d'l'N FONCTIONNAIRE

Vient-on de placer quelqu'un dans un nouveau poste (1), c'est un débordement de louanges en sa faveur, tjui inonde les cours et la chapelle, qui gagne l'escalier, les salles, la galerie, tout l'appartement (2) : on en aaulessus des yeux (3), on n'y tient pas. 11 n'y a pas deux iroix différentes sur ce personnage ; l'envie, la jalousie aarlent comme l'adulation ; tous se laissent entraîner lu torrent qui les emporte, qui les force de dire d'un lomme ce qu'ils enpensent ou ce qu'ils n'enpensentpas, :omme de louer souventcclui qu'ils ne connoissentpoint. L'homme d'esprit, de mérite ou de valeur devient en un ins- ;ant un génie du premier ordre, un héros, un demi-dieu, [lest si prodigieusement flatté dans toutes les peintures jue l'on fait de lui, qu'il paroît difîoi'me près de ses porraits ; il lui est impossible d'arriverjamais jusqu'où la bas-

(8; Contre-temps : distractions.

(9) Cet liomme qui a un nom « tel qu'il ose le porter » doit être 'évoque de Noyon, M. de Clemiont-Tonnerre, entiché de sa loblesse. L'évêque ayant un jour traité les Harlay de bourgeois, A. de Harlay, premier Président, à qui ce propos fut rapporté, efusa de recevoir l'évoque à dîner, en prétendant que sa table était rop roturière pour un grand seigneur. Par manière de vengeance, 'évoque refusa plus tard de prononcer l'oraison funèbre du premier ^résident.

(1) La Bruyère a peut-être en vue François de Montmorency, duc de liuxembourg, maréchal de France, disgracié et exilé pendant deux ins à propos de « l'affaire des poisons )) (procès de la Brinvilliersi.

(2) L'appartement : les salles du palais de Versailles où les courisans se tenaient le soir.

(3) On en a par-dessus les yeux, on ne peut échapper à cette écdeu- •ante atmosphère d'adulation.

sesse Ptlacomplaisanco vioniieiit de lo porter : il rougit de sa propre réputation (4).Commence-t-il à chanceler dans ce poste où on l'avoit mis, tout le monde passe facilement à un autre avis ; en est-il entièrement déchu, les machines qui l'avûient guindé si haut par l'applaudissement et les éloges sont encore toutes dressées pour le faire tomber dans le dernier mépris : je veux dire qu'il n'y en a point qui le dédaignent mieux (5), qui le blâment plus aigrement, et qui en disent plus de mal, que ceux qui s'étoient comm» dévoués (6) à la fureur (7) d'en dire du bien.

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