‹ Les portraitsChapitre 137 sur 253 · MALADE IMAGINAIRE · texte numérisé non relu

MALADE IMAGINAIRE

Irène (1) se transporte à grands frais en Épidaure (2), voit Esculape dans son temple, et le consulte sur tous ses maux. D'abord elle se plaint qu'elle est lasse et recrue (3) de fatigue ; et le dieu prononce que cela lui arrive par la longueur du chemin qu'elle vient de faire. Elle dit qu'elle est le soir sans appétit; l'oracle lui ordonne de dîner peu. Elle ajoute qu'elle est sujette à des insomnies; et il lui prescrit de n'être au lit que pendant la nuit. Elle lui demande pourquoi elle devient pesante, et quel remède; l'oracle répond qu'elle doit se lever avant midi, et quelquefois se servir de ses jambes pour marcher. Elle lui jdéclare que le vin lui est nuisible : l'oracle lui dit déboire de l'eau; qu'elle a des indigestions: et il ajoute qu'elle fasse diète. «Ma vue s'af-

(3) Leur portée : leur capacité d'affection, leur puissance d'aimer.

(4) OÙ: chez lesquels. L'emploi de cet adverbe de lieu pour le relatif précédé d'une préposition et se rapportant à des personnes est fréquent au xvne siècle.

(5) Plus relevés (que ceux par lesquels il les excuse).

(1) Irène, à n'en pas douter, est Mme de Montespan qui voyageait beaucoup pour guérir des maux imaginaires, et, en particulier, allait souvent au.\ eaux de Bourbon. Un médecin, dit-on, lui tint un jour le langage judicieux et brutal que La Bruyère prête à Esculape. Elle mourut à Bourbon même, en 1707; s'il faut en croire Saint-Simon, à ses derniers moments, « les frayeurs de la mort, qui, toute sa vie, l'avaient si continuellement troublée, se dissipèrent subitement et ne l'inquiétèrent plus. »

(8) Epidaure : ville d'Argolide, où se trouvait un temple célèbre d'Esculape. — On dirait aujourd'hui: à Epidaure.

(3) Recrue : rompue, excédée.

foiblit, dit Irène. — Prenez deslunettes, dit Esculape. — Je m'afîoiblis moi-même, continue-t-elle, et je ne suis ni si forte ni si saine (4) que j'ai été. — C'est, dit le dieu, que vous vieillissez. — Mais quel moyen de guérir de cette langueur?— Le plus court, Irène, c'estde mourir, comme ont fait votre mère et votre aïeule. — Fils d'Apollon, s'écrie Irène, quel conseil me donnez-vous? Est-ce là toute cette science que les hommes publient (5), et qui vous fait révérer de toute la terre ? Que m'apprenez-A^ous de rare et de mystérieux? et ne savois-je pas tous ces remèdes que vous- m'enseignez? — Que n'en usiez-vous donc, répond le dieu, sans venir me chercher de si loin, et abréger vos jours par un long voyage (6)? »

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