ABSENCE DE MESURE
Téléphe a de l'esprit, mais dix fois moins, de compte fait, qu'il ne présume d'en avoir : il est donc, dans ce qu'il dit, dans ce qu'il fait, dans ce qu'il médite et ce qu'il projette, dix fois au delà de ce qu'il a d'esprit; il n'est donc jamais dans ce qu'il a de force et d'étendue : ce raisonnement est juste (1). Il a comme une barrière qui le ferme, et qui devroit l'avertir de s'arrêter en deçà (2); mais il passe outre, il se jette hors de sa sphère; il trouve lui-même son endroit foible, et
(2) Composer : arriver à un accommodement, se faire des concessions mutuelles.
(1) Il se peut qu'il soit juste, mais il est obscur. La Bruyère semble vouloir dire qu'en dépassant ou plutôt en essayant de dépasser leç limites de son intelligence naturelle, Téléphe sort de sa sphère et par là même inutilise celles de ses facultés qui pourraient donner de lui une bonne opinion. C'est une paraphrase du mot connu : en courant après l'esprit, on attrape la sottise.
(2) Son horizon intellectuel est borné; s'il se connaissait mieux, il ùe s'aventurerait pas.
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se montre par cet endroit; il parle de ce qu'il ne sait point, et de ce qu'il sait mal ; il entreprend au-dessus de son pouvoir, il dc'sire au delà de sa portée ; il s'égale (3) à ce qu'il y a de meilleur en tout genre. Il a du bon et du louable, qu'il oirusque (4) par l'afTectation du grand ou du merveilleux; on voit clairement ce qu'il n'est pas, et il faut deviner ce qu'il est en effet. C'est un homme qui ne se mesure point, qui ne se connoît point; son caractère est de ne savoir pas se renfermer dans celui qui lui est propre, et qui est le sien.