La dédaig.neuse
Riez, Zclie (1), soyez Inulino et folâtre, à votre ordinaire; qu'est devenue votre joie ? « Je suis riche, ditesvous, me voilà au large, et je commence à respirer (2). » Riez plus haut, Zélie, éclatez : que sert une meilleure fortune, si elle amène avec soi le sérieux et la tristesse? Imitez les grands qui sont nés dans le sein de l'opulence : ils rient quelquefois, ils cèdent à leur tempérament, suivez le vôtre; ne faites pas dire de vous qu'une nouvelle place ou que quelques mille livres de rente de plus ou de moins vous font ]tasser d'une extrémité à l'antre. « Je tiens, dites-vous, à la faveur par un endroit. » Je m'en doutois, Zélie; mais croyez-moi, ne laissez pas de rire, et même de me sourire en passant, comme autrefois : ne craignez rien, je n'en serai ni plus libre ni plus familier avec vous; je n'aurai pas une moindre opinion de vous "I de votre poste; je croirai également qu»^ vous êtes
■32) On n"a jamais mieux représenté l'art perfide d'empoisonner le silence.
(1) Zélie est-elle comme l'ont prétendu plusieurs clefs. M"> de Pontciiartrain, femme du contrôleur général? Mais La Bruyère était l'ami de ce ministre : est-il admissible qu'il ait appelé sa femme une « fausse dévote »? D'autant plus que le malveillant Saint-Simon ne lui attriliue guère les défauts de Zélie : « ... Elle avait beaucoup d'esprit Sans jamais vouloir le montrer, et beaucouj) d'agrément, de tour et 'l'adresse dans l'esprit... » Néanmoins, quelques ilétails de ce portrait ;: sont applicaliles.
2] Voilà un trait qui est exact de M"" de Pontciiartrain. Fille de .Maupeou. président de clianibre du Parlement, elle n'était, en se mariant, guère riche, ni son mari non iilus, mais l'élévation de Pontciiartrain arrangea leurs affaires.
richo et en faveur. « Je suis dévote », ajoutez-vous. C'est assez, Zélie, et je dois me souvenir que ce n'est plus la séninité et la joie que le sentiment d'une bonne conscience étale sur le visage (3); les passions tristes et austères ont pris le dessus et se répandent sur les dehors : elles mènent plus loin (4), cl l'on ne s'étonne plus de voir que In dévotion (Ij) sache encore mieux que la beauté et la jeunesse rendre une femme fière et dédaigneuse.