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LE CHARLATAN

Cairn Coirifl'' débarque avec une recette qu"il appelle un prompt remède, et qui quelquefois est un poison lent : c'est un bien de famille, mais amélioré en ses mains : de spécifique qu'il étoit contre la colique, il guérit de la fièvre quarte (2\ de la pleurésie, de l'hydropisie, de l'apoplexie, de l'épilepsie. Forcez un peu votre mémoire, nommez une maladie, la première qui aous

vation. Il n'en est pas moins vrai, comme on le voit, que Villayer a eu le mérite de trouver la première forme de l'ascenseur moderne. La raillerie de La Brujère porte ici à faux.

(1) Improuve: blâme.

(2j Le théâtre de Molière abonde en épigrammes contre les médecins : quelques jours avant sa mort, il leur décochait dans le Malade imaginaire de sanglantes plaisanteries, et môme, en une scène dont le ton sérieux contraste avec le reste de la pièce, énuniérait ses motifs pour ne pas croire à leur art. Il est fort excusable : car la médecine, de son temps, était beaucoup moins avancée que du nôtre.

(3) Spécifiques : utiles pour combattre telle maladie particulière.

(1) Caretti, le charlatan italien dont il a déjà été question, et dont la renommée fut d'abord extraordinaire.

(2) Fièvre quarte : fièvre qui revient tous les quatre jours.

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viendra en l'esprit : Vhémoirhagie, dites-vous ? il la guérit. Il ne ressuscite personne, il est vrai; il ne rend ]jas la ^ie aux hommes; mais il les conduit nécessairement jusqu'à la décrépitude, et ce n'est que par hasard que son père et son aïeul, qui avoient ce secret, sont morts fort jeunes. Les médecins reçoivent jiour leurs visites ce qu'on leur donne; quelques-uns se contentent d'un remerciement; Carro Carri est si sûr de son remède, et de l'effet qui en doit suivre, qu'il n'hésite pas de s'en faire payer d'avance, et de recevoir avant que de donner. Silo mal est incurable, tant mieux, il n'en est que plus digne de son application et de son remède. Commencez par lui livrer quelques sacs de mille francs, passez-lui un contrat de constitution (3), donnez-lui une de vos terres, la plus petite, et ne soyez pas ensuite plus inquiet que lui de A'otre guérison. L'émulation de cet homme a peuplé le monde de noms en 0 et en I, noms vénérables, qui imposent aux malades et aux maladies. Vos médecins, Fagon (4), et de toutes les Facultés, avouez-le, ne guérissent pas toujours, ni sûrement; ceux au contraire qui ont hérité de leurs pères la médecine pratique (b), et à qui l'expérience est échue par succession, promettent toujours, et avec serments, qu'on guérira. Qu'il est doux aux hommes de tout espérer d'une maladie mortelle, et de se porter encore passablement bien à l'agonie ! La mort surprend agréablement et sans s'être fait craindre ; on la sent plus tôt qu'on n'a songé à s'y préparer et à s'y résoudre. 0 Fagon Esculape! faites régner sur toute la terre le quinquina eî l'émétique (6); conduisez à sa per-

(3} Un contrat de constitution : un contrai qui lui constitue une pension, un titre de rente.

4'; Fagon : médecin de la famille royale, ennemi des charlatans, érudit et consciencieux, mais à qui Saint-Simon reproche le fanatisme de la médecine officielle.

(5) Pratique: c'est-à-dire empirique, qui n"a rien de scientifique.

(6) Fagon avait contribué à mettre à la mode un remède aujourd'hui classique, le quinquina, qui fut introduit d'.Vnglctcrre en France vers

feotion la science des simples (7), qui sont donnés aux hommes pour prolonger leurvie ; observez dans les cures, avec plus de précision et de sagesse que personne n'a encore fait, le climat, les temps, les symptômes et les coniplexinas (8) ; guérissez de la manière seule qu'il convient à chacun d'être guéri; chassez des corps, où rien ne vous est caché de leur économie, les maladies les plus obscures et les plus invétérées; n'attentez pas sur celles de l'esprit, elles sont incurables ; laissez à Corinne, à Leshic, à Canidie, à Trimalcion et à Corpus la passion ou la fureur des charlataus.

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