‹ Les portraitsChapitre 26 sur 253 · LE FAT · texte numérisé non relu

LE FAT

L'or éclate, dites-vous, sur les habits de Philémon (i). — 11 éclate de même chez les marchands. — 11 est habillé

(5) Plus proche de : plus près de, plus enclin à.

(6) Glorieux : vaniteux. Une comédie de Destouches, Le Glorieux, ridiculise ce travers.

(7) Qu'il fait : la grammaire actuelle, après un terme de comparaison comme autrement, exigerait ne dans le second terme. — Cet emploi du verbe faire pour remplacer le verbe du premier terme de comparaison (qu'il fait est donc mis pour : qu'il ixe pense) est moins fréquent auiourd'hui qu'à l'époque de La Bruyère.

(1) On comprend qu'il y ait dans cette modestie une audace, puisque toute modestie présuppose du mérite.

(2) Cet adjectif pris substantivement signifierait aujourd'hui niais, sot. La Bruyère le prend dans le sens de « personne sans prétention ».

(1) Qui est Philémon? Il se pont que ce soit le cotnte d'Aubigné

des plus belles étoffes. — Le sont-elles moins toutes déployées dans les boutiques et à la pièce? — Mais la broderie et les ornements y ajoutent encore la magnificence. — Je loue donc le travail de l'ouvrier. — Si on lui demande quelle heure il est, il tire une montre qui est un chef-d'œuvi'e ; la garde de son épée est un onyx (2) ; il a au doigt un gros diamant qu'il fait briller aux yeux, et qui est parfait; il ne lui manque aucune de ces curieuses bagatelles que l'on porte sur soi autant pour la vanité que pour l'usage, et il ne se plaint (3) non plus toute sorte de parure qu'un jeune homme qui a épousé une riche vieille. — ,Vous m'inspirez enfin de la curiosité ; il faut voir du moins des choses si précieuses : envoyezmoi cet habit et ces bijoux dePhilémon : je vous quitte (4) de la personne.

Tu te trompes, Philémon, si avec ce carrosse brillant, ce grand nombre de coquins (5) qui te suivent, et ces six bêtes qui te traînent, tu penses que l'on t'en estime davantage: l'on écarte tout cet attirail (6), qui t'est étranger, pour pénétrer jusques à toi, qui n'es qu'un fat.

b. DOCTEUR ET DOCTE.

Un homme à la cour, et souvent à la ville, qui a un

l'rcre de M™« de Maintenon, — nous le retrouverons plus loin sous le nom de Théodecte — ou mylord Stafford, « espère d'imbécile », dit sans détours Saint-Simon, excentrique, vieux et riche, qui venait à Paris dépenser fastueusonient ses cinquante mille livres de rente et, après avoir épousé une fiUe du comte de Gramont, retourna en Angleterre.

(2) Onyx : « Agate » {y oie de La Bruyère).— C'est une agate très fine à couches parallèles et multicolores.

(3) Il ne se plaint: plaindre signifiait quelquefois, dans la langue de celte époque, employer à regret, donner avec répugnance; se plaindre favec un compl. dir.) signifie alors se refuser par avarice.

(4) Je vous quitte : je vous tiens quitte.

(5) Coquins : valets qui n'ont rien à laire et ne sont là que pour la parade.

(6) Attirail : pompe brillante et exagérée.

LA BRUYERE

long manteau de soie ou de drap de Hollande, une ceinture large et placée haut sur l'estomac, le soulier de maroquin, la calotte de même, d'un beau grain (1), un collet bien fait et bien empesé, les cheveux arrangés et le teint vermeil (2), qui avec cela se souvient de quelques distinctions métaphysiques (3), explique ce que c'est que la lumière de gloire (4), et sait précisément (b) comment l'on voit Dieu, cela s'appelle un docteur (6). Une personne humble, qui est ensevelie dans le cabinet, qui a médité, cherché, consulté, confronté (7), lu ou écrit pendant toute sa vie, est un homme docte (8).

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