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LE PRIXCE DE CONDÉ

JEmile (i) étoit né ce que les plus grands hommes ne deviennent qu'à force de l'ègles, de méditation et

(1) D'un beau grain : le grain du maroquin, ce sont les petites aspérités qui en couvrent la surface.

(2) Comme le Tartuffe de Molière, avec lequel le « docteur » de La Bruyère a quelque rapport :

Gros et gras, le teint frais et la mine vermeille.

(3) Distinctions : subtilités par lesquelles, pour résoudre un problème, on distingue plusieurs cas. Pascal s'en est moqué dans ses Provinciales. — Métapiiysiqnes : religieuses, en un temps où la métaphysique se confondait avec la religion.

(4) Lumière de gloire : on entend par là, en théologie, un secours d'en haut qui fortifie les âmes des bienheureux et leur permet de regarder Dieu face à face {lumen glorix).

(5) Précisément : avec précision.

(6) Un docteur : c'est-à-dire un théologien qui vit dans le monde et éblouit les ignorants par ses subtilités et son ton d'assurance. — D'après les clefs, l'original de ce portrait est M. Robert, chanoine de Notre-Dame, grand pénitencier de l'église de Paris, ou l'abbé Charles Boileau (qu'il ne faut pas confondre avec Jacques Boileau. frère de Boileau Despréaux) : prédicateur du Carême à plusieurs reprises, fort ambitieux, il fut nommé abbé de Beaulieu, en Touraine, puis académicien, mais ne put parvenir à l'épiscopat.

(7) Confronté : comparé les opinions contraires.

(8) Un homme docte : un vrai savant. Il s'agit très probablement du P. Mabillon. bénédictin illustre et des plus érudits.

(1) iBmile désigne sûrement, d'un bout à l'autre du portrait, le prince de Condé. et c'est à tort que l'on a cru voir, depuis : on lui a entendu dire..., des allusions à Turenne.

d'exercice. Il n'a eu dans ses premières années qu'à remplir (2) des talents qui étoient naturels, et qu'à se livrer à son génie. Il a fait, il a agi, avant que de savoir, ou plutôt il a su ce qu'il n'avoit jamais appris (3). Dirai- je que les jeux de son enfance ont été plusieurs victoires? Une vie accompagnée d'un extrême bonheur joint à une longue expérience seroit illustre par les seules actions ju'il avoit achevées dès sa jeunesse. Toutes les occasions le vaincre qui se sont depuis offertes, il les a embrassées : ît celles qui n'étoient pas, sa vertu et son étoile les ont fait naître : admirable même et par les choses qu'il a 'aites, et par celles qu'il aurait pu faire (4). On l'a "egardé comme un homme incapable de céder à l'enlemi, de plier sous le nombre ou sous les obstacles; ;omme une âme du premier ordre, pleine de ressources ;t de lumières, et qui voyoit encore où personne ne royoit plus ; comme celui qui, ^à la tête des légions (5), ;toit pour elle un présage de la victoire, et qui valoit ;eul plusieurs légions; qui étoit grand dans la prospé- ■ité, plus grand quand la fortune lui. a été contraire (la evée d'un siège (6), une retraite, l'ont plus ennobli que

(2) Remplir : aller jusqu'au bout de, perfectionner.

(3) Condé gagna ses principales victoires de vingt-deux à vingtept ans : Rocroy, Fribourg, Nordlingen, Lens. Voiture put lui écrire ans hyperbole en 1643, après la bataille de Rocroy : a Vous avez fait oir que l'expérience n'est nécessaire qu'aux âmes ordinaires... »

(4) Dans ces morceaux d'apparat, La Bruyère multiplie à l'excès les ppositions de mots. Qu'est-ce au juste que « ces choses qu'il aurait lu faire »? Faut-il y voir un rappel discret de ses erreurs politiques ui, pendant quelques années, ont terni sa gloire?

(5) Légions : La Bruyère, par l'emploi de noms latins et surtout :recs, veut avoir l'air de .se désintéresser de son temps. C'est en vertu u même principe qu'il dira temple au lieu d'église, ou, comme ici, égions au lieu de régiments.

(6) M. Hémardinquer, — dont l'excellente édition de La Bruyère a 'ailleurs facilité la tâche de tous les commentateurs qui ont suivi — ssure que ce siège levé par Condé est celui d'Arras (1655) : Turenne vait bloqué dans leur camp l'archiduc et le prince ; l'archiduc s'enfuit, t Condé, s'il fut obligé de battre en retraite, du moins soutint avec aillance l'attaque des troupes françaises. L'éditeur ajoute : « Il est ssez remarquable que La Bruyère n'ait pas craint de parler des ex-

ses triomphes; l'on ne met, qu'après les batailles gagnéeet les villes prises); (jui étoit rempli de gloire et de modestie ; on lui a entendu dire : Je fuyois, avec la même grâce qu'il disoit : Nous les battîmes; un homme dévoué à l'État, à sa famille, au chef de sa famille (7); sincère pour Dieu et pour les hommes, autant admirateur du mérite que s'il lui eût été moins propre (8) et moins familier; un homme vrai, simple, magnanime, à qui il n'a manqué que les moindres vertus (9).

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